Souvenir IX

Aikka se promenait sans but dans le palais. Depuis son retour d'Oban, son père avait décrété la fin de son apprentissage pratique. D'après lui, il n'y avait pas de meilleur entraînement au combat et à la course que la grande course d'Oban. Aikka devait désormais se consacrer aux cours théoriques le matin et vaquer à ses occupations princières pendant l'après midi. Mais personne, pas même son père, ne lui avait expliqué en quoi ces dernières consistaient.

Donc, Aikka se promenait. Il aurait voulu participer à un entraînement, mais ses blessures ne guériraient correctement que s'il évitait d'utiliser sa magie pendant la période de cicatrisation, pour ne pas s'épuiser. Il était condamné à la tranquillité alors que son esprit bouillonnait encore de l'adrénaline de la course. Il soupira et se dirigea vers les jardins suspendus.

Aikka sentit une aura chaleureuse et familière, et la suivit sans trop y penser. Il se retrouva dans la partie des jardins reliée aux appartements des officiers – jusqu'au pavillon du maître d'armes. Aikka s'arrêta près du maître et observa autour de lui. Il se trouvait dans une partie du jardin qu'il ne connaissait pas.

Le pavillon se dressait à l'écart des autres, au troisième étage environ – Aikka ne voulait à aucun prix se pencher pour vérifier. Il était bordé par une véranda ouverte sur un couloir extérieur au plancher de bois. Les portes de papier de riz étaient bordés par du treillis de ronces recouvert de lierre rouge.

Kaan était assis sur la courte pelouse verte, sur un coussin de lin écru, pour se protéger des marques de l'herbe. Il buvait du thé (probablement à la cannelle d'après l'odeur qui s'en élevait.) Aikka s'assit sur le rebord de bois qui gémit. Aikka fut stupéfait. Il se reposait peut-être depuis son retour, mais il n'avait quand même pas pris autant de poids !

Kaan pouffa de rire : « Ce n'est qu'un plancher rossignol, Aikka. Les rois du passé les ont installés dans le vieux palais pour être prévenus en cas d'intrus, ou même d'assassin. Du thé ? »

Le maître d'armes et Aikka s'étaient beaucoup rapprochés pendant la course. Avoir quelqu'un à qui demander conseils et encouragements quand on a un père trop occupé … Aikka trouvait cela agréable, et également de pouvoir discuter, de pouvoir confier ses problèmes à Kaan. Ils avaient pris l'habitude de parler de choses et d'autres autour d'une tasse de thé. Aikka saisit celle que le maître lui tendait et l'humat. De la cannelle. Comme prévu.

« Qu'y a il donc, Aikka ? Vous ressemblez à un Crog qui n'a pas eu son content de céréales au petit déjeuner. »

Aikka sourit. Le souvenir de Toros vociférant à un pauvre poulpe-laitier qu' «Il n'y a plus de lait et j'ai faim ! Comment suis censé manger mes céréales, par Krom !» était sans prix. Suite à cette découverte, l'Imperium n'avait eu de cesse de chercher un prétexte pour lui couper la tête. De retour sur Nourasie, la planète céréalière par excellence, il avait suffi à Aikka d'évoquer ce souvenir pour que l'envoyé de l'Imperium signe l'acte de décolonisation. Allez savoir pourquoi …

« Eh bien, je m'ennuie un peu … En ce moment, je me remets d'Oban. Mais ensuite, je n'aurai que des cours a suivre comme toute occupation … L'action de la course me manque.

Kaan but une gorgée de thé et réfléchit, les yeux dans le vague.

« Hmm … Et pourquoi ne pas rejoindre l'armée cadette ? »

Aikka en avala son thé de travers.