Bonjour, bonjour !

On retourne du côté de Drago, d'Hermione et de Lyra, pour ce neuvième chapitre (ça passe vite, quand même...). J'espère qu'il va vous plaire. Pour tout vous dire, c'est l'une des premières scènes qui me soit venue à l'esprit, et toute l'histoire s'est un peu construite tout autour.

Encore un immense merci pour toutes vos reviews. Votre gentillesse et votre soutien me touche beaucoup.

Bonne lecture à tous !

Bises ;)

Peaseblossom

Disclaimer : Rien ne m'appartient, comme toujours...


Chapitre 9

Urgence

Hermione contempla un long moment la petite fille. Malefoy la lui avait amenée une poignée de minutes plus tôt. Il avait l'air pressé. Il n'avait même pas pris le temps d'entrer dans le bureau. Une main sur l'épaule de la petite fille, il avait annoncé précipitamment :

« Je te la laisse. C'est Astoria qui viendra la chercher, j'ai un contretemps. »

Et sans un mot, sans un geste de plus, il les avait plantées au pied de l'ascenseur et était reparti par où il était venu. Elle avait fait doucement entrer Lyra dans son bureau, en s'interrogeant sur son père.

Il y avait quelque chose de changé chez lui. Depuis la première fois qu'il était entré dans ce bureau, jusqu'à cet instant. Même s'il lui était impossible de dire quoi, elle le sentait. Son comportement la laissait perplexe. Tantôt inquiet, tantôt hargneux. Mais elle voyait qu'il aimait sincèrement sa fille, même s'il refusait de le montrer. Et à cette seconde, en regardant Lyra dessiner devant elle, elle songeait qu'elle pourrait être tellement plus heureuse s'il arrivait à lui témoigner ne serait-ce qu'un tout petit peu de cet amour qu'elle lisait en lui. C'était une facette de Drago Malefoy qu'elle découvrait, et qu'elle ne s'était pas attendue à découvrir. Malefoy, malgré les années, était toujours resté dans son esprit ce petit con arrogant de quinze ans, qui l'abreuvait d'injures et de coups bas à Poudlard. Elle se doutait qu'il avait changé, tout comme elle d'ailleurs, mais elle n'avait pas réussi à le défaire de cette image.

Distraitement, elle tira une plume et griffonna quelques mots sur le dossier de Lyra, concernant l'entretien du jour. La tâche ne s'annonçait pas évidente. Le pire, c'est qu'Hermione savait parfaitement que même si elle trouvait ce qui lui était arrivé, il n'était pas du tout certain qu'elle puisse inverser la donne. La magie noire est souvent irrémédiable. Mais elle sentait le besoin irrésistible d'essayer. Au moins d'essayer. Et peut-être... oui, peut-être que ça marcherait.

Elle laissa son regard peser une nouvelle fois sur la petite fille, concentrée sur sa feuille de papier. Elle avait un crayon magique à la main, qui changeait de couleur en fonction du désir de l'enfant. Hermione observa les rapides changements de couleurs. Jaune pâle. Rose chair. Vert bouteille. Gris anthracite. Rouge grenat.

« Lyra, » appela-t-elle doucement.

La petite fille leva les yeux. Elle avait des yeux d'un bleu sombre troublant, pailleté d'étoiles d'argent. Des yeux magnifiques. Elle ne répondit pas, mais Hermione lut une question muette sur son visage.

« Je vais te demander de te concentrer très fort. »

Un léger battement de cils.

« Est-ce que tu pourrais me dire quel sont tes premiers souvenirs ? Tu te souviens de quand tu étais petite ? »

La petite fille fronça les sourcils, visiblement désarçonnée. Hermione lui laissa le temps de réfléchir. Si elle voulait savoir ce qui avait causé cette brutale disparition de magie, elle devait obtenir les réponses les plus claires possibles. Lyra fixa son crayon, la main tremblante.

« Je... Je ne sais pas. »

Hermione posa sa plume, se leva, fit le tour du bureau et s'accroupit près du siège qu'occupait la petite fille.

« Écoute, trésor. Je veux t'aider, mais il faut que tu m'aides aussi. Tu veux faire de la magie, n'est-ce pas ? Comme ton grand frère ? »

Hochement de tête frénétique.

« Tu te souviens quand ton frère faisait de la magie ? »

Elle acquiesça de nouveau, un sourire qu'Hermione trouva très triste sur les lèvres. Trop triste pour une enfant de cet âge. Un enfant à huit ans devait déborder de vie, de joie et d'enthousiasme. C'était l'âge des bêtises et des découvertes. Pas de la tristesse et du silence.

« Tu viens bien me dire ce qu'il faisait ? »

Elle parut hésiter. Mais apparemment, son frère était un sujet suffisamment neutre, et elle se décida :

« Une fois, il a fait descendre un bocal de cookies dans la cuisine et on a tout mangé. Grand-Mère n'était pas contente. »

Hermione l'encouragea d'un sourire. Lyra parut réfléchir, puis elle ajouta :

« Une autre fois, ma peluche s'était déchirée, et il la recousue comme ça. »

Elle fit virevolter gracieusement le bout de ses doigts.

Peu à peu, à force de patience et de questions, Hermione parvint à faire parler la petite fille. Mais elle se bloquait dès que cela la touchait de trop près, malgré ses efforts. Le temps passa vite. Une grosse heure s'était écoulée quand on toqua à la porte.

« Entrez, » invita Hermione.

C'était Anita. Elle passa juste une tête dans le bureau, et lui adressa une grimace d'excuses.

« Une urgence. On vous demande au quatrième étage. Apparemment, les guérisseurs ne savent pas quoi penser.

- Dis-leur que j'arrive. »

La jeune femme acquiesça et referma la porte. Hermione se tourna vers Lyra.

« Je crois qu'on a assez parlé pour aujourd'hui. Ça te dérangerait de revenir me voir, un jour ? »

Un sourire timide apparut sur les lèvres de la petite fille.

« Non, » chuchota-t-elle.

Hermione sourit. Cette petite était tellement attachante. Peut-être que dans le fond, elle avait juste besoin qu'on sache l'écouter.

« J'ai une urgence. Ta maman devrait bientôt venir te chercher. Tu vas aller attendre avec Anita. »

La petite fille bondit de son fauteuil, tandis qu'Hermione se relevait. Elle attrapa sa blouse et tendit son manteau à Lyra. Elles passèrent toutes deux dans la salle d'attente.

« Installe-toi là, fit-elle à Lyra. Si tu as besoin de quelque chose, tu peux demander à Anita, d'accord ? »

La petite fille adressa un regard curieux à la jeune femme, puis acquiesça en silence.

Hermione s'approcha du bureau de sa stagiaire en fronçant les sourcils. On l'appelait rarement dans les étages, et ce n'était souvent pas bon signe.

« Ils t'ont dit pour quoi c'était ? »

Anita fit non de la tête.

« Ils ont juste précisé que c'était très urgent. Ils vous attendent dans la salle Greta Mnemès. »

Hermione se renfrogna.

« La mère de Lyra doit passer la chercher dans peu de temps. Essaye de trouver un autre créneau pour que je puisse la revoir, si tu peux. »

La jeune femme acquiesça.

« Merci, » souffla Hermione.

Elle sourit à Lyra en passant et rejoignit le couloir, en enfilant sa blouse. En appuyant sur le bouton 4 dans l'ascenseur, elle se demanda ce qu'on pouvait bien lui vouloir. Les grilles dorées s'écartèrent, et elle traversa le couloir blanc. Et comme de fait, elle était attendue. Un véritable comité d'accueil s'était réuni devant la salle Greta Mnemès. Elle connaissait quelques-uns des guérisseurs qui se trouvaient dans le groupe.

« Madame Weasley, Merlin soit loué, vous voilà ! » s'écria un petit homme, que sa moustache proéminente faisait ressembler à un morse.

Hermione s'avança.

« De quoi s'agit-il, monsieur Pox ?

- Un cas véritablement incompréhensible. Entrez voir. »

Il s'effaça pour la laisser entrer dans la pièce où un seul lit était occupé. Il y avait un petit garçon, qui devait avoir l'âge de Rose. Il semblait profondément inconscient. Ses cheveux châtains s'étalaient en couronne autour de sa tête. Il était très pâle, mais sa respiration était profonde et régulière. On l'avait perfusé.

« Il s'appelle Édouard Cree. C'est un élève de première année de Poudlard, lui indiqua Pox. On nous l'a amené ce matin. Il a été victime d'une attaque inconnue, dans la soirée d'hier. Il y a également eu une attaque de manticore dans le château, et on ne sait pas si c'est lié. Il n'a pas repris connaissance depuis. »

Hermione s'était raidie à la mention d'attaque de manticore. Comment une telle créature avait pu entrer au château ? Elle était au courant de l'augmentation préoccupante de la population des manticores. Mais à ce point ? Et Rose ? « Merlin, faites qu'elle n'ait rien, » pria-t-elle en silence, l'estomac noué.

« On lui a fait passer une batterie de tests, mais rien n'est concluant, reprit Pox, sans faire cas de son trouble.

- Où sont les résultats ? s'enquit-elle.

- On va vous en transmettre une copie.

- Très bien. Je vais voir ce que je peux faire. »

Hermione mit de côté l'inquiétude qui la tenaillait et se concentra sur son nouveau patient. Sa baguette dessina des spirales compliquées. Des mots étranges s'échappaient de ses lèvres. Une douce lueur rouge entoura le corps inconscient du petit garçon. Elle étudia attentivement chaque variation de son pouls et de sa respiration, chaque ondulation du halo qui l'entourait. Ses mains survolèrent la tête ronde, glissèrent sur la nuque fragile. Elle fronçait les sourcils de temps à autres. Il avait des réactions trop inhabituelles pour que ce ne soit pas remarqué. Elle frissonna. Il y avait de la magie noire là-dessous.

Elle fixa quelques minutes le petit garçon sans connaissance. Malgré sa pâleur, son visage était si serein qu'on l'aurait cru endormi.

« Que t'est-t-il arrivé ? » murmura-t-elle.

Le petit visage rond n'eut aucune réaction.

Finalement, elle annula ses sorts et sortit. Pox l'attendait de pied ferme, avec quelques collègues.

« Il a une légère commotion cérébrale à surveiller. »

Le guérisseur à la moustache de morse acquiesça.

« Oui. Nous l'avions remarquée, mais elle est trop légère pour expliquer son inconscience. Sûrement une conséquence de sa chute. »

Hermione opina.

« C'est ce que je crois. Pour le reste, je pense que son corps est en train de se remettre.

- Se remettre ? Une sorte de coma ? »

Elle laissa glisser son regard sur chacun des visages attentifs qui l'écoutaient.

« Oui. Selon moi, il a reçu un maléfice très puissant, mais dont le but n'était pas de le tuer. Je pense que ce sortilège a occasionné un bouleversement interne, dont je ne peux pas encore saisir la nature et qui nécessite une adaptation somatique. Il se réveillera quand le processus sera achevé. »

Un léger silence accueillit sa déclaration. L'un des guérisseurs, un quadragénaire au maintien très droit, qu'elle ne connaissait pas mais très compétent à ce qu'elle avait entendu dire, le rompit :

« Et combien de temps cela pourrait-il prendre selon vous ? »

Elle secoua doucement la tête.

« Impossible à dire. Deux heures comme deux mois, cela dépend du sortilège qu'il a reçu. »

Il acquiesça lentement.

« Je vois. Et n'y a-t-il pas un moyen d'apprendre rapidement ce qui lui est arrivé ?

- A moins de retrouver l'auteur du sortilège et de soumettre sa baguette à un Prior incanto, non. Et même si Édouard se réveille, je doute qu'il puisse beaucoup nous aider.

- Dans ce cas, intervint Pox, il faut prévenir le Bureau des Aurors et informer le directeur de Poudlard qu'un dangereux individu rôde dans l'école et lance des maléfices à ses élèves. »

Hermione acquiesça. L'angoisse revint la tenailler. Sa fille était à Poudlard, sans doute inconsciente du danger qui la guettait. Merlin tout-puissant, elle deviendrait folle s'il devait lui arriver quelque chose.

Ils discutèrent un long moment de ce qu'il convenait de faire. L'inconscience du petit garçon était un problème presque insoluble. Il serait trop dangereux de lui appliquer un traitement maintenant, alors qu'il était impossible de mesurer ses réactions.

« Et un sort de réveil d'urgence ? » proposa l'un des guérisseurs.

Hermione secoua la tête.

« Trop dangereux. On ne sait pas quelles conséquences cela pourrait avoir.

- Il faut attendre alors ?

- J'en ai peur. »

Elle se sentait aussi frustrée que les autres de son impuissance. Mais ils ne pouvaient rien faire sans risques pour l'enfant.

« Je suis navrée de n'avoir pu vous aider davantage, avança-t-elle. Tenez-moi au courant de son état. Si jamais vous avez encore besoin de moi, n'hésitez pas. »

Elle les salua poliment et s'en alla. L'heure tournait. Le crépuscule tombait sur Londres, derrière les fenêtres ensorcelées. Il serait bientôt temps de rentrer, et elle devait encore consigner le compte-rendu de son entretien avec Lyra Malefoy.

Elle prit l'ascenseur tout en repensant au petit visage inconscient. Qu'avait-il donc pu lui arriver ? Un mauvais pressentiment la saisit. Tout cela cachait quelque chose qui ne lui plaisait pas. Ces années passées à affronter les Forces du Mal avec Ron et Harry lui avaient appris à écouter son instinct. Elle n'avait pas ressenti cette urgence depuis longtemps. Qu'est-ce que cela signifiait ?

Elle rejoignit le sous-sol, traversa le couloir et entra dans le bureau. Anita leva les yeux. A ce moment, Hermione vit que quelque chose clochait. Lyra était toujours là, sagement assise à l'endroit où elle l'avait laissée deux ou trois heures plus tôt. Anita haussa les épaules avec une moue d'incompréhension. La petite fille leva les yeux vers elle. Il y avait de la résignation dans son regard. Une résignation qu'elle n'aurait jamais dû y trouver. Elle aurait dû être angoissée, paniquée, pas résignée.

Hermione prit sur elle, et s'approcha de Lyra.

« Ta mère a dû avoir un contretemps. Je suis sûre qu'elle va bientôt arriver. Est-ce que tu as faim ?

La petite fille acquiesça en silence.

« Anita, tu veux bien t'en charger avant de partir ? demanda-t-elle.

La jeune femme acquiesça.

« Je serai dans mon bureau s'il y a un problème, » ajouta-t-elle.

Elle passa dans son bureau, sans fermer la porte. Elle entendit Anita s'activer de l'autre côté. Elle sentait la perplexité et la colère la gagner. Elle se força à se concentrer sur son rapport. Sa plume crissait sur le parchemin. Les minutes passèrent et il n'y avait toujours pas l'ombre d'Astoria Malefoy. Anita, mal à l'aise entra dans le bureau, son manteau plié sur le bras.

« Est-ce que je peux y aller ? Je peux garder la petite si vous avez trop de travail. »

Hermione lui sourit.

« Non merci, ça va aller. Rentre chez toi. »

Un sourire soulagé apparut sur le visage de la jeune femme.

« Bonne soirée.

- Merci, toi aussi. A demain, » répondit distraitement Hermione.

Elle entendit Anita saluer Lyra puis la porte du bureau se referma. Hermione signa son compte-rendu, le dupliqua et passa dans l'autre pièce. Lyra n'avait pas bougé. Elle contrôla l'emploi du temps du lendemain et jeta un coup d'œil à la pendule. Bientôt dix-huit heures. C'était incompréhensible.

Elle regarda la petite fille pensivement. Elle pouvait toujours la ramener chez elle, mais comment être sûre qu'il y aurait quelqu'un ? Ce retard n'était pas normal. Indécise, elle retourna chercher son manteau dans son bureau. Elle s'assura qu'elle avait sa baguette, attrapa le dossier de Lyra et repassa dans la salle d'attente. Finalement, elle se décida.

« Met ton manteau, Lyra. Tu vas venir chez moi et je vais envoyer un patronus à ton papa. »

La petite fille se leva docilement et enfila son manteau bleu. Hermione conjura son patronus. Une jolie loutre argentée jaillit au bout de sa baguette et sautilla dans la pièce. Lyra observa le phénomène avec un regard émerveillé. Hermione glissa quelques mots à la loutre, et elle bondit à travers le mur. Elle éteignit les lumières et toutes deux rejoignirent le couloir. Elles remontèrent dans le hall presque vide. Hermione salua la sorcière renfrognée du guichet. A l'extérieur, il faisait plutôt sombre. Elles rejoignirent un coin sombre et transplanèrent.

Elles atterrirent sur un petit chemin, derrière un rideau d'arbres. Hermione sourit à Lyra et elles avancèrent sur le sentier. Au détour d'un virage apparut une petite maison au toit d'ardoises, et aux poutres apparentes, entourée d'un petit jardin à l'anglaise. Des lumières brillaient aux fenêtres à demi-occultées par des rideaux. Hermione poussa une petite barrière de bois et elles se retrouvèrent sur une petite allée pavée. Un oiseau lâcha un trille dans un buisson tout proche. Elles passèrent sous une treille couverte d'un rosier au parfum capiteux et aux fleurs fanées. Hermione ouvrit la porte de bois et s'effaça pour laisser entrer Lyra. Ça sentait bon le pain d'épices.

« Je suis rentrée ! » annonça-t-elle.

Elles étaient dans une petite entrée. Un escalier de bois et de pierre montait vers l'étage. Un porte-manteau attrapa leur manteau, et Hermione posa son sac sur un meuble bas.

Quelqu'un dévala les escaliers, et une petite tête rousse lui fonça dessus.

« Maman ! »

Elle rattrapa le petit garçon au vol.

« Bonjour, Hugo. »

Ron entra à son tour, un tablier autour de la taille. Il vint embrasser Hermione. L'air soucieux, il lui tendit une lettre. Elle reconnut l'écriture de Rose. Elle jeta un regard autour d'elle. Mais elle ne vit pas Lyra. Elle se retourna. La petite fille s'était reculée dans l'ombre de la porte.

« Viens. N'aie pas peur. »

Elle s'approcha timidement. Hermione lui sourit. Ron fronça les sourcils.

« Qui est-ce que tu nous as ramené ?

- Lyra, je te présente mon mari, Ron et mon fils, Hugo. »

Elle leva les yeux vers Ron.

« C'est Lyra Malefoy. »

Ron pâlit brusquement.

« Malefoy ? Comme Drago Malefoy ?

- Exact. Je la suis depuis quelques semaines. Ça pose un problème ? »

Une lueur de défi brilla dans son regard. Ron soutint son regard quelques secondes puis abandonna la lutte.

« Aucun. J'ignorais qu'il avait une fille. »

Hermione lui sourit et l'embrassa. Elle se tourna vers Hugo.

« Tu veux bien jouer avec elle, en attendant qu'on vienne la chercher ? »

Le petit garçon regarda Lyra, puis ses yeux revinrent à sa mère.

« Mais c'est une fille, ronchonna-t-il.

- Hugo…

- D'accord, Maman. »

Lyra jeta un regard interrogateur à Hermione. Elle acquiesça doucement, et la petite fille suivit Hugo vers le salon. Ron les observa disparaître avec une grimace suspicieuse. Hermione récupéra le dossier de Lyra dans son sac. Puis elle fronça les sourcils.

« Il n'y a pas quelque chose qui brûle ? »

Ron jura et se précipita dans la cuisine. Hermione sourit et se dirigea vers le bureau. Elle s'écroula sur le fauteuil en soupirant. Elle ouvrit la lettre de Rose et se mit à lire. Elle perdit vite son sourire. Son inquiétude revint au galop. A la fin de sa lecture, son cœur battait la chamade. L'angoisse revint au galop et lui nouait la gorge. Sa fille avait été attaquée par cette manticore, à Poudlard, comme ce pauvre Edouard Cree. Mais à quoi avait-elle échappé ? Les manticores sont rapides, fourbes, imperméables à la magie. Comment lui avait-elle échappé ? Savait-elle seulement à quel danger elle s'était exposée ? Elle se mordit la lèvre. Rose allait bien, et c'était l'essentiel, mais elle n'arrivait pas à relativiser. C'était plus fort qu'elle.

A ce moment, un glapissement terrorisé résonna dans toute la maison. Hermione reposa la lettre en fronçant les sourcils. C'était Ron qui avait crié. Elle leva les yeux au plafond et se leva. Les petites têtes d'Hugo et de Lyra regardaient curieusement vers la cuisine. Elle leur sourit.

« Ne faites pas attention. »

Elle passa dans la cuisine.

« Où ? »

Ron acculé contre la table, désigna du doigt un morceau de carrelage où se baladaient les huit pattes d'une araignée. A sa décharge, elle était grosse et particulièrement moche. Hermione l'écrasa sans pitié, et fit disparaître le cadavre d'un coup de baguette. Puis elle s'approcha de son mari.

« C'est fini. »

Ron soupira, la main sur le front. Elle posa une main sur sa poitrine et l'embrassa dans le cou. Il passa ses bras autour de sa taille.

« Explique-moi pourquoi je suis incapable de tuer une araignée, alors que je recherche et que j'affronte des mages noirs à longueur de journée ? marmonna-t-il.

- On a tous ses peurs. Ce n'est pas la fin du monde. »

Il la tint serrée contre lui.

On tambourina à la porte d'entrée. Ron amorça un geste pour sortir, mais elle le retint par le bras.

« Laisse, je m'en occupe. »

Ron eut un regard méfiant. Hermione l'embrassa rapidement sur les lèvres et rejoignit le couloir. Elle ouvrit la porte. C'était Malefoy, le visage rougi par autre chose que le froid. Elle le fit entrer.

« Où est-elle ? » gronda-t-il.

Hermione serra les dents.

« Elle va bien. Inutile de t'énerver. Suis-moi. »

Elle l'emmena dans son bureau et ferma soigneusement la porte. En passant, elle avait vu Ron surveiller le couloir. Elle se tourna vers Malefoy, les bras croisés, des reproches au bord des lèvres.

« Je… Astoria aurait dû venir. Je ne sais pas ce qui lui a pris, la devança Malefoy.

- Ce n'est pas à moi qu'il faut dire ça, Malefoy. C'est Lyra qui a attendu tout l'après-midi qu'on se souvienne qu'elle existe.

- Je t'ai dit que j'avais un contretemps, et Astoria… »

Il soupira lourdement.

« Peu importe. Ça s'est bien passé ?

- Plutôt oui. Si ce n'est que ça risque d'être difficile, répondit-elle. Elle se bloque dès qu'on évoque des souvenirs qui la touchent de trop près. Est-ce qu'elle fait des cauchemars ? »

Malefoy fronça les sourcils. Il prit quelques secondes de réflexion.

« Quand elle était petite, oui. Mais plus maintenant. Pourquoi ? Quel rapport ? »

Hermione détourna les yeux vers la fenêtre et fixa l'obscurité de plus en plus profonde. Elle répondit pensivement :

« Les rêves sont recomposés à partir du quotidien et des souvenirs qu'on n'imagine pas forcément avoir, mais qu'a conservé le subconscient. Les cauchemars en particulier peuvent être le reflet d'événements traumatiques de la petite enfance. »

Son regard s'arrêta sur le dossier de Lyra, ouvert sur son bureau. Sur le dessus, il y avait un des dessins que la petite fille avait fait plus tôt dans l'après-midi. Sans savoir pourquoi, ce dessin l'intrigua. Ce n'était pas très original comme dessin.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Malefoy.

Elle ne répondit pas, mais elle contourna son bureau pour prendre le dessin.

« Qu'est-ce que c'est ? s'enquit Malefoy.

- Un dessin de ta fille. »

Elle l'observa attentivement. Il y avait une maison sur la droite, un arbre sur la gauche. Au milieu, se tenait un personnage, vêtu d'une robe vert bouteille, brandissant une baguette. A la place du soleil, il y avait une étrange forme rouge sombre à huit côtés, sertie dans un cercle jaune. On aurait dit un pendentif.

« Bah qu'est-ce qu'il y a de bizarre ? C'est un dessin, point barre.

- Regarde bien. Tu ne reconnais personne ? »

Malefoy se pencha sur la feuille. Le personnage en robe verte avait de longs cheveux blonds, un menton pointu et des yeux très gris. Il leva les yeux vers Hermione, sceptique.

« Ce doit être moi. Mais quel est le problème ?

- Toi, Malefoy ? Réfléchis un peu. Quand est-ce que tu as eu les cheveux longs, exactement ? »

Il fronça les sourcils. Le personnage sur ce dessein serait… son père ? Mais Lyra l'avait à peine connu. Elle avait deux ans quand il avait été envoyé à Sainte-Mangouste. Comment aurait-elle pu le dessiner ?

« Tu crois qu'elle a dessiné mon père ? »

Elle acquiesça.

« Il a bien été interné il y a six ans, non ?

- Les deux seraient liés ?

- On ne peut pas négliger cette piste. »

Ils contemplèrent un long moment le dessin un peu maladroit. Finalement, Malefoy pointa du doigt l'étrange objet circulaire, en haut du dessin.

« Et ça, c'est quoi ? »

Elle leva les yeux vers lui.

« Le nœud du problème, » murmura-t-elle.