Voici dans le chapitre... 8 ( si je n'ai pas pardu le fil ) et je crois que c'est un record dans mon histoire =)
J'ai mis du temps à l'écrire lui aussi mais je l'ai posté tout de même plus rapidement non ? *fière*
Je tiens à remercier mes lectrices ( ou lecteurs... ? Y en a t-il un ?) parce que j'ai de l'inspiration grâce à vous !
Je vais répondre à quelques questions, car je ne l'ai pas fait pour le chapitre précédent dans ma hâte pour poster ( je suis sûre que vous comprenez ).
Bien, go !
JuliaEmmett : Ta question m'a surprise mais aussi rendu curieuse. Bien sûr je ne répondrai pas, happy end ou pas, ce qui fait la beauté d'une histoire c'est justement de découvrir la fin après tant de frustration. Je suis une complète hypocrite en disant ça car je lis la fin de tous mes livres avant le début en espérant que tout aille dans mon sens mais bref. Donc je vais te poser une question à toi : Qu'est-ce qui t'a fait penser que mon histoire pourrait connaître une fin dramatique, voire tragique ? Et attention, en demandant ça, je n'exclus pas cette issue, ça peut même être une idée pour les nœuds dans ma tête... ;-)
Cestpassimple : Merci beaucoup pour ta review. Moi aussi j'avais un sourire sur le visage en te lisant =) Et oui vous l'aurez tous devinés, la prof de dessin de Bella est bien Renée. Ce n'était pas très dur hein ? J'ai juste été gentille pour l'instant.
Merci à tous pour vos reviews, je ne peux malheureusement pas répondre à toutes mais chacune est très importante pour moi !
À présent, je vous laisse lire ;-)
Disclaimer : cette histoire ne m'appartient pas, je pique juste quelques personnages pour essayer d'en faire un cocktail amusant.
Chapitre 8 : Chocolat
« Isabella ? Je peux te parler un moment ? »
Je fronce mes sourcils avant de tourner la tête, même si la voix m'avait déjà donné un indice sur le visage. Bingo. Mes yeux observent le bleu dans ceux de l'interlocuteur avant que je n'hoche la tête. Elle soupire. De soulagement ?
« Merci... Euhm... je voudrais te parler de... d'Edward » Elle prononce son nom avec difficulté avant de déglutir, les yeux mouillés.
Je suis gênée. Je ne m'étais jamais imaginée parler à Tanya à part si elle voulait m'insulter ou m'éloigner de lui. Je tourne la tête pour observer les alentours et il n'y a pas beaucoup de personnes, ce qui est normal vu que c'est la bibliothèque.
« Tu peux t'asseoir » Je lui réponds en lui désignant la chaise en face de moi.
Elle se précipite sur la table mais au lieu de s'asseoir en face, elle choisit la chaise à côté de la mienne. Elle renifle, passe une main dans ses cheveux d'un étrange blond-roux qui n'est pas sa couleur naturelle, avant de me saisir la main qui tenait un stylo. Il tombe par terre. Je le regarde rouler avant qu'il ne s'arrête et je voudrais le ramasser mais Tanya a une forte poigne.
« Isabella, je sais, oui je sais que tu connais Edward » Je me retiens de lever les yeux au ciel et je ne le fais pas à cause de son état, légèrement hystérique, qui m'inquiète « Alors tu dois savoir que lui et moi ne sommes plus... » Elle déglutit avec difficulté avant de fermer ses yeux rapidement et de les rouvrir « ensemble » Elle souffle le dernier mot en un murmure déchirant et pour la première fois, j'ai de la peine pour elle.
J'acquiesce mais ses yeux, brouillés, semblent ailleurs et je me sens obligée de parler « Je sais »
Elle me serre un peu plus la main et se lèche ses lèvres, gercées. Elle a si changé. Depuis sa rupture avec Edward, tout le monde a remarqué que la Reine de beauté ne se maquillait plus et ne prenait plus soin d'elle. Elle avait été absente même une semaine pour maladie.
Edward est dangereux.
« Il ne veut plus me parler Bella » Elle couine, désespérée, des larmes dans les yeux, prêtes à couler « Je peux t'appeler Bella hein ? » Elle renifle avant de s'essuyer les yeux, le nez rougi.
« Oui » J'aurais dit non il y a vingt secondes « Où veux-tu en venir Tanya ? » Je souffle en fermant mon livre avec ma main libre, les lèvres pincées.
Il y a quelque chose de si vide dans les yeux des gens tristes et désespérés. Il n'y a plus de profondeur. Un voile recouvre un gouffre de souffrance et cette expression fait fuir les gens qui sont plus ou moins satisfaits de leur vie car couper ce voile voudra dire des ennuis et de la douleur. En posant cette question, c'est la sensation que j'ai eu. Mais contrairement à ces gens plus ou moins satisfaits de leur vie, je ne fuis pas. Parce que je connais cette souffrance et cette solitude, je l'ai toujours connu.
« Je veux... » Elle prend une profonde inspiration, les yeux déterminés « Je veux le reprendre »
Alors c'est ça.
Je suppose que l'amour est un sentiment qui met tout le monde à genou. Mon portable – que j'ai eu à mon anniversaire grâce à Jake – vibre dans ma poche et je sais qui c'est. Je ressens subitement un plaisir sadique et malveillant envers Tanya pour qui toute pitié s'est envolée. N'a-t-elle aucune fierté ? Si Edward a rompu, c'est qu'il ne veut plus d'elle n'est-ce pas ? Elle devrait lui parler qu'elle se débrouille très bien sans lui et non pas ramper à ses pieds.
« Pourquoi s'il ne ressent rien ? » Je lui demande méchamment et je regrette un peu mais j'ai envie de la secouer.
Elle tressaille « Il acceptera. Si c'est toi... si toi, tu lui demandes, il le fera »
Je plisse mes yeux avant de mordiller ma lèvre inférieure, curieuse. Edward, m'obéir ? J'ai envie de rire mais je me retiens parce qu'elle est trop triste. Je me demande si elle connait réellement Edward. Il n'est pas ce qu'elle pense qu'il est. Edward n'obéira jamais, Edward est insaisissable. Il vient ou il part. On ne peut pas l'empêcher. Et certainement pas moi. Si je n'ai pas eu mon mot à dire dans cette étrange relation qu'il a installé entre nous, je ne vois pas pourquoi il m'écouterait.
« Et pourquoi ? » La question est partie plus vite que je ne le pensais et je rougis. Je voulais paraître plus désinvolte et mature devant elle.
Elle m'observe quelques minutes et je me sens mal à l'aise. Ma question avait l'air de la surprendre avant qu'une sorte de lassitude s'installe dans ses prunelles.
« Tu ne le sais vraiment pas ? » Elle me rétorque avec un froncement de sourcils. Et elle semble moins triste, ainsi curieuse par mon ignorance.
Je secoue la tête. Un deuxième silence s'installe et elle lâche enfin ma main. Je la reprends rapidement, m'écartant un peu.
« Je n'ai pas compris son intérêt soudain pour moi au début » Elle commence, les yeux posés sur le mur derrière moi « J'avais déjà un faible pour lui et j'ai été curieuse quand quelques jours après il a si bien accueilli mes avances alors qu'avant ses yeux passaient sur moi comme si j'étais un mur, ou bien tout simplement invisible » Mon cœur bat plus vite quand je pense à ces avances qui ont conquis Edward « J'étais si heureuse. Puis quelques jours après que nous ayons commencé à traîner ensemble, il m'a emmené dans le couloir rouge avec la peinture bizarre - »
« C'est Le Cri d'Edvard Munch » Je l'interromps parce que je n'ai pas pu m'en empêcher.
Elle poursuit en levant les yeux au ciel et je pense qu'elle redevient un peu comme avant, hautaine et mauvaise, avant de m'observer quelques secondes, les lèvres pincées, les yeux définitivement plus sombres. Je recule et quand elle décolle ses lèvres l'une de l'autre, c'est avec un petit « pop » .
Je la vois se pencher et sa main se dirige vers mon visage et je ne peux pas reculer plus ou je tombe alors elle saisit une mèche de mes cheveux avant de l'enrouler autour de son index.
« Tu sais, avant je te trouvais mignonne » Elle m'annonce, les yeux pensifs « Puis plus j'avançais dans ma relation avec Edward, plus... » Elle s'interrompt, ancrant un regard presque haineux dans mes yeux « Je te trouvais insupportablement, laide » Elle ponctue ce dernier mot en tirant brusquement sur ma mèche.
Ma tête suit le mouvement brutalement avant que je ne me recule brusquement, giflant sa main « Tu n'as aucun droit de me toucher, et encore moins de me blesser » Je lui annonce froidement, prête à m'en aller.
« Toi non plus » Elle me réplique, ses lèvres déformés en un rictus sardonique qui provoque des frissons incontrôlables le long de ma colonne.
Je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'est devenue la triste fille de tout à l'heure et je veux vraiment vraiment m'en aller et mettre un maximum de distance entre elle et moi mais une nouvelle fois, ma curiosité me retient. Tu es trop curieuse Bella, ce sera ta perte un jour, je me souviens des paroles de maman et je déglutis. Cette même curiosité a provoqué ma rencontre avec Edward, ce jour, dans le bureau du proviseur.
Tanya voit sûrement la bataille qui fait rage en moi parce qu'un faux sourire doux s'installe sur son visage avant qu'elle ne pose ses bras sur la table en face de nous, pliant le gauche et reposant sa joue dans sa main.
« Je ne me sentais pas d'humeur à rentrer dans les détails mais finalement... » Elle se lèche rapidement les lèvres, les yeux plissés « tant pis je suppose, n'est-ce pas, ange ? » Elle termine, un sourire mauvais sur le visage, les yeux fermés et les sourcils froncés.
Je sursaute quand j'entends ce surnom sortir de ces lèvres. Le seul qu'Edward me donne toujours. Passant ma main dans mes cheveux, je ferme rapidement mon livre dont le mouvement seul fait rouvrir les yeux de Tanya. Assise dans la même position, elle observe ses cheveux abîmés sur la table avec un petit soupir avant qu'un sourire sucré ne teinte ses lèvres.
« Je ferais beaucoup de choses pour lui » Elle n'a pas besoin de préciser qui ce lui désigne, nous le savons très bien toutes les deux « alors même si je n'aimais pas ce couloir, je l'ai suivie tu vois... mais. Mais quelque chose n'était pas nette, je le savais pourtant, ah l'amour. Douloureux n'est-ce pas ? » Elle m'interroge, soudainement plus vive, s'asseyant correctement, tourné vers moi, les yeux grands ouverts et plein d'une honnêteté effrayante après son spectacle plus tôt « Y avait Chelsea et Benjamin avec nous alors bon, j'étais à la fois rassurée et agacée mais franchement, ce tableau me tapait sur le système tu saisis ? Impossible de faire quoique ce soit de pervers avec ce truc difforme qui te hurle à la tronche pas vrai ? » Je me retiens de la corriger parce que j'ai peur de sa réaction et j'ai maintenant en plus du mal à la suivre « Enfin, j'ai réussi à l'embrasser et comme il semblait pas trop dans le truc, j'ai cru que c'était ce foutu tableau derrière qui bloquait, enfin... »
Elle arrête son monologue pour coiffer ses cheveux et j'ai envie de vomir parce qu'elle me fait peur, parce que ce qu'elle me dit me fait souffrir, parce que je suis inquiète de la suite, parce que je me sens tout simplement menée en bateau pour finir abandonnée. Au moment même où j'essaie de relâcher un peu la pression, elle plante son regard rapidement dans le mien, sérieuse.
« Puis il m'a dit qu'il n'aimait pas ma couleur de cheveux » Elle rit mais j'entends des trémolos dans sa voix « J'étais si blessée. Si, si blessée. Je voulais le gifler et partir mais il a quelque chose tu sais ? Qu'est-ce que ça peut-être... ? » Elle s'arrête à nouveau, songeuse « ses yeux. Sa voix ? Non, sa présence tout simplement. Il a quelque chose de si imposant qui empêche les gens de lui désobéir ou de lui répondre. Pfffiout... comme ça, je me suis adoucie après l'avoir regardé dans les yeux quelques instants et je l'ai embrassé encore parce que j'arrivais pas à résister à ces petites lèvres pleines »
Elle soupire rêveusement et je me demande si elle me voit prête à m'écrouler sur le sol. J'ai envie de sortir mon téléphone et de répondre à Edward et lui dire de venir parce que je suis terrifiée par son ex qui semble avoir perdu la tête. Je n'ose même pas bouger le petit doigt parce que j'ai peur qu'elle me saute dessus.
« Bref ! » Elle s'écrie tout d'un coup, posant ses deux mains sur ses genoux, les bras tendus et un grand sourire sur le visage qui ne me rassure pas vraiment « Ce qu'il m'a dit m'a quand même taraudé surtout parce qu'il participait pas trop au baiser tu vois... alors je lui ai proposé des couleurs et puis j'ai dit roux après avoir tout essayé et pour la première première fois, il m'a embrassé » Elle arrête de parler et prend une profonde inspiration, plongeant ses yeux tristes dans les miens, encore angoissés.
Je pense à ce qu'elle me dit et je me souviens parfaitement du jour où je les ai vu dans ce couloir et pour la première fois, je me demande si le Edward que je connais est vraiment mon Edward. Enfin, non pas mon mais Edward que je connais depuis longtemps parce que mon ça signifierait des tas de trucs bizarres et... savait-il que j'aimais passer du temps là-bas ? Que j'adore ce tableau ?
« Oui oui oui Bella, je te vois y arriver » La voix de Tanya me sort de mes pensées et l'angoisse disparaît pour faire place à une certaine peine que je ne ressentais pas jusqu'à lors « Je vais poursuivre d'accord ? J'en étais... ah oui voilà, les cheveux roux. J'étais si fière de moi et je pense que les féministes m'auraient hurlé de le frapper et de faire ce que je veux réellement faire mais ça fait tellement de bien de pouvoir faire quelque chose, de provoquer quelque chose, de la part et pour une personne que l'on aime tellement. Je le ferais encore si tu le persuades de bien vouloir se remettre avec moi d'ailleurs Bella » Elle finit sur le ton de la discussion et je manque de finir bouche bée « Et puis il a tourné la tête et bon j'ai suivi son regard parce que... parce que je l'embrassais et il s'est arraché de moi si facilement... »
Je manque de ne pas entendre la suite parce que je la connais déjà.
« Il t'observait t'enfuir » Elle conclut avec un haussement d'épaules « Au début je ne savais pas qui c'était mais après t'avoir vu avec lui, j'ai entendu parler de toi. Je me souviens particulièrement de ce moment-là parce que son expression m'avait, disons, profondément marqué » Elle prend une profonde inspiration avant de baisser les yeux vers ses mains « Il avait ses sourcils froncés, mais pas d'une manière coléreuse et confuse, plutôt... comme s'il souffrait et qu'en même temps il acceptait son sort. Il...il, ses yeux étaient intenses et il semblait si fatigué, ses paupières semblaient si lourdes. Puis, il m'a regardé à nouveau après que tu ais disparu et j'ai été choquée de voir que l'intensité qu'il y avait dans ses yeux avaient complètement disparu. C'était vide. Et j'ai réfléchi mais j'ai compris seulement récemment ou plutôt j'ai accepté de comprendre, qu'il regarde tout le monde comme ça. Personne ne voit la différence parce que c'est toujours pareil mais toi. Il t'a regardé et c'était différent. C'est toujours différent » Je l'entends renifler et la Tanya d'il y a au moins plus de trente minutes est de retour.
Edward savait que j'étais là. Et de ce qu'elle m'a dit, il le prévoyait même. Voulait-il me blesser ? Pourquoi ? Dans quel but ?
« Tanya ? » Je l'appelle et dire son nom m'écorche la bouche mais c'est nécessaire et elle lève des yeux perdus vers moi « Qu'a fait Edward après, tu sais... m'avoir vu ? »
Une flamme brille dans ses prunelles et j'y reconnais la colère, la rancune.
« Il est parti » Elle siffle « Il s'est dégagé de mes bras de la plus abominable des manières, comme s'il se dégageait d'une mauvaise herbe autour de sa taille et il est parti et jamais il ne m'a regardé » Elle rit d'un rire amer « J'étais tellement naïve que je pensais que c'était de la timidité et qu'il était gêné alors le soir même, je me suis teint les cheveux pour essayer de le faire sourire » Elle trace des cercles sur la table avec son index « Il m'a regardé et sa bouche s'est tordu et c'était tout. Pas le sourire que j'espérais »
Je prends une nouvelle et profonde inspiration avant de me lever brutalement et de pratiquement jeter mes affaires dans mon sac. J'ai à peine pu travailler et je n'y arriverai pas plus après son départ, si elle veut bien partir, mais je ne me sens pas la patience de tester. Je rabats ma chaise qui tape contre la table et qui provoque quelques têtes de se lever et d'observer d'où vient le bruit avant que la main de Tanya m'empoigne le poignet gauche comme une serre acérée. J'ai la gorge nouée et je me fais violence pour la regarder une dernière fois dans les yeux.
« Promets que tu lui parleras Isabella. J'ai besoin de lui, tu comprends ? Toi non alors donne-moi le. S'il te plaît » Elle plaide et ce murmure sonne comme une lamentation déchirante.
J'avale difficilement ma salive et avec mon autre main, essaie de desserrer ses doigts autour de mon poignet pour me libérer de son emprise. Quand j'y arrive, je le secoue avant d'enfiler mon sac sur mon dos.
« Je lui parlerai » sont mes derniers mots avant que je ne déguerpisse comme si j'avais les flammes de l'enfer qui me léchaient le dos.
-O
« Où T ? G envie de te voir »
Je lis le message, les lèvres pincées. Y répondre ? Je devrais. Le mieux serait de l'affronter, de lui parler, de lui demander des réponses parce que c'est juste. Je dois savoir parce qu'il y a définitivement quelque chose qui ne va pas avec Edward. Je repense à ma discussion avec Jasper qui d'ailleurs ne voulait pas parler des parents d'Edward et je me demande s'il y a un lien.
Avant même que je n'y réfléchisse vraiment, mes doigts touchent le bouton « appel » à côté du numéro de portable de Jasper. J'entends trois tonalités, presque quatre, avant qu'il ne décroche.
« Hey Bells ! Quoi de neuf ? » Il a l'air de bonne humeur et je me sens presque coupable de ruiner ça.
« Oh hum... salut Jasper. Je vais bien et toi ? » Je me racle la gorge, mal à l'aise. Comment aborder un sujet pareil ?Ce ne sont pas mes affaires, il va sûrement m'envoyer bouler. Mais je dois tenter parce que tout ça est très étrange. Le comportement de Tanya, celui d'Edward... je me sens trop jeune pour tout ça.
« Comme d'hab' » Il s'interrompt, avant de reprendre, hésitant « Et... hum, Alice ? »
Je souris et je lui suis secrètement redevable parce que l'atmosphère est moins lourde, électrique.
« Alice va aussi bien que moi, même si je jurerais que tu lui manques puisqu'elle parle de toi à longueur de journée » Je lui révèle cette dernière partie et j'espère qu'Alice ne me tuera pas mais je dois amasser toutes mes chances pour avoir des réponses.
Et ça marche, je crois, puisque je l'entends rire, une sorte de rire pincé, gêné, mais très très flatté. Bingo Bella, tu es trop forte.
« C'est génial. Enfin je veux dire, que vous allez tous bien et pas que Alice me manque, enfin que je lui manque, pas que ce soit une mauvaise chose mais- »
« Jazz ! » Je soupire en levant les yeux au ciel. Il est trop nerveux.
« Pardon Bella » Il s'arrête et je l'entends murmurer quelque chose, trop bas pour que je comprenne « Au fait, pourquoi as-tu appelé ? C'est... inhabituel »
Inhabituel est un euphémisme. Je n'aime pas parler au téléphone alors j'utilise toujours les messages mais étant timide, j'en envoie seulement à ceux que je connais vraiment. Comme Jacob, Alice, Rosalie et... Edward. Bien sûr.
« Oui je sais... voilà, c'est à propos de » Vas-y, vas- y tu peux le faire ! « d'Edward»
J'entends Jasper arrêter de respirer à l'autre bout du fil. Où plutôt, je ne l'entends plus respirer. J'ai l'impression de lui avoir balancé une bombe sur la tête, et pas des moindres puisqu'il semble peiner pour reprendre la parole.
« Oh heu... tu sais beaucoup de choses sur Edward. C'est flatteur de ta part de penser que j'en sais plus Belli-Bell » Il semble hésitant mais rapidement son ton reprend une certaine confidence qui me fait grincer intensément des dents.
Bien retombé Jazzi mais pas pour longtemps... il ne connaît pas encore le côté têtu de Bella Swan.
« Ce n'était pas vraiment un compliment Jasp. En fait, je n'y aurais jamais pensé si quelqu'un ne m'avait pas rendu curieuse. Tu me rends encore plus curieuse du coup » Je ris à la fin pour tenter de détendre l'atmosphère mais il reste silencieux et je pince mes lèvres.
Merde.
Je ne sais pas ce qui m'étonne le plus, mon injure ou le fait que Jasper reprenne subitement la parole.
« Je peux savoir qui a éveillé ta curiosité ? » Il fait une pause et je pense qu'il attend une réponse mais je secoue ma tête avant de me souvenir que nous sommes au téléphone.
Alors je reste silencieuse. Je ne peux pas lui dire, même si Tanya a été vraiment effrayante. Et je ne peux pas dire que j'ai eu peur pour moi et Edward mais plus j'y pense... elle n'était pas comme ça avant. Sa relation avec Edward l'a changé, alors s'il a fait ça... n'est-il en pas fait le plus effrayant ?
Je n'aime pas Tanya, mais je la déteste pas non plus. Je la crains juste un peu. Et maintenant je me sens même angoissé pour elle. Alors tout révéler à Jasper qui va sûrement le répéter à Edward ? Je ne suis pas si méchante, enfin j'espère.
« Je vois » Il soupire avant de reprendre « Je suis désolé mais je peux rien te dire Bella » Je n'entends pas le regret dans sa voix, mais je peux entendre l'étonnant soulagement qui la teinte et je fronce les sourcils.
« Okay je vois... tu n'y peux rien. Je suppose » Mon soupçon est vérifié quand un soupir de profond soulagement le trahi. Alors je poursuis.
« Mais Jasper ? » Je chuchote et je le vois presque se mettre sur ses gardes, donc je prends une longue inspiration avant de fermer mes yeux, légèrement tremblotante « Le crains-tu aussi ? »
-O
Dire que la discussion avec Jasper m'a mis dans un état aussi pathétique que celle avec Tanya est un euphémisme. Je n'ai jamais été si perdue, triste, angoissée, craintive et... effrayée.
Jasper n'a pas répondu à ma question et je prends ça pour un oui. Oui il a peur, oui il redoute Edward. Mais pourquoi ? Nom d'un chien, je n'ai que douze ans et mon deuxième prénom n'est certainement pas Sherlock... Sortant l'Iphone qu'Edward m'a acheté avec l'accord de mon père, je déverrouille l'écran et observe son message en silence. Devrais-je me sentir menacée ? Devrais-je avoir peur de lui ?
Je ne sais pas.
Le Edward que je connais est un Edward gentil et plaisantin, le Edward que je connais plus que moi-même peut être mutin et voyou mais certainement pas vicieux. Le Edward que je connais semble aimer sa famille et Jasper, il ne semble pas du genre à intimider son cousin et détester, pour une raison que j'ignore, ses parents. Vais-je trop loin ?
Et s'il était réellement comme ça Bella ? Et s'il te manipule toi aussi ? Depuis le commencement, ce commencement, dans le bureau du proviseur ?
Je frissonne et refuse de répondre à mes propres questions. Étrange, cette manie de ne pas vouloir regarder certaines vérités en face. Je relis son message. Il me l'a envoyé il y a maintenant vingt minutes. Il doit s'impatienter. Mon prochain cours est dans une dizaine de minutes. Mordillant ma lèvre inférieure, torturée, je me décide enfin.
« Vais en cours maintenant. À toute à l'heure »
Il y a de fortes chances que ce message ne lui plaise pas. C'est une réponse normale, mais je parviens à percevoir mon ton et on entend bien mon agacement, mon désir de prendre quelques distances. Edward me connaît si bien, il doit déjà bouillir. Je soupire et passe une main dans mes cheveux, me dirigeant vers le bâtiment A qui abrite mon prochain cours de mathématiques. Je n'aime pas aller dans ce bâtiment. C'est le plus vieux, le plus abîmé. Son architecture est séduisante pour les vieilles âmes nostalgiques mais elle m'inspire une sorte de crainte inexplicable. Je trouve ce bâtiment juste lugubre et froid. Il n'y a pas de couleurs, donc pas de peintures, rien qui me ressemble, à moi et à mon monde.
J'entends la première sonnerie derrière moi, un peu en sourdine, car en plus d'être le plus vieux bâtiment, c'est aussi le plus reculé. La sonnerie n'est pas très perceptible et encore moins dans les salles, c'est pourquoi les profs ont leur propre chronomètre. Étrange à voir, surprenant, mais j'aime bien.
Mon portable vibre.
J'accélère le pas.
J'ai un mauvais pressentiment. Et si Jasper avait déjà parlé à Edward ? Et si Tanya avait tout avoué, complètement désinhibée qu'elle est, maintenant ? Et si mon ton l'avait rendu furieux ? C'est déjà arrivé, je l'ai déjà vu si furieux contre moi qu'il s'était transformé. Il était devenu bizarre, je veux dire, plus étrange que d'habitude.
Son visage ne m'avait pas vraiment terrorisé, ce qui m'avait fait peur, c'est d'avoir découvert que le Edward calme n'était qu'une sorte de façade. Le Edward calme n'est pas plus effrayant que le Edward énervé. Combien de fois s'était-il retenu ? Je ne sais plus pourquoi il s'était tant énervé... je pense que ça avait un rapport avec mon anniversaire et Dimitri, de ma classe d'art...
« Bella, tu voudrais te mettre avec moi pour le projet ? J'aime bien ce que tu peins » J'arrête de ranger mes affaires, surprise, avant de me tourner vers le visage rondelet et doux de Dimitri Foster.
Et je rougis « Si ça ne te dérange pas, oui... je veux bien en fait » J'essaie de me rattraper après avoir balbutié.
Je n'en reviens pas. Un garçon de mon âge m'a parlé. À moi. Oui, je connais Edward, mais c'est Edward, et Jasper est le cousin d'Edward alors c'est normal qu'il me parle et Emmett c'est le frère d'Alice, encore plus normal. Ils en sont presque obligés.
Mais Dimitri ? Parce qu'il le veut, il me parle. Edward n'y est pour rien.
Je suis très très contente.
« Okay alors. On commence au prochain cours ? » Il me sourit et j'observe ses fossettes. Il est mignon. Et ses yeux sont d'un plus joli bleu que je le pensais.
Encore incapable de parler et perdue dans mon observation, j'acquiesce. Son sourire s'agrandit et il s'éloigne, satisfait. Je me retourne pour le suivre des yeux, encore éberluée, quand mes yeux sont attirés par une masse cuivrée proche de la porte. Edward est ici. Appuyé sur la chambranle de la porte à l'aide de son épaule gauche, il m'observe silencieusement avec une étrange froideur. Qui disparaît quand Dimitri passe à côté de lui.
Le regard d'Edward quitte le mien pour se poser lentement sur Dimitri qui marche innocemment vers la sortie. J'observe Edward observer Dimitri avec une expression indéchiffrable et ses yeux verts de chat ne m'ont jamais paru aussi prédateurs. Aussi perçants.
Puis il sourit. Pas son sourire qui m'est, je pense, réservé. Ce sourire. Celui réservé aux inconnus, aux professeurs, aux autres personnages de notre âge trop envahissant dont il ne veut pas.
Imperceptiblement, je vois la jambe d'Edward, la droite, bouger pour barrer la sortie. Dimitri arrive, la tête haute et ne voit pas cette jambe, basse, et quand je réalise, j'ouvre la bouche pour l'avertir mais comme si Edward l'avait senti, doué d'un étrange sixième sens, il plante son regard livide dans le mien, me défendant de faire quoi que ce soit.
Je glapis parce que son regard, comme toujours, me tient en otage et je pense que ce bruit a définitivement poussé Dimitri dans son piège quand celui-ci se tourne pour me regarder rapidement, curieux. Ce n'était qu'un regard.
Une seconde.
Les coins des lèvres d'Edward se sont encore un peu plus relevés, en une sorte de sourire sardonique, et quand finalement Dimitri s'est pris le croche-patte, tombant tête la première sur le sol, le sourire sardonique est devenu triomphant.
Il n'a fait que m'observer pendant tout ce temps-là et j'ai clairement perçu son message, même si je ne comprenais pas pourquoi. Ne parle plus à ce garçon Bella.
Puis quand Dimitri s'est relevé en marmonnant des gémissement de douleurs avant de repartir après avoir balayé le sol, confus, sans avoir soupçonné Edward ne serait-ce qu'un seconde, Edward s'est approché de moi. Les lèvres rouges et humides, les yeux encore remplis de cette lueur que je n'aime pas, une nouvelle, plus familière vient s'y mêler. Mes doutes fondent comme neige au soleil.
« Bella » Il m'appelle et je lève la tête.
Il se penche avant de poser délicatement son front contre le mien. Je le vois fermer ses yeux mais je ne ferme pas les miens, l'observant à ma guise. Mes yeux ne quittent pas son visage, même lorsque ses mains, sur mes hanches, remontent vers mes flancs, effleurant ma poitrine naissante avant de finalement se poser à la naissance de ma gorge, ses pouces exerçant une légère pression sur ma trachée.
« Je ne peux pas te perdre Ange » Il me murmure en prenant une profonde inspiration, glissant son nez le long de mon cou, dans mes cheveux, inhalant mon odeur « Pas toi, jamais »
On reste silencieux encore quelques secondes, moi parce que j'ai la gorge trop nouée, lui parce qu'il semble ailleurs. Ses doigts exercent une plus forte pression contre ma gorge et je déflutis difficile. J'essaie de me reculer mais il est comme un étau autour de moi et ses doigts ne s'enlèvent pas.
Il lève enfin la tête, un petit sourire aux lèvres « Tu comprends ? »
Quand j'acquiesce, parce que j'ai mal à la gorge, son sourire s'agrandit encore un peu plus même s'il semble étrangement peiné, avant qu'il ne m'embrasse doucement sur ma joue droite.
Bien sûr, c'est quand Edward est parti et avec lui le nuage qui brouillait mes pensées que j'ai pensé que peut-être, sûrement, il pourrait me faire du mal si je n'obéissais pas. Mais c'est Edward ?
C'est en soupirant que je rentre dans le bâtiment. Dernière heure de cours de la matiné. Puis dessin, et je suis tout d'un coup plus heureuse et plus légère quand je pense à Edward. Montant les escaliers en hummant une mélodie qui n'existe pas, à part dans ma tête, je ne fais pas attention aux bruits de pas derrière pas, de plus en plus rapides et bruyants.
Quand une masse me rentre dedans, je tombe en avant, le souffle coupé et mon cartable me glisse des épaules. Je suis sur le ventre et la masse est toujours au-dessus de moi. Je voudrais qu'il s'enlève mais il a l'air de prendre son ton. Prenant une profonde inspiration après avoir perdu mon souffle, je m'interrompts quand une puissante odeur de menthe et de soleil m'envahit. Oh.
Je suis retournée rapidement sur le dos et mes yeux tombent en premier sur les cheveux cuivrés de mon ami d'enfance, couvert d'une feuille humide et quand ses bras s'enroulent autour de ma taille, je le regarde enfin dans les yeux et ils semblent si différents.
« Es-tu assez grande Bella ? » Il me demande, la voix douce mais déterminée.
Je passe rapidement ma langue sur mes lèvres et j'observe ses yeux qui suivent mon geste « Gr-grande pour quoi ? » Je répète bêtement, avant de me gratter la gorge aussi silencieusement possible quand ma voix part dans les aigü.
Ses yeux si verts et perçants entrent dans les miens et semblent fouiller mes moindres pensées, à la recherche d'une réponse que je ne connais pas moi-même. Je commence à trembler, très doucement, mais il semble s'en rendre compte quand son regard se fait fixe à nouveau.
« Pour savoir » Il se penche doucement et chuchote ce mot.
Je sens son haleine, un peu chocolatée et mentholée, et je me demande rapidement ce qu'il a mangé mais il pose ses lèvres contre les miennes et j'oublie.
Mes yeux ne se ferment pas, ils observent les siens, fermés.
« Et pour savoir, tu dois comprendre Isa » Il termine sur mes lèvres.
Je ne sais pas ce qui me choque le plus. Qu'il utilise un nouveau surnom, pas que ce soit réellement choquant en soi, mais un surnom de mon vrai prénom, et je semble plus grande ou...
… ou qu'il m'invite enfin à le cerner.
Eh bien voilà. Plus qu'à attendre le prochain ^^
Bien, parlons de ce chapitre ? Je reconnais qu'il est plus noir, mais il fallait bien entrer un peu dans le Angst à un moment ou à un autre non ? Ne vous inquiétez pas, nous n'en sommes pas encore au sommet, ni même sur la pente de la courbe Angst.
Que pensez-vous des personnages ? On en sait plus sur Tanya et sur Edward non ?
Je suis ouverte à toutes propositions et suggestions car vos idées peuvent me faire changer le cours de l'histoire ;-)
À bientôt !
Booowty'
