Iggy en mode daddy poule, la Guerre de Sécession et une touche discrète de FrUK. Que demande le peuple?

Attention ceux qui ne suivent pas Impossible n'est pas anglais ne comprendrons pas certains passages.

Disclamer: Himaruya a tout, comme d'hab.


Déchirure

C'était la première fois qu'il osait mettre les pieds sur le territoire américain depuis la Guerre d'Indépendance. Depuis que son fils avait écrit sa Constitution, avait déclaré son indépendance, allant jusqu'à décider de fêter son anniversaire ce jour-là*, et l'avait chassé de ses terres. Il y revenait aujourd'hui alors que les États-Unis étaient déchirés par la guerre civile.


Arthur Kirkland, représentant de l'Angleterre, avait tenu quatre mois avant de chercher une excuse pour échapper à ses obligations de nations et sauter par dessus l'océan Atlantique pour rejoindre Alfred. Malgré leur dispute, malgré la rébellion de ce jeune idiot, malgré ses affirmations répétés à sa reine et à son voisin d'Outre-Manche que cet imbécile l'avait bien cherché à vouloir jouer dans la cour des grands, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Angleterre avait connu des guerres civiles et il savait à quel point sentir sa population s'entre-déchirer était une sensation destructrice. Il n'avait que peu de souvenirs de ces périodes, préférant oublier le maximum de choses mais les rares réminiscences d'une douleur terrible, comme si on écartelait son âme, ne lui donnait pas envie d'en savoir plus. Il se souvenait aussi, parfois, de quelqu'un qui le serrait contre lui en lui murmurant des mots apaisants mais Arthur n'arrivait jamais à visualiser son visage.


Tout à ses sombres pensées, il lui fallut un instant pour se rendre compte que Matthew était là et tentait d'attirer son attention.

-Comment va-t-il?

Puis, il songea qu'il aurait dû demander comment allait son autre fils d'abord. Celui-ci était décoiffé, les yeux cernés et aussi pâle qu'un linceul. Ses vêtements étaient froissés et sales, ses mains tremblaient et il ne cessait de regarder derrière lui.

-Pas bien daddy. Heureusement que tu es arrivés.

-Conduis-moi jusqu'à chez lui et après va te reposer. Tu ressembles à un cadavre fraîchement déterré.

Canada acquiesça en tentant de cacher son soulagement. Arthur se sentit coupable d'avoir passé des semaines à se voiler la face. Il aurait dû venir plus tôt même si son gouvernement s'était déclaré neutre dans le conflit. Depuis combien de temps s'occupait-il de son frère sûrement rendu à demi-fou, seul?


Les deux nations sautèrent jusqu'à la maison d' America puis le plus jeune rentra chez lui. Angleterre observa la demeure, une bâtisse carrée de bois avec une petite terrasse à l'avant, enchâssée entre deux collines. Celle où il avait élevé les deux jeunes colonies était abandonnée depuis des années. Il savait par Matthew qu'Alfred s'en était construit une autre de ses propres mains ,à l'écart de la capitale pour avoir un endroit où se poser sans être dérangé par son gouvernement, et qu'il y tenait beaucoup. Alors, pourquoi est-ce que des tuiles manquaient sur le toit, pourquoi la peinture s'écaillait-elle sur le mur, pourquoi le poulailler tombait-il en ruine et le potager semblait-il à l'abandon? La situation était pire qu'il ne le pensait. Anxieux, Arthur s'avança jusqu'à la porte de la demeure. Fermée évidemment, Canada ne l'aurait jamais laissé ouverte à tous en sachant son jumeau vulnérable. Un simple sort et le sorcier entra sans difficulté.


L'intérieur était plongé dans la pénombre, les rideaux gris tirés malgré le grand soleil. Une fenêtre était même barrée par des planches.

-N'approche pas ou je tire!

-Al? C'est daddy.

Il plissa les yeux, tentant de repérer son fils. Un rayon de soleil fit briller le canon d'un fusil et Arthur repéra une masse sombre recroquevillée sous la solide table de chêne occupant une grande partie de la pièce principale.

-N'approche pas! Comme les autres...Tous en train de se tuer...Je les tuerai tous! Tirer!

Alfred était une nation. Si il le touchait au cœur, il pouvait le tuer.

Arthur ne réfléchit pas, il s'avança sans crainte et écarta le fusil. La balle partie se loger dans une poutre et le jeune représentant, affaibli et surpris, lâcha son arme.

-Qu'est-ce...

Il oublia ses rancœurs de nation, sa colère du départ d'Alfred et redevient un père qui vient de retrouver son fils malade et ayant besoin d'aide. Il serra dans ses bras son enfant.


Le monde était rouge, le monde était un hurlement, le monde était douleur. Son peuple mourrait et se battait et il ne pouvait rien faire pour les défendre puisqu'ils se battaient entre eux. Chaque mort se gravait au fer rouge dans son âme. Pourquoi? Comment? Un voile écarlate recouvrait tout et il se débattait pour rester à la surface, pour ne pas se noyer mais les flots carmins le refoulait, plus forts à chaque instant. Et ils criaient, les morts, ils criaient leur douleur et leur haine les uns contre les autres, ils les entendaient tout le temps, même en se frappant la tête contre les murs pour ne plus les entendre, même en essayant d' hurler plus fort qu'eux. Son sang, leur sang, ses cris, leurs cris, il ne faisait plus la différence. Ils étaient lui et il était eux et il ne savait plus qui il était. Y avait-il seulement d'autres couleurs que le rouge et le noir? Plus rien n'avait de sens, plus de haut, plus de bas, plus de temps, plus rien que lui qui sombrait toujours plus profond et leur agonie qui lui déchirait les entrailles, qui malmenait son corps, pauvre pantin désarticulé, pauvre marionnette dont les fils s'emmêlaient et se tranchaient les uns les autres, plus de soutien, plus rien, plus rien. Parfois, une voix douce lui parlait, écartant pour quelques instants les autres mais vite, trop vite, cela revenait, plus fort, plus vite, encore, pas de fin, pas de début, juste le bruit, le rouge et l'asphyxie.


Une voix différente, une silhouette sombre à travers le brouillard vermeille. Des mots lancés aux hasards, une détonation puis des bras qui l'emprisonne. Il se débat mais le chant l'arrête, une voix tendre qui fredonne une antique berceuse contant la beauté de la mer qui berce les enfants. Un parfum familier l'entoure et il revient loin, à l'époque où il n'était qu'un nourrisson dans les langes, à l'époque où la même voix lui chantait ces quelques couplets pour l'endormir. Une présence réconfortante et protectrice l'entoure et le rouge reflue pour laisser place à un vert tendre et au bleu du ciel. La mélodie remplace la cacophonie des mourants et la paix l'envahit. L'étreinte n'est plus une prison mais un refuge et il s'y blottit comme un oisillon dans son nid.

-Mummy...

-I'm here, little star. I'm always with you.

Alors, Alfred pleura tout ce qui était enfermé en lui et l'étouffait, toute sa peine et sa douleur. Redevenu un petit garçon, il se laissa cajoler et consoler. Finalement, épuisé à force de sangloter, il s'endormit en inspirant l'odeur familière de sel et de terre humide. L'odeur de maman.


Les States sentirent immédiatement la différence au réveil. Le représentait sentait toujours la douleur et l'agonie de son peuple mais il n'était plus totalement submergé. Il restait faible et il les sentait prêtes à resurgir comme furieuses d'être mises en arrière-plan mais comparé à son ancien état, c'était une sacré amélioration. La jeune nation ouvrit les yeux et découvrit le décor familier de sa chambre, la maquette de bateau dans sa bouteille sur la commode en bois brut, au-dessous de la peinture de paysage achetée à un peintre affamé par pitié, les rideaux bleus, la grande armoire normande offerte par son papa et l'un des seuls meubles qu'il n'avait pas construit lui-même et les quelques livres qu'il avait gardé de sa période sous le contrôle d'Angleterre, bien alignés sur leur étagère et ledit Angleterre qui s'était endormi à son chevet.


L'Américain se frotta les yeux et se pinça. Celui-ci était bien là, installé sur une chaise, la tête renversée en arrière, vêtu de vêtements étonnamment simple pour lui, une chemise en lin et un pantalon de toile. Il essaya de se rappeler de son arrivée mais tout était flou dans son esprit. Il se souvenait juste du rouge puis maman...Maman! Depuis toujours, la jeune nation était convaincue d'avoir une mère quelque part. Il ne savait pas d'où lui venait cette certitude mais son jumeau la partageait malgré les explications de leur papa sur l'apparition de leurs semblables. Et elle était venue, il en était sûr, il se souvenait de sa voix, du contact familier de son corps et il sentait toujours son parfum dans l'air. Reniflant, Alfred se leva, doucement, pour ne pas éveiller l'Empire. La fragrance embaumait ses narines, venant de la chambre. Et...Non, ce n'était pas possible. Il se pencha jusqu'à poser sa tête sur l'épaule de l'autre nation. Elle sentait comme sa mère.

Pourtant, il savait très bien pour l'avoir déjà vu torse nu à l'époque où il était encore une petite colonie, que le représentant anglais était un homme.


-Al'? Je peux savoir pourquoi tu es en train de me renifler?

Aussitôt, il se recula en marmonnant quelque chose à propos d'un rêve. Heureusement, Arthur l'interpréta d'une façon qui l'arrangeait.

-Non, je suis vraiment là.

-Mais...T'étais pas censé être neutre dans l'histoire?

Il se souvenait très bien de cette décision de ces deux pères. A ce moment-là, il avait encore des périodes de lucidité.

-En tant que nation, je ne peux pas m'impliquer dans cette guerre. En tant que personne...Malgré tout ce qui s'est passé, tu es toujours mon fils et j'ai connu ce genre de conflit. Je ne pouvais pas te laisser en le sachant.

L'ancienne colonie ne dit rien, émue. C'était le paradoxe de son dad, capable de mener un conflit sanglant pour le garder et finalement, renoncer au dernier moment. Il avait toujours écarté de sa mémoire cet instant où Angleterre aurait pu le vaincre et finir la guerre. L'image ne cadrait pas avec celle du puissant et impitoyable Empire contre lequel il aurait perdu si son papa et son ami Espagnol ne l'avaient pas aidé. Ce ne fut qu'à cet instant qu'il réalisa à quel point son daddy, l'hyper possessif à tendances mégalomanes, tenait à lui. Il laissa de côté son souci d'odeur, il était venu pour l'aider et c'était tout ce qui comptait.


Arthur sursauta lorsque son fils lui sauta dans les bras. Il vacilla pour ne pas tomber, lui rendant maladroitement son étreinte. Autant lorsqu'il était affaibli et à moitié fou cela lui avait semblé naturel, autant maintenant qu'il était réveillé et en meilleur forme cela lui semblait étrange.

-Rien d'étonnant, pensa-t-il, la dernière fois qu'il m'a fait un câlin spontanément c'était avant la guerre.

-Merci daddy.

-Et aussi la dernière fois qu'il m'a appelé daddy, pensa-t-il, trop ému pour prononcer un mot.

Ils restèrent un instant comme ça puis, sentant les jambes d'Alfred flageoler, il l'installa doucement mais fermement dans son lit.

-Tu es encore faible et dans ton cas, il faut se reposer et ne pas trop en faire. Je vais voir si je te trouve quelque chose à manger.

La nation plus âgée quitta la chambre en dissimulant son sourire.


Fouillant dans les placards, Arthur trouva du pain pas trop rassi, du bacon, du fromage jaune et friable et, bonne surprise inattendue, des œufs frais, sûrement ramassés par Matthew.

-Une omelette, ça te va?

-Je m'en fous tant que je mange!

D'habitude, il l'aurait réprimandé pour son langage, mais il était trop content que son fils ait de l'appétit.

-Tu veux l'achever?


Angleterre sursauta en entendant cette voix trop familière. Il se retourna pour voir Francis. Celui-ci lui arracha littéralement le pain et le bacon des mains. Derrière lui, Matthew, changé et un peu plus frais, le salua rapidement avant de filer vers la chambre de son frère. Bientôt, les voix joyeuses des jumeaux résonnèrent dans la petite maison. Arthur cligna des yeux, éberlués. Son agaçant rival était bien là, aussi élégant que d'habitude malgré ses vêtements simples et pratiques, son éternel ruban bleu retenant sa queue de cheval.

-Voyons mon lapin, tu croyais vraiment que je n'allais pas rendre une petite visite à mon trésor? Je me suis dépêché, surtout quand mon petit chou m'a dit que tu étais déjà là. Je devais absolument sauver ce pauvre chéri de ta cuisine!

-Ma cuisine lui a très bien convenu pendant son enfance, rétorqua Angleterre, agacé qu'on mette en doute ses compétences culinaires.
Il n'était pas très doué mais ses plats étaient comestibles et nourrissants et Alfred les aimait.

Malgré ses ronchonnements, il finit par s'installer à table en prétextant s'assurer que «tu ne fais pas de conneries, bloody frog». En réalité, il adorait regarder France cuisiner mais ne l'avouerait jamais. Cela lui faisait penser à une chorégraphie longuement travaillée, chaque geste était gracieux et parfaitement maîtrisé.


Plus tard, ils se retrouvèrent tous dans la chambre d'Alfred, qui dévorait son repas de bon appétit. Entre temps, Arthur était parti faire quelques courses dans la ville la plus proche pour reconstituer ses réserves de nourriture. Il avait compté large, connaissant son fils. Ils bavardèrent de tous et de rien, savourant juste le plaisir d'être réunis tous ensembles pour la première fois depuis la guerre d'indépendance. Ils restèrent jusqu'au soir. Le représentant en guerre finit par s'endormir, toujours affaibli par les conflits.


Les trois autres se retrouvèrent dans l'autre pièce, parlant à voix basse pour ne pas le réveiller. Ils s'organisèrent pour que l'un d'eux se trouve toujours auprès d'Alfred en cas de rechute. Et il y en aurait sûrement, la guerre n'en était qu'à ses débuts, ils le pressentaient. Après une discussion plus animé, chacun voulant rester le premier, ils tirèrent à la courte paille et Francis gagna. Ainsi, le lendemain, le jeune représentant dit au revoir à son frère et à son daddy.


Matthieu se contenta d'une accolade et embrassa ses deux parents avant de s'éloigner. Son frère n'avait jamais aimé les longs adieux. Arthur resta un peu plus longtemps, assommant son papa de recommandations. Alfred le regarda faire en souriant. Il n'avait pas osé lui reparler de cette histoire d'odeur. Il n'en avait même pas parlé à Matt'. Son dad était un homme et à ce moment-là, il était tellement troublé qu'il avait pu s'imaginer la présence de sa mère. C'était peut-être tout simplement celle de son daddy. Qui n'était certainement pas une fille.

Celui-ci laissa enfin son cher rival pour venir vers lui.

-Repose-toi bien, sort bien couvert et surtout, si cette grenouille t'embête, envoie moi un message.

Son papa s'insurgea de ce manque de confiance. Après un dernier échange de piques, il se retourna vers lui.

-Bon...Au revoir.

Alfred étreignit avec force son dad qui lui répondit avec une force étonnante comparée à ses hésitations habituelles. Après un dernier regard, il s'éloigna sur le chemin de terre, prenant son élan pour sauter en sens inverse. Il le regarda disparaître dans les étranges volutes de brumes iridescents qui accompagnait ce déplacement particulier des nations. Son dad avait tellement de secrets...En saurait-il seulement la moitié un jour?

-Allez, Thuthur est capable de revenir pour s'assurer que je ne te laisse pas debout trop longtemps.

Il suivit son papa à l'intérieur. Cette guerre était une malédiction qui était loin d'être finie mais au moins, il avait pu se réconcilier en partie avec lui.


*Matthieu fête son anniversaire le 18 juillet et Alfred le 14. Vous imaginez la longueur de l'accouchement? D'où cette petite explication que je tenais à placer.

J'espère que ça vous a plu. Merci aux rewievers du précédent chapitre. Je ne crois pas qu'il y ait de nouveaux followers ou des gens qui ont mit ce recueil en favori, si c'est le cas désolé et merci.

A bientôt!