Disclaimer : je ne possède bien entendu aucun droit sur les personnages, les lieux et les situations créés par J. K. Rowling.

Chapitre 10

La grande salle bruissait du bruit des conversations et des couverts qui s'entrechoquaient. Tous les élèves étaient rassemblés autour des quatre grandes tablées et étaient très occupés à échanger leurs premières impressions après le début des cours, tout en avalant le repas copieux préparé par les Elfes. Après un an passé à Poudlard, Emilie s'était habituée à voir apparaître la nourriture dans son assiette, mais les premiers temps elle avait été surprise des habitudes anglaises : à Beaux-Bâtons en effet, de grands plats étaient posés sur les tables et les élèves se servaient, puis débarrassaient après le repas. L'exercice ne différait pas tellement des cantines moldues et, le système de maisons n'existant pas, la salle des repas comptait sept grandes tables rassemblant les élèves par année.

Comme l'année dernière, Emilie restait à proximité de ses voisines de dortoir et d'autres cinquièmes années. Pour eux, le mardi serait sans doute la journée la plus chargée, débutant dès 8 heures 30 par la Défense contre les Forces du mal, suivie de la Métamorphose. Après le déjeuner, les élèves auraient leur cours de Potions et seraient ensuite libres jusqu'au cours d'astronomie du soir. Après un an passé à se tourner les pouces sous la direction d'Ombrage, le choc avait été rude ce matin là, lors du premier cours dirigé par Snape. Les méthodes du professeur ne variaient guère de celles qu'il prisait quand il enseignait les Potions. Après un bref constat de la nullité de l'enseignement qui leur avait été dispensé jusqu'à présent et de forts doutes émis sur leur intellect, Snape avait ensuite dicté les principaux points de l'année avant de se lancer dans un exposé sur les bases de la défense et de l'attaque et leur faire pratiquer quatre sortilèges deux par deux. Instinctivement, Emilie avait recommencé à jouer la comédie de la débutante, quand bien même Snape lui avait déjà fait travailler ces sorts longtemps auparavant. Le professeur semblait avoir décidé de les pousser le plus loin possible car il avait exigé, en plus des devoirs habituels, qu'ils apprennent la théorie et les incantations de quatre autres sorts pour le prochain cours qui aurait lieu deux jours après. Contrairement aux Potions qui n'intéressaient pas grand monde, le sérieux de leur nouvel apprentissage avait frappé les élèves qui avaient bien dû reconnaître que la chauve-souris connaissait diablement bien son sujet. Plusieurs, ceux qui avaient adhéré à de petites sociétés d'entrainement l'année dernière, se demandaient d'ailleurs déjà s'ils n'allaient pas reprendre leurs activités « illicites », malgré le départ d'Ombrage.

Pour une fois, Emilie ne faisait pas face à la table des Slytherins, mais à celle des Gryffondors. Amusée, elle regardait le joyeux chahut qui y régnait. Dès le premier soir, les discussions étaient allées bon train sur les évènements survenus au Ministère de la Magie, mais personne ne savait vraiment ce qui s'y étaient passé, même si la présence de Potter et de ses amis était avérée. Emilie connaissait bien entendu le résultat de l'opération, mais aurait bien aimé en savoir les détails. Malheureusement, ce n'était pas Snape qui allait lui livrer un récit objectif des évènements. Emilie savait de source sûre que Luna Lovegood y avait participé, mais la Serdaigle un peu décalée était pour une fois restée impénétrable, jouant à la perfection de sa réputation de rêveuse et maniant en virtuose le changement de sujet avec des réflexions sur des créatures plus saugrenues les unes que les autres qui eurent vite fait de décourager les curieux. Emilie n'avait pas pu s'empêcher de l'observer de près depuis qu'elle avait admis avoir fait partie de l'Armée de Dumbledore et elle était persuadée que la fille plus âgée, originale de nature, jouait parfois la comédie, tout simplement pour qu'on la laisse tranquille. Luna, à qui il était parfois arrivé de discuter tisanes et petites potions avec la fille de Snape, l'examinait elle aussi régulièrement et avait plusieurs fois croisé ses yeux d'un regard qui n'avait plus rien de songeur.

Près du Golden Trio, Neville Londubat discutait avec enthousiasme avec une grande fille très mince dont les cheveux flamboyants proclamaient l'appartenance à la famille Weasley. Le regard d'Emilie avait sans doute été trop insistant car le jeune homme la regarda à son tour un peu surpris et se pencha pour dire quelque chose à Potter. Immédiatement, Potter, Granger et Ron Weasley (se dernier se retournant sans feindre la moindre discrétion) braquèrent leurs yeux sur la jeune fille qui en oublia d'avaler un morceau de navet, très surprise de voir Hermione Granger lui décocher un petit sourire et incliner la tête dans sa direction. Emilie cligna des yeux et finit par lui rendre son salut, puis s'occupa de son assiette avant d'examiner la table des professeurs.

Horace Slughorn trônait vers le milieu de la grande table, à proximité de Dumbledore et de Minerva McGonagall. L'homme paraissait sans âge et semblait respirer la bonhommie et l'affabilité. D'une façon tout à fait étrange, Emilie eut du mal à l'imaginer en professeur de Potions et se demanda s'il était un Maître comme Snape, ou un simple Potionneur comme l'était Hector Delepine à Beaux-Bâtons. Snape s'était placé près de la sortie, immédiatement en face de la table de ses Slytherins qu'il semblait surveiller d'un œil de lynx, sans se préoccuper de son repas à moitié consommé. Son visage était plus marqué qu'à l'accoutumée, avec de grands cernes bruns sous les yeux et un front perpétuellement plissé au-dessus de ses sourcils froncés.

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« Entrez mes enfants, entrez ! » lança d'une voix joviale le petit homme rondouillard qui occupait le centre de la salle de Potions.

Les élèves attendirent quelques instants sur le seuil de la lourde porte de bois, comme frappés de stupeur, avant de pénétrer dans la pièce et de choisir leurs places avec circonspection. Emilie était restée à dessein un peu à l'écart, avant de s'asseoir vers le fond à côté de Peter Strattford que Lucrezia évitait désormais comme la peste. Les adolescents étaient muets mais échangeaient force regards, tant ils avaient du mal à accepter le changement brutal d'enseignant : après avoir été terrorisés pendant des années par un grand homme maigre, sinistre et sarcastique, ils se retrouvaient confrontés à son exact contraire. Les Poufsouffles furent les premiers à s'adapter et à sourire de soulagement, tandis que les Serdaigles attendaient manifestement de juger sur pièces le nouveau professeur.

Lorsque tous eurent sortis plumes, encre et parchemins, Slughorn s'écarta du centre de la pièce pour dévoiler la présence d'une petite table de bois sur laquelle étaient posés deux petits chaudrons et ôta le couvercle fermant les deux récipients. Tous étaient trop loin pour distinguer les liquides qu'ils contenaient, mais des effluves étranges émanaient d'un petit chaudron de bronze. Le professeur les engagea à avancer et, quand il eut jugé que tous avaient eu le loisir d'examiner le liquide argenté de l'un et la substance vert-brun de l'autre, referma vivement les couvercles. Les adolescents se sentirent étrangement désappointés mais Slughorn leur ordonna de retourner à leurs tables avant d'énoncer d'une voix claire de ténor, et sur un ton enjoué comme s'il décernait des récompenses :

« La Goutte du Mort-vivant et l'Amortencia ! ayant goûté les airs impressionnés de ses élèves, le professeur crut bon d'ajouter : il y avait aussi une fiole de Liquid luck, mais elle déjà a été gagnée… par Harry Potter ! » gloussa-t-il.

Emilie se retint de pousser un gros soupir et de lever les yeux au ciel : était-ce un professeur de Potions ou un bonimenteur de grande surface ? Franchement ! Pendant que Slughorn prenait place (et tout son temps pour le faire) sur son estrade, la jeune fille essaya d'analyser les parfums qu'elle avait senti quelques instants auparavant. Elle n'était pas la seule : tous les élèves avaient un air très concentré et Peter à côté d'elle plissait le nez en inspirant profondément comme s'il espérait sentir de nouveau l'odeur émise par le chaudron. L'odeur d'un livre nouvellement imprimé. Ça elle en était sûre, elle adorait cette odeur et il lui arrivait souvent de plonger la tête au milieu d'un livre tout neuf pour en goûter le fumet caractéristique. Quelqu'un lui avait expliqué un jour que cette odeur n'était pas celle de l'encre, mais de la colle qui maintenait la reliure. Peu importe. Oui, un livre neuf.

« … appelée Amortencia. L'Amortencia est une potion qui révèle à chacun d'entre nous les parfums que nous préférons, ce qui nous est le plus cher… »

Peter faisait des yeux de merlan frit. Emilie ne savait pas ce qu'il avait senti, mais apparemment cela lui posait des problèmes. Son cerveau continuait de chercher à identifier les autres parfums. Il y avait de la cannelle. Oui ? Curieux. Non, du thym. Bien sûr que non ! De la cannelle et de la mélisse ! Voilà ! Mais pas que cela… Une odeur de linge propre ? Emilie secoua la tête énergiquement : elle était folle ou quoi ? La Serdaigle commençait à s'énerver :

« Professeur ! L'Amortencia est pas fixe, n'est-ce pas ? Je veux dire : les parfums que nous sentons sont susceptibles de changer si nos… intérêts se modifient, n'est-ce pas ?

-Mademoiselle Snape, c'est cela ? demanda Slughorn en fronçant les sourcils avant de répondre : en effet…

-Et ce que nous sentons : est-ce que cela signifie que nous aimons ces odeurs en particulier, ou que nous aimons ce qu'elles représentent, ce qu'elles évoquent pour chacun de nous ? »

Slughorn eut un petit sourire et se contenta de clore le sujet :

« Allons… Si j'ai pris la peine de vous montrer ces potions, c'est pour que vous preniez conscience du pouvoir et de la force des potions. Ces deux exemples sont bien sûr au-delà de vos compétences, et dépassent même celles des meilleurs Maîtres. Slughorn se rengorgea et releva le menton d'un air suffisant avant de faire disparaître la petite table et ses chaudrons : gardez en mémoire ce qu'il est possible d'accomplir en mélangeant quelques ingrédients, pour peu que l'on possède un certain talent ! Et maintenant, ouvrez vos livres à la page 36. Quand vous aurez fini de lire la recette 19, nous préparerons ensemble une potion de dégrisement. »

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Filant discrètement en direction du sud, Emilie profita d'une alcôve mal éclairée pour tapoter sa baguette contre sa pièce de 100 lires et indiquer à Alessandro qu'elle arriverait à la Tour des Elfes dans moins d'un quart d'heure.

Elle était remontée directement à la tour de Serdaigle après le cours de Potions, en compagnie d'une partie de sa classe. Les avis étaient partagés après ce premier cours car la majorité appréciait le simple fait de ne plus avoir à subir les remarques désobligeantes et la mauvaise humeur chronique de Snape, mais plusieurs restaient insatisfaits de l'enseignement de Slughorn que Peter avait immédiatement surnommé « la baleine ». Lucrezia était entrée dans le dortoir en ne prononçant que quatre mots sur un ton très désobligeant qu'Emilie lui aurait volontiers emprunté :

« Une potion de dégrisement ! »

Et oui ! Quel choc après les recettes difficiles et les exigences de la chauve-souris ! Le bon sens Serdaigle avait aussitôt refait surface quand Belinda avait à son tour demandé :

« Dis, est-ce que tu aurais le moyen de connaître le niveau exact requis pour les BUSEs en Potions, ainsi que le programme ? »

Emilie avait hoché la tête. Elle savait désormais pourquoi Snape lui avait envoyé un second manuel de Potions de cinquième année : il devait s'agir de celui contenant le cursus qu'il suivait d'ordinaire. Elle promit de poser la question à son père dès qu'elle le verrait. Elle était d'ailleurs un peu fâchée de ne pas avoir encore eu l'occasion d'échanger quelques mots avec lui, en dehors de phrases anodines quand il était venu la chercher en France.

Le couloir était désert, mais la jeune fille surveillait tout de même les alentours avec circonspection, toujours agacée de n'avoir pas trouvé comment Granger et Weasley avaient réussi à les suivre, Alessandro et elle, l'année précédente. La voie était libre et Emilie ouvrit la porte donnant accès à la partie inférieure de la tour, se contentant de la repousser derrière elle en attendant l'arrivée du Slytherin. Elle avait placé dans un petit carnet les feuilles sur lesquelles elle avait dressé les plans qu'elle avait réalisés pendant les vacances et surtout, la photocopie de l'état actuel de la bibliothèque et un calque reproduisant à la même échelle la configuration des lieux au début du XIXe siècle. Utilisant un petit ampliando, elle redonna aux feuilles leur taille normale et s'installa sur une marche de l'escalier en attendant qu'Alessandro daigne faire son apparition.

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« Il n'est pas si incapable que cela, tu sais : c'est un Slytherin, déclara Alessandro en haussant les sourcils devant la moue dubitative de son amie.

-J'ai des doutes : il nous a fait faire, collectivement en plus, une potion de dégrisement ! En cinquième année ! »

Alessandro éclata de rire et répondit :

« Nous, nous avons dû tenter de faire la Goutte du Mort-vivant ! Oui, ma chère ! Et le pire c'est que Potter a réussi par je ne sais quel miracle à produire une potion correcte, mais oui mais oui, et que la baleine lui a donné une fiole de Felix Felicis ! Le jeune homme ne riait plus, mais sa bouche avait pris un pli amer : je crois que Nott aurait pu lui planter son scalpel entre les deux yeux, non que je sois toujours d'accord avec lui, précisa-t-il, c'est plutôt le contraire d'ailleurs… mais là, j'avoue que j'aurais pu l'aider.

-Il nous a montré un chaudron de Goutte du Mort-vivant et un d'Amortencia, mais je ne pensais pas que…

-Ah oui, l'Amortencia… Alessandro déglutit nerveusement : je ne pense pas qu'il ait vraiment le droit de montrer ça en cours, tu sais. De même que la Felix Felicis, tu sais peut-être ça, mais il me semble que c'est illégal. »

Emilie haussa les épaules et en profita pour questionner le jeune homme sur les ragots des Slytherins :

« Est-il réellement Maître des Potions ? »

Alessandro regarda son interlocutrice avec attention, mordit sa lèvre inférieure, et finit par lâcher :

« Je ne sais pas, mais j'en doute aussi. Ton père n'a pas l'air de le tenir en grande estime, non que cela veuille dire grand-chose, mais il a sous-entendu que les cours de Slughorn laisseraient à désirer.

-D'où sort-il ?

-Hum… selon les informations des uns et des autres, il aurait été professeur de Potions à Poudlard pendant plusieurs décennies, et chef de la maison de Slytherin. Avant Snape en fait… J'ignore totalement ce qu'il a fait ensuite, mais ton père le sait peut-être ? ajouta Alessandro en lui suggérant discrètement de se renseigner directement auprès de Snape, une suggestion qu'Emilie comprit immédiatement.

-Je te dirais si j'apprends quelque chose de nouveau. »

Alessandro hocha la tête avec un petit sourire avant de s'élancer dans les escaliers :

« Alors, dois-je aller chercher Binns pour connaître l'histoire de cette tour et ses secrets ? »

Emilie le suivit jusqu'au sommet, tout en le menaçant :

« Je te promets de planter un scalpel entre tes yeux si jamais tu fais appel à lui, Alessandro ! ».

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Assis en tailleur sur le sol de la salle située au-dessus des voûtes, une boule de lumière au-dessus de leur tête, les deux adolescents examinaient attentivement les plans des lieux visités par Emilie. Alessandro avait été stupéfait par l'escalier amovible, regrettant qu'aucun d'entre eux n'ait eu l'idée d'examiner la rampe attentivement l'année passée. Emilie lui avait transmis les informations péniblement glanées auprès de Binns et ils en étaient à confronter les deux plans de la bibliothèque pour découvrir les endroits susceptibles d'être encore accessibles et de dissimuler une porte ouvrant sur l'un des passages menant à la tour. Cinq portes au moins devaient encore être dégagées, mais deux d'entre elles étaient situées dans l'une des salles près du bureau de madame Pince et dans la section interdite. Une porte devait être à proximité des rayonnages du rayon des Potions, une autre près de la grande salle et enfin une dernière devait être placée dans la section consacrée à l'histoire de Poudlard, un lieu désert seulement hanté par Binns à ses heures, ou peut-être Granger.

« Nous pouvons sans doute approcher discrètement de la porte des Potions, mais je pense que celle de la section « histoire locale » doit être la plus aisée à trouver.

-Certainement, mais cela va jaser si on nous voit nous transférer depuis le département des Potions vers une autre salle, remarqua Alessandro qui réfléchit : tout le monde est habitué à nous voir du côté des Potions. Si nous changeons, cela va lancer des rumeurs, et je crois que nous ferions mieux d'éviter ce cas de figure… »

Emilie acquiesça et étala les deux plans sur ses genoux en farfouillant dans une poche de son jean à la recherche d'un crayon à papier.

« Bien, alors dans ce cas nous pouvons nous contenter d'un discret repérage : nous explorons la section Potions où nous ne risquons de surprendre personne, puis l'un d'entre nous va dans la salle d'histoire, tandis que l'autre examine discrètement les parois de la salle principale.

-Je me charge de la salle principale : j'irai peu de temps avant la fermeture de la bibliothèque, lorsque la plupart des autres élèves auront décampé. »

Emilie hocha la tête et posa la question qui lui trottait dans la tête depuis des semaines :

« Crois-tu que l'on ne pourrait pas tout simplement ouvrir les portes depuis la tour ?

-Et découvrir à tâtons où elles aboutissent ? Tst, tst, fit Alessandro en claquant la langue contre son palais : non merci, je ne tiens pas à atterrir à l'aveuglette devant le dragon ou sur les genoux de Granger…

-De toutes façons nous n'avons pas les mots de passe, remarqua Emilie sans prêter attention au regard surpris que lui jetait son ami. C'est la même chose pour les différentes salles au-dessus de la voûte : une seule est accessible, les autres… »

La jeune fille haussa les épaules avec une moue dépitée, tandis qu'Alessandro se penchait vers elle avec un regard incrédule :

« Tu m'as bien dit que les mots de passe avaient été désamorcés, n'est-ce pas ?

-Euh… oui, c'est ce que m'a indiqué Binns, pourquoi ?

-Donc il n'y a plus de mot de passe ? » énonça tranquillement l'Italien.

Emilie le regarda à son tour d'un air un peu soupçonneux et croisa les bras en répondant sur un ton un peu aigre :

« Oui, c'est bien ça. Et bien ? interrogea-elle à son tour, énervée par le silence d'Alessandro qui attendait manifestement de produire son petit effet.

-Plus de mot de passe, et nous savons que les sortilèges ont été placés pendant la construction… »

Emilie commençait à se demander si elle choisirait d'étrangler Alessandro, ou si elle se contenterait de le faire mijoter à petit feu dans un chaudron rempli d'yeux de cafards. Ignorant les pensées meurtrières de la jeune fille, l'intéressé se leva et étendit les bras sur les côtés en reprenant :

« Les sortilèges ont été placés pendant la construction, ce qui signifie qu'ils sont toujours actifs, puisque la tour est encore debout. Et comme il n'y a plus de mot de passe…

-Mais il n'y a rien ! Juste cette salle et les portes sont fermées ! jeta Emilie en se levant à son tour.

-Réfléchis un peu, Serdaigle ! Les sortilèges avaient pour but de dissimuler les salles et les passages ! »

Emilie se figea. Alessandro se retint de rire en voyant l'incrédulité gagner les traits crispés de son visage, avec des yeux qui semblaient vouloir quitter leur orbite :

« Quand même pas un…

-Finite incantatem : mais oui, 5 points pour Serdaigle ! cria Alessandro sans parvenir à retenir un large sourire moqueur.

-Quoi ?! articula son amie sur une note suraigüe : j'ai passé des semaines…

-Les chauves-souris communiquent par des ultra-sons, ce sont les souris qui poussent des petits cris inarticulés », déclara doctement le Slytherin avant d'éclater de rire, tout en empêchant Emilie, qui venait de lui décocher un coup de pied, de le faire basculer par terre.

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« Où se trouve l'entrée, à ton avis ?

-Aucune idée. Je vais essayer de lancer un sort assez large ».

Alessandro saisit le poignet de la Serdaigle pour la rapprocher de lui et exécuta un Finite incantatem autour d'eux. Rien ne se produisit, hormis la chute d'une étagère qui leur fit craindre que les meubles en mauvais état ne se disloquent sous leurs yeux. Emilie se rapprocha encore du Slytherin et lança un bouclier protecteur, le souvenir de la catastrophe des cachots encore assez vive dans sa mémoire.

« Le plafond ! lança Emilie en le désignant du doigt : on accède à la salle où nous sommes par la voûte de la tour ! Essaye le plafond ! »

Alessandro répéta l'incantation et les mouvements de baguette en la pointant sur le plafond sale, parsemé de quelques vieilles toiles d'araignées. Au bout de quelques instants, une partie de la peinture blanche parut scintiller et le meuble situé à proximité se transforma en un escalier raide dans lequel s'engagèrent immédiatement les deux adolescents, au mépris de la prudence la plus élémentaire. La seconde salle était en tous points semblable à la première, mais sentait le refermé. L'escalier disparut dès qu'ils eurent quitté les marches, mais il n'était pas protégé : une trappe de bois signalait la présence d'un accès, mais la rambarde protectrice qui eut dû garantir que personne ne tombe par inadvertance avait disparu depuis longtemps. Trois autres salles étaient accessibles de la même manière, toutes abandonnées.

Après être redescendus dans la première, Alessandro et Emilie établirent une marche à suivre pour les prochains jours : il leur faudrait sécuriser les escaliers et surtout déterminer quels accès étaient encore accessibles depuis la bibliothèque. Tous deux estimaient que chaque salle pouvait contenir une vingtaine de personnes, mais au-delà, l'espace serait trop réduit pour être vraiment à l'aise afin de pratiquer des sorts. Sans s'en être ouverts l'un à l'autre, les deux amis avaient en effet eu la même idée : faire de ces salles un lieu où l'on pourrait se réunir facilement en petit comité, sans craindre d'être découverts.

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Alessandro réfléchissait, appuyé le dos à la paroi, fixant le sol sans le voir. Il savait qu'il pouvait faire confiance à Emilie, mais la solliciter impliquait de mettre ses projets à exécution et il craignait de se lancer. Finalement, il parvint à une décision et brisa le silence :

« Emilie, j'ai besoin de ton aide. »

La jeune fille le regarda avec attention, notant son air inquiet et une attitude un peu sur la défensive qui ne lui allait guère.

« Oui ? Qu'est-ce que tu mijotes exactement, Alessandro ? »

L'adolescent respira profondément et se lança en parlant d'une voix basse :

« Nous avons décidé de lancer à Slytherin un groupe de Défense contre les Forces du mal. Pour l'instant nous ne sommes que cinq : Galaad, Walter, Orianna, son frère et moi, mais nous ne pouvions recruter qui que ce soit tant que nous n'avions pas trouvé le moyen de garantir un minimum de discrétion. Encouragé par un signe de tête de son amie, il poursuivit en expliquant : il est très difficile de s'assurer de la loyauté de quelqu'un à Slytherin car les alliances familiales conditionnent tous les comportements et le statut de chaque membre. Je parle évidemment des Sang-purs : les Sang-mêlés en effet ne sont pas libres, mais se retrouvent rapidement cantonnés dans un lien de vassalité envers un Sang-pur. »

Emilie écarquilla les yeux, scandalisée, puis se demanda brusquement comment son propre père, un Sang-mêlé, avait pu vivre sa scolarité dans un tel milieu : de qui avait-il été le vassal ?

Alessandro reprit la parole :

« Beaucoup d'entre nous ne veulent pas être du mauvais côté, mais tout le monde s'espionne et il suffit qu'un cousin fasse une remarque pour que la famille sache exactement à quoi s'en tenir sur tes opinions. Jusqu'à présent, certains ont tout misé sur la neutralité, mais la plupart se contentent de résister en silence, tout en paraissant suivre le mouvement donné par quelques… membres éminents.

-Malefoy ? »

Alessandro déglutit et hocha la tête :

« Ses sentiments sont clairs, mais j'ignore jusqu'où il a pu aller.

-Crabbe ? Goyle ? Bulstrode ? Emilie poursuivit, au fur et à mesure que son ami confirmait ses soupçons d'un hochement de tête : Parkinson ?

-Comme pour Malefoy, en plus ils sont promis l'un à l'autre, mais je la connais à peine.

-Nott ? »

Alessandro soupira et se gratta la tête :

« Là… je ne sais pas, répondit-il évasivement avec les sourcils froncés, comme confronté à une équation récalcitrante. Oh, pas de doute, il a fait partie du petit cercle et son père est un Mangemort, mais… il est bizarre. Je m'en méfie, mais je n'arrive pas du tout à le cerner.

-Zabini ?

-Neutre ! Neutre à un tel point qu'il pourrait donner des leçons à Machiavel, et moi, je suis italien ! Alessandro coupa court à l'examen de tous les Mangemorts potentiels de Slytherin et reprit le cours de son exposé : les élèves qui souhaitent se battre sont plus nombreux qu'on ne le pense, Emilie, mais ils ne peuvent se permettre de le faire ouvertement. Tant pis si cela défrise nos Gryffondors, mais il en va de leur sécurité. Avec le Secretus, nous pourrons enfin nous organiser, recruter et travailler réellement.

Emilie approuva gravement d'un hochement de tête, mais resta abasourdie en entendant la demande d'Alessandro :

« Peux-tu être notre gardienne du secret ?

-Pourquoi pas toi ? demanda-t-elle à brûle-pourpoint.

-Parce que ce serait trop évident. Je ferai prêter serment à chaque membre et chacun croira que je suis le gardien du secret. Si jamais, d'une manière ou d'une autre, le secret venait à être éventé, ils pourront toujours chercher à me faire parler : si tu es la gardienne du secret, je ne parlerais pas et nous pourrons tout nier en bloc. Seuls toi et moi serons au courant, Emilie », pressa le jeune homme.

Emilie réfléchit longuement, fixant ses chaussures et essayant de voir toutes les implications et les conséquences possibles d'une telle action. Le plan était simple et excellent.

« Je ne devrais jamais être associée de près ou de loin à vos actions.

-Non, en effet.

-Il faudrait aussi que l'on évite d'être trop vus ensemble, sinon, en cas de soupçons, je serais sur la liste des personnes à faire parler, réfléchit la Serdaigle.

-Oui, acquiesça Alessandro, mais nous pouvons de toutes façons communiquer sans être repérés et nous sommes les seuls à connaître les mystères de cette tour.

-Qui est au courant de l'aide que j'ai pu te fournir pour le Secretus ?

-Personne, répliqua Alessandro, avant d'ajouter : Oriana pourrait peut-être, je dis bien peut-être, se douter de quelque chose, mais ça m'étonnerait car nous n'avons travaillé que par correspondance.

-Très bien », accepta Emilie le cœur battant.

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« Moi, Alessandro Aureliano Gabelli, accepte en mon âme et conscience de me joindre aux Conjurés. Je m'engage à ne jamais révéler mon appartenance à cette organisation, à ne pas dévoiler ses buts, ses membres, ses lieux et dates de réunion à quiconque n'y est pas affilié. Je ne recruterai de futurs membres qu'en leur proposant d'adhérer à un groupe d'Etude de Défense contre les Forces du mal. »

Emilie exécuta les mouvements de baguette qu'Alessandro lui avait indiqués et récita l'incantation. Le sort était complexe et il lui fallut un certain temps avant de le finaliser.

« Les Conjurés ? » demanda Emilie avec une lueur amusée dans le regard.

Alessandro haussa les épaules et renifla en pinçant les lèvres.

« C'est toujours mieux que le Club des Cinq ! » se moqua gentiment son amie, récoltant un regard noir et une claque dans le dos.


Note de l'auteur : Hello Fishina ! C'est très important à mes yeux de situer l'action dans le quotidien de l'école parce que tout ce petit monde passe quand même l'essentiel de son temps à aller en cours et à faire ses devoirs. De même, les matières non magiques existent « forcément » (dans mon idée, au moins). Tu n'as pas eu à attendre trop longtemps pour l'exploration, n'est-ce pas -) ? Et bah oui, Emilie n'est pas très contente de voir que son copain à une vie en dehors de leurs discussions. Dream-your-world : bien sûr que Snape essaye de faire peur à Alessandro ! Il ne va pas lui servir des petits biscuits, il ne s'appelle pas Pomona Sprout -) Nott se cherche et essaye de se faire oublier, laissons le se débrouiller un peu. Bon courage pour ton boulot !