Petit résumé de l'histoire jusqu'ici :

Suite aux machinations d'Albus, Harry se retrouve coincé au Square Grimaud avec Severus Snape. Ils soignent en secret Lucius Malefoy, qui a été torturé lors de la Bataille Finale dans des conséquences mystérieuses. il a apparemment sortit Sirius Black du voile. Ce dernier est retenu en otage par un elfe dans la Forêt Interdite, sûrement sur l'ordre d'Albus.

La famille Malefoy a disparut, tout comme Remus, qui a décidé de pourchasser les Mangemorts encore en liberté. Le Ministère ayant déclaré qu'il les a tous capturés et tués.

Harry sort doucement de sa dépression et commence à prendre soin de lui avec l'aide de Dobby et Winky. Mais le monde sorcier a à nouveau tourné le dos au jeune homme. Le Ministère réclame tout le crédit de la défaite de Voldemort et tente de faire passer Harry pour le nouveau Mage Noir pour pouvoir persécuter tranquillement les sorciers sombres, les serpentards et les créatures magiques.

Au début de l'histoire, quelques mois après la Bataille Finale, Harry sort enfin chez lui et se fait kidnapper par un étrange et ancien Elfe de Maison et par Fawkes qui effectuent sur lui un rituel d'Ancienne Magie aux conséquences inconnues. Harry a été transformé sur l'ordre de la "Maîtresse".

Qui est cette fameuse "Maîtresse" ? Est-il encore humain ?


RAPPEL de la fin du chapitre 9 : Les manigances d'Albus :

Une sorte de routine s'était installée les jours suivants : Ils déjeunaient ensemble, très tôt, puis Snape partait pour Poudlard pendant que Harry s'occupait de Lucius.

Celui-ci avait bien meilleure mine. Harry avait ajouté un massage à sa liste de soins et les marques des tortures de Lucius s'effaçaient doucement sous l'action du baume Gomme-Cicatrix.

Harry continuait ensuite ses études sur la société des sangs-purs ( ou sur les rituels, ou sur l'histoire de Poudlard, ou sur l'Ancienne Magie, ou sur l'histoire et la théorie de la magie, ou sur la médecine sorcière, ou sur les progrès du monde moldu).

Bref, Harry s'occupait intelligemment jusqu'à son entraînement physique au dojo.

Il rentrait manger avec Dobby et Winky et discutait de leurs progrès.

Il soignait Lucius.

Puis il continuait son entraînement magique.

Puis il travaillait sur l'aménagement et la protection des locaux de ses futures entreprises, discutant avec Ragnock de ses investissements par Parche-Sec. Ils se penchaient en ce moment sur une étude économique : Harry voulait louer les demeures que les Potter possédaient à travers le monde. Ragnock se demandait si leur revenu rendrait profitable leur remise en état. Harry rétorquait généralement que puisqu'elles prenaient la poussière depuis des siècles, elles pouvaient bien enfin servir un but lucratif.

Severus rentrait généralement pour le thé.

Ils discutaient de leurs progrès puis consacraient une heure à un petit duel d'entraînement, pour ne pas perdre la main.

Le Maître des Potions tentait ensuite systématiquement de s'enfermer seul dans le laboratoire de potions. Ce qui ne fonctionnait évidemment jamais.

La Maison était têtue. Au moins autant qu'Harry.

Ils finissaient donc généralement la soirée ensemble dans la bibliothèque.

Harry partait soigner Lucius puis attendait que le sommeil lui vienne dans sa suite, penché sur ses recherches privées.

L'un dans l'autre, c'était une routine fort agréable et épuisante. Harry n'avait même plus la force de faire des cauchemars, ce qu'il appréciait particulièrement.

Si seulement il pouvait être moins fatigué !


Chapitre 10 : Les retrouvailles.


Harry avait l'impression de flotter sur une bulle d'enthousiasme et d'incrédulité à chaque fois qu'il repensait à la semaine qui venait de s'écouler. Il y repensait souvent, d'ailleurs.

Surtout pour oublier le fait qu'il allait revoir ses amis dans quelques heures en chair et en os.

Pour la première fois depuis la Bataille Finale.

Il était impatient de les voir, réellement ! Il craignait juste leurs réactions. Et s'ils pensaient comme Severus, qu'il filait un mauvais coton ?

Il allait leur soumettre ses idées, son projet de révolution de la société sorcière. Il se demandait s'il devait leur parler de Sirius ? De Lucius ? De Severus ? Du rituel d'Ancienne Magie ?

Tout était si compliqué...les évènements s'enchaînaient si rapidement... Harry souhaitait presque désespérément avoir fait les bons choix. Son expérience à la merci de Dumbledore lui avait appris quelles conséquences désastreuses pouvaient découler d'erreurs de jugement. Il se remémora les accusations du Ministère et pria encore une fois pour ne jamais dériver à ce point.

Devenir une variation du monstre qui lui avait volé les dix-sept premières années de sa vie, très peu pour lui !

Ses amis allaient lui dire si oui ou merde, ils étaient prêts pour l'Apocalypse.

Harry était lucide, il faudrait au moins ça pour réveiller le monde sorcier et le sortir du marasme.

Mais bon, avec ses amis à ses côtés, des guerriers, des sages et des fous, des Serpentards courageux comme des Gryffondors, des Gryffondors persistants comme des Poufsouffles, et des Serdaigles retors comme des Serpentards, avec des tacticiens et des électrons libres, avec des maîtres en logiques et des libres penseurs, c'était bien le diable s'il ne réussissaient pas brillamment ! Ils le méritaient, bordel !

Devant les bouffées d'angoisses qui continuaient à l'assaillir, malgré son petit discours d'encouragement, Harry choisit une solution de repli efficace et se replongea dans les souvenirs de la semaine passée.


Dobby et Winky avaient fait un travail formidable, exactement comme il l'avait prévu. Les elfes des Potter étaient en bonne santé et extatiques à l'idée de servir leur famille à nouveau. Grâce à eux et à l'efficacité légendaire des gobelins, tout avait été accompli en un temps record.

Harry s'était aperçu avec honte et horreur que la plupart des elfes ne pouvaient pas lire, ni écrire, ni calculer quoique ce soit.

Et il s'en était rendu compte de la pire manière qui soit, en empêchant de justesse Fayth, le chef des elfes de la maison Potter, de se fracasser la tête contre le mur parce qu'il n'était pas capable d'obéir aux ordres du chef de la famille.

Le jeune Lord avait aussitôt prit des mesures radicales.

Tous les elfes avaient été réunis et Harry avait ordonné fermement l'interdiction générale et absolue de se punir ou de punir un autre elfe pour quelque raison que ce soit, même suite à un ordre direct venant du Pater Familias des Potter ou de tout autre membre de la Famille. Il avait senti un frémissement de choc passer dans les rangs et avait blêmi.

Il aurait tant aimé pouvoir coller une déculottée à ses ancêtres à ce moment.

Ce sentiment de honte absolue lui rappelait de bien mauvais souvenirs. La découverte de la vraie nature de son père, par exemple.

Harry avait ensuite expédié tous ses elfes chez le guérisseur, puis les avait fait passer entre les mains de Winky pour leur fournir une garde-robe correcte, ou au moins un uniforme plus décent que ces torchons qui étaient une insulte à la dignité de tous les êtres vivants.

Il avait décrété ensuite l'obligation pour chacun des elfes de consacrer minimum une heure de la journée à une activité de leur choix qui ne serait pas dédiée au service de la famille Potter. Et il avait fini de choquer ses elfes en leur déclarant que dorénavant, il voulait voir Fayth, Dobby, Winky, ainsi que tous les elfes qui s'occupaient de la bibliothèque des Potter dans sa suite, tous les soirs, pour une heure et demie de leçons. Il avait ajouté que les elfes bibliothécaires enseigneraient ensuite leurs congénères et que les livres de la bibliothèque familiale étaient à leur entière disposition lorsqu'ils le souhaitaient.


Il avait effectué les premiers plans de ses locaux dans une pensine, montrant aux elfes comment prendre des mesures, dessiner une pièce, etc. Ils apprenaient vite. Harry avait été enchanté de découvrir qu'à la fin de la semaine, la plupart de ses elfes fréquentaient la bibliothèque du manoir pendant leur temps libre.

Il leur avait donc préparé une surprise. En revenant du dojo un matin, il s'était arrêté dans la librairie-papeterie qu'il avait découvert dans le Londres moldu, et avait acheté un stylo-plume et un cahier par elfe, dévalisant ensuite les rayons enfants pour les jeunes Elfes de la nurserie du Manoir Potter.

Il avait ensuite expédié Dobby avec ses cadeaux et un petit mot les complimentant pour leurs progrès rapides. Le jeune Lord avait été touché au-delà de ce qu'il avait cru possible en recevant en retour une lettre de remerciement de chacun de ses elfes. Toutes n'étaient pas lisibles, mais leurs intentions et gratitude étaient claires.


Sa seconde bonne surprise de la semaine avait été l'attitude de Severus envers lui. Ils avaient passé des moments agréables à discuter de potions, de magie et d'histoire. Lors de l'une de ces conversations, une des premières, Harry avait avoué avec hésitation qu'il avait apprécié de brasser les potions de soins cosmétiques, d'autant plus qu'elles avaient un but partiellement médical. La sensation qu'il avait éprouvé en les voyant agir correctement était indescriptible. Sous l'emprise de la passion que le sujet déclenchait automatiquement chez Severus, la discussion avait rapidement dérivé.

Harry avait ramené Rise and Shine : Magnifiez Votre Beauté Naturelle Ou Dix Mille Façons De Prendre Soin De Vous Par Magie dans la bibliothèque. Severus l'avait taquiné sur le choix de sa source puis lui avait enseigné différents sorts de diagnostiques, plus précis. Ils avaient rapidement abordés les sorts de soin et Harry s'était découvert de nouvelles facilités et un intérêt puissant pour cette branche de la magie. Examinant les recettes de l'ouvrage, Severus demanda la permission de l'emprunter pour les améliorer. Harry fut enchanté, mais lui rappela que certaines de ces potions étaient destinées à Lucius et qu'il les avaient choisies parce qu'elles ne pouvaient pas provoquer de réactions adverses en se mêlant aux divers onguents de soin.

Severus l'avait alors invité à participer à la modification des potions. Harry avait trouvé l'exercice fascinant. Contrairement à ce qu'il avait craint, le Maître des potions avait été relativement patient et s'était abstenu de toute remarque sarcastique. Ils avaient donc pris l'habitude de passer de longs moments dans le laboratoire de potions et Harry avait ajouté un autre sujet à ceux qu'il étudiait dans son temps libre.

Il n'avait jamais été aussi studieux.

Enfin, si. Il avait évidemment passé de longues et intenses semaines à s'entraîner pour pouvoir survivre et remporter la guerre. Mais c'était sans commune mesure avec la situation actuelle.

Disons que je n'ai jamais été aussi studieux par plaisir. Si Hermione me voyait...

Pour la première fois de sa vie trépidante, Harry faisait ses choix lui même. Il voulait étudier chacun des sujets sur lesquels il planchait.

C'était exaltant, grisant, stimulant...et terrifiant.

Il menait sa propre vie.

À un rythme infernal.


Il tenait le coup pour l'instant. Bon, c'est vrai, il était plus qu'épuisé tous les soirs. Mais ça avait l'avantage de lui permettre d'éviter la majeure partie de ses cauchemars. Il s'était surpris devant la rapidité de ses progrès. Il assimilait plutôt bien les doses phénoménales d'informations qu'il recueillait au quotidien.

Il était clair que son entraînement magique l'aidait grandement. Le temps qu'il passait en transe pour apprivoiser sa magie lui permettait aussi de cataloguer les informations et d'organiser son esprit de façon à se laisser un espace de réflexion. Il ne faudrait pas qu'il tombe dans les travers des Serdaigles des générations actuelles ! Heureusement, l'Occlumency était un outils plus qu'efficace.

Quoique je doute que Severus laisse faire sans réagir ! Cette pensée était étrangement affectueuse. Qui aurait cru qu'il puisse trouver un jour la présence du Maître des Potions réconfortante ? Mais c'était le cas.

Harry était toujours à la fois touché et ému lorsqu'il découvrait une autre facette de la personnalité de Severus. Il savait pertinemment que ces opportunités lui étaient offertes par l'homme lui-même. Celui-ci avait bien trop de self-control pour qu'il en soit autrement.

Bizarrement, cela accentuait les envies de protection que Harry ressentait à son égard. Le jeune homme était presque incapable de démêler l'écheveau compliqué d'émotions que lui inspirait le Maître des Potions, mais il en percevaient quelques unes clairement.

Et c'était plus qu'assez pour le conforter dans son choix. Ils devraient déménager dès que Sirius serait suffisamment remis pour revenir habituer au Square Grimaud. Une fois que cette idée se fut fermement fixée dans son esprit, le jeune homme entreprit de se pencher avec une attention particulière sur l'aménagement de la Maison des Lochs. Une grande partie de ses matinées avaient été consacrées à des recherches dans les parties secrètes de la librairie.

Les magies familiales des Black, celles des Potter, les grimoires sombres, les grimoires lumineux, la magie du sang, celle de l'esprit, celle de l'âme, tous les vieux tomes poussiéreux qui pourraient lui offrir de quoi renforcer les protections magiques de la Maison des Lochs y étaient passés.

Il avait accordé une attention toute particulière aux plans et posé tellement de questions à Dobby et Winky que ceux-ci avaient fini par le pousser manu militari dans la pensine pour qu'il puisse se rendre compte par lui-même de l'état du laboratoire de potion et de la bibliothèque qui semblaient être les principaux objets de son obsession.

Mais même cela n'avait pas satisfait Harry. Il avait fini par recruter deux autres elfes pour effectuer un catalogue précis de tous les ouvrages de la bibliothèque. Ils pourraient toujours utiliser la Cheminette pour aller se servir dans la librairie du Manoir Potter qui était évidemment bien mieux fournie, mais le jeune Lord avait tenu à étoffer quelque peu certains sujets.

Le laboratoire de potion avait reçu le même soin attentif et presque maniaque. Harry avait préféré ne pas se pencher de trop près sur les raisons qui le poussaient à chouchouter Severus à ce point.

L'envie de le protéger était une excuse satisfaisante et acceptable, bien qu'incomplète, il le sentait bien.

Mais le jeune sorcier n'avait ni le temps, ni l'envie de se pencher sur un sujet qui lui collait invariablement des migraines : ses sentiments.

Il ne tenait pas spécialement à ajouter à son stress. Les retrouvailles avec ses amis étaient une épreuve suffisante pour ses nerfs éprouvés.


Ce qui expliqua pourquoi l'intrusion des protections de la Demeure des Black dans son esprit lui fit faire un tel bond. Il prit quelques secondes pour se calmer et vérifier l'identité des gens qui se présentaient devant la porte. Constatant que tout ceux qu'il avait invité étaient là, il demanda à la Demeure de toujours leur permettre l'entrée, en tant qu'invités de l'Héritier dans la Demeure Ancestrale des Black.

Le rituel avait prit quelques minutes et il pouvait sentir ses amis s'impatienter. Ils devaient s'être inquiétés à un point pas possible si son invitation les avait tous fait accourir avec une telle ponctualité.

Presque surnaturelle considérant l'habitude, fermement ancrée chez certains, d'être toujours en retard.

Harry aurait probablement ricané s'il n'avait pas eu une telle boule dans la gorge.

Le jeune Lord se doutait que la seule chose qui les avait empêché de prendre d'assaut la Demeure dès qu'ils étaient arrivés était la présence imposante et inquiétante des Protections. Elles dégageaient une aura de danger presque tangible après tout.

Après une dernière profonde inspiration et un petit discours d'encouragement mental (Ce sont tes amis, que diable, tu n'as rien à craindre d'eux !), Harry ouvrit enfin la porte.


Et se retrouva promptement étouffé par une tornade châtain qui devait être sa meilleure amie, à en croire les cheveux bouclés qui emplissaient sa bouche et les craquements de mauvais augure émis par ses côtes. Il arriva à murmurer un «Bienvenu» assez asthmatique pendant que le reste de ses invités s'entassaient dans le foyer.

Quand le traitement qu'il subissait de la part d'Hermione ne donna aucun signe de changer dans les minutes suivantes, il entendit avec étonnement une voix qui rappelait celle de Walburga Black résonner dans le silence choqué qui semblait régner en maître.

«Je vous souhaite la bienvenue dans la Demeure Ancestrale des Black. Jeune fille, ayez l'amabilité de ne pas mettre fin aux jours de l'Héritier. Bien que ce soit une remarquable façon de partir, je vous le concède. Malgré les transformations de ces derniers jours, il a toujours besoin de respirer.»

Harry avait trop prit l'habitude des situations étonnantes ces dernières semaines (et ces dernières années) pour être réellement choqué. Il aurait probablement rit devant les mines de merlans frits de ses amis si Hermione ne lui avait pas coupé la respiration aussi efficacement.


Avant que le silence n'atteigne cette qualité particulière qu'on ne retrouve que dans les cathédrales, les cimetières (et certaines bibliothèques), Hermione relâcha son étreinte pour pouvoir l'assaillir de questions.

Questions qui moururent sur ses lèvres dès qu'elle posa les yeux sur son meilleur ami.

Son cri aigüe attira l'attention des autres, les tirant brusquement de leur contemplation. La maison avait certes subit une transformation choquante, mais ce n'était rien en comparaison de celle de leur hôte ! Il était habillé comme un prince (ou un jeune Lord d'une noble et ancienne famille de sang-pur, ce qu'il était, après tout.) Sa peau avait un ton doré surprenant. Ses cernes avaient notablement diminuées. Il s'était un peu étoffé.

Mais ce qui les frappa le plus, ce fut l'émotion et la magie qui tourbillonnaient dans ses yeux émeraudes qui ne disparaissaient plus derrière ses lunettes. Il suffit d'une minute aux invités pour détailler les principaux changements chez leur ami.

Le jeune homme se retrouva enfouit, sitôt l'examen terminé, sous une pile de corps tous décidés à l'enlacer pour s'assurer de sa bonne santé.

Ah, pensa Harry, laconique.

Ils ont vraiment dû s'inquiéter plus que je ne le pensais. Bah, autant profiter des derniers câlins avant que l'inquisition ne commence.

Cela décidé, il commença à serrer dans ses bras tous les corps auxquels il pouvait accéder depuis sa position sur le sol du foyer.


Plusieurs minutes plus tard, les reniflements d'Hermione et ceux, plus discrets de Pansy et Ron, les tirèrent de leur embrassade. Harry ne put retenir un soupir de soulagement.

Après tout, c'était lui qui se trouvait en dessous de la pile !

Son soulagement disparu dès qu'il avisa les larmes sur les joues de ses amis. Honteux et plein de remords, il se dépêcha de les consoler, avant de diriger tout le monde vers le Salon.

Il avait déposé un thé copieux sur la grande table d'apparat de la Salle à Manger des Black et l'avait placé sous des sorts de stase. Ils auraient la place de se restaurer et d'examiner les plans qu'il avait tracé pendant la semaine.

Dans un petit moment.

Il traîna tout le monde vers les fauteuils et canapés du Salon et attendit.

Il attendit que les pleurs se calment, que le choc et la surprise laissent place aux observations et aux questions.

Il était prêt.


Hermione n'arrivait plus à suivre. C'était un sentiment détestable qu'elle n'éprouvait heureusement que très rarement.

Malheureusement, c'était la plupart du temps Harry qui en était la source. Même si ce n'était pas TOUT LE TEMPS sa faute, elle le reconnaissait.

Ça avait commencé lorsqu'elle s'était retrouvée coincée dans les toilettes pour filles de sa nouvelle école magique alors qu'un énorme monstre puant les réduisait en miette avec un instrument contondant quelconque. Elle aurait dû se douter alors qu'elle ne s'en tirerait pas aussi facilement.

Mais elle avait ignoré son instinct (PLUS JAMAIS!) et cette sensation s'était installée, revenant en force au moins une fois par an.

À sa décharge, malgré son intelligence aiguisée, elle n'avait que onze ans à l'époque.

Elle aimait farouchement Harry et elle ne regrettait pas, n'avait jamais regretté le jour où ils étaient devenu amis. Mais au fur et à mesure que les années passaient, elle avait commencé à désespérer de pouvoir le garder en vie d'abord et le voir heureux ensuite.

Entre les morts, les batailles, les douleurs, le sang, les attentes du monde sorcier et leurs réactions stupides, sans parler du talent particulier qu'avait Harry pour se retrouver dans des situations improbables et dangereuses (D'accord, on l'y poussait la plupart du temps. Mais ce n'était pas une raison !), Hermione avait finit par considérer son rêve de voir Harry serein et en paix (au moins avec lui-même) comme un fantasme inaccessible.

Elle avait donc mis toute sa considérable détermination, ses capacités intellectuelles impressionnantes et ses instincts maternels (non-négligeables) en œuvre pour garantir au moins la survie de son ami. Elle y était arrivée, évidemment.

Elle était l'une des sorcières les plus brillantes de sa génération, après tout.

Et elle avait eu de l'aide.

Mais le désespoir et le repli sur soi de son presque-frère après la Bataille Finale, la haine et le dégoût dans sa magie qui le rongeait à petit feu, ses tentatives de suicide, l'accumulation d'années de tensions l'avaient presque poussée, elle aussi, dans la spirale descendante de la dépression.

Elle s'était reprise, bien sûr.

Elle avait découvert le soleil d'Egypte et le farniente.

Ron avait découvert qu'il pouvait être compatissant et sensible (plus qu'une petite cuillère, en tout cas).

Ses deux découvertes lui avaient permis de remonter la pente.

Mais elle avait continué à s'inquiéter et à se ronger les sangs, surtout en apprenant qu'il avait fait des tentatives de suicide. Elle avait donc quitté l'Égypte avec Ron dès qu'ils avaient lu la seconde lettre de Harry, la peur au ventre.

Elle s'attendait au pire.

Alors le retrouver, en meilleure santé qu'il ne l'avait jamais été, avec cette expression sur son visage...

Hermione se serra plus fort contre son ami et se remit à pleurer. De soulagement cette fois. Et de quelque chose qui ressemblait douloureusement à de la joie.


Les étreintes de Harry avaient toujours eu un pouvoir particulier. Il semblait toujours savoir exactement de quoi ses amis avaient besoin. Hermione se laissa bercer doucement par la magie et les bras de son presque-frère, sa main mi-massant mi-caressant ses cheveux et son dos. Elle se perdit dans la douce et calme mélodie qui coulait autour d'elle comme du chocolat liquide ou l'étreinte réconfortante de sa mère.

Elle mit sans doute une dizaine de minutes à se calmer vraiment.

Mais son cerveau n'était pas resté inactif pendant ce temps.

En temps normal, elle aurait tempêté, crié, pleuré, frappé et exigé des réponses, mais elle refusait d'interrompre cette chanson qui lui offrait tant de réconfort.

«Explique.» murmura-t-elle doucement, en posant sa tête sur son épaule et se nichant plus confortablement entre l'accoudoir du sofa et son bras enroulé autour d'elle.

Elle sentit sa poitrine se soulever pour prendre une profonde inspiration et la relâcher doucement.

Il était nerveux.

Mais il se lança.


Par certains côtés, il était presque plus difficile pour Harry d'expliquer tout ce qui s'était passé ces dernières semaines à ses amis qu'à Severus. Il savait qu'il en fallait beaucoup pour choquer le Maître des Potions.

Celui-ci n'avait pas le même point de vue que ses ami. Il ne s'était par exemple pas inquiété du tout en apprenant qu'il était allé faire un testament à Gringotts.

Ses amis, si. Il pouvait les voir pâlir à intervalles réguliers.

Hermione avait crispé sa main dans les replis de ses robes, juste au niveau de son cœur. Il savait qu'elle pouvait le sentir battre et que ça la rassurait probablement.

Mais il pouvait aussi voir ses jointures blanchir et sentir son corps se crisper.

Au mot «Gringotts», elle s'était raidie à un point alarmant. Visiblement, elle n'avait pas oublié leur escapade à dos de dragon, elle, et savait quelle serait la réaction probable des Gobelins.

Son cerveau ne devait jamais arrêter de fonctionner, pensa-t-il avec affection.

Il continua son récit sans s'interrompre, mais reprit ses caresses apaisantes sur son dos.


«Vous voyez, je me suis dit qu'il fallait absolument faire quelque chose. Je n'en peux plus des comportements imbéciles de la majorité du monde magique. Je ne peux pas rester sans réagir quand ils vous traitent comme des chiens et je ne donne pas vingt ans, ni même six mois avant une nouvelle guerre civile, voire un génocide, vu les positions actuelles du Ministère. Sachant que la technologie moldue se développe de plus en plus, il suffirait probablement d'un nouveau conflit pour que nous soyons découverts.

Nous ne sommes pas prêt pour ce genre de bouleversement. Si personne ne fait rien, la situation va continuer à empirer jusqu'à ce que ce soit l'Enfer.

Donc j'ai commencé à réfléchir. Et je pense qu'il faut qu'on révolutionne les sorciers de Grande-Bretagne, tout doucement. Qu'on les prenne par surprise, qu'on les fasse réfléchir. J'ai commencé à planifier une sorte d'Apocalypse pacifique. Enfin, aussi pacifique que possible. C'est pour ça que je vous ai appelé maintenant. J'avais besoin de mettre mes idées au clair.

Avant que je vous parle de mes projets, je suppose que vous avez des questions...»


Ils en avaient.

Surtout Hermione.

Et les Serpentards.

À propos du rituel d'Ancienne Magie, de la légende de l'Héritier, des projets qu'il avait, de son absence de lunettes, de sa voix...

de Draco, Lucius, et Severus...

de Sirius et de l'implication de Dumbledore...

de Sil'gan et du Ministère, des Gobelins...etc.

Harry répondit du mieux qu'il pouvait, expliquant que ni lui ni Severus ne savaient comment prévenir Draco et qu'un message pourrait les mettre en danger. Il renouvela sa promesse de prévenir Draco et Narcissa au plus tard pour le réveil de Lucius et avoua qu'il avait espéré que l'un d'entre eux aurait un moyen de communiquer avec le Prince de Serpentard.

Il promit à Hermione de lui prêter les livres qu'il avait lu pour ses recherches et ses notes, autant que c'était possible. Les Black n'étaient pas prêteurs et la bibliothèque rechignait déjà lorsque lui, l'Héritier des Black, essayait d'accéder à certains volumes et certaines étagères.

Puis il proposa à tout le monde de visiter la maison, histoire de leur montrer les changements et de leur permettre de se remettre de leurs émotions.

Et puis, il voulait voir la réaction de Neville lorsqu'il découvrirait la jungle des Black. Il attendait ça depuis un bon moment, après tout.


Après une visite mouvementée, entre les efforts herculéens qu'il avait fallu déployer pour arracher Neville au jardin des Black et ceux (à la limite de la légalité) qu'ils avaient employés pour empêcher les jumeaux de tenter de s'introduire dans les chambres de Lucius et de Severus, il avait dû céder et leur accorder la visite de sa suite.

Après une visite mouvementée donc, pendant laquelle les moqueries et les blagues avaient fusées, Harry mena ses amis au Salon. Ils profitèrent pendant un moment du thé chaud et des divers gâteaux, puis Blaise décida de ré-ouvrir les hostilités.

«Tu devais nous expliquer tes projets d'Apocalypse, Harry. J'avoue que la part que nous sommes censés jouer là-dedans m'intrigue un peu.»

«J'imagine. Installez vous confortablement, ça va prendre un moment. Alors voilà...»

Et tout y passa. La mise en place de ses fondations, le besoin urgent de réformer le Ministère, les préjugés et les habitudes de la société sorcière, de la presse et même de Poudlard.

«Je ne veux pas relancer une guerre. Et puis, Voldemort et les autres avant lui ont bien prouvé qu'on ne peux pas imposer le changement par la force. Surtout des bouleversements de cette ampleur.

En fait, je vous ai tous réuni ici surtout parce que j'ai des offres d'emplois pour vous. Je pense qu'un certain nombre d'entreprises pourraient poursuivre nos buts et les imposer tout doucement dans la société sorcière. J'ai commencé à les mettre en place. Les locaux ont été nettoyés, ré-aménagés et protégés magiquement cette semaine. Les Gobelins ont envoyés une équipe dirigée par Bill et Fleur pour s'occuper des protections magiques. Je pense passer cette semaine pour ajouter aux protections. Je peux vous faire visiter si cela vous intéresse, sachant que les intérieurs sont encore vides et non décorés. J'ai pensé que si vous acceptiez, vous pourriez vous en occuper avec les elfes qui sont assignés à l'entretien.

Après tout, ce seront vos futurs lieux de travail...»

«Viens-en au fait, Harry, quel genre d'offres d'emplois as-tu pour nous ?» Blaise le taquina gentiment.

Mais Harry pouvait sentir la tension sous-jacente dans sa voix et ça ne l'aidait pas du tout. Il craignait leurs réactions, lui aussi.

Il avait mis tellement de lui-même dans ces projets.

«Ok, alors, hum...J'ai pensé que, peut-être, Théo et Pansy seraient intéressés par un défi. Aimeriez vous monter le premier cabinet d'avocat du monde sorcier ? Il n'y a rien pour l'instant qui puisse aider les sorciers ou les entreprises qui ont des problèmes avec la loi ou simplement des questions. J'ai prit l'idée chez les moldus. Ce genre de cabinet peut fournir un grand nombre de services très diversifiés : ça va de la représentation de personnes devant la justice, au conseil des entreprises pour certaines décisions, à une aide juridique ponctuelle. Tout est là-dedans.»

Harry s'interrompit et leur donna à chacun un dossier assez épais. Il contenait les plans de leurs locaux, des photos, les détails des protections existantes, les détails administratifs de leurs postes et les connaissances requises. Il avait même ajouté l'adresses de certains cabinets connus du monde moldu pour qu'ils puissent se livrer à un peu d'espionnage, s'ils souhaitaient avoir une idée plus précise de leur métier.

«Luna et Hermione, peut-être aimeriez vous être les âmes du premier journal d'information complet du monde sorcier ? Cela comporterait à la fois des nouvelles du monde moldu et du monde sorcier dans son ensemble, en Grande-Bretagne et au-delà. Il y a des obligations particulières que je souhaite imposer, comme l'usage d'encre coupée au veritaserum par exemple... Enfin, tout est dans le dossier.»

«Vincent, Grégory, j'ai plusieurs choix pour vous. Je voudrai ouvrir un magasin vendant des objets de technologie moldue adaptés à la mode sorcière, voire complètement sorciers, mais basés sur des idées moldues. L'idée est de préparer une éventuelle intégration en douceur. Il me faudrait donc des esprits curieux, audacieux et débrouillards. Mais j'aurai aussi probablement besoin de chercheurs dans les fondations. Il faudra me dire ce qui vous intéresse le plus, ou même si vous souhaitez tenter de concilier les deux. Ou si vous avez d'autres suggestions. Ça vaut aussi pour les jumeaux, même si j'ai des propositions plus précises pour eux. WWW pourrait s'étendre, vous ne croyez pas ?»

Il fit passer d'autres dossiers et observa Hermione loucher sur ceux des Jumeaux. Il lui fit un clin d'œil et envoya à tous un intercalaire rouge intitulé «fondations Ouroboros et Chimarae».

«Je vous passe à tous le détail des objectifs de la fondation Ouroboros. Si vous voulez participer, vous êtes plus que bienvenus. J'attends vos suggestions avec impatience. Tout ce à quoi j'ai pensé est là, pour l'instant. Sachez juste que le recrutement va être très ouvert. Ragnock examine les candidatures de certains gobelins en ce moment et je compte ouvrir des postes pour les vampires, loups-garous, etc. à partir du moment où ils ont les compétences requises. Je pensais aussi tenter de recruter des nés-moldus qui seraient sortis du monde magique et auraient repris des études scientifiques. Ou même des cracmols ou des moldus au courant du monde sorcier. Il faudra bien trouver un moyen d'introduire et de concilier nos différentes disciplines et visions du monde. Pour ce qui est de Chimarae, c'est la version politique et officielle de notre révolution et je pense attendre encore un peu avant de la mettre en place, étant donné qu'aucun de nous n'a d'expérience en la matière et que nous ne sommes pas très populaires en ce moment.»

Blaise l'interrompit à nouveau. «En ce qui concerne les créatures magiques, elles vont avoir des problèmes sérieux avec le Ministère dans peu de temps, surtout si le Wizengamot continue sur sa lancée. Est ce qu'on ne pourrait pas ouvrir des refuges ?»

«C'est une bonne idée. Remus pourrait s'en charger, une fois qu'il aura fini de folâtrer avec le Sinistros.»

«Luna et Blaise ont raison. Ils pourraient aussi mettre en place de véritables villages, avec des écoles et des hôpitaux. Ce serait aussi plus facile de distribuer la potion Tue-Loup s'ils savent qu'il existe un endroit sûr où ils peuvent y accéder.» ajouta Ron.

Harry éclata d'un rire soulagé et heureux.

«Vous voyez, c'est pour ça que j'ai besoin de vous. Je n'y avais pas pensé, mais c'est une excellente idée. Je pensais demander à Remus et Charlie s'ils accepteraient de servir d'ambassadeurs auprès des communautés de créatures magiques, pour recruter dans la fondation, mais surtout pour leur demander de réfléchir à un mode de participation au gouvernement et surtout aux demandes qu'ils veulent voir aboutir. Il faut clairement revoir tout notre corpus de lois, mais nous ne pouvons pas nous permettre de le faire dès maintenant. Par contre, nous pouvons commencer le travail.

Mais ça, ça c'est encore mieux ! C'est une excellente mesure de protection et un bon moyen de lancer le débat de façon crédible. Je vais travailler là-dessus avec Ragnock cette semaine.

Je sais que Blaise et Luna pourraient sans doute aussi apporter beaucoup à ce projet, mais j'avais pensé à autre chose pour eux. Vous êtes sans doute au courant des nouvelles restrictions du Ministère concernant la vente de certains objets et ingrédients. Je ne crois pas qu'on puisse se permettre de perdre ce genre de connaissance simplement parce que le gouvernement a décidé de les détruire ou d'en exterminer les sources. Je pensais que peut-être, Neville et Blaise seraient intéressés par la mise en place d'un commerce d'ingrédients rares de potions. Neville prendrait en charge la partie botanique et herbologique en se spécialisant dans les plantes en voie d'extinction, rares et/ou dangereuses et Blaise s'occuperait des ingrédients animaux, en essayant de mettre au point des méthodes non-invasives d'extraction. Je vous aiderais pour tout ce qui touche aux serpents, si vous voulez. Ça vous sera sûrement utile de comprendre ce qu'ils disent.

Enfin, c'est un sacré défi. Dans un premier temps, ça voudra sûrement dire beaucoup de voyages et peu de clients, à part la fondation et les Maîtres en Potion qui n'auront pas peur d'utiliser des ingrédients illégaux. Quoique, vu les directives du Ministère, il est possible que même les Guérisseurs de Sainte Mangouste viennent nous trouver. Tout est dans le dossier, dites moi ce que vous en pensez.»

«Ron, nous allons avoir besoin de tous tes formidables talents de tacticien. Tu vas devoir te tenir au courant de tout ce que nous faisons et de tout ce qui se passe dans le monde magique et moldu, puisque tu vas être notre stratège et notre guide. C'est toi qui va coordonner nos efforts et, à terme, planifier notre campagne politique contre le Ministère : Comment contrer leurs campagnes de désinformations, comment les décrédibiliser, etc. Je pense que c'est un défi à ta hauteur. Officiellement, nous aurons aussi sans doute besoin d'un détective privé ou d'un espion industriel ou d'un conseiller spécial en développement. Tu n'as qu'à décider du nom qui te convient. Ta fonction va probablement varier et s'étoffer avec le temps.»

Harry fit le tour de la table lentement, examinant les visages pensifs, excités, méditatifs ou déterminés de ses amis et se félicita pour un exposé, somme toute, assez réussi.

Il lévita les assiettes de gâteaux vides et descendit à la cuisine pour refaire le plein de carburant.

Impossible de motiver les troupes sans combustible, après tout !


Sur le chemin de la cuisine, son esprit tournait à grand vitesse, tentant de trouver, dans toutes les possessions des Potter, des espaces qui conviendraient à l'établissement des refuges pour les différentes créatures magiques. Il avait vraiment besoin de consulter les documents d'inventaire de Ragnock, voire le Gobelin lui-même.

Pouvait-il se permettre d'acheter et de protéger de tels espaces si rien ne convenait dans l'ensemble de ses possessions ? Quels investissements seraient nécessaires ? Comment organiser de tels espaces ?

Les vampires et loups-garous refuseraient presque certainement de cohabiter sur le même terrain, leurs cultures et instincts étant trop contradictoires, à la limite de la belligérence. Mais que diraient les autres espèces ? Il allait devoir les contacter au plus vite. Un tel projet serait irréalisable sans leur avis.

D'un autre côté, les choses seraient sans doute plus rapide s'il proposait un rendez vous inter-espèce et les laissait décider de la façon dont organiser les espaces qu'il avait pu acquérir.

Harry espérait que Ragnock serait disposé à le laisser utiliser les contacts qu'il devait avoir. Sirius serait sans doute d'accord pour contribuer, mais il n'était pas conscient et les instincts de Harry lui hurlaient de se pencher sur la question le plus vite possible.

L'aide de Remus aurait été précieuse, également. Mais peut-être aurait-il voulu impliquer Dumbledore, ce qui était inconcevable.

Le vieux bouc demanderait automatiquement une compensation aux meutes et aux communautés de créatures.

Et c'était inacceptable.

Ils méritaient de vivre en paix dans un espace protégé. C'était un droit auquel ils n'avaient pas eu accès depuis trop longtemps. Il s'agissait de réparer une injustice, pas d'accroître son influence et son pouvoir. Il fallait donc absolument tenir Dumbledore éloigné de leurs tractations avec les créatures magiques.

Il savait qu'il pouvait faire confiance à ses amis. Ils avaient tous appris et maîtrisé l'Occlumency au cours de la guerre et il était plus que probable qu'ils aient tous continué à pratiquer religieusement étant donné que la tension n'était pas réellement retombée depuis la Bataille Finale. C'est pourquoi il s'était permis de tout leur révéler.

Il leur demanderait néanmoins un serment magique. Il fallait protéger Sirius, Severus et Lucius du Ministère.

Le serment éviterai les révélations involontaires : la magie du porteur l'empêcherait automatiquement de parler ou de révéler de quelque façon que ce soit les informations sensibles en présence de tiers.

Même si Rita se cachait à côté d'eux, invisible sous sa forme animagus, ils ne pourraient pas parler et s'apercevraient bien vite qu'ils étaient espionnés.

Il faudrait probablement réfléchir à un serment ou à un contrat magique pour convaincre les meutes de loups-garous et les congrégations de vampires qu'ils n'attendaient rien d'eux en échange de leur protection.

Après des centaines d'années d'abus et de persécutions, ils n'allaient certainement pas faire confiance aux simples paroles d'un sorcier. Entre les loups-garous et leurs instincts animaux et les vampires et leurs longues mémoires (ils vivaient des siècles après tout), ils auraient même de la chance d'arriver à un accord.

Mais ils se devaient d'essayer. Et d'essayer rapidement.

Harry avait confiance en son instinct. Et si les murmures de sa magie lui ordonnaient de se presser, il le ferait.

Pensif et perturbé par le sentiment d'urgence croissant qu'il ressentait, le jeune Lord remonta doucement les escaliers, les bras chargés de nourriture.


Il retrouva le Salon pris d'assaut. Apparemment, la table d'apparat des Black avait beau pouvoir accueillir une trentaine de personnes, ce n'était pas suffisant pour contenir l'enthousiasme et les projets d'une quinzaine de jeunes sorciers, déterminés à donner le meilleur d'eux-mêmes.

Des groupes s'étaient formés, discutant à mi-voix. Quelqu'un avait dû conjurer des plumes et des parchemins. Plusieurs d'entre eux prenaient des notes ou griffonnaient dans les marges des dossiers, aussi rapidement qu'ils le pouvaient.

La nourriture fut accueillie avec des exclamations de bonheur. Harry en profita pour métamorphoser les plumes de ses amis en stylo-plumes, en leur expliquant qu'il avait pensé que commencer à introduire de menues avancées technologiques dans le monde sorcier serait probablement assez facile et qu'une fois la machine lancée, il était difficile de s'arrêter.

«Depuis la fin de la guerre, le Chemin de Traverse et Pré-au-Lard n'ont pas désemplis. Tout le monde veux dépenser ses gallions et profiter de la vie. Les adaptations moldues peuvent être vendues à la fois dans des versions sérieuses, déclinées en fonction des acheteurs et des modes et dans des versions plus...Weasley. Essayez-les et dites-moi si vous tenez vraiment à vos instruments de tortures médiévaux.»

Effectivement, le succès fut immédiat, malgré le temps d'adaptation nécessaire.

Harry constata rapidement que les mines étaient de plus en plus pensives. Il les laissa tranquillement démolir les piles de nourriture qu'il avait amené depuis la cuisine.

Le jeune sorcier prépara calmement une liste d'instructions pour la semaine à venir : monter le plus vite possible le projet de refuges pour les créatures magiques, trouver les terrains appropriés et les aménager, continuer ses recherches, mettre au point un moyen de communication instantané et sûr (les gallions de l'AD ne comblaient pas leurs besoins actuels, ils allaient avoir besoin de communiquer sans se déplacer des messages complexes.), achever au plus vite les protections dans tous ses commerces, organiser les bureaux de la fondations, les meubler et commencer à rechercher des employés appropriés, réfléchir à la formulation des contrats d'embauche, penser aux mesures de confidentialité qu'il allait exiger d'eux...

Ils ne pouvaient vraiment pas se permettre de voir leurs travaux pervertis par le Ministère ou le premier mage Noir venu.

Harry frissonna de terreur en pensant à ce que Voldemort aurait pu accomplir avec des connaissances en génétique ou en médecine moldue.


Il faudra aussi que je rencontre tout le monde à nouveau, par petits groupes, pour être plus efficace, se dit-il.

Puis une réunion tous ensemble dans une semaine maximum. Pour faire le point.

Je ne pense pas qu'on puisse se permettre d'aller plus lentement.

Il faut que je reprenne les plans de la Maison des Lochs, je me demande si nous aurons assez de place pour tous nous retrouver là bas.

Est ce que sera une bonne solution ?

Je ne veux pas impliquer Sirius et Remus sans leur accord, mais malgré tous mes efforts, les protections et les ressources de la Maison n'ont rien à voir avec ce que la Demeure des Black peut nous fournir.

D'un autre côté, je doute que de simples invités puissent accéder à la bibliothèque de la Demeure, encore moins au laboratoire de potions.

Non, il vaudrait sans doute mieux que je me penche sur les sorts de transformation des dimensions de l'espace. Je me demande s'ils fragilisent la structure des bâtiments et s'ils interagissent avec les protections magiques.

Ils nous seraient sans doute très utiles, surtout si nous pouvons les utiliser dans les locaux de la fondation, mais si c'est pour que tout explose au premier chaudron fondu...


Et bien, ça va être une autre semaine chargée.

J'espère que j'aurai quand même le temps de dormir.