Merci à Lunagarden pour sa review.
Bonne lecture !
Que faire, maintenant ?
Maxine ne savait que faire. Elle chargeait, mais elle sentait que son adversaire préparait quelque chose. Elle espérait de tout cœur que son idée allait fonctionner, même si les chances étaient nulles.
Cependant, elle n'avait rien d'autre. Elle se concentra sur le pouvoir de sa matéria. Rien ne se produisit. Évidemment, cette planète était dépourvue de magie. Comment pouvait-elle croire en ce que tous les habitants de ce monde jugeaient impossible ?
Tant pis, il était trop tard, elle était trop près de lui maintenant. Elle ferma les yeux, espérant qu'un miracle se produise, que son assaillant s'évanouisse dans une masse de fumée, comme lors de leur dernière rencontre.
Soudain, des flammes puissantes jaillirent de ses mains et fondirent sur son ennemi. Elle en profita pour éviter un coup mortel. Les flammes l'encerclèrent, le forçant à lâcher la coupe. Il tenta de se dégager, mais l'anneau se resserra autour de lui. Il sentit les flammes brûler sa peau. Après un dernier regard meurtrier, il disparut. Les flammes s'évanouirent.
Avec un soupir de soulagement, elle se pencha et ramassa le fameux calice qu'elle avait vu en représentation dans le livre de sa chambre.
Au moment où elle s'en saisit, elle sentit une chaleur la parcourir. Elle reconnut les caractères gravés sur l'objet.
Soudain, elle sentit quelqu'un lui agripper l'épaule. Elle se retourna et vit que ce n'était que Michael. Il avait assisté à la fin du combat, avait vu les flammes jaillir de la jeune femme et attaquer l'être étrange qu'elle lui avait décrit plus tôt. Mais il n'eut pas le temps de prononcer un mot. Comme Maxine, il se sentit tomber dans un trou noir qui venait d'apparaitre sous leurs pieds.
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Vincent se précipita dans le couloir et vit un tas d'os sur le sol. Les dernières flammes venaient de disparaître, laissant le reste du corps de l'assaillant sur les lattes du plancher. Il se retourna en direction de la pièce où il avait laissé Maeha. Jamais il n'avait vu une matéria faire autant de dégâts.
Dans la chambre, Maeha s'était recroquevillée sur elle-même. Elle était terrifiée. Qu'avait-elle fait ? Cette odeur et ces cris la hantaient. Les larmes coulaient le long de ses joues. Ses yeux fixaient un objet qui se trouvait non loin d'elle, en partie sous le lit.
Une fois que son corps eut cessé de trembler, elle se redressa et prit l'objet. C'était un livre, ouvert à une page bien précise, avec des dessins représentant le calice qu'elle-même avait dessiné, peu avant de se retrouver dans ce drôle de monde. En bas de la page de droite, on pouvait voir des inscriptions familières.
Vincent entra alors dans la pièce et s'agenouilla près d'elle.
« Est-ce que ça va ? »
Maeha se tourna vers lui. En la voyant ainsi, bouleversée et en larmes, le jeune homme eut un pincement de cœur. Saisie d'une brusque impulsion, Maeha se blottit contre lui en étouffant des sanglots. Vincent hésita, puis lâcha son arme et la serra doucement contre lui.
Une lumière attira soudain son regard. Le livre ! Les pages s'illuminaient, comme animées par une magie inconnue. L'obscurité envahit la chambre.
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Ploc ! Ploc ! Ploc ! Ploc…
Des gouttes d'eau ? Il pleuvait ?
Maxine ouvrit les yeux. Elle se trouvait de nouveau dans cet espace blanc et silencieux. Elle portait la même robe blanche et une douce brise caressait son visage. Elle se mit en marche à travers cet espace cotonneux. Elle s'y sentait étrangement bien, comme blottie dans un bon lit chaud en hiver.
Elle se retrouva bientôt face à un miroir.
Et en face d'elle, son reflet, avec une robe noire. Mais ce n'était pas vraiment elle. Elle avança sa main vers le miroir en même temps que son faux reflet.
Sa main se posa sur le miroir. À son contact, le verre se brisa. Elle sentit alors la paume de son reflet contre la sienne. Une puissante lumière envahit l'espace, aveuglant les deux jumelles.
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Maxine ouvrit les yeux et découvrit alors devant elle un bel homme aux yeux carmin et aux longs cheveux noirs. Vincent Valentine, son contact.
« Tu te réveilles enfin », dit-il de sa belle voix grave.
Maxine fronça des sourcils. La manière dont il la fixait ne lui plaisait guère. Ses yeux étaient rouges et luisaient d'une lueur étrange, presque inquiétante. Il se dégageait beaucoup de pouvoir mais aussi un grand calme de cet homme.
Le calme avant la tempête, qu'un rien peut déchaîner si l'on ne fait pas attention, comprit la jeune fille.
Elle regarda autour d'elle et reconnut avec soulagement la chambre qu'elle avait prise peu avant son voyage inter-dimensionnel.
« Je… j'ai comme un… trou. Si tu veux bien me rafraîchir la mémoire, je ne sais pas où je suis ni ce qui s'est passé. »
« Eh bien, Tu as ''débarqué'' hier, si je puis dire les choses ainsi. C'était plutôt surprenant. Tu tenais le calice que tu recherchais dans les mains, et tu es sortie d'une espèce de vortex. Tu as perdu connaissance après ton arrivée, tout comme Maeha. Il est vrai que vous vous ressemblez de manière assez troublante. »
« Quoi ? Maeha, celle dont j'ai prit la place… sur Terre. Elle… Elle est ici ? »
« Dans une chambre voisine, son ami lui tient compagnie. »
« Je vois. »
Pendant un instant, Maxine ressentit de la tristesse. Certes, elle était heureuse d'être revenue sur Gaïa et d'avoir retrouvé sa vie. Mais maintenant, un sentiment qu'elle n'avait jamais éprouvé lui serrait le cœur. La solitude. Personne n'avait dû se rendre compte de son absence, encore moins de son retour. Elle n'avait pas d'amis ni de famille. En peu de temps, elle avait découvert sur Terre des choses jusque-là inconnues. Bien sûr, elle avait les Turks, mais c'étaient des compagnons de bar, si on pouvait les appeler ainsi. Et jusque là, tout ça lui avait suffi. Elle se força à sourire à Vincent.
« Bien, maintenant que nous avons trouvé le calice, as-tu des indices sur sa fonction ? Sam le cherche, mais avant de le lui apporter, j'aimerais l'étudier un peu. Il s'en est passé des choses à cause de ce truc, et il a plus qu'attisé ma curiosité. Enfin, avant ça, j'aimerais bien rentrer chez moi, histoire de prendre des affaires. »
« Tu ne veux pas aller la voir avant ? Je sais que tu ne la connais pas, mais pour une raison que je n'explique pas, vous semblez liées toutes les deux. Je ne te force pas la main, mais elle a vécu des épreuves difficiles, elle s'est fait beaucoup de souci pour sa famille. Peut être devriez-vous parler un peu, toutes les deux. »
« Je ne sais pas si c'est une bonne idée… Mais j'ai des questions à lui poser, tu as raison. Allons-y, elle doit être réveillée. »
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Maeha ouvrit les yeux. On l'avait installé sur le lit dans une des chambres épargnées par le combat qui avait fait rage ici.
Elle se releva lentement. À côté d'elle, Michael dormait. Il avait perdu connaissance en même temps que les filles. La jeune fille sourit. Elle était contente de revoir un visage familier. Elle n'avait rien oublié de ce qui lui était arrivé, ni même la veille, quand elle avait vu un trou noir s'ouvrir devant elle et Vincent. Puis elle les avait vus, Michael et cette personne qui lui ressemblait. Elle ne l'avait qu'aperçue car sitôt après, elle avait perdu connaissance.
Silencieusement, Maeha quitta le lit et se dirigea vers la porte. Prendre l'air lui ferait du bien. La porte s'ouvrit avant que ses doigts atteignent la poignée.
Maeha et Maxine se regardèrent avec stupeur. Lentement, chacune fit un pas sur le côté. Vincent les regarda avec l'étrange impression de voir une personne jouer avec son reflet dans le miroir.
Certes, elles ne se ressemblaient pas tout à fait. Maxine avait une carrure plus musclée, sans pour autant être massive, et sa peau était hâlée. Maeha avait une expression plus douce sur le visage, la peau lisse et pâle, avec une manière de bouger plus gracieuse et délicate. Maxine avait une attitude ferme, pleine d'assurance.
« J'y crois pas… » souffla Maxine en tendant le doigt pour toucher sa jumelle.
« J'ai l'impression de voir double ! » dit Maeha.
Lentement, chacune tendit l'index vers l'autre pour la toucher à l'épaule. Elles étaient aussi réelles l'une que l'autre.
« T'es qui, toi ? Non, j'ai demandé d'abord ! » dirent les filles en chœur.
Leurs voix tirèrent Michael de son sommeil. Il se leva et se figea en voyant les deux filles face à face. Maeha se tourna vers Michael.
« Ah, vous vous rencontrez enfin ! » dit Michael, tout sourire.
« Tu veux bien m'expliquer comment t'es arrivé ici avec elle ? » demanda Maeha.
« Eh beeeeeeeeeen… »
« J'existe, moi ! Tu pourrais me poser la question ? » demanda Maxine, les bras croisés.
« Si tu y tiens, j'ai également des questions pour toi ! Pour commencer, qui c'est ce Reno qui m'a collée, en ville ? Où sont mes parents ? Tu étais chez moi, je parie ? Si tu leur as fait du mal, je… »
« Woh, tout doux, la miss ! Primo, Reno est un bon vieux copain, et s'il t'a embêtée, je lui en toucherai un mot. Et pour tes parents, relax ! Je ne leur ai fait aucun mal, je me suis plutôt donné beaucoup de mal pour les protéger d'une horrible créature que tu as laissé venir dans ton monde ! »
« Une… créature ? Michael, rassure-moi, ma mère va bien ?! »
« Oh oui, elle, euh… » dit Michael.
« Elle attend un enfant », dit Maxine, sans préambule.
Maeha se figea. Sa mère adoptive attendait un bébé ? Non, impossible, elle avait vu des médecins ! Michael lui fit signe de la tête que Maxine disait vrai.
Maeha se laissa tomber sur un siège en soupirant.
« T'as beaucoup de choses à m'expliquer, on dirait », dit-elle avec un sourire crispé.
« Toi aussi », dit Maxine avec le même sourire.
Michael regarda les deux jeunes filles puis Vincent. Il fronça des sourcils.
« Vous êtes qui, vous, au fait ? » demanda le jeune homme.
« Je suis Vincent Valentine. »
« Ouais, le vampire d'Avalanche », dit Maxine.
« Un… un vampire ? Woh, attends une seconde ! Maeha, t'as passé la semaine en compagnie de ce type ? Il t'a pas pris du sang, au moins ? »
« Du sang ?! Pourquoi j'aurais fait une telle chose ? » demanda Vincent d'une voix surprise.
Maxine détourna la tête pour cacher son sourire. Elle pouvait bien comprendre la réaction de Michael, il lui avait fait voir des films de vampire dans son monde, depuis le plus vieux Dracula jusqu'à la série Twilight.
« T'inquiète, Michael. Vincent est mon ami. Il a veillé sur moi tout au long de mon séjour et je peux t'assurer qu'il est digne de confiance. Il mange de la nourriture humaine comme toi et moi », dit Maeha.
« Il supporte également la lumière du soleil et il a un reflet dans un miroir », ajouta Maxine.
« Ah bon ? Vous n'êtes pas un vrai vampire, alors ? Genre C'est moi, Vincent Valentine, blah, blah, blah ? » dit Michael en faisant une grimace menaçante.
« Jamais je n'ai dit ça de toute ma vie : blah, blah, blah ! Je me demande qui a inventé ça », dit Vincent en se dirigeant vers la fenêtre pour vérifier que personne n'espionnait dehors.
Le jeune homme écarta le rideau, laissant passer un rayon de soleil qui fit étinceler le calice posé sur la table au bout de la pièce. Les trois adolescents regardèrent l'objet.
« Une chose est sûre : tout nous rapporte à cet artéfact. C'est à cause de lui qu'on se retrouve dans cette situation », dit Maeha.
« Ouais. Bon, une seule solution s'impose », dit Maxine.
« Laquelle ? » demanda Michael.
« On va voir Sam. C'est le gars qui voulait que je récupère cet objet au départ. De toute façon, je dois le lui ramener, c'est mon boulot. Et je tiens à ma réputation. Déjà que j'ai plus d'une semaine de retard sur la livraison, après tout ce qui s'est passé », dit la jeune fille.
Soudain, on frappa à la porte. Tous échangèrent un regard, puis Maxine s'approcha du battant. Sans ouvrir, elle dit :
« Qui est là ? »
« C'est moi, Reno ! »
Maxine fit signe aux occupants de la pièce qu'elle s'en chargeait. Elle sortit en veillant à ouvrir le moins possible la porte, de façon à ce que Reno ne puisse voir l'intérieur de son appartement et ses occupants. Elle referma aussitôt la porte et l'invita à l'extérieur de la bâtisse, d'où ils pourraient discuter.
« Et bien alors, tu ne me reçois pas chez toi aujourd'hui ? Il y a un autre homme ou quoi ? Ça expliquerait aussi pourquoi j'ai pas de nouvelles de toi depuis une semaine », lui dit-il tout en lui attrapant les hanches.
Avec douceur, Maxine écarta ses mains.
« Non, je n'ai pas le temps de voir quelqu'un d'autre, Reno. Entre toi et le boulot, pas vraiment, non. »
« Alors c'est quoi tous ces mystères que tu me fais ? Tu ne veux plus qu'on s'amuse ensemble, toi et moi ? » lui répondit le rouquin.
« Ce n'est pas ça non plus. Écoute, je viens de découvrir que j'avais de la famille, alors, je n'ai pas trop le temps pour ça. Il faut que j'encaisse la nouvelle, et que j'apprenne à faire connaissance. Je te rappellerai pour une prochaine fois, ok ? »
Le rouquin lui fit signe qu'il comprenait, et après avoir levé la main en signe d'au revoir, partit. Ils ne s'embrassèrent pas, seuls les couples le faisaient. Oui, les couples que Maxine avait pu voir dans les films que Michael lui avait fait découvrir. Et pour une raison inconnue, son cœur se serra. Elle retourna à son appartement où sa « famille » l'attendait. Un mensonge qui n'en était pas vraiment un, compte tenu de la ressemblance entre Maeha et elle.
« Ça a été ? » demanda Michael.
Maxine le regarda et sentit une colère inexplicable l'envahir. Colère qui enfla quand ses yeux se posèrent ensuite sur Maeha et même Vincent. Depuis qu'elle avait fait leur connaissance, sa vision des choses avait changé et sa vie n'était plus pareille. Elle lui apparaissait soudain comme fade et vide, dépourvue de sens.
Maeha avait tout : une maison dans une jolie petite ville, une famille aimante, elle faisait des études et était considérée comme une belle fille brillante, avec en plus un chouette copain loyal et serviable. Elle avait même réussi à apprivoiser le vampire froid de la bande d'Avalanche. Et elle, qu'est-ce qu'elle était ? Juste la petite mercenaire d'antiquités, avec un sex friend et quelques vagues relations, sans foyer ni attaches.
« Faites vos valises, on part pour Edge dans une heure », dit-elle sur un ton froid, avant de filer s'enfermer dans sa chambre.
« Qu'est-ce qu'elle a ? Qu'est-ce que j'ai dit ? » demanda Michael.
Maeha ne dit rien. Elle ne savait pas comment, mais à l'instant où sa jumelle avait regardé Michael, elle avait ressenti sa colère. Elle se souvint d'un article qu'elle avait lu dans une revue scientifique traitant des sujets considérés comme paranormaux : un lien entre deux jumeaux. Si l'un se blessait, l'autre pleurait. Si l'un était triste, l'autre pleurait. Et leur tendance à finir la phrase de l'autre.
Et quand Maxine avait éprouvé de la colère et de l'injustice, Maeha avait serré les poings, prête à frapper Michael en lui hurlant que c'était sa faute si sa vie était gâchée.
