CHAPITRE 10

5 février 1921

3 janvier 1921

Nous voilà donc dans la nouvelle année. J'ai fais la fête avec Isaac le 31 au soir, et ce fut une mauvaise idée. J'ai bu. Beaucoup trop. Mais ce fut une belle soirée, pleine de gens que je ne connaissais absolument pas mais qui semblaient tous être très amis avec Isaac. Enfin, « ami » est un bien grand mot quand on prête plus attention aux relations que partagent vraiment ces gens. Ils sont tous hypocrites, ne pensent qu'à l'argent, à faire la fête. Ils ne veulent que devenir célèbre et se faire un nom dans la société. Je trouve cela triste, même si je dois avouer que l'être ne me déplairait pas.

Mon père et Scott me manquent. Nous avons parlé par lettres, mais ne pas les avoir à mes côtés est assez dur à supporter. Scott m'a dit qu'il essayerait de trouver un moyen de passer me voir, pour ainsi revoir Isaac également. Je me sens seul ici.

Hier, Isaac a envoyé une de mes nouvelles à Derek Hale, comme ce que j'avais promis de faire à la fête où nous nous sommes rencontrés. Cet homme est très énervant et terrifiant, Isaac ne m'avait pas prévenu à propos de ça. Je ne sais pas si je pourrais trouver le courage d'aller le revoir pour avoir son avis sur mes écrits, cela risque de mal tourner. Mal tourner pour moi car je vais sans doute m'énerver et il est certain que je ne fais pas le poids contre Derek. Je ne sais pas du tout ce qu'il va en penser, peut-être va-t-il trouver que je n'ai pas de talent et que je devrais retourner dans le sud pour devenir jardinier ou quelque chose comme ça. Ou alors peut-être va-t-il me dire que j'ai un talent fou et que j'ai toutes les chances de me faire éditer.

Seul le temps nous le dira.

10 janvier 1921

Cela va bientôt faire un mois que je suis arrivé à Paris, le temps passe étonnement vite. J'ai rencontré énormément de gens, et je commence à me souvenir de leurs noms et eux du miens. Je trouve ça vraiment bien, j'aime rencontrer de nouvelles personnes.

Je n'ai toujours pas rencontré le père d'Isaac, il ne vient jamais voir son fils ni prendre des nouvelles, ce que je trouve étrange. Isaac n'en parle jamais, même si je sais qu'il lui manque. Je le sens, je le vois quand je parle du miens, quand il voit les lettres que je reçois. Mon père me manque également, malheureusement il ne compte pas venir à Paris me voir, il dit qu'il a beaucoup trop de travail chez nous. Je le comprend, même si ça me rend triste. Scott quant à lui m'a envoyé une lettre pour me dire qu'il passerait dès qu'il aura le temps, j'ai hâte de le revoir. Il m'a parlé d'une jeune fille qu'il a rencontré, elle s'appelle Allison je crois. Il me l'a décrite comme étant magnifique, intelligente, drôle, aventurière, forte...Elle semble être parfaite pour lui, et je suis réellement heureux de voir qu'il a enfin trouvé quelqu'un. Moi je ne pense pas à ça. Je sais que je devrais, mais parmi toutes les femmes que j'ai rencontré aucune ne m'intéresse vraiment.

Aujourd'hui je suis censé aller voir les Hale. Isaac m'a presque ordonné de le faire. Il m'a dit « Va voir Derek, dit lui que je t'envoie rechercher le dossier qu'il devait me rendre depuis plusieurs jours et que c'est urgent. Comme ça, tu pourras en même temps lui demander s'il a lu ta nouvelle et ce qu'il en pense ». J'ai l'impression d'être un larbin à son service parfois, il m'envoie à la laverie, chercher du pain, envoyer des lettres importantes...Mais je ne me plains pas, après tout il me permet de vivre à ses frais depuis plusieurs semaines, donc c'est juste. Au moins je n'ai pas à faire le ménage.

J'ai hâte d'entendre ce que Derek a à me dire, et j'ai en même temps peur. Notamment à cause de ce qu'Isaac a ajouté : « Et ne prend pas mal ce qu'il pourrait te dire, évite de te montrer trop sarcastique à son égard, il n'aime pas vraiment ça » je vais donc devoir éviter d'être moi-même durant notre entretien. Espérons que tout ce passera bien.

Stiles termina d'écrire et rangea son journal. Il se leva et descendit dans le salon pour y découvrir Isaac assis sur le canapé, entouré de feuilles et de plusieurs tasses de café. Lorsqu'il le vit descendre, le jeune homme aux cheveux bouclés leva la tête vers lui et lui sourit.

-Près à aller dans la tanières des loups ? Demanda-t-il, faisant référence aux Hale.

Stiles acquiesça, ne voulant pas montrer le stress qui commençait à monter peu à peu en lui.

-Si tu te montres respectueux tout ira bien.

Le jeune homme de 19 ans leva les yeux au ciel à cette remarque. Il était respectueux, envers tout le monde. Enfin presque tout le monde.

-Ça par exemple, lever les yeux au ciel, évite de le faire, dit Isaac en reprenant une gorgée de café.

Stiles se retourna vers le mur pour à nouveau arborer un air désabusé sans qu'Isaac ne puisse le voir. Oui, bon, Stiles savait qu'il pouvait se montrer parfois, souvent, impertinent et énervant. Mais il ne pouvait rien y faire, ses remarques sarcastiques et ses expressions lassées faisaient parties de lui.

Il décida qu'il était temps d'aller accomplir sa mission et se prépara à sortir. En arrivant en bas, il demanda au chauffeur d'Isaac de l'emmener à la demeure des Hales qui se trouvaient à l'extérieur de Paris. Stiles n'y était jamais allé, mais Isaac lui avait dit que c'était un grand manoir près d'une foret. Il pensa qu'en effet Derek avait bien l'air d'être quelqu'un vivant dans un manoir près d'une foret. Après une dizaine de minutes la voiture fini par traverser un grand portail en fer et s'arrêta près de la fontaine se trouvant près de l'immense porte d'entrée du manoir.

-Vous êtes arrivé Monsieur Stilinski, dit le chauffeur.

Stiles le remercia en se disant qu'il adorait être appelé « Monsieur Stilinski » et sortit de la voiture. Il prit une grande inspiration et commença à monter les marches le séparant de la porte d'entrée. Il jeta un œil à la maison et ne fut même pas étonné de voir qu'elle faisait la taille de l'immeuble des Lahey. Il se demanda combien de personnes pouvaient vivre dans une aussi grande habitation, plus d'une dizaine sans doute.

Il frappa à la porte et attendit quelques secondes avant qu'un homme ne vienne lui ouvrir.

-Que puis-je faire pour vous ? Demanda-t-il.

Il semblait âgé d'une cinquantaine d'année, chauve, le regard menaçant, la voix assurée ce qui mit Stiles mal à l'aise.

-Je viens voir Derek Hale, répondit-il.

L'homme l'examina de haut en bas, les lèvres pincés. Stiles commença à avoir les mains moites face à cette situation.

-C'est bon Gérard, tu peux le laisser rentrer, dit une voix forte venu de l'intérieur de la maison.

Le dénommé Gérard lança un dernier regard perçant à Stiles et finit par s'écarter pour le laisser pénétrer à l'intérieur.

La porte donnait sur une grande salle, où se trouvait deux escaliers en marbres qui permettaient de monter sur un balcon immense à l'intérieur de la maison. Là haut, se trouvait un homme en smoking noir portant un verre qui regardait Stiles sans dire un mot. Ça n'était pas Derek.

-Tu cherches Derek ? Demanda l'homme en s'approchant d'un des escaliers.

-Oui, je viens récupérer un dossier important, dit Stiles en se tortillant les mains.

L'homme finit par descendre de son piédestal et Stiles put enfin reconnaître la personne avec laquelle il parlait. Peter Hale, l'oncle de Derek. Il ne l'avait vu qu'à peine quelques secondes durant la fête et ils ne s'étaient jamais parlés mais il se souvenait parfaitement du visage de l'homme. Surtout de son petit air supérieur qu'il avait également à ce moment là. Il fixa Stiles d'un regard perçant et avec un sourire en coin.

-Il doit être quelque part dans la maison, ou dans le jardin, je ne sais pas. Je ne fais pas trop attention à ce que fais mon neveu en réalité, expliqua Peter.

Stiles baissa les yeux à ces paroles. Il soupira presque mais se retint.

-Je peux peut-être t'offrir un verre ? Proposa-t-il.

Le jeune homme plissa les yeux devant la proposition. Peter ne semblait pas être quelqu'un de bien, la façon dont il regardait Stiles le mettait extrêmement mal à l'aise, et le sourire de prédateur qu'il arborait n'arrangeait pas les choses. Ils ressemblait à son neveu, l'arrogance en plus.

-Je ne sais pas si boire est une bonne idée...dit Stiles pour se trouver une excuse.

-Mais si, vient donc, répliqua Peter en s'approchant de lui.

Il posa une main sur son épaule, comme s'il s'appropriait le jeune homme. Il fit un signe à Gérard qui se trouvait non loin d'eux et ils allèrent dans le salon qui se trouvait à gauche de l'entrée. Peter lâcha l'épaule de Stiles et alla s'asseoir sur son canapé, écartant les bras pour les mettre sur le dossier. Il tenait toujours son verre qui était presque vide.

-Assied toi, dit-il, presque comme un ordre.

Stiles, qui était encore plus mal à l'aise, fini par s'asseoir à ses côtés, le dos droit et crispé comme si le canapé était fait de piques. Gérard fini par revenir et donna un verre à Stiles, tandis qu'il remplissait celui de Peter. Il n'avait pas vraiment envie de boire, en fait il voulait surtout rentrer chez lui, mais avait trop peur pour dire quoi ce que ce soit.

-Alors, tu viens rechercher un dossier ?

Stiles se racla la gorge.

-Oui c'est ça. Pour Isaac Lahey.

Peter haussa les sourcils à ces mots.

-Isaac ? Ah ce bon vieux Lahey, je ne lui ai pas parlé depuis bien longtemps, dit-il avec nostalgie.

Il prit une gorgée de sa boisson et Stiles fit de même. C'était du whisky. Il ne savait pas quoi dire, alors il fit tourner son verre entre ses mains.

-Tu n'es pas très bavard, fit remarquer Peter après quelques secondes de silence.

C'était bien la toute première fois de la vie de Stiles qu'il entendait cette phrase. Il faillit rire mais se retint.

-Je le suis énormément en réalité, j'essaye juste de ne pas trop le montrer pour ne pas être énervant, dit-il pour se justifier.

Il ne savait pas si c'était la bonne réponse, ou s'il aurait du trouver autre chose à dire. En tout cas cela fit rire Peter. Ce dernier se redressa pour pouvoir se mettre plus proche de Stiles.

-Tu es là uniquement pour venir chercher un dossier ? Demanda-t-il, suspicieux.

Peter plissa des yeux en posant cette question, comme s'il savait déjà la réponse mais qu'il voulait que Stiles l'avoue. Il hésita à répondre honnêtement. Parfois il avait l'impression d'être trop honnête envers les gens, eux qui semblaient mentir pour tout et n'importe. Stiles ne mentait que lorsque cela lui rapportait quelque chose, pas simplement pour le plaisir.

-Non, répondit-il après quelques secondes.

Il avait répondu à sa question, il n'avait pas besoin d'en dire plus, mais il sentait le regard de Peter l'obliger à parler.

-J'ai...donné une de mes nouvelles à Derek et j'espérais avoir son avis aujourd'hui.

Peter en fut bouche-bée. Il le fixa avec une expression étonnée, comme s'il avait entendu quelque de totalement impossible.

-Il a accepté de te lire ? Sans rien en échange ? Derek Hale ?

Cette fois, Stiles plissa les yeux. Il ne comprenait pas pourquoi Peter trouvait que cela était aussi étonnant. Il arrivait souvent que des auteurs confirmés lisent les travaux de débutants pour les aider, il s'était dit que Derek l'avait déjà fait pour beaucoup d'autres. Il semblait que non.

-Oui, c'est si étrange que ça ? Demanda-t-il.

Peter, qui avait les yeux ouverts comme s'il avait vu un fantôme, fini par récupérer une expression neutre mais ne pu s'empêcher de rire.

-Étrange est un euphémisme, il n'a jamais excepté de faire ça pour quoi que ce soit avant toi.

Stiles ne savait pas s'il devait se sentir flatté ou non. Peter pencha la tête sur le côté comme pour observer plus profondément le jeune homme.

-Tu dois avoir quelque chose de spécial, murmura-t-il...

Cette fois, il ne se laissa pas intimider et se retourna vers lui pour soutenir son regard et lui lança le même sourire que lui.

-Il faut croire, dit-il sur le même ton.

Alors que les deux hommes se trouvaient dans une batailles de regards ils entendirent une porte s'ouvrir et finirent par détourner les yeux pour regarder qui venait d'entrer.

C'était Derek. Et il semblait plutôt de mauvaise humeur.

En le voyant arriver, Peter se leva et s'approcha de lui. Il lui murmura quelque chose à l'oreille, puis se retourna vers Stiles qui s'était également levé après avoir posé son verre sur la table basse. Il lui sourit et tendit son verre comme pour lui dire au revoir.

-Ce fut un réel plaisir de faire ta connaissance Stiles.

Puis il quitta la pièce et Stiles se retrouva seul avec Derek qui le fixait d'un regard noir.

-Qu'est-ce que tu veux ? Demanda-t-il froidement.

Le jeune homme prit mal ce manque de politesse et s'approcha de lui en lui lançant un regard qui en disait long sur ses pensées.

-Bonjour à toi aussi, je viens rechercher un dossier que tu dois à Isaac. J'aime beaucoup ton manque de politesse par ailleurs.

Derek soupira et regarda Stiles comme s'il l'avait énormément déçu. Il semblait fatigué et énervé. Il se retourna en faisant un signe de la main au jeune homme pour qu'il le suive, ce qu'il fit. Il montèrent à l'étage par les escaliers où se trouvait Peter quelques minutes auparavant et Derek l'emmena dans un bureau où étaient entassés des centaines de feuilles et dossiers.

-C'est très bien rangé, fit remarquer Stiles ironiquement.

Il repensa à ce qu'avait dit Isaac au sujet de ses remarques sarcastiques, que cela risquait d'énerver Derek et qu'il ne voulait pas le voir énerver. Mais il ne pouvait s'en empêcher, c'était comme si la totalité de son corps le poussait à le provoquer au travers de répliques cinglantes.

Il vit Derek s'approcher du bureau, déplacer certains dossiers pour finalement en sortir un qu'il ouvrit pour vérifier si c'était le bon. Il le tendit ensuite à Stiles, le visage toujours aussi sombre.

-Voilà tu peux t'en aller.

Il ne dit rien de plus et quitta la pièce sous le regard outré de Stiles. Celui-ci n'hésita pas une seconde de plus et le suivit. Il finit par le retrouver sur le balcon.

-Attend, Derek ! S'écria-t-il.

Derek se retourna vers lui, le regard désabusé, en soupirant. Il leva les sourcils comme pour autoriser Stiles à parler.

-As-tu...lu ce que j'ai écris ? Demanda-t-il d'une voix hésitante.

Derek ne dit d'abord rien, puis il jeta un coup d'œil à la fenêtre présente de l'autre côté du balcon. Elle était immense et donnait sur le jardin des Hale. Il finit par reposer son regard sur Stiles après quelques secondes et commença à s'approcher du jeune homme d'un air menaçant. Le cœur du jeune hyperactif se mit à battre de plus en plus rapidement à mesure que Derek le mettait de plus en plus mal à l'aise. Ils finirent par se retrouver à à peine quelques dizaines de centimètres de distance, le regard vert foncé de Derek toujours posé sur Stiles.

-Tu ne me foutras donc jamais la paix ?

Sa voix était encore plus profonde et grave qu'auparavant. Stiles en eu un frisson, il se sentait en danger, comme s'il était allé trop loin et qu'il était déjà trop tard. Il s'attendait presque à ce que Derek le fasse passer par dessus la barrière du balcon à leur gauche. Ne sachant pas quoi répondre, il baissa les yeux en se mordant la lèvre inférieure.

Derek prit une grande inspiration comme pour montrer son exaspération et reprit la parole à la surprise de Stiles :

-Oui j'ai lu ce que tu as écris.

Le jeune homme releva les yeux, un sourire d'espoir au visage, son cœur battant encore plus vite. Il attendit que Derek continue, qu'il lui dise ce qu'il en pensait, mais celui-ci laissa planer le suspens quelque secondes de plus.

-Et qu'en penses-tu ? Fini par demander Stiles.

Et pour la première fois depuis que les deux hommes se connaissaient, Stiles cru apercevoir les commissures de la bouche de Derek se soulever en un très léger sourire qui disparu aussitôt. Le regard du plus vieux se fit moins sombre, comme s'il avait arrêté de vouloir faire peur à Stiles en l'intimidant.

-Je pense que tu ne m'avais pas menti, dit-il.

Stiles plissa les yeux en essayant de comprendre ce qu'il voulait dire par là.

-Tu as plus de talent que je ne l'avais imaginé, précisa Derek sous les yeux de Stiles qui se mirent à briller.

La pression retomba des épaules du jeune homme et il put enfin respirer normalement. Il laissa échapper un « ouf » sans s'en rendre compte.

-Donc tu aimes ? Voulu savoir Stiles, même s'il s'imaginait que c'était le cas il voulait l'entendre de sa bouche.

Derek leva les yeux au ciel et fini par se reculer.

-Disons que je m'attendais à pire, et que je n'ai pas été déçu.

Stiles sourit franchement face aux paroles de Derek. Il était heureux de voir qu'il n'avait pas fait tout ça pour rien, et que ce qu'il avait écrit plaisait à Derek. En réalité, le petit numéro de celui qui avait confiance en soit dont il avait fait preuve lors de leur première rencontre était totalement faux. Stiles était terrifié par l'idée que ce qu'il écrivait ne soit pas suffisamment bon.

-Arrête de sourire comme un idiot, dit Derek d'un ton menaçant.

Stiles essaya de faire de son mieux pour faire ce qu'il disait mais en était incapable. Derek finit par lever les yeux au ciel à nouveau et tourna le dos à Stiles pour descendre les escaliers.

-Du coup, que fait-on maintenant ? Demanda le plus jeune en le suivant.

-Tu rentres chez toi, je trouverai le moyen de te recontacter, répondit Derek sans lui lancer un regard de plus avant d'aller dans la cuisine.

Stiles se retrouva seul dans l'entrée, le sourire toujours aux lèvres. Il prit une grande inspiration et décida de suivre le conseil de Derek et de rentrer chez Isaac.


Environ deux semaines plus tard, Stiles reçu une lettre de la part des Hale. Elle avait été écrite à la main, et était signée du nom de Derek. Il lui disait qu'il devait se rendre à son manoir, dès qu'il le pouvait, sans donner plus d'information sur la nature de leur future rencontre. Stiles se disait bien que cela avait à voir avec le texte qu'il lui avait envoyé, et il espérait que ce que Derek allait lui dire étaient de bonnes nouvelles.

Pendant les deux semaines, durant lesquelles il avait attendu que Derek le recontacte, il avait beaucoup écrit et commencé à chercher un moyen de gagner de l'argent. Malheureusement, il n'avait pas beaucoup de qualification, même si, s'il en avait envie, il pourrait sans doute rentrer à l'école de droit comme Isaac. Mais il était loin d'en avoir envie. Le droit ne lui avait jamais plus, tout comme tout les autres métiers qu'on lui avait proposé. Ce que lui voulait faire, c'était écrire. Alors il faisait ça, du matin au soir. Il écrivit des poèmes, de nouvelles idées de roman, des ébauches de nouvelles qui pouvaient peut-être mener à quelque chose de plus long...Il se disait qu'il avait énormément de chance qu'Isaac ne lui demande pas de loyer.

Stiles se rendit donc au manoir des Hale grâce à la voiture d'Isaac. Il alla frapper à la porte et ne fut pas vraiment heureux de revoir le visage froid de Gérard. Le vieil homme le fit entrer en lui disant d'aller à l'étage, car c'était là que se trouvait Derek. Stiles grimpa donc les escaliers, ne sachant pas où se trouvait Derek il partit à sa recherche. Il essaya d'abord le bureau dans lequel ils étaient déjà allés mais n'y trouva rien. Il décida donc d'ouvrir toutes les portes du couloir dans lequel il était en se disant qu'ainsi, il finirait forcément par voir Derek.

Il essaya la porte la plus proche, frappa avant d'entrer puis, n'ayant pas de réponse, il ouvrit. Il tomba sur une chambre, immense, un lit deux places se trouvant près de la fenêtre qui était fermée. Stiles retourna dans le couloir pour tenter une autre pièce mais eut le même résultat. La troisième porte fut celle d'une salle de bain qui faisait la taille du salon que son père et lui partageaient lorsqu'il habitait encore avec lui. Il finit enfin par trouver une pièce dont il entendit une réponse après avoir frappé. Stiles entra au « oui ? » qui venait de l'intérieur et put enfin voir Derek.

Il était dans sa chambre, un livre à la main, debout à faire les cent pas. Lorsque Stiles entra, il leva les yeux de son ouvrage pour les poser sur le jeune homme. Il ne lui sourit pas, car Derek ne souriait presque jamais, mais ne lui lança pas un regard menaçant comme il en avait pourtant l'habitude. Au contraire, cette fois il semblait presque accueillant.

-J'ai reçu ta lettre, dit Stiles en refermant la porte derrière lui.

Derek referma son livre et alla le poser sur le bureau près de la fenêtre où en étaient entreposés déjà de nombreux autres.

-Pourquoi voulais-tu me voir ? Demanda-t-il, ne sachant pas quoi faire.

-Gérard t'as dit de monter dans ma chambre ? Répliqua Derek.

Il ne répondait pas à la question et cela énerva un peu le jeune homme. Il détestait quand les gens lui répondait par une autre question.

-Il m'a dit que tu étais à l'étage, alors je suis monter à l'étage. Je n'aurais pas dû ?

Derek lui lança un regard indéchiffrable. Il n'arrivait pas à savoir s'il lui en voulait ou non, mais pour une fois Stiles n'avait pas l'impression d'être sur le point de se faire arracher la gorge et cela le rassurait un peu.

-Je voulais te voir pour te parler de ce que j'ai fais les deux dernières semaines.

Il se retourna pour aller à nouveau près de son bureau et commença à fouiller sous le regard confus de Stiles. Il fini par sortir une feuille qui était pliée en deux et la tandis à Stiles.

-J'ai parlé à certain de mes contacts de ta nouvelle.

Stiles fronça un peu les sourcils, sentant son cœur battre à plus vive allure. Il ouvrit la feuille et commença à lire ce qu'il y avait marqué dessus. C'était une lettre d'éditeur, et il y était écrit, en toute lettre, qu'ils acceptaient de publier la nouvelle de Stiles.

Son cœur rata un battement lorsqu'il comprit de quoi il était question, mais n'arriva pas à réagir.

Après quelques secondes, Stiles finit par refermer la lettre et la tandis à Derek, toujours dans la confusion. Il avait les yeux écarquillés, mais ne disait rien, ce que Derek trouva très étrange.

-Tu comprend de quoi il est question ? Demanda-t-il devant le manque de réaction du jeune homme.

Stiles cligna des yeux plusieurs fois, mais ne fit rien d'autre. Derek fronça les sourcils, ne sachant pas trop quoi faire.

-Stiles ?

Il passa sa main devant les yeux de Stiles, comme pour éveiller son attention. Finalement Stiles réussit à sortir de son choc pour murmurer quelque chose :

-Je vais me faire publier...

Il avait dit ça en un souffle, si bien que Derek ne le comprit pas.

-Quoi ? Demanda-t-il.

-Je vais me faire publier, répétât-il plus fort.

Puis la réalité de la situation le frappa comme un coup à l'estomac, me ça ne lui fit pas mal. Au contraire, il fut prit d'une euphorie si grande qu'il se mit à sourire comme un idiot devant Derek qui ne disait rien. Il dut même s'asseoir sur le lit près de lui, car ses jambes tremblaient trop pour le soutenir. Stiles ne savait pas quoi dire, ni quoi faire. Il avait envie de pleurer de joie, d'en parler à son père et à Scott, de prévenir Isaac, mais la seule chose qui trouve à faire fut de remercier Derek.

-Merci, merci tellement...

Il sentit la main de Derek se posée sur son épaule, comme pour lui montrer une sorte de fierté, et cela le calma un peu. Son rythme cardiaque retrouva sa régularité et même s'il souriait encore sans pouvoir s'arrêter, il redevint normal. Il se leva du lit pour se mettre face à Derek, qui même si lui ne souriait pas, semblait heureux.

-Ne me remercie pas encore, ça ne fait que commencer, dit-il en lui faisant signe qu'ils devaient sortir de la chambre.

Stiles le suivit et tout deux se retrouvèrent près des escaliers. Derek alla près de la fenêtre, Stiles fit du même, ne sachant pas ce que son aîné voulait faire. Il faisait beau à l'extérieur, encore frai malgré le printemps qui n'allait pas tarder à arriver. Il n'y avait plus de neige dans le jardin des Hale, ce que Stiles trouvait triste, pour lui la neige partait toujours trop vite. Derek prit une grande inspiration après avoir observé le paysage et se tourna vers le plus jeune avec un regard grave.

-Tu vas rencontrer mon ami éditeur la semaine prochaine, je viendrai te chercher chez Isaac. Il va t'expliquer les termes du contrat et après, si tout se passe bien, dans quelques semaines ta nouvelle sera publié dans un journal. Si elle plaît au public tu pourras espérer qu'un de tes romans soit édité et vendu dans les librairies, expliqua-t-il.

Stiles hocha la tête à ses paroles. Il ne savait pas quoi dire, tout cela se passait si vite, ça semblait irréel. Finalement, il réussit à poser une question :

-Comment as-tu fais pour que ça se passe aussi rapidement ?

-C'est Paris, tout se passe vite ici.

Le jeune homme détourna le regard vers la fenêtre, plus perdu encore qu'auparavant. Il n'arrivait pas à croire que c'était en train de lui arriver, il s'attendait à ce qu'il se réveille à n'importe quel moment et que tout cela n'ait été qu'un rêve depuis le début. Puis, une question lui traversa l'esprit, une qu'il aurait dû poser depuis le début.

-Pourquoi tu m'aides Derek ? Demanda-t-il, doucement.

Son interlocuteur fronça les sourcils.

-Que veux-tu dire ?

-Rien ne t'oblige à m'aider après tout, je t'y ai presque obligé d'ailleurs. Tu as accepté de me lire alors que, d'après ton oncle, tu ne fais jamais ça. Et là tu as trouvé le moyen de me faire publier, sans rien en retour. Alors je me demande, pourquoi tu fais ça ?

Derek ne répondit pas, il regarda Stiles dans les yeux, le visage neutre. Il le regardait souvent de cette manière, pour le mettre mal à l'aise sans doute, et cela gênait Stiles la plupart du temps. Mais pas cette fois. À ce moment, sentir le regard vert de Derek sur lui ne dérangea pas le jeune homme, au contraire il apprécia ce court instant. Il trouva ce sentiment très étrange et décida donc de rompre leur échange silencieux en détournant la tête. Il se racla la gorge pour se redonner contenance, et Derek finit par répondre à sa question.

-J'ai mes raisons.

C'était vague. Stiles détestait quand il faisait ça. Il leva les yeux au ciel avec un soupir pour montrer son exaspération et Derek lui dit de rentrer chez lui, ce qu'il fit.


Le matin du 5 février, Stiles se leva le sourire aux lèvres. Énormément de choses s'étaient passées depuis que Derek lui avait annoncé sa bonne nouvelle. Lors de sa rencontre avec celui qui était censé l'éditer, Stiles avait d'abord eu peur des closes du contrat qu'ils lui proposaient, mais Derek lui avait conseillé d'accepter. D'ici quelques semaines, sa nouvelle serait publiée dans un grand journal parisien et cela était pour le plus grand plaisir du jeune homme.

Isaac avait également été très content pour son ami, même s'il ne cachait pas son étonnement face à l'intérêt de Derek pour Stiles. D'après lui, jamais il n'avait aidé un autre auteur à se faire connaître, et cela cachait forcément quelque chose. Stiles ne savait pas quoi en penser. Il était vrai que Derek se montrait très impliqué dans cette histoire, et que Peter aussi trouvait ça étrange, mais ça ne voulait pas dire qu'il y avait autre chose derrière. Peut-être que Derek était quelqu'un de meilleur que ses proches ne le pensaient après tout. Stiles n'était pas du genre à être naïf sur le comportement des gens, mais cette-fois, il voulait continuer à penser qu'il n'y avait rien à cacher.

Le jeune homme croisa Isaac en allant se préparer un petit déjeuner, et celui-ci semblait soucieux.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Stiles en se servant du café.

Isaac ne lui lança pas un regard, il faisait les cents pas dans la cuisine ce que Stiles trouva très étrange. Il se tortillait les mains en lâchant de profonds soupires.

-Je...mon père va revenir, expliqua Isaac, j'ai reçu une lettre de sa part il arrive dans l'après-midi.

Il continua à marcher sans s'arrêter dans la pièce, et Stiles reposa sa tasse pour s'approcher de lui.

-C'est pas une bonne nouvelle ?

Isaac lui lança un regard qui lui fit froid dans le dos, puis prit une expression mélangeant la tristesse et la panique. Non, ça ne semblait pas être une bonne nouvelle. Il secoua la tête et prit une grande inspiration pour se calmer.

-Ça va aller, il ne va pas rester longtemps j'imagine. À peine quelque jours puis va retourner vivre sa vie ailleurs, dit-il pour se rassurer.

Stiles ne savait pas comment il pouvait aider son ami. Il ne comprenait pas pourquoi Isaac était si paniqué à l'idée de revoir son père, mais il devait avoir une excellente raison alors n'essaya pas de dire quoi que ce soit. À la place, il posa une main sur son épaule en souriant avec compassion.

-Et toi? Tu vas faire quoi aujourd'hui ? Demanda Isaac pour changer de sujet.

Stiles se retourna pour aller retrouver son café et s'assit près de la table.

-Je dois aller discuter de certaines choses avec Derek, répondit-il en prenant une gorgée de café.

Isaac parut suspicieux mais ne dit rien.

-Quoi ? Quel est le problème ? S'inquiéta Stiles en voyant l'expression perplexe de son ami.

Celui-ci soupira avec une sorte d'exaspération qui énerva le plus jeune. Il faisait toujours ce genre de chose quand il parlait d'aller voir Derek, comme s'il n'approuvait pas l'idée qu'ils passent du temps ensemble. Pourtant c'était lui qui les avait présenté !

-Je connais Derek depuis longtemps Stiles, et j'ai un mauvais pressentiment sur ce qu'il se passe entre vous, dit-il d'une voix faible comme s'il ne voulait pas énerver Stiles.

Le plus jeune écarquilla les yeux et reposa sa tasse avec un colère qu'il ne comprit pas.

-Il ne se passe absolument rien entre moi et Derek, répliqua-t-il , énervé.

Il se leva et quitta la pièce avec humeur et retourna dans sa chambre.

Il ne comprenait pas pourquoi il avait réagit ainsi, pourquoi ce qu'Isaac avait dit le mettait dans cet état. Il ne se passait rien entre lui et Derek, sauf peut-être un début d'amitié, et Isaac le savait. Et puis ce qu'il avait dit n'impliquait en rien autre chose qu'une relation amicale, Stiles n'aurait pas du être aussi susceptible.

Il s'allongea sur son lit après avoir posé sa tasse de café sur son bureau.

Stiles sentit son rythme cardiaque s'accélérer à mesure qu'il repensait à sa réaction. Il essaya de comprendre pourquoi il s'était mit en colère, pourquoi il avait sentit le besoin de quitter la pièce avant qu'Isaac ne commence à lui poser plus de questions. Peut-être était-ce le fait qu'Isaac insinue que Derek avait une mauvaise influence sur lui, ça n'était pas le cas. Du moins pas d'après Stiles.

Ça devait être ça. Ça ne pouvait être que ça.

Il décida de se préparer pour aller chez Derek l'après-midi.

Quelques heures plus tard un taxi vint le déposer devant le manoir des Hale. Il frappa à la porte, et cette fois ce fut Derek qui lui ouvrit. Il lui fit signe d'entrer sans dire un mot et Stiles le suivit. Celui-ci tenta de faire la conversation mais son interlocuteur ne semblait pas de grande humeur à parler. Ils allèrent dans le salon et s'assirent sur le canapé, après que Gérard leur ait apporté deux verres de cognac. Stiles n'aimait pas du tout cet alcool mais ne dit rien à Derek pour ne pas l'énerver.

-Quoi de neuf ? Demanda Stiles, en sentant un silence gênant arriver.

Derek prit une gorgé de sa boisson.

-Peu de choses. Et toi ?

-Le père d'Isaac va revenir, je pense qu'il doit déjà être arrivé à cette heure-ci, expliqua-t-il.

Son aîné lui lança un regard similaire à celui qu'Isaac lui avait lancé le matin-même.

-Tu rigoles...murmura-t-il.

Stiles fronça les sourcils face à sa réaction.

-Isaac a eu la même expression que toi quand il m'a annoncé la nouvelle. C'est si horrible que ça? Je sais que son père est du genre porté sur la bouteille et qu'il peut être parfois brutal mais bon...

Derek secoua la tête en baissant les yeux. Il semblait profondément touché par ce qu'il se passait.

-Stiles...J'ai connu beaucoup de monstres dans ma vie, et je peux te dire que le père d'Isaac fait parti des pires que j'ai rencontré.

Son visage devint de plus en plus triste à mesure qu'il parlait.

-Il est arrivé de nombreuses fois qu'Isaac arrive chez moi en pleur et en sang à cause d'une mauvaise dispute avec lui, continua-t-il. J'ai essayé à de nombreuses reprises de trouver un moyen de l'aider mais ça n'a jamais rien changé.

Il baissa les yeux en reprenant une gorgé de cognac. Stiles se mordit la lèvre inférieure avec gène. Il ne savait pas à quel point la situation était horrible, Isaac ne lui avait jamais rien dit. Il savait que son père avait parfois levé la main sur lui mais pas jusqu'à ce qu'il termine en sang. Ce que lui racontait Derek lui fit froid dans le dos, il commença à regretter de ne pas avoir réagit correctement quand Isaac lui en avait parlé.

-Je n'en savais rien...murmura Stiles.

Il sentit une boule se former dans sa gorge, et la tristesse le gagner. Il aurait voulu rentrer chez Isaac pour lui apporter son soutient mais fut incapable de se lever. Il soupira en se demandant ce qu'il pouvait faire pour aider son ami et sentit la main de Derek se poser sur son épaule. Il se retourna vers lui et vit qu'il souriait, pour la première fois. Le même sourire de compassion que Stiles avait offert à Isaac quelques heures plus tôt. Il ne l'avait jamais vu sourire et cela fit accélérer le rythme cardiaque du jeune homme.

-Je sais, et il le sait aussi, dit-il pour le rassurer.

Stiles lui sourit à son tour. Il ne voulait pas qu'il enlève sa main de son épaule, il aimait sentir sa présence à ses côtés et cela lui fit un pincement au cœur lorsque Derek se leva pour aller près de la cheminée en face. Il tenta de réprimer ses émotions en se mordant la langue.

Les deux hommes continuèrent à discuter mais Stiles n'arrivait pas à ce concentrer sur ce que disait Derek. Il ne faisait que penser au moment qu'ils venaient de partager. Il tenta de réfléchir à autre chose, mais ses yeux ne pouvaient arrêter de revenir sur Derek, repenser à ses paroles, à la tristesse de son visage lorsqu'il parlait du père d'Isaac. Et son sourire... La dernière fois qu'il avait ressentit cela, fut lors de sa rencontrer avec Lydia.

Non, c'était impossible.

Il ne pouvait ressentir ça, il était perturbé simplement à cause de ce qu'il venait d'apprendre au sujet du passé difficile de son ami d'enfance, pas à cause de Derek.

Il soupira encore une fois et cacha son visage entre ses mains avec exaspération.

-Tout va bien ? Demanda Derek, voyant le manque d'intérêt que Stiles portait à ses paroles.

Il s'approcha de lui avec un air concerné. Il pencha la tête sur le côté, détaillant Stiles de ses yeux verts, mais avec une expression différente des premières fois où il l'avait fait. Cette fois, il ne le regardait pas avec un air féroce.

Stiles releva les yeux pour croiser ceux de son interlocuteur et, sentant son cœur et ses pensées perdre le contrôle il préféra trouver une excuse pour partir rapidement.

-Je...Il faut que j'aille parler à Isaac. Merci pour le verre, dit-il à une vitesse folle avant de quitter le manoir presque en courant, sous le regard inquiet de Derek qui ne tenta pas de le retenir.