Chapitre 10 : mise au point à ... deux
Le lendemain les prit un peu de court, dans le sens où Winry débarqua dans la chambre en ouvrant grand la porte et en se précipitant sur eux.
-Mon Dieu! Vous êtes toujours vivants? Vous vous êtes pas entretués alors? S'exclama-t-elle.
Et elle aurait bien continué comme ça si Edward n'avait pas répondu.
-Winry, mais t'as bouffée quoi c'matin?
-Ce matin? Mais il est presque 11 heures, mes lapins!
-Mes lapins? Fit la voix pas très réveillée d'Envy.
Celui-ci avait effectué un repli stratégique sous les draps aux premiers bruits. Il avait horreur de se lever le matin et préférait rester sous la couette, surtout si Edward y était aussi, sous la couette. La jeune femme ne tint aucunement compte de leurs protestations quand elle tira les rideaux, ni quand elle tira le drap, exposant leurs deux corps, nus, à la fraicheur de l'air hivernal, qui se faisait un malin plaisir d'entrer par la fenêtre ouverte. Elle s'en alla en ricanant et en leur disant qu'ils avaient une heure avant que le déjeuner ne soit servit. Aussitôt la porte fermé, Edward se leva et ferma la fenêtre, avant de sauter dans le lit et de se couvrir, lui et Envy, avec la couette. Les deux hommes se serrèrent l'un contre l'autre et frottèrent leurs nez avant de frotter leurs lèvres. Ils se sourirent, heureux d'être tout simplement là, l'un avec l'autre.
-On se lève? Proposa Edward.
-Pas envie, murmura le vert en enfouissant son visage dans le cou du blond.
-Envy! Arrête! Tu me chatouilles! S'exclama-t-il.
En effet, il sentait son amant faire exprès de respirer dans son cou et, par la même, de le chatouiller avec son souffle. Le vert ne résista pas longtemps avant de se mettre vraiment à chatouiller son amant. Et celui-ci ne résista pas longtemps avant d'éclater de rire et de chercher par tous les moyens à s'enfuir.
Ils se retrouvèrent finalement l'un sur l'autre, encore une fois et Edward ne put détacher son regard de celui d'Envy. Il y lisait trop de chose. Amour. Tendresse. Détermination. Regrets. Il passa ses pouces sur ses joues et l'embrassa chastement.
-Envy, murmura-t-il.
Le vert eut un coup au cœur. Il ne pensait pas qu'Edward serait capable de faire passer autant de choses en disant son nom. Il en frissonna. Il l'aimait. Ce constat résonna en lui et il enlaça fortement le blond, qui pour le coup manqua de mourir étouffé.
-Edo, murmura-t-il à son tour. Je crois qu'il faut vraiment qu'on parle. Je … je pourrais pas garder ça pour moi plus longtemps. Je t'aime … je t'aime tellement que ça me fait mal quand tu n'es pas là … Je sais c'est con, tu vas me dire … Qui aurait put croire que, moi, Envy, homonculus de l'envie, je n'en ai plus qu'une seule … être avec toi.
Edward senti son cœur se serrer sous cette confession. Il l'aimait? Vraiment? Il l'aimait autant que lui. Et il allait lui faire savoir.
-Moi aussi Envy, je t'aime … j'ai eut le cœur déchiré de partir comme ça. Je ne veux plus m'éloigner de toi de cette façon.
Le blond rendit son étreinte au vert. Ils restèrent un moment comme ça, à se serrer l'un l'autre, à sentir le cœur de l'autre battre au même rythme que le leur. Ils étaient heureux. Vous savez un de ses moments éphémères où plus rien ne compte, où vous êtes en phase avec l'être aimé. Un de ces petits moments de grâce qui vous reste dans le cœur et dans l'âme comme étant la plus belle chose qui vous soit jamais arrivée.
L'atmosphère relativement calme et sereine étonna un peu les habitants de la maison Pinako, mais leur convenait tout à fait. Envy et Edward étaient descendu ensemble et il était clair qu'ils s'étaient réconciliés. Pour le moment. En effet les deux hommes semblaient sereins et amoureux l'un de l'autre, comme rarement ils l'avaient laissés voir. Ils s'arrêtèrent en bas des escaliers, pour regarder Winry, Alphonse et Mamie Pinako qui faillit en lâcher sa pipe, les regarder avec étonnement. Edward rougit et Envy en profita pour l'enlacer et l'embrasser tendrement.
-Envy! S'exclama le blond.
Le vert se mit à rire et fut bientôt rejoint par les autres, ce qui fit rougir encore plus Edward. Cependant lui aussi finit par rire avec eux.
Ils s'étaient mis à l'écart, dans une clairière, pas très loin de la maison. Même s'il faisait un froid de canard. Ils avaient besoin d'un peu de tranquillité pour parler. Et Envy se doutait bien que c'était pour cette raison qu'Edward lui avait proposé de faire un petit tour dehors, histoire de profiter des dernières lueurs du jour.
L'homonculus regarda un moment son amant qui lui tournait le dos avant de s'avancer et de l'enlacer par derrière. Edward laissa partir sa tête en arrière sur l'épaule de l'homme qu'il aimait plus que tout. Il devait lui dire. Il devait être franc avec lui. Il ne pourrait pas de toute façon éviter longtemps ce sujet. Alors autant se lancer ?
-Envy … je pense vraiment qu'il faut qu'on en parle …
-Je suis d'accord avec toi.
-Pour une fois, fit-il ironique.
Un petit « aie » suivit la petite tape qu'Envy lui infligea sur la tête.
-J'ai bien réfléchi, tu sais. Je savais très bien … qu'en préférant les hommes aux femmes, je ne serais jamais père. Je n'y avais guère réfléchi avant, je ne me voyais pas vivre en couple avant que tu décides de t'incruster chez moi.
-Tu regrettes?
-Pas le moins du monde, fit-il en se retournant. Envy, tu es surement l'une des plus belles choses qui me soient jamais arrivées et qui m'arrivera jamais … seulement …
-Seulement quoi?
-Je ne veux pas espérer pour rien … si jamais ça ne marche pas … je ne m'en remettrais jamais.
-Tu …
-Comprends moi … je ne veux pas me faire de faux espoirs … j'ai réussi à trouver un équilibre avec toi. Je ne veux pas tout remettre en cause pour quelque chose qui ne réussira peut être pas.
-Tu ne veux même pas essayer, alors ?
-Te rends-tu compte de tout ce que tu risques?
-Absolument!
-T'es complètement inconscient!
-Et fier de l'être, sourit Envy.
Il retourna Edward et le serra contre lui. Fort. Il devait lui aussi lui dire ce qu'il avait sur le cœur, mais il ne pourrait jamais le faire s'ils se regardaient dans le blanc des yeux. Il se pencha alors et enfouit son visage dans le cou du blond. Celui-ci lui rendit son étreinte.
-Edo … je suis on ne peut plus sérieux … J'avoue que j'ai dis ça par caprice au début, mais j'y ai beaucoup réfléchi ...J'en ai beaucoup parlé avec Winry aussi … Cette femme peut être terrifiante parfois, tu sais?
-Je le sais que trop bien, sourit Edward.
-Tout ça pour dire que ce n'est pas un caprice … je veux un bébé de toi car je veux fonder une famille avec toi … Je veux être une famille avec toi.
-Mais on est déjà une famille! Alphonse, Winry et Mamie Pinako te considèrent comme étant de la famille!
-Oui mais je suis un bout « rapporté » … Je veux ma famille … toi … moi …
-Et un enfant …
-Oui … un enfant … qui sera un peu de toi et un peu de moi, sourit tendrement Envy. Un petit morceau de nous qui sera pourtant complètement différent de nous...
-Te rends tu bien compte …
-Oui Edward! Arrêtes de me prendre pour un imbécile!
Envy repoussa Edward et planta son regard dans celui de son amant. Il commençait à en avoir marre qu'il le prenne pour un inconscient.
-Je m'en fiche complètement de ne plus aller voir Greed à pas d'heure... Je m'en fiche complètement d'être malade pendant 9 mois … Je m'en fiche complètement de rester une femme pour toujours … Je m'en fiche complètement de tout ça … si ... si je suis heureux avec toi … si j'ai ma famille à mes cotés … qui m'aime et que j'aime … je m'en contre fiche …
-Envy, murmura le blond, visiblement ému.
Il se mit légèrement sur la pointe des pieds et brossa tendrement ses lèvres à celles du vert. Celui-ci faisait son maximum pour ne pas craquer, il manquerait plus qu'il se mette à chialer comme une gonzesse. Le baiser devint un peu plus passionné et un peu plus profond pour leur plus grand plaisir à tous les deux. Ils se séparèrent et se sourirent tendrement.
-Tu devrais être mieux placé que quiconque pour me comprendre … je n'ai jamais eu de famille … je veux connaître ça avec toi et je veux ça … Je veux être une famille avec toi.
-Tu as raison … je te comprends … moi j'avais Al, mais toi personne … Seulement, peux-tu comprendre aussi que je craigne ce qui peut se passer au cas où …Je ne veux pas laisser d'orphelin derrière moi. J'ai trop souffert de la perte de mes parents pour souhaiter ça à quiconque.
-Edo, souffla Envy.
-Tu peux le comprendre ça? Demanda le blond. Tu peux le comprendre ? Je préfère ne pas prendre ce risque.
Edward se détacha de son amant et lui tourna le dos. Il ne comprenait que trop bien ce qu'Envy ressentait, il ressentait la même chose. Mais il ne pouvait, il ne voulait en aucun cas être responsable de ça. Il ne voulait pas faire un enfant et l'abandonner en mourant, abandonner Envy aussi par la même occasion. Car lui était mortel, ce qui n'était pas le cas de l'homonculus.
-Pourquoi faut-il toujours que tu vois le mauvais coté des choses? Pourquoi faut-il que tu sois aussi pessimiste? Demanda Envy.
Ce n'était pas vraiment des questions demandant une réponse, mais il répondit quand même.
-C'est comme ça, fit-il en haussant les épaules. Peut être ai-je vécus trop de choses, trop jeune, pour être optimiste.
-Alors laisse moi l'être pour deux!
Edward se sentit retourné et étouffé par l'étreinte d'Envy. Il se laissa couler dans se bras. Après tout, il représentait son univers. Il représentait sa vie et son avenir. Il sentait qu'Envy avait bien changé depuis qu'ils étaient ensemble, depuis qu'ils avaient accepté ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre. Lui aussi avait dû changer. Peut être moins que son amant. Mais était-ce pour ça qu'il n'avait pas compris le désir profond du vert. Le fait qu'il ne plaisantait pas. Le fait qu'il était sérieux. Ce décalage pouvait-il être rattrapé? Il essaya de stopper le flot d'interrogations pour se concentrer uniquement sur le moment présent, sur la chaleur des bras d'Envy, sur les battements de son cœur, sur son souffle chaud dans son cou.
Envy avait de faire comprendre au blond que ce n'était en rien un jeu. Il voulait tellement prouver et se prouver à lui même qu'il pouvait être père, enfin dans le cas présent, il serait plutôt la mère. Qu'il pouvait être responsable, non seulement de lui mais aussi d'un petit être innocent. D'un petit bout d'homme qui ne pourrait que compter sur lui, et sur Edward, pour vivre. Il se sentait bien différent de celui qu'il était la première fois qu'il avait rencontré Edward. Il se sentait plus … humain, en un sens. Et il aimait ça. Il aimait sa nouvelle vie.
-On fait quoi alors ? Finit-il par demander, la tête toujours enfouie dans le cou d'Edward.
-Je sais pas … Je sais plus, murmura le blond.
Envy se détacha et encadra le visage du blond de ses mains, relevant sa tête pour que leurs regards se croisent. Trop d'émotions brillaient dans le regard ambre, reflet de ce qui se passait dans son regard violet.
-On essaye alors?
Doucement, l'homonculus posa sa bouche contre celle de l'alchimiste. Comme pour lui faire accepter ce qu'ils étaient, deux entités complètement opposés. Comme pour lui faire accepter ce qu'ils ressentaient l'un pour l'autre, l'amour le plus inconditionnel et le plus improbable qui puisse exister. Comme pour lui faire accepter que malgré tout, ils pouvaient avoir cet enfant. Comme pour lui faire accepter que rien ni personne ne pourrait se mettre entre eux et détruire ce qu'ils avaient construit.
-On essaye, souffla doucement Edward.
Envy sentit son cœur s'emballer et ne put s'empêcher de le faire savoir à Edward. Le vert fit basculer le plus petit à terre, où il atterrit un peu durement. Mais Edward s'en fichait, Envy l'embrassait fougueusement et ne semblait pas vouloir s'arrêter, entrainant le plus petit avec lui sur les sentiers du plaisir. Envy n'avait nullement l'intention d'attendre d''être de retour à la maison pour lui signifier sa joie. Il allait le faire ici et maintenant.
