Disclaimer:
Aucun des personnages présents dans cette fanfiction, ni l'univers dans lequel ils évoluent, ne m'appartiennent. Le mérite de leur création revient à Mathieu Sommet, avec son émission Salut Les Geeks. De même, la réalisation de cette fiction n'a pas de but lucratif.
Dans le précédent chapitre, je parlais de calme avant la tempête. J'espère qu'avec ce nouveau chapitre, vous vous rendrez compte à quel point les choses sont sur le point d'exploser. Malheureusement, contrairement à ce que j'ai pu dire par mp, ce chapitre ne contiendra pas de smut. Mais je vous l'annonce ici afin de m'y tenir: le prochain sera le bon!
Ce chapitre a mis du temps à sortir. Et en plus, c'est encore un chapitre "calme". Cela va peut-être en frustrer certains... à ceux là, je recommande d'aller jeter un œil à mon nouvel OS, "Fais moi visiter le septième ciel", responsable de cette attente, et qui saura à mon avis vous combler niveau lemon. Pour ceux qui l'ont déjà lu... Je m'attelle de ce pas au chapitre 11!
La correction de ce chapitre a été réalisé par La Succube feat ma grand mère, je les remercie très fort toutes les deux, l'une pour sa patience et ses remarques plus que pertinentes (mes chapitres seraient tellement pourris sans ma bêta lectrice de choc!), l'autre pour ses bons restes au niveau de la grammaire (et je croise très fort les doigts pour qu'elle continue de ne pas savoir utiliser internet et qu'elle ne lise pas le reste de cette fiction XD).
Je vous souhaite à tous une très bonne lecture! (je mets un petit résumé pour celles et ceux que ça intéresse!)
Précédemment, dans Vas-y danse Panda!
Le Patron s'est laissé convaincre par Tatiana d'adopter un comportement plus "romantique" envers Maître Panda, afin de capturer son cœur et par là même, son cul. L'animal ne ressent cependant pas les choses de cette manière et pense que le criminel se moque de lui, voire cherche à l'éviter, et cela le frustre au plus haut point. Perturbé, cela ne l'empêche pas de remarquer l'état de grande fatigue de leur créateur. Le lendemain du tournage de l'instant panda, il incite le Geek à ne pas aller réveiller Mathieu pour le laisser récupérer, mais le gamer meurt de faim et ses seules options sont de manger le terrifiant plat d'haricots vert de l'ursidé, ou d'aller réclamer un repas décent au podcasteur, ce qu'il choisit de faire en début d'après midi. Il découvre que Mathieu est malade, et paniqué, il appelle à la rescousse la seule personnalité qui saura l'aider: le Prof.
Chapitre 10 : Et c'est pour ça que tu m'as viré ?
« Dis, Prof, est ce que tu crois que Maître Panda sera là ? »
L'homme à la blouse blanche et la jeune femme se dirigeaient d'un pas rapide vers l'immeuble de leur créateur, lorsque les paroles de la féministe du groupe avaient brisé le silence qui commençait à s'installer. Le Prof aurait préféré qu'elle se taise.
Le commentaire de la Fille et le gloussement excité qui lui succéda, avaient agi sur les nerfs à vif du scientifique comme du papier de verre dont l'utilisation aurait été détournée à des fins hygiéniques : ils l'irritaient prodigieusement.
Grinçant des dents, il répliqua d'un ton pincé :
« J'espère bien que non. Pas besoin de cette aberration sur pattes dans les jambes... »
La jeune femme à ses côtés claqua sa langue d'un air agacé.
« Écoute, Prof, tu vas pas continuer à bouder comme un petit garçon toute ta vie quand même ! C'est pas de la faute du nouveau si Mathieu a décidé d'arrêter ton émission. » Un sourire rêveur se forma sur les lèvres de la fausse blonde. « Il a l'air très bien en plus, pour une fois que Mathieu nous pond pas un psychopathe. »
L'homme à la blouse blanche sentit sa bouche s'étirer en une mince ligne tandis qu'il examinait d'un œil critique sa colocataire. Refusant de discuter la première partie de la remarque que lui avait adressé la jeune femme, il répliqua avec aigreur :
« Parce que pour toi, un quidam affublé d'un costume d'animal dont l'esprit détraqué est persuadé de faire pleinement partie d'une espèce en voie de disparition et dont le seul rôle dans l'émission est d'interpréter des parodies de chansons, c'est un homme sain et avenant ? »
Un grondement furieux s'échappa de la gorge de la blonde, tandis que ses yeux se mirent à lancer des éclairs en direction de l'homme de science. Elle asséna avec exaspération :
« Au moins, lui, il a l'air gentil, doux et attentionné ! »
Le scientifique se rembrunit sous la critique détournée. Sa poitrine s'était mise à lui faire mal à nouveau. Il jeta un regard de reproche à la Fille, mais cette dernière avait baissé les yeux. L'air contrarié, elle marmonna d'un ton boudeur :
« Et puis, il a un beau sourire et une belle voix. »
Les yeux écarquillés l'espace d'une seconde, l'homme de science détourna vivement le regard, les dents serrées. Il ne voulait pas voir le léger rougissement qui colorait les joues de la jeune femme. Lentement, il sentit ses entrailles se tordre, rongées par l'acide de sa rancœur. Arrivés devant l'entrée, le Prof sortit d'un geste brusque son trousseau de clés et ouvrit la porte en silence. Les deux personnalités n'échangèrent pas un mot de plus pendant qu'ils montaient l'escalier menant à l'appartement du podcasteur.
Une fois arrivés, l'homme de science toqua sèchement, et ouvrit la porte d'entrée, jamais verrouillée pendant la journée. Un courant d'air fit tournoyer sa blouse blanche derrière lui alors qu'il pénétrait dans son ancien chez lui. Et face à lui, un homme vêtu d'un déguisement de panda le regardait bouche bée.
Aussitôt, il sentit la colère et la haine s'embraser en lui. Le corps tendu et la mâchoire crispée, le feu en lui le poussait à la confrontation, mais il parvint à se contenir. Il s'efforça de repousser les sentiments brûlants au plus profond de lui, et plaqua sur ses traits un masque de neutralité.
Sa bonne volonté fut mise à rude épreuve lorsque la Fille, avec un cri ravi, se planta devant l'ursidé.
« Maître Panda ! Si tu savais comme je suis contente de te revoir ! Puisque Mathieu est malade, j'ai ramené de quoi vous préparer un repas digne de ce nom. »
Les yeux du soi-disant panda oscillèrent entre la jeune femme qui tendait devant elle un sac rempli de victuailles et l'homme de science, puis il balbutia :
« … Comment ça, Mathieu est malade ? »
La blonde balaya d'un geste de la main l'inquiétude qui perçait dans la voix du « chanteur » :
« Oh, oui, mais ne t'en fais pas, le Prof s'en occupe. » Puis, avec un sourire aguicheur elle roucoula : « Alors, quoi de neuf chez notre goujat de créateur ? »
Le scientifique décida que le spectacle de la jeune femme faisant les yeux doux au pseudo animal ne l'intéressait pas, et il se força à les dépasser d'un pas rapide et guindé, sa blouse flottant à sa suite. Il était un homme mûr, sage et responsable, il ne ferait pas d'esclandre.
Il mena ses pas dans la cuisine, et sortit la boite à pharmacie du placard. Ses sourcils se froncèrent un peu en constatant la diminution rapide de certaines molécules, qui visiblement en son absence n'avaient pas été réapprovisionnées. Secouant sombrement la tête, il s'empara de ce qu'il cherchait, le glissa dans sa poche et se munit d'un verre d'eau. Il n'avait pas besoin de voir Mathieu pour savoir ce qu'il lui faudrait. La description du petit avait été étonnamment évocatrice.
Il s'engouffra dans l'escalier de l'appartement, en direction de la chambre de son créateur. Son cœur se mit à battre un peu plus vite une fois arrivé devant la porte entrouverte, et levant la main, il hésita une seconde à entrer. Puis les bruits étouffés des pleurs du Geek parvinrent à ses oreilles et il se força à avancer.
La chambre était sombre, et en désordre. Avec un grognement il alluma la lumière. Brusquement une masse non identifiée se jeta sur lui, et il faillit renverser son verre d'eau. Une petite voix malheureuse s'éleva avec des accents de soulagement :
« PROOOOOOF ! »
Tentant tant bien que mal de garder son équilibre, le scientifique observa la personnalité enfantine l'étreindre de toutes ses forces, les yeux remplis de larmes et le corps secoué de gros hoquets. À la fois agacé et embarrassé par l'effusion d'émotion de son jeune ami, il se mit à lui tapoter maladroitement le dos, et grommela un : « Ça va, ça va, je suis là. »
Se détachant précautionneusement du jeune freluquet, il se dirigea vers le lit de la pièce. Son regard se fixa sur l'homme emmitouflé dans la couverture aux couleurs sombres. Il était tel que le lui avait décrit le Geek. Le visage rouge et perlé de sueur, il gardait les yeux résolument fermés malgré le fort afflux de lumière et les piaillements du petit à la casquette. Sa respiration était peut-être un peu plus rapide que la normale. Les sourcils du schizophrène étaient froncés, mais était-ce la conséquence d'une réelle souffrance ou d'un mauvais rêve ? Il allait vérifier ça.
La voix du jeune gamer vint l'interrompre dans ses pensées, s'élevant avec une pointe de crainte :
« Dis, Prof, il a quoi Mathieu ? »
L'homme de science poussa un soupir exaspéré. Fallait-il vraiment qu'il joue la nounou de service ? Pourtant, malgré son énervement, il redressa ses lunettes sur son nez et fit ce qu'il savait le mieux faire (après ses recherches de scientifique il va de soi), et il répondit à la question du Geek :
« Vois tu mon petit, je n'en suis pas encore sûr... Certains paramètres nécessitent une recherche plus approfondie pour définir l'état de santé de notre créateur. Mais je puis déjà te dire ceci : il présente les signes cliniques de type hyperthermie, sudation, polypnée et asthénie, il y a donc des chances qu'il soit porteur du mixovirus influenzae. Mais ce ne sont peut être que les effets d'un burn-out, de la part de Mathieu je ne serais pas étonné. »
Devant les termes compliqués, les yeux du jeune garçon s'étaient agrandis de peur. « Est ce que Mathieu va mourir ? »
L'homme à la blouse blanche fronça les sourcils. « Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit ! De nos jours il est très rare de mourir d'une simple grippe voyons ! »
Il en eut soudain assez que le gamin traîne dans ses pattes, et il le renvoya d'un geste impatient de la main :
« Écoute, je m'occupe de lui ok ? Vas plutôt voir la Fille en bas, elle vous a ramené de quoi vous sustenter. Enfin, la connaissant, elle va encore mettre des heures à rater son plat, alors j'ai glissé une pastabox bolognaise dans son sac de provision, file donc te remplir la panse ! »
Le Geek paru un instant surpris de la gentille attention, puis son visage s'illumina. « Ouais ! Des pâtes ! Merci Prof ! »
Le jeune garçon se dépêcha de quitter la chambre et le bruit de ses pas dévalant l'escalier s'estompa au fur et à mesure de sa progression. Le scientifique poussa un soupir de soulagement, fronçant un peu les sourcils alors qu'il se demandait comment le petit pouvait aimer des trucs pareils. Mais au moins c'était pratique, même le Geek savait les préparer, donc si en plus il aimait ça, et bien, tant mieux ?
Il reporta son attention sur le podcasteur allongé devant lui. Il tendit la main vers son front, et sentit la forte chaleur qui en émanait. Il déposa son verre d'eau sur la table de chevet, et sortit la première chose qu'il avait récupéré dans la boite à pharmacie : un thermomètre. Il eu un petit sourire en imaginant la réaction qu'aurait eu son créateur face à l'objet, s'il avait été réveillé : une moue de dédain, assortie d'un regard noir. À quoi bon perdre son temps ? S'il avait vraiment de la température, il prenait un médoc et basta.
Le scientifique regarda Mathieu, et son sourire s'effaça. Un voile de tristesse s'abaissa sur son regard. Puis il se ressaisit et souleva la couverture, pour accéder au t-shirt du podcasteur. Une fois l'instrument bien calé sous le bras de son créateur (qui ne semblait décidément pas prêt à se réveiller), le Prof attendit, s'asseyant sur le rebord du lit.
Rapidement, la mélancolie le saisit à nouveau, alors que les souvenirs de son quotidien dans l'appartement resurgissaient. Son ancienne vie lui manquait. Quand Mathieu l'avait renvoyé, l'homme à la blouse blanche n'avait pas imaginé une seconde qu'il regretterait autant la compagnie de son créateur et de ses collègues personnalités. Tout ce à quoi il avait été capable de penser, c'était qu'il n'interviendrait plus dans l'émission. La suppression de sa rubrique, la façon dont le podcasteur les avait renvoyés lui et la Fille, l'avaient rendu fou de rage, et ce n'est qu'en voyant la jeune femme s'effondrer à ses côtés sur le palier de l'appartement qu'il avait retrouvé son calme. La priorité à cet instant était de rassurer la blonde, et de leur trouver un logement. Il s'était persuadé qu'ils auraient une meilleure vie, loin de leur ingrat de créateur : la Fille pourrait aménager leur nouveau chez eux et adopter les modes de vie farfelus qu'elle voulait. Lui se referait un nouveau labo, plus grand, plus adapté à ses besoins... Il en avait les moyens, en tant que chercheur renommé. Bref, ils referaient leur vie, sans subir les contraintes du travail de leur créateur. Ils avaient même recherché et accueilli les autres personnalités déchues : l'homme à la cravate, le moine... ça aurait dû être leur revanche sur Mathieu !
Mais aujourd'hui, il regardait son créateur et tout ce qu'il parvenait à ressentir, c'était un profond regret.
Le thermomètre se mit à bipper, et le scientifique sortit de sa torpeur. Récupérant l'objet, il lut le résultat : 40,5°. Quand même.
Il fallait donner quelque chose au podcasteur. Mais pour cela, il fallait qu'il soit en état d'avaler le comprimé niché dans la poche du scientifique. Le Prof appela Mathieu, et secoua son bras, d'abord gentiment, puis de plus en plus fort. Pas de réaction. L'homme à la blouse blanche sentit ses lèvres se pincer avec agacement. Aux grands maux les grands remèdes. Il asséna sans état d'âme deux grandes claques sur les joues du malade, et cette fois, ce dernier ouvrit les yeux, l'air hagard. Un gémissement malheureux lui échappa alors qu'il sentait ses joues déjà chaudes le brûler, et la voix du créateur s'éleva, éraillée et affaiblie :
« Uuuuuh... ça fait mal connaaard... Pourquoiii... »
Voyant ses paupières commencer à se refermer, le scientifique saisit son créateur et le secoua sans ménagement, le réprimandant de sa voix acide, mais en faisant attention à utiliser des mots simples :
« Mathieu, ne te rendors pas, tu as de la fièvre, il faut que tu te soignes. Assieds toi, j'ai amené un cachet. »
Le podcasteur rouvrit péniblement les yeux, fronçant les sourcils : « Prof ? »
L'homme de science eut un pincement au cœur lorsque son créateur le reconnut. Il adoucit un peu sa voix : « Oui, c'est moi Mathieu. Assieds toi s'il te plaît. »
Il l'aida à se redresser en passant son bras dans le dos du podcasteur tandis que ce dernier le regardait d'un air incrédule. Ses yeux se voilèrent rapidement sous l'effet de la fièvre, et le scientifique se dépêcha de lui donner le comprimé avec le verre d'eau. Une fois le médicament ingéré, le Prof l'aida à se rallonger, et sitôt la tête de nouveau sur l'oreiller, les yeux du schizophrène se refermèrent. L'homme à la blouse blanche le borda méthodiquement.
Il continua de regarder la couverture se soulever sous la respiration profonde de son créateur pendant quelques instants, puis regarda sa montre. Il allait attendre une heure, puis revenir prendre sa température. Il décida d'aller voir comment s'en sortait la Fille avec son plat, en espérant très fort que son remplaçant habillé en peluche ne serait plus là.
Ses espoirs furent vains cependant, et alors qu'il descendait l'escalier, il constata que la jeune femme n'avait en vérité même pas déballé ses provisions, et discutait joyeusement sur le canapé avec ce satané ursidé.
Ce dernier avait l'air ennuyé de l'attention dont il était l'objet. Son regard fuyait son interlocutrice, et finit par se poser sur le scientifique. Il se leva d'un bond, et coupant la parole à la féministe, il demanda aussitôt :
« Comment va Mathieu ? »
Cette question entraîna chez le scientifique une cascade de pensées et de sentiments plus négatifs les uns que les autres. D'abord l'agacement : de quel droit se permettait-il d'exiger des comptes ? Alors que, quand il était arrivé, il n'était même pas au courant de l'état de Mathieu ! La colère monta alors : ce fichu ursidé n'avait pas le droit d'avoir l'air aussi inquiet pour la santé de leur créateur, alors qu'à la base, il ne s'en préoccupait pas. Il débarquait à peine, pour qui se prenait-il exactement pour ignorer sa collègue, et faire comme si la situation le concernait ? Finalement, la haine embrasa ses pensées et son regard : stupide Panda prétentieux, s'il croyait que lui, ancien pilier de l'émission, allait se plier à son bon vouloir...
Il perçut vaguement que sa réaction était disproportionnée face à cette seule question, mais cela ne l'empêcha pas d'ignorer son interlocuteur. Il finit de descendre calmement l'escalier, tentant de contenir la hargne qui l'habitait. Une fois arrivé en bas, la voix stridente de la féministe, exaspérée, le prit pour cible :
« Prof ! Arrête ton cinéma et dis nous ce qu'il a voyons ! »
La pique atteignit son but et blessa son orgueil déjà bien malmené par les événements de ces deux derniers mois. Il jeta un regard de reproche à la jeune femme, qui le toisait depuis le canapé. Il risqua un coup d'œil furtif en direction de son « collègue » et de son costume ridicule. Ce dernier avait baissé la tête, dans une attitude de défaite, bien loin de l'arrogance qu'il avait perçue chez lui l'instant d'avant.
Le Prof savait que les émotions qu'il ressentait vis-à-vis du nouveau chanteur n'étaient pas rationnelles. Et c'était bien la seule raison qui l'empêchait, encore maintenant, de fondre sur lui et de lui faire payer toutes les offenses pour lesquelles il le tenait responsable. Cependant, il était bien incapable de passer complètement outre.
Finalement, il accéda avec réticence à la demande de son homologue féminin.
« Notre cher créateur est à mon sens victime de son zèle. Une hyperthermie importante en est le signe principal, de même qu'une forte asthénie. Ses voies respiratoires ne semblent pas atteintes, bien qu'il soit sujet à une légère polypnée. À mon avis, il s'agit d'un burn-out sans conséquence, donc je me suis contenté de lui administrer un antipyrétique. »
La Fille fronça son joli minois. « J'ai rien compris Prof, tu nous la refait en français ? »
L'envie furieuse d'effectuer un face-palm surgit chez le scientifique. Il avait oublié à qui il avait affaire. Il résuma son propos mécaniquement :
« Mathieu a de la fièvre, probablement due à la fatigue de son activité quotidienne... »
« Est ce qu'il faut appeler un médecin ? »
Cette fois, c'était la voix inquiète de l'animal qui l'avait interrompu.
Le choc figea les pensées du scientifique une demi seconde, avant que, dans un cri intérieur, toute sa rage ne revienne au triple galop : COMMENT OSAIT-IL ?
Les mots se bousculèrent alors dans sa bouche, et furent crachés à la face du panda sans qu'il ait la possibilité de les arrêter :
« Parce que pour toi, je ne suis pas capable de déterminer l'état clinique de Mathieu ? »
Le regard perçant derrière ses lunettes, une aura malveillante flottait autour de l'homme de science, visiblement prêt à en découdre.
L'ursidé ne répondit pas, et se gratta l'arrière de la tête, les yeux baissés et l'air gêné. Un « Tchh » s'échappa des lèvres de l'homme à la blouse blanche, qui, bouillant intérieurement, reprit alors :
« Comme si l'avis d'une créature dans ton genre avait la moindre importance en ce domaine de toute façon. »
La provocation toucha son but et l'animal releva la tête, furieux. « Je dis juste que peut-être, l'avis d'un professionnel diplômé en médecine serait le bienvenu ! »
Le Prof avait envie de hurler et de faire ravaler à l'ursidé ses paroles et sa bêtise à grands coups de microscope. À la place il siffla entre ses dents :
« J'ai la science infuse, sombre crétin ! Je sais reconnaître les signes de n'importe quelle maladie ! »
L'animal eut un mouvement de recul sous l'impact de l'insulte, et son visage se tordit de colère :
« Mais tu ne peux pas lui prescrire de médicament ! »
Le scientifique se mit à soupirer sous la tension, alors qu'il sentait des picotements envahir tout son corps, tant son irritation était grande.
« N'importe quel abruti sait que dans le cas d'une forte fièvre, repos et antipyrétiques sont les maîtres mots dans un premier temps ! Ce n'est que si l'organisme ne parvient pas à se remettre seul, au bout de quelques jours, qu'il faut envisager un diagnostic et un traitement plus poussé ! »
Le visage du chanteur avait viré au rouge sous la force de son énervement. Le ton entre les deux ennemis montait progressivement.
« Ah ouais ? Et on les trouve où, hein, ces antipyrétoniques ? »
« Antipyrétiques ! Et ils se situent notamment dans les acétaminophènes ! »
« Et tu crois vraiment qu'on a ce genre de truc ici ? »
« Enfin, ne te fais pas plus bête que tu ne l'es déjà ! BIEN SUR que Mathieu a du paracétamol dans sa pharmacie ! »
« Hein ? Tu avais dit acétimachin tout à l'heure ! Et si t'arrêtais de prendre les gens de haut déjà, hein ? Avec tes mots compliqués ! Tu te crois supérieur, c'est ça ? »
« Et bien, peut-être que mes mots sont simplement le reflet d'une certaine civilisation et que c'est à toi de ne plus être une créature ignare et primitive ! Oh, mais j'avais oublié ! Tu n'es qu'un vulgaire animal et jamais tu ne pourras être suffisamment évolué pour comprendre la vraie profondeur du langage humain ! »
« JE SUIS AUSSI UN CHANTEUR JE MAÎTRISE PARFAITEMENT LE LANGAGE HUMAIN MERCI BIEN ! »
Étrangement, voir le panda ainsi piqué au vif calma un peu l'homme de science, tandis qu'une onde de satisfaction le traversait. D'un ton hautain, il répliqua avec acidité :
« Ne t'en déplaise, je n'en suis pas convaincu. Tes soi-disant « chansons » manquent complètement de profondeur et d'intelligence, du pur mimétisme de ce dont est capable un vrai parolier. Mais j'imagine qu'on ne peut pas trop en demander à un demi homme ? »
« RAHHHHH ! MAIS VAS TE FAIRE FOUTRE, BORDEL ! »
Un petit sourire victorieux sur le visage, le Prof se détourna d'un Maître Panda hors de lui, tandis que pour la première fois depuis longtemps, le triomphe faisait éclore en lui une sensation de bonheur absolu.
Cependant, la douce chaleur qui l'enveloppait s'évapora rapidement lorsque son regard rencontra celui de la Fille, à la fois choqué et révolté. Il détourna les yeux. Il savait déjà ce qu'elle était sur le point de dire, et ses poings se crispèrent. La voix de la jeune femme s'éleva alors :
« Prof, j'arrive pas à croire que t'aies pu dire des choses pareilles à Maître Panda ! Comment peux tu, alors que tu as la science infuse, être aussi aveugle sur son compte ? »
Les yeux du scientifique s'assombrirent. Et voilà. Quelle idée de s'attaquer à l'ursidé sous les yeux de la personnalité féminine. Inutile d'essayer d'expliquer ce qu'il ressentait à la blonde, elle ne ferait que prendre la défense de son chouchou. Avançant à grands pas, il lui passa devant, sans un coup d'œil, et maugréa amèrement :
« Ça ne te regarde pas. »
Il décida d'aller racheter des médicaments dans la pharmacie d'à côté, afin d'échapper à la furie de la Fille. Alors qu'il fermait la porte derrière lui, il entendit cette dernière l'appeler d'un ton outré, mais il n'y fit pas attention.
Arrivé sur le palier, il lâcha un soupir, et il se dirigea à pas plus lents vers l'ascenseur, vidé de toute énergie. Il se contenta de sortir de l'immeuble, en s'efforçant d'oublier le regard incendiaire que lui avait jeté sa colocataire.
Sur le chemin, il repensa à la joie qu'il avait ressenti quand il avait remporté la joute verbale qui l'opposait au panda. Une étincelle de fierté jaillit à ce souvenir, et un petit sourire étira ses lèvres. Ce satané ursidé en avait pris pour son grade. Cela lui rappela la première dispute qu'il avait eue avec l'homme au kigurumi, et la paix qui l'avait enveloppé après qu'il ait vidé son sac. Jamais il ne se sentait aussi bien que quand il s'en prenait à cet imposteur.
Cette pensée le mettait légèrement mal à l'aise. Trouver son bonheur dans le malheur d'autrui, même quand il s'agissait d'un faux panda, n'était pas très acceptable moralement parlant. La culpabilité commença à se glisser sournoisement dans sa poitrine. Vraiment, il ne se reconnaissait plus. Lui qui ne laissait jamais les émotions dicter son comportement, il se surprenait à ne plus agir qu'en fonction d'elles...
Dépité, il se jura de tout faire pour ne plus céder à la colère brûlante qui naissait en lui, à chaque fois qu'il croisait l'animal en toc. Et une peur acide attaqua son estomac à l'idée que, peut-être, il ne serait pas assez fort pour parvenir à respecter cette promesse.
« J'arrive pas à y croire. »
C'était la troisième fois que la Fille répétait cette phrase, un air stupéfait sur le visage, et Maître Panda commençait à en avoir par dessus la tête.
À la décharge de la jeune femme, le chanteur n'était à ce moment pas des plus disposés à faire preuve de patience. En vérité, tout ce que souhaitait l'animal, c'était que cet enfoiré de scientifique à la noix revienne pour pouvoir lui faire payer chacune de ses paroles corrosives à grands coups de bambou. Ce... Ce connard, ce crétin fini, ce gros enculé !...
Non, ce n'était pas joli-joli dans la tête de notre panda national. Les yeux exorbités et le visage écarlate, il s'efforçait tant bien que mal de retrouver un semblant de calme, soufflant profondément par le nez. Finalement, il croisa le regard inquiet de la jeune femme à ses côtés, et la tension redescendit. Il fallait qu'il se reprenne avant de passer pour un fou.
Mais le binoclard avait frappé fort en remettant en question son intelligence et sa civilité. Bien que ses arguments ne tiennent pas la route, ils avaient été lancés avec une telle agressivité et une telle assurance, que l'animal n'avait pu s'empêcher de se sentir blessé. Le pire, c'était qu'il n'avait rien fait de mal !
Alors qu'il commençait à retrouver une couleur normale, la porte d'entrée claqua à nouveau. Une poussée d'adrénaline traversa l'ursidé, qui se redressa immédiatement, tendu comme la corde d'un arc. S'apprêtant à fondre sur ce malotru de scientifique, il stoppa net ses mouvements.
Le Patron venait d'entrer dans le salon, et les regardait, les sourcils levés, et un sourire indécent sur les lèvres. Maître Panda sentit sa gorge s'assécher et une forte chaleur se diffuser dans son bas ventre. La réaction instantanée de son corps le pris complètement au dépourvu. Décontenancé, il rendit au criminel un regard à la fois furieux et douloureux. Ce n'était vraiment pas le moment de lui rappeler à quel point les choses étaient compliquées avec cet homme là aussi. Serrant les dents, il se dit que, vu son état émotionnel, si le Patron se fichait à nouveau de lui avec sa soi-disant gentillesse...
La voix grave du criminel s'éleva :
« Salut gamin, en forme à ce que je vois... Ehhhh, mais si c'est-y pas la grognasse ! Ma queue te manquait c'est ça ? »
L'animal regarda d'un air ébahi le Patron s'approcher, puis presser un des seins de la Fille dans une main, avant que cette dernière ne pousse un cri de protestation et ne repousse brutalement le criminel, essayant de le gifler. L'ursidé serra les poings pendant que le pervers de l'émission esquivait en riant les coups de la jeune femme.
C'en était trop !
Furibond, l'homme au kigurumi se mit à crier :
« Alors moi, tu m'ignores, mais à elle, tu lui parles normalement ? »
Le criminel et la blonde se tournèrent vers lui, l'air surpris. La voix rauque du Patron s'éleva, amusée :
« Bah alors gamin, t'es déçu ? Tu veux que je te mette une main au cul, c'est ça ? »
Le visage de l'animal s'enflamma. Il n'avait pas prévu de réagir aussi violemment, ni de laisser entendre à l'homme en noir qu'il était un tant soit peu jaloux... D'ailleurs il ne l'était pas ! Il voulait juste que le criminel arrête de se moquer de lui et le traite à nouveau comme tout le monde !
Finalement, à court de mots, mais empli de désirs contradictoires et de colère, le panda tourna les talons et s'enfuit dans sa chambre, avant de sortir une autre connerie. Après tout, il se fichait bien de ce que faisait le Patron. Et peu importe si le Prof ne pouvait pas le voir en peinture. Il n'avait pas besoin d'eux, et il avait d'autres problèmes autrement importants en tête, comme la survie de son espèce. Non, vraiment, ce n'était rien.
Le Patron observa avec stupéfaction le chanteur d'SLG prendre la poudre d'escampette, après avoir brusquement pété son câble. C'était la première fois que celui-ci manifestait ouvertement son agacement face à sa technique de drague. Il ne pouvait pas dire qu'il ne s'en était pas rendu compte avant : difficile d'ignorer les regards de reproche de l'ursidé. En vérité, il ne savait pas trop pourquoi il continuait son petit numéro. Lui même en avait plus que marre d'essayer d'être quelqu'un d'autre, et il commençait à perdre sérieusement patience. Pourtant, le panda n'avait jamais été aussi réceptif que depuis qu'il se montrait aimable avec lui... Cela signifiait bien que dans un sens, son plan fonctionnait ! Alors il rongeait son frein, refoulant sa nature première et se défoulant quand l'occasion se présentait sur ceux qui croisaient son chemin, en dehors de sa cible.
Un soupir résonna à côté de lui, faisant écho à la frustration profonde qui l'imprégnait. L'homme en noir se tourna vers la source de cette manifestation de désarroi : la Fille s'était apparemment calmée, et arborait une expression inquiète. Le criminel perçut le potentiel de la situation et il l'interrogea :
« Eh, elle a quoi la boule de poil, elle a ses règles ou quoi ? »
La jeune femme lui lança un regard oscillant entre l'agacement et le mépris. Mais ne résistant pas au plaisir d'un ragot, elle répliqua de sa voix haut perchée :
« T'as loupé un épisode mon vieux. Es-tu seulement au courant que Mathieu est malade ? Non, non, pas la peine d'aller le voir, le Prof s'en est occupé. Pourquoi tout le monde s'inquiète autant pour lui ? Il nous a fait le coup des dizaines de fois. Bref. Moi et le Prof, on est venus aider en apprenant que Mathieu n'allait pas bien, et, je sais pas trop pourquoi, mais cet idiot au nœud papillon a été super agressif envers Maître Panda ! Ils se sont disputés juste avant que tu débarques. Par contre, je vois pas du tout pourquoi ce cher Maître s'est énervé contre toi... Des choses à me raconter ? »
L'air gourmand de la Fille fit sourire le Patron. Il l'aimait bien la grognasse au fond. Cependant, il n'était pas vraiment décidé à lui raconter le détail des derniers événements. Il se dirigea à son tour vers l'escalier, en lançant par dessus son épaule :
« Qui sait ? »
Il entendit la fausse blonde s'insurger dans son dos, furieuse que le criminel ne lui raconte pas en retour quelques anecdotes juteuses. Il ne prit même pas la peine de lui répondre, le cerveau tournant à cent à l'heure. Alors comme ça, le panda était en froid avec quatre-yeux ? Pas étonnant que le scientifique soit en colère d'avoir perdu sa place, mais l'homme en noir l'aurait cru capable de discerner le vrai coupable de cette affaire : leur créateur adoré.
En attendant, il avait un chanteur à fleur de peau sur les bras. Peut-être que c'était l'occasion de faire avancer les choses ? Tatiana lui avait conseillé de maintenir ses efforts. Et bien qu'il en ait ras le cul de cette comédie, il fallait au moins qu'il essaie. Qui ne tente rien n'a rien n'est ce pas ?
Arrivé en haut de l'escalier, il aperçut du coin de l'œil la Fille se diriger vers la cuisine. Il vit aussi que le Geek avait sorti sa tête hors de la pièce dédiée au repas et qu'il regardait la jeune femme approcher avec des yeux ronds. Bien ! Le gamin lui raconterait tout, sans donner de détails.
Le Patron se dirigea vers sa chambre, réfléchissant à la façon de tourner la situation à son avantage. Lentement, un plan commença à se construire dans la tête du criminel. Sa détermination était exacerbée par l'inconfort de sa situation, et il était bien décidé à faire sien le chanteur de l'émission.
Soudain, il sut ce qu'il devait faire pour s'emparer de l'animal, et un sourire victorieux s'étendit sur son visage. La peluche n'avait qu'à bien se tenir.
