CHAPITRE 10 :

Le lendemain matin, Hermione s'était levée avec un peu de retard. Elle n'avait pas cessé de réfléchir à toutes ces histoires et avait par conséquent passé une nuit courte et agitée. Dès qu'elle fut arrivée dans la Grande Salle, elle chercha Cédric du regard. Il lui avait paru légèrement contrarié la veille et la dernière chose qu'elle voulait c'était des problèmes dans leur couple encore tout récent. Mais elle avait beau regarder partout, nulle trace de lui dans la salle. Elle commençait à s'inquiéter quand elle se sentit tirée en arrière. Avant qu'elle n'ait eu le temps de comprendre ce qu'il lui arrivait, elle fut renversée et embrassée. Elle reconnut presque immédiatement Cédric et s'accrocha un peu plus à lui, lui rendant son baiser avec passion.

Le bruit d'un verre qui se brise au sol les ramena à la réalité et ils se séparèrent rapidement. Tout en relevant Hermione, Cédric lui adressa un sourire satisfait.

– Voilà, maintenant c'est officiel.

Hermione lui rendit son sourire, mais un peu faiblement. Il venait de la mettre devant le fait accompli, l'avait prise de cours… Le côté positif, c'était qu'elle n'avait plus à se demander quoi faire, Cédric y avait répondu à sa place. Elle ferma un instant les yeux, prit une grande inspiration et les rouvrit. Cédric lui souriait toujours et lui tendait la main. Elle n'hésita pas plus : le mal était fait, autant en profiter maintenant ! Aussi, elle saisit sa main et se tourna vers le reste de l'école.

Comme elle le craignait, leur petite scène n'était pas passée inaperçue, à croire que tous ses camarades n'avaient que ça à faire : s'occuper de la vie privée des autres !

Parmi tous les visages qui étaient fixés sur eux se trouvaient ceux de ses amis : Harry, Ron et Ginny. Elle se tourna vers Cédric qui lui adressa un signe de tête d'encouragement et, main dans la main, ils s'avancèrent vers eux. Au moment où ils arrivèrent à leur niveau, ils entendirent le bruit d'un banc que l'on repousse et des pas précipités. Ils découvrirent rapidement qui était à l'origine de ce remue-ménage : Cho Chang. La découverte de la relation qui unissait Cédric et Hermione semblait l'avoir mise en colère et contrariée. Ça devait d'ailleurs être elle qui les avait fait revenir à la réalité avec le bruit de verre brisé : de surprise, elle avait certainement dû lâcher son verre qui s'était brisé en tombant au sol.

Hermione se désintéressa pourtant rapidement de la jeune asiatique et reporta son attention sur ses amis quin eux, ne l'avaient pas lâché du regard. Ron semblait complètement perdu avec l'air hagard, Harry paraissait surpris mais arborait un petit sourire et Ginny se tortillait sur place : entre colère et excitation. Hermione leur fit un signe de tête et, accompagnée de Cédric, ils s'assirent à la table des Gryffondor. Aussitôt, les discussions reprirent dans la Grande Salle, permettant aux adolescents d'avoir une conversation.

– Je crois que je vous dois quelques explications… Commença Hermione.

– Oui effectivement, approuva Ginny de façon un peu rapide et froide.

Cédric serra un peu plus fort la main d'Hermione pour lui insuffler son courage.

– Cédric et moi sortons ensembles depuis le jour de la rentrée, confessa-t-elle à toute vitesse.

– Pourquoi ne pas nous l'avoir dit ? Pourquoi ces cachoteries ? Tu n'as pas confiance ? la harcela Ginny.

Hermione baissa les yeux devant la colère et la déception évidente de son amie. Elle ne savait pas comment leur expliquer la situation. Elle se sentait tellement honteuse de ne pas leur avoir dit immédiatement, après tout, il s'agissait de ses meilleurs amis !

Harry remarqua le trouble de son amie et lui attrapa sa main qui se trouvait sur la table.

– Mione ?

Elle redressa les yeux et rencontra ceux verts émeraude du Survivant. Elle n'y décela aucune trace de colère, mais juste de l'incompréhension. Elle se décida à vider son sac une fois pour toute et inspira une grande bouffée d'air.

– Si j'ai décidé de ne rien vous dire à propos de Cédric et moi ce n'était pas du tout à cause d'un problème de confiance. Vous savez que je n'hésiterais pas à vous confier ma vie ! Mais j'ai eu… peur.

– Peur ? répéta Ginny, surprise pour le coup.

– Oui, peur, avoua-t-elle, penaude. J'avais peur que les gens pensent que je ne sortais avec Cédric que par intérêt, pour pouvoir me faire bien voir.

A ces mots, Ginny explosa de rire, jusqu'à ce qu'elle réalise que son amie ne riait pas.

– Tu… tu es sérieuse ?

Le silence qui suivit fut éloquent. Ginny et Harry la regardaient avec des yeux grands ouverts. Ron, quant à lui, gardait le silence, gardant son regard fixé sur les mains liées du couple, dissimulées sous la table.

– Hermione, commença Harry, je crois que tu es l'une des personnes les plus désintéressées que je connaisse ! Tu fais toujours passer le bonheur des autres avant le tien, tu veux toujours faire plaisir à tout le monde sans penser à toi. Comment as-tu pu penser une seule seconde que l'on aurait un tel jugement sur toi ? Qui a bien pu te mettre une telle idée absurde en tête ?

Hermione, soulagée des parole de son meilleur ami, lui adressa un petit sourire.

– Tu vois, lui fit remarquer Cédric tout en lui embrassant le front, je te l'avais dit que tu t'inquiétais pour rien.

Ils rirent tous en entendant sa réflexion : une fois de plus, Hermione s'était fait du souci inutilement.

– En tout cas, reprit Ginny, je suis ravie pour vous deux ! Harry et moi commencions à désespérer de vous voir un jour ensemble.

Elle adressa un clin d'œil complice à Harry qui lui sourit en retour. Geste qu'Hermione ne manqua pas de remarquer. Si Cédric et elle avaient été un peu inattentifs quant à leur situation, ces deux-là étaient carrément aveugles ! Elle sourit et détourna la tête du futur couple, enfin elle l'espérait, et regarda Ron. Il semblait encore sous le choc et Hermione se sentit mal. Elle savait quelle était la cause de son mal être actuel, mais elle ne pouvait rien faire. Elle n'allait tout de même pas sortir avec lui juste pour lui faire plaisir. Elle adorait Ron, voire peut-être l'aimait-elle, mais pas de la même façon que lui. C'était plus un frère pour elle. Alors le voir souffrir comme il souffrait maintenant lui faisait beaucoup de mal. Elle espérait qu'avec le temps, les choses s'arrangeraient.

C'est sur cette note d'espoir qu'elle balaya la salle du regard. Presque instinctivement, son regard s'arrêta sur la table des verts et argents. Maison dont le préfet avait été la cause de tous ses tracas, maison dont le Prince lui pourrissait la vie, maison dont le plus éminent des membres était absent.

Hermione et Cédric avançaient, main dans la main, sans prêter attention aux quelques regards curieux qui persistaient. Cela faisait une semaine maintenant que Cédric avait embrassé Hermione devant quasiment toute l'école, officialisant leur relation. Si les débuts avaient été assez durs, surtout pour Hermione, maintenant ils n'accordaient plus aucune importance à l'opinion des autres, vivant leur vie comme bon leur semblait. Cédric avait été particulièrement patient et Hermione lui en était énormément reconnaissante. Si au début, elle refusait de l'embrasser devant tout le monde, par gêne et timidité, ce n'était plus le cas. Avec l'aide et les conseils de Ginny, elle avait appris à faire abstraction de tout ce qui n'était pas Cédric, lui rendant la vie beaucoup plus facile.

Ils se dirigeaient donc vers la Grande Salle pour dîner, profitant de leurs derniers moments de paix ensemble : une nouvelle semaine commençait le lendemain. Arrivés dans le hall, Cédric se tourna vers Hermione, réclamant un baiser. Il s'apprêtait à l'embrasser quand Hermione se recula vivement pour l'éviter. Cédric, troublé, la regarda pour essayer de comprendre la raison d'un tel comportement. Il craignait qu'elle ne reparte dans ses délires paranoïaques.

– Tu croyais faire quoi là ? lui demanda Hermione, choquée.

Cédric ne répondit rien, inquiet, se contentant de froncer les sourcils.

– Si tu veux un baiser, il faut le mériter, reprit Hermione, taquine.

L'inquiétude laissa place à l'incompréhension alors qu'un sourire vint orner le visage d'Hermione.

– Attrape-moi ! s'exclama-t-elle en s'éloignant en riant.

Cette fois, Cédric sourit. Elle voulait juste jouer avec lui ! Cédric se prit au jeu, et s'élança à sa suite.

– Si je t'attrape, je vais te faire passer ton envie de jouer et de te moquer de moi.

Seul le rire d'Hermione lui répondit.

Pendant ce temps, deux garçons revenaient des cachots pour aller également dîner.

– Tu as vu Drago cet après-midi ? demanda Blaise à Théodore Nott.

– Non, pas depuis qu'il est parti après le déjeuner. Il est très solitaire…

Blaise soupira.

– Je m'inquiète pour lui. Il se referme sur lui-même, ne nous parle plus, ne se confie plus, ne rit plus ! La seule chose qui l'obsède, c'est sa mission. J'aimerais pouvoir faire quelque chose pour l'aider.

– Moi aussi, lui affirma Théodore, mais je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Tu te souviens comme il a réagi quand Crabbe et Goyle ont voulu l'aider…

Blaise rigola à ce souvenir. Les deux colosses étaient terrorisés à chaque fois qu'ils croisaient Drago.

– Tu n'as pas tort, acquiesça le métis. Mais quelle idée d'aller menacer Granger ! Tout le monde sait qu'elle lui est réservée, c'est son souffre-douleur !

– Je trouve quand même étrange cette fixation qu'il fait sur elle, c'est un peu…

Mais Théodore ne put finir sa phrase car il fut interrompu par des bruits de pas rapides qui se dirigeaient vers eux et des rires. Et sans qu'ils ne s'y attendent, Hermione déboula devant eux, se jetant soudainement contre le mur, derrière un pilier. Elle avait le souffle court et rapide, le visage rieur et ses cheveux s'éparpillant autour de son visage. Mais le plus étrange fut son attitude : elle regarda les deux garçons et, avec un sourire, plaça son index devant sa bouche pour leur intimer le silence.

Alors que Blaise s'apprêta à lui sortir une réplique bien sentie, ce fut au tour de Cédric d'arriver devant eux. Mais dès qu'il les eut reconnu, il repartit dans l'autre sens sans plus de cérémonie. Hermione en profita pour sortir de sa cachette et repartir d'où elle était venue. Mais à peine eut-elle fait deux pas que Cédric l'attrapa par la taille, plaquant son dos contre son torse, et la fit tournoyer, déclenchant de nouveaux rires chez la jeune femme. Il la reposa finalement au sol et, après lui avoir chuchoté quelque chose à l'oreille, ils s'embrassèrent.

Blaise et Théodore ne réagirent qu'une fois que les amoureux furent entrés dans la Grande Salle.

– Est-ce que tu as vu la même chose que moi ? demanda Blaise, qui ne comprenait rien à ce qui venait de se passer.

– Je ne pense pas qu'il soit utile de parler de cet épisode à Drago.

D'un commun accord, ils reprirent leur direction initiale, décidant d'oublier ce qui venait de se dérouler sous leurs yeux.