Note de l'auteur : Bonne lecture !
- Tu vas voir, tu n'as pas à avoir peur, notre Directeur est quelqu'un de très gentil, il était déjà à ce poste pendant ma scolarité, depuis peu d'ailleurs… Le fait qu'il n'ait viré à coup de pied dans le derrière ni Gilbert, ni Francis, ni Allistor ni moi est déjà une grande preuve de son immense patience ! Et puis, c'est grâce à lui que l'école est comme elle est aujourd'hui… Ca n'a pas toujours été un tel havre de paix, à ce que j'ai entendu dire. Ah, on est arrivés, tu retrouveras le chemin du dortoir seul ?
- Euh, oui, je devrais y arriver…
Christian déglutit alors qu'Antonio l'abandonnait devant l'immense porte de bois. Il prit une profonde inspiration et frappa timidement. Evidemment, la porte s'ouvrit toute seule dans un grincement de fin du monde, dévoilant un capharnaüm sans nom. Partout dans le bureau s'empilaient des tonnes de livres, de parchemins, de malles et d'objets divers et variés. Au milieu de cet apocalypse, un bureau en bois massif disparaissant sous de la paperasse. Il distingua, derrière les papiers, une boucle brune, et osa s'approcher.
- Ah, Christian, je t'attendais ! Attends, on va aller derrière, il y a une chaise ici mais elle est quelque part sous des livres et je ne sais pas où !
Il suivit docilement son proviseur jusqu'une pièce communiquant avec le bureau par une petite porte. C'était une sorte de petit salon confortable où deux fauteuils les attendaient autour d'une table occupée par une théière, des tasses et des gâteaux, le tout près d'un feu qui ronronnait doucement. Ils s'assirent tous les deux, Christian en profitant pour détailler ce sorcier que Stefan lui avait décrit comme très puissant. Il en avait à la fois l'air, avec sa grande taille, sa stature et son allure, et pas l'air, avec son grand sourire immature et le fait que son adjoint ait besoin de le ramener par l'oreille dans son bureau pour qu'il travaille.
- N'aie pas l'air si inquiet, j'essaie toujours de voir certains élèves pour avoir leurs ressentis. En début d'année, j'essaie surtout de voir les nés-moldus comme toi, après tout, atterrir dans ce monde de fous doit être un sacré choc. Puis tout au long de l'année j'essaie de voir un peu tous les premières années et quelques autres élèves des autres années… Evidemment, s'il y a le moindre souci, n'attendez pas que je vous convoque, ma porte est toujours ouverte… Et si je ne suis pas dans mon bureau, appelez le Vice-directeur Beilschmidt, il me trouvera. (il frissonna d'horreur) Il me trouve toujours.
Le petit brun acquiesça, rassuré. Le Directeur prit une des théières et lui servit un chocolat chaud, lui tendant la tasse avec un sourire bienveillant. Son angoisse finit par disparaître complètement. Toutes ses entrevues avec des directeurs s'étaient mal passées, c'était à chaque fois pour des bêtises que sa magie avait faites et qui lui avaient values d'être renvoyé… Mais là, il n'avait rien à craindre. L'homme en face de lui était comme lui, après tout, un sorcier.
- Alors, tes premières impressions sur l'école ?
- Elle est… Géniale. Enfin ce n'est que le premier jour et les matières me semblent forcément un peu étranges mais… Les professeurs sont vraiment super, de ceux que j'ai vu, les dortoirs sont confortables… J'aime vraiment !
- Ravi de l'apprendre ! Ne t'inquiètes pas pour les matières, c'est normal. Une école moldue propose un large panel de matières différentes pour donner un socle commun de connaissances aux élèves afin qu'ils se spécialisent après la fin du lycée. Mais nous, la priorité est que nos jeunes sorciers s'approprient le monde magique, maîtrisent leurs pouvoirs. Lors de vos deux dernières années, vous aurez de nombreuses interventions d'universités magiques et diverses filières pour continuer vos études ou travailler après la septième année. J'ai vu que tu t'étais déjà fait une sacrée équipe d'amis… Le petit Kirkland et la petite Schmitt… Et un Kirkland attirant forcément un Marie, tu n'en as pas fini avec les deux Marie non plus.
- J'avais remarqué oui… Attendez, vous voulez dire que tous les Kirkland sont comme ça avec les Marie ?
- Et bien, il n'y a pas de Marie qui ait l'âge des frères et sœurs de Stefan mais… Astrid a le même âge qu'Aingeal. Et moi, accessoirement. C'était quelque chose, à l'époque, leurs disputes, Astrid avait une énorme puissance brute de magie mais Aingeal était brillante, la sorcière la plus intelligente de notre école !
Christian rigola, imaginant assez aisément les deux jeunes femmes, plus jeunes, se cherchant des poux comme leurs fils aujourd'hui.
En observant la cheminée alors qu'il buvait son chocolat chaud, il remarqua les nombreuses photos qui la jonchaient. L'une d'elle présentait cinq sorciers, sûrement en dernière année. Il reconnut les bouclettes et le grand sourire du proviseur, le bras passé autour de la nuque de Friedrich Beilschmidt qui souriait, certes un sourire crispé, mais un sourire tout de même. A la gauche de Romulus, il reconnut le doux visage de Nemetona Bonnefoy, un sourire jusqu'aux oreilles et à moitié affalée sur le brun. A sa gauche à elle, le regard d'acier d'Astrid Marie, souriante malgré elle. Et de l'autre côté, la tignasse et les taches de rousseur d'Aingeal Kirkland tirant la langue à l'appareil photo.
- Vous étiez… Tous les cinq ensembles à l'école ?
- Hm ? Oui, on a le même âge, on est arrivés ensemble à l'école… Une sacrée aventure.
- Vous êtes un sang-pur ?
On ne lui avait pas signalé les Vargas comme une famille de sangs-purs mais il savait que les sangs-purs avaient tendance à rester groupés ensemble alors s'il était avec une Marie, un Beilschmidt et une Kirkland… Romulus lâcha un rire et secoua la tête.
- Non, seuls Astrid, Aingeal et Friedrich en sont. Nemetona avait deux parents sorciers mais les Bonnefoy, c'est son nom de jeune fille et elle l'a gardé, ont beaucoup d'ancêtres moldus. Moi, je suis comme toi, un né-moldu. Enfin… Un né-rien-du-tout plutôt, j'ai été abandonné très tôt.
- …Comment vous savez que vos parents étaient moldus alors… ? Désolé si c'est indiscret…
- Non, non, pas de souci. Et bien ils m'ont laissé devant une abbaye avec une lettre disant qu'ils refusaient d'assumer un tel enfant qui faisait des choses aussi bizarres, ils pensaient que j'étais possédé. J'ai fini à l'orphelinat.
- Désolé…
- Pas de souci, te dis-je, ce sont les aléas de la vie.
Il hocha la tête. Lui, au moins, son père était resté et l'avait soutenu, ainsi que ses deux frères… Il observa pensivement le feu avant de tourner à nouveau la tête vers l'adulte.
- Professeur… Comment s'est passé votre scolarité en tant que… Né-moldu ?
- Ca t'inquiète, à ce que je vois. Soit, je vais te raconter. Mais avant toute chose, afin que tu ne te fasses pas de fausses idées… As-tu remarqué le décalage de mentalités entre l'extérieur et l'école ?
- C'est-à-dire… ? A l'extérieur j'ai surtout vu un type que Stefan avait bousculé sans faire exprès et qui l'a incendié juste parce que c'était un sang-pur…
- Voilà. Et bien ici, ça n'arrivera jamais. Je t'assure que les rares élèves, professeurs ou parents d'élèves qui ont commencé à essayer d'instaurer ou à avoir des comportements discriminants envers tel ou tel élève pour quelque raison que ce soit sont vite partis. Mais… Ca n'a pas toujours été comme ça. C'est moi, ainsi que ma très chère équipe professorale, qui a modifié tout ça. Avant ça… Et bien la Skol an Hud n'était pas la plus discriminatoire, c'est certain, mais y aller en tant que né-moldu n'était franchement pas le plan de l'année…
Romulus soupira en se remémorant son entrée fracassante et désillusionnante dans le monde des sorciers. Lui qui avait cru pouvoir enfin trouver des gens comme lui, il s'était assez violemment cassé les dents en réalisant que les gens comme lui en question le trouvaient quand même différent et ne voulaient pas de lui. Trop sorcier pour les moldus, trop moldu pour les sorciers.
- J'habitais en Italie. Dans l'orphelinat… Et comme pour toi, des sorciers sont venus me voir pour m'emmener à l'école. A la Skol an Hud. Au début, je ne comprenais pas pourquoi m'emmener si loin, je pensais qu'il n'y avait pas d'école de sorciers en Italie… En fait si. Mais à l'époque elle n'acceptait que les sangs-purs et les sangs-mêlés avec deux générations de sorciers au-dessus d'eux, livrets de famille à l'appui. J'avais déjà la couleur de ce nouveau monde dans lequel j'entrais… Tu sais qui étaient les pires avec ça, à l'école ?
- Ben… Les sangs-purs, du coup ?
- Et non. Les sangs-mêlés. Les sangs-purs de l'école, quelques-uns aimaient faire valoir leur statut, d'autres restaient juste entre eux sans jamais se mêler aux autres. Mais les sangs-mêlés… Il y avait une véritable hiérarchie en fonction du nombre de générations de sorciers qu'ils avaient dans leur famille… Ils vouaient une admiration sans limite aux sangs-purs. Quant aux nés-moldus comme nous et bien… On avait le choix entre s'intégrer au mouvement, en tant que bas de l'échelle sociale de l'école, et délirer aussi sur le fait d'essayer de se marier avec quelqu'un avec le plus de sang sorcier possible pour créer une lignée plus pure, nettoyer le sang moldu, ou être complètement exclu.
Romulus marqua une pause avant d'hausser les épaules.
- Je n'ai jamais aimé les mouvements de masse sans réflexion aucune derrière, de toute façon. Tu sais ce que ça fait de finir suspendu par les pieds, en caleçon, à un balai ensorcelé à 300 m du sol ?
- …Euh… Non.
- C'est désagréable. Mais c'est un peu comme ça que j'ai rencontré Nemetona. En fait… Elle a eu pitié de moi. Elle venait toujours me décrocher ou me dépêtrer à chaque fois que je finissais attaché ou balancé quelque part. (il rigola) Elle me disait toujours d'arrêter de m'obstiner à les provoquer, à essayer de faire de mon mieux et de les battre mais… Je recommençais toujours ! Avec Nemetona, on avait aussi une forte rivalité. On était en concurrence sur toutes les matières… Mais elle me battait en Duel. Et ça a duré jusqu'à notre troisième année comme ça. Je n'avais qu'elle et elle a fini par n'avoir que moi et être considérée traître à son sang « presque pur », puisqu'elle avait plusieurs générations de sorciers au-dessus d'elle. Et je l'ai enfin battu en Duel !
Christian hocha la tête et, voyant qu'il avait une question, le directeur le laissa prendre la parole.
- Et… C'est après que vous avez rencontré les trois autres… ?
- Oui et non. Non parce que je les connaissais déjà, de noms. Ils étaient trois des sangs-purs de l'école mais restaient vraiment entre eux, ils ne s'entendaient même pas avec d'autres sangs-purs, à part les frères et sœurs d'Aingeal évidemment, et Galateia Karpusi. C'est la mère de votre professeur d'Arithmancie… Les Karpusi étaient une lignée de sang pur avant qu'elle ne décrète qu'elle allait se marier avec le moldu qu'elle aimait et que personne ne l'en empêcherait. Mais je connaissais surtout Aingeal de nom, en fait. Je te l'ai dit, elle était la sorcière la plus brillante de l'école. Elle pouvait faire de la magie sans baguette, elle passait ses journées à lire et à apprendre de nouveaux sorts, à en élaborer… Une femme d'une très grande intelligence que personne n'avait encore battue en Duel. Pas même Astrid, Aingeal trouvait toujours une ruse pour contrer sa force brute… Et donc…
Il fit une grimace, comme se rappelant d'un souvenir douloureux.
- Enivré par ma victoire face à Nemetona, j'ai lancé, devant tous ceux qui nous avaient regardés… « Ah ! Je pourrais même battre Aingeal Kirkland, maintenant ! »
Dans le prochain épisode : Romulus meurt.
Voilà.
Au fait pour les histoires d'autres dimensions, hésitez pas si vous aimerez en savoir plus sur la jeunesse de telle ou telle nation ! (je vous avoue tout, j'avais commencé, avant même de taper le chapitre 1 de cette fanfic', un OS sur le fameux épisode de la plante carnivore géante avec Francis et Allistor. La classe nationale)
Review ? :3
