Comme d'hab', je tiens à rappeler que les personnages appartiennent tous ou presque (l'inconnue de la chambre de Sakura est à moi xD Si, ça compte U.U) appartiennent à Masashi Kishimoto.

Sinon, pardoooooooon pour mon retard de trois siècle, l'inspiration me faisait défaut et si une de mes amies ne m'avait pas donné un bon coup de pied au cul, ce chapitre dormirait probablement encore dans mon disque-dur, inachevé T.T Mais le principal, c'est qu'il soit bien là, non ?

Cette fois-ci, j'ai mis l'accent sur Sakura qui a la partie la plus longue. Je vous laisse découvrir tout ça…

Encore une fois, merci à Akhynna (Pour ce chapitre, pas de rapprochement entre Neji etTenten mais j'espère qu'il te plaira quand même.) mais aussi à Waka etSeyru et enfin merci à Tar-Celebrian.

Tar-Celebrian : Comme je n'ai pas pu te répondre par MP parce que le site m'en empêchait, je ne sais pourquoi d'ailleurs, donc je le fais ici même si on a pas le droit (mais c'est de leur faute U.U) Donc… Comme tu as pu le voir, elle a même eu du mal à marcher x) Je me demande même comment elle à fait pour regagner son dortoir après que Neji l'ait planté x)

Neji a un grand cœur quand même, c'est pas juste le méchant garçon qui va tomber amoureux de la pauvre fille xD Sortons un peu des sentiers battus. Mais c'est vrai que Tenten ne peut pas rester de marbre près de lui. C'est une ingrate, oui xD

Je pense que c'est plus crédible si elle se fixe des paliers à atteindre plutôt que de vouloir être une Etoile tout de suite alors qu'elle vient juste de rentrer à l'Ecole. Et puis, je voulais aussi montrer que même si elle a un bon niveau, il y a beaucoup de monde meilleur qu'elle. Le chemin sera long avant de parvenir à son objectif ^^

Anko a sûrement fait l'armée avant d'être danseuse ou alors, elle avait une famille de militaire xD

Kareha* : feuille morte.


Chapitre 9

Ô monde cruel !

A l'instar des autres élèves de l'Ecole de Ballet, Tenten tirait sa valise derrière elle, cette dernière bourrée de linges sales et froissés que sa mère s'ingénierait à nettoyer dès le palier de l'appartement franchi. Les hautes grilles s'ouvraient devant elle et la jeune fille s'engagea sans un regard en arrière sur le trottoir qui séparait le merveilleux monde de la danse, de celui nettement plus terre à terre de la réalité humaine. Une réalité dont la douleur de ses pieds blessés accentuait le goût tragiquement amer.

Le merveilleux monde de la danse…

A cette pensée, la brune esquissa une moue désabusée qui trahissait clairement ses sentiments mitigés alors qu'elle songeait à son dernier après-midi de cours pratique.

Affalée sur l'un des bancs du vestiaire féminin des premières années, Tenten, vêtue de son justaucorps et de ses collants, ses cheveux ramenés en un chignon unique, hésitait devant les deux petits chaussons qui gisaient sur le sol. Leur simple vision ravivait la souffrance de ses plaies ensanglantées généreusement soignées par Hyûga avant qu'il ne s'énerve et ses précieuses demi-pointes et pointes prenaient des allures d'ennemies implacables. Comprimer ses pauvres pieds dans ces étaux de satin cuivré relevait de la pure torture et la brune ne s'était jamais inscrite dans la catégorie des sadomasochistes.

Un long soupir contrarié s'échappa de ses lèvres entrouvertes alors qu'elle songeait à ce qui ne manquerait certainement pas de lui arriver et cette marque d'affliction éhontée ne passa pas inaperçue aux oreilles de la rose qui achevait d'attacher ses longues mèches pastelles.

« Quelque chose ne va pas, Tenten ? lui demanda-t-elle avec une expression de sincère commisération.

Je pensais juste à tout ce qu'il me reste à accomplir et à tout ce que j'aurais aimé faire si je n'étais pas destinée à mourir aussi prématurément ! rétorqua son amie, pitoyablement.

Tu aurais dû devenir comédienne et pas danseuse, pouffa Karin qui suivait la conversation d'une oreille aiguisée.

Tu crois réellement que maître Mitarashi va m'épargner quand elle verra que je suis incapable de monter sur les pointes ? l'interrogea Tenten, une étincelle d'espoir au fond des yeux.

Et bien… réfléchit la rousse. Non. Mais du moment qu'elle ne m'éclabousse pas avec ton sang, je m'en moque.

Merci de ta sollicitude, elle me touche, grogna l'éclopée.

De rien, tout le plaisir est pour moi, ironisa Karin. »

Devant la pâleur morbide du visage de Tenten, Sakura jeta son cache-cœur sur le crâne de la rousse, ses sourcils froncés de désapprobation, avant de poser une main chaleureuse sur l'épaule de la condamnée à mort et de lui lancer une dernière parole d'encouragement :

« Tu survivras, tu verras !

Il n'est pas encore trop tard pour une rapide prière, ajouta Karin qui rendait à la rose son vêtement. »

Depuis le miracle qui lui avait permis, à elle, une concurrente parmi tant d'autres, d'entrer à la célèbre Ecole de Ballet de Konoha, la brune songeait que les Dieux ne lui accorderaient plus aucune faveur avant un très long moment. Elle devait se faire une raison et avancer sur le sentier de la Mort avec dignité, la tête haute, le dos droit et accessoirement, les orteils en compote.

Ino, qui jusque là avait gardé un silence résolu, comportement inhabituel et inquiétant en ce qui la concernait, ouvrit enfin la bouche au plus grand soulagement de Sakura et Karin qui s'apprêtaient à la questionner sur la raison de son mutisme, Tenten elle-même trop préoccupée par son propre sort pour s'intéresser à celui d'une autre.

« Il est l'heure les filles, allons-y. »

Du plat de la main, la blonde s'assura qu'aucun cheveux ne dépassait de son chignon parfaitement serré, et quitta la première le vestiaire, suivie par ses camarades de classe et de Sakura et Karin qui encouragèrent d'un sourire charitable leur amie. Peu encline à provoquer la colère de leur irascible professeur par un retard, la brune se saisit de ses chaussons et enfonça aussi délicatement que possible ses pieds au fond de leur gueule étroite, les lèvres serrées par l'appréhension et la douleur qui mordait sa chair. Si elle parvenait à effectuer les exercices sur les demi-pointes, elle s'estimerait chanceuse.

Grâce à son énergie débordante, Tenten parvint à se lever et à boitiller jusqu'à la porte du studio encore ouverte, preuve irréfutable que leur maître ne se trouvait pas encore dans la salle. Soulagée, elle rejoignit Sakura qui s'échauffait en compagnie d'Ino et de Karin, la démarche plus proche de celle d'un phoque sur la banquise que de celle, légère et aérienne, d'une danseuse. Toutefois, le regard alerté de la rose qui tentait tant bien que mal de lui envoyer un SOS mental, la figea sur place tandis qu'elle remarquait l'ombre qui se rapprochait d'elle, silencieuse.

Prédatrice.

« Pourrais-je savoir pour quelle raison stupide je vous vois en train de boiter, mademoiselle Tanaka ? lui demanda une voix sèche qui fit regretter à la jeune fille de ne pas être sourde. »

D'un mouvement que Tenten aurait souhaité plus fluide, elle se retourna en direction de Mitarashi Anko qui la fixait de ses yeux implacables, le maintient tellement strict que la brune l'assimila, l'espace d'une seconde, à une quelconque déesse du châtiment. Les mains sur les hanches, leur professeur attendait sa réponse, entourée par une cohorte de danseuses aussi muettes que des tombes, conscientes que contrarier la jeune femme revenait à un suicide pur et simple mais curieuse de connaître la raison de l'état de leur camarade.

« Je… euh… commença l'accusée, incertaine face à son juge. »

Si elle lui avouait la vérité, elle réagirait certainement comme Hyûga et en plus du sermon sur son incapacité à danser correctement durant le cours, Tenten songeait qu'elle subirait ses remontrances sur sa stupidité et son manque de sens commun.

« En fait… j'ai raté une marche en montant dans ma chambre et je me suis blessée au pied, mentit-elle sciemment. »

Karin, qui surveillait la scène de loin, admira son aplomb face aux éclairs dévastateurs qui étincelaient au sein des prunelles orageuses de leur maître de danse et, généreuse, elle décida d'intervenir avant de voir mademoiselle Mitarashi déchirer la peau de Tenten lambeaux par lambeaux.

« Maître ?

Qu'y a-t-il ? répliqua Anko, de mauvaise humeur.

Je crois que Tenten n'a pas eu le temps de passer à l'infirmerie avant ce cours alors elle devrait y aller, non ? Sa blessure pourrait s'aggraver si elle tarde trop et alors, elle pourrait devenir handicapée à vie et ne plus jamais pouvoir danser et…

C'est bon, mademoiselle Yakamura, j'ai compris l'idée générale, l'interrompit la jeune femme. Mademoiselle Tanaka va se rendre à l'infirmerie avant que vous ne lui prédisiez que la gangrène la guette. Quant à vous, lança-t-elle à la brune, veillait à ce que ce genre de petit accident ne survienne plus à l'avenir. Les danseuses empotée ne font généralement pas long feu dans ce monde.

Je saurez m'en souvenir, merci ! marmonna Tenten. »

Sur ces mots, l'étudiante quitta le studio en direction de l'infirmerie, soulagée de sortir entière de la tanière de cette louve agressive d'Anko malgré ses crocs acérés prêts à la déchirer. Finalement, elle s'en était plutôt bien tirée. Cependant la blessure infligée à son moral et à sa confiance en elle ne cessait de s'accroître et de s'infecter et si la chance ne se décidait pas à tourner rapidement en sa faveur, la gangrène qu'évoquait leur professeur ne tarderait pas à la détruire totalement.

« Passe un bon week-end Tenten ! lui lança Ino, qui se dirigeait vers une camionnette blanche. »

La jeune fille lui envoya un signe de la main en guise de salutation alors que la blonde disparaissait sur la banquette du véhicule, près d'un homme d'âge moyen dont les traits, tellement semblables à ceux de son amie, ne lui laissaient aucun doute sur son identité. Il s'agissait probablement de son père. Et à cette image paternelle se superposa celle de son propre géniteur, la personne qui lui avait insufflé la passion de la danse, celle qui lui souriait tendrement et lui promettait qu'elle deviendrait une Etoile, celle qui avait toujours eu foi en elle. Conserverait-elle encore longtemps sa fierté si elle le décevait si près de son but, après tant d'efforts acharnés fournis pour se forger une place au sein de cette académie ?

Non ! Depuis sa plus petite enfance, elle rêvait de revêtir un sublime tutu aussi blanc que la neige et de tourbillonner au centre de la scène, sous la pluie des notes de musiques qui raconterait l'histoire de son personnage. Si elle baissait les bras dès à présent au moindre obstacle alors elle ne se considérerait plus digne d'esquisser un seul pas de danse de sa vie !

« Réveille-toi Tenten ! se morigéna-t-elle. Il est temps de relever la tête ! »

OoOoO

La porte du taxi claqua derrière elle avant qu'elle ne se penche vers la vitre où le chauffeur lui tendait sa monnaie avec un clin d'œil amical que Sakura se chargea d'ignorer consciencieusement. Poliment, elle le remercia et le salua du bout des lèvres, sa lourde valise enfin déchargée du coffre où elle avait reposé le temps du voyage jusqu'en périphérie de Konoha. Son carrosse momentanée redémarra et s'éloigna d'elle, loin de l'image de conte de fée qu'elle gardait de sa petite enfance lorsque sa gouvernante lui racontait des histoires, le soir, pour la plonger dans le pays des rêves. Avec les années, l'idée du prince charmant parfait qui hantait ses songes s'était estompée peu à peu et seule la triste réalité avait remplacé le vide de son existence.

Même l'amour inconditionnel, et malheureusement à sens unique, qu'elle portait à Sasuke Uchiwa ne comblait pas ce gouffre obscur en elle.

Celui de la solitude.

D'un geste lent, elle replaça une mèche emportée par le vent derrière son oreille et son regard las se posa sur la petite maison cossue bordée par un jardin particulièrement fleuri aux hauts arbres verdoyants qui étendaient leurs ombres sur la pelouse moelleuse. Un chemin pavé conduisait jusqu'à la porte d'entrée totalement vitrée qui donnait sur une verrière lumineuse où s'épanouissaient de magnifiques plantes vertes reposantes. Le portrait qu'offrait le lieu ravirait probablement les peintres amateurs en manque de modèle à reproduire sur leur toile mais la beauté de la résidence laissait Sakura de marbre.

Quand bien même sa mère s'acharnerait-elle à lui donner l'illusion d'un cocon accueillant, la rose ne verrait jamais en cet endroit le foyer chaleureux qu'elle désirait ardemment retrouver, celui de son enfance où ses parents s'aimaient encore et voyaient en elle la preuve de leur amour mutuel. Ce paradis perdu. A présent que lui restait-il ? Juste la danse, sa passion, l'unique monde où elle se sentait réellement bien, réellement considérée, où tout ne dépendait que de ses efforts et de sa volonté et non des épreuves que lui soumettait sa vie pourrie.

Les poings serrés sur sa petite jupe blanche plissée, la jeune fille secoua vivement sa tête de droite à gauche afin de chasser la nostalgie qui menaçait de l'engloutir entièrement puis, elle se saisit fermement de la poignée de sa valise et la tira à sa suite jusqu'au petit portail peint en bleu ciel demeuré entrouvert. Si sa mémoire ne lui jouait pas de tour, sa génitrice devait normalement travailler à sa boutique de décoration d'intérieur et d'ameublement ce qui lui promettait une certaine tranquillité durant les prochaines heures. Moins elle passerait de temps en sa compagnie, mieux elle se porterait…

En quelques pas déterminés, la rose franchit les derniers mètres qui la séparaient de l'intérieur de la maison et ne prit pas la peine de refermer la porte derrière elle. La première chose qui la frappa fut la forte odeur de parfum qui flottait dans le vestibule et qui s'accentuait au fur et à mesure qu'elle avançait vers le salon. Une grimace dégoûtée tordit sa jolie bouche rosée tandis qu'elle considérait la décoration aux teintes pastels qu'adorait sa mère et qui ne trouvait pas écho au sein de son cœur. Délaissant son fardeau près de l'entrée, elle examina négligemment les cadres photo qui encombraient les meubles en bois ancien et qui représentait généralement sa génitrice avec son petit ami du moment.

Ecœurant.

« Et dire que je vais devoir passer tous mes week-end ici désormais, soupira Sakura, désespérée. »

C'est alors que le papier hâtivement posé sur la table basse du salon attira son attention et un soupir désabusé passa la barrière de ses lèvres. Pareille à un automate, elle se déplaça jusqu'à lui et s'apprêta à le saisir afin de le parcourir rapidement des yeux, non par curiosité mais par acquis de conscience, quand un bruit de pas derrière elle la figea sur place, terrifiée de ne pas se savoir seule. Ses battements de cœur, proches d'exploser un record de vitesse, résonnaient dans sa poitrine au point de lui infliger une douleur diffuse et, par réflexe, elle chercha un objet susceptible de lui servir d'arme.

« Hum… tu dois être Sakura, n'est-ce pas ? lui demanda soudainement l'intrus. »

L'interpellée se retourna doucement vers la voix grave qui s'adressait à elle et tomba quasiment nez à nez avec un homme d'une quarantaine d'année affublé de vêtement de sport trempés de sueur dont les relents lui agressaient les narines et aux longues mèches blondes qui encombraient son visage qu'elle jugea plutôt commun. Ses iris de jade, semblables aux siennes lui rappelèrent les yeux de son propre père et ses sourcils se froncèrent méchamment, ombrageant son expression auparavant blasée. Aucun doute, cet individu devait obligatoirement être la nouvelle conquête de sa génitrice et la seule question qui lui brûlait la langue était :

« Qu'est-ce que vous faites là ? »

Son ton agressif ne trompa guère l'oreille fine de l'amant de sa mère et avec un sourire qu'il espérait assez engageant, il répondit, incertain :

« Kareha* ne t'a rien dit ?

– Dit quoi ? s'impatienta la jeune fille.

– Elle m'a pourtant affirmé t'en avoir parlé dans une lettre, continua l'homme vaguement. »

Oh ! S'il parlait de la lettres qu'elle avait froissée et jetée à la poubelle après la lecture des deux premières lignes, alors elle avait probablement raté l'information. Tsss ! Elle s'était bien doutée que tant de sollicitude de la part de sa génitrice dissimulait quelque chose de beaucoup plus inquiétant, quelque chose susceptible de ne pas lui plaire du tout !

« Alors ? le pressa-t-elle à bout de nerf.

– Et bien, je vis ici avec ta mère ce qui fait de moi ton beau-père, en quelque sorte, lui apprit-il, un sourire teinté de gêne et de douceur mêlée. »

Sourire que Sakura ne remarqua pas le moins du monde, le cerveau bloqué sur le mot « beau-père » depuis cinq bonnes secondes. D'un raclement de gorge embarrassé, il essaya de la faire revenir à la réalité avant de lui tendre la main, avenant, et de lui lancer gentiment :

« J'espère que nous nous entendrons bien tous les deux ! »

Comme il l'avait espéré, la jeune fille quitta le chaos de ses pensées mais sa réaction fut bien loin de ce qu'il aurait souhaité pour ce premier contact avec elle. Embrasée par la colère qui la consumait furieusement, la rose serra les dents, à deux doigts d'exploser avant de lui envoyer d'une voix contenue qui suintait la rage et le mépris :

« Que ce soit bien clair ! Je ne suis pas votre belle-fille ou qui que ce soit d'autre, d'accord ? Et vous êtes encore moins mon beau-père, juste un idiot que Kareha à réussi à prendre dans ses filets et qui se barrera comme les autres une fois qu'il aura compris à quelle vieille sangsue il vient de s'accrocher ! Alors ne comptez pas sur moi pour faire amie-ami avec vous ! »

Sur ces mots, la jeune fille tourna fermement les talons et, sa valise abandonnée derrière elle, quitta la maison en prenant bien soin de claquer la porte aussi bruyamment que possible sur son sillage.

« Non mais pour qui il se prend celui-là ? marmonna-t-elle, furieuse. »

Emportée par son élan, elle s'éloigna de la périphérie de la ville et s'enfonça légèrement dans la forêt qui bordait la cité et que parcourrait la route qui menait vers Suna, la ville jumelée à Konoha. L'ombre rafraichissante des arbres ne suffit pas à calmer la tempête de feu qui l'embrasait à chaque fois qu'elle songeait à ce type qui osait se présenter à elle comme son beau-père. Comme si elle en avait besoin d'un !

« Entendons nous bien ! Non mais et puis quoi encore ! continua-t-elle à grommeler toute seule.

– Si tu as envie de grogner, va le faire plus loin, veux-tu ? lui lança une voix grave. »

Sakura s'apprêta à rétorquer vertement à l'inconscient qui la dérangeait pendant ses règlements de compte imaginaire lorsque ses émeraudes effleurèrent le visage fin et pâle de Sasuke Uchiwa, assis sur un muret de pierres vétuste qui délimitait les frontière d'un vaste et riche domaine. Les traits de son visage, toujours aussi figés, ne laissaient rien transparaître de son agacement et seul le vent qui jouait avec ses mèches d'encre bleutée lui prouvait bien qu'il ne s'agissait pas d'une statue de marbre figée. Ses diamants noirs brillaient d'une force tranquille qui lui fit oublier instantanément l'aigreur qui l'envahissait la seconde précédente.

« Oh ! Sas… Uchiwa, tu étais là ? Je ne t'avais pas vu, désolée, s'excusa-t-elle.

– Je m'en suis rendu compte, répondit-il d'une voix égale. »

Le silence s'abattit sur eux, implacable, et la jeune fille se retrouva gênée, incapable de trouver les mots adéquats à sortir dans une telle situation et irritée par sa propre stupidité alors qu'elle avait toujours rêvé de pouvoir, un jour, entamer une conversation amicale avec le brun qui hantait son cœur depuis son plus jeune âge. Les mains jointes, elle essaya de reprendre contenance, quelque peu embarrassée d'avoir été surprise dans une position aussi peu à son avantage. Il devait croire qu'elle parlait toute seule, à présent !

« Heu… je peux m'asseoir aussi ? se renseigna-t-elle, intimidée malgré elle.

– Si tu veux.

– Merci. »

Ayant pris appuis sur le rebord du muret, Sakura se hissa tant bien que mal aux côtés de Sasuke qui gardait un silence résolu, toujours aussi imperturbable. Confortablement assise, la rose glissa un œil scrutateur en direction du jeune homme afin de deviner ses pensées, ou, pour le moins, son humeur qu'il dissimulait avec succès derrière son masque lisse et indéchiffrable. Comment parvenait-il à ne jamais laisser transparaitre ses émotions quelle que soit la situation alors qu'elle-même devenait le jouet de ses sentiments chaque fois qu'ils s'intensifiaient au point de la blesser ?

« Tu… euh… tu habites ici ? l'interrogea-t-elle, mal à l'aise face à cette absence de réaction.

– Ouais, répondit-il, laconique.

– Ca à l'air vraiment grand… »

Oui, vraiment très grand, songea le brun sans pour autant formuler sa remarque mentale à voix haute.

« Tu ne t'ennuies pas aussi loin de la ville ? continua-t-elle d'essayer de le faire parler.

– Pas vraiment.

– Tu as de la chance alors ! s'exclama-t-elle de façon un peu trop enjouée. Moi je ne pourrais pas rester trop longtemps loin de toute civilisation. J'habite en périphérie, pas très loin. Ca fait presque de nous des voisins, tu ne penses pas ?

– Hn, acquiesça-t-il sans engouement particulier. »

A cours de sujet tout prêt à jeter dans cette pseudo conversation à sens unique, Sakura préféra se taire. Savoir renoncer au bon moment lorsque les circonstances l'y poussaient sauverait probablement le pauvre début de relation qu'elle venait d'instaurer avec le danseur. Plutôt mourir d'ennui que de gâcher ses efforts à se faire accepter !

Durant de longues minutes, seuls les gémissement du vent entre les branches des arbres fleuris les berçaient de leur monotonie et Sakura, dont les jambes bougeaient en rythme, pendues dans le vide, réfléchissait à la nouvelle qui bousculait son quotidien. Vivre avec cet individu qu'elle ne connaissait pas et qui allait probablement essayé de se rapprocher d'elle pour briller aux yeux de sa génitrice qui, soit dit en passant, se moquait éperdument qu'elle s'entende ou non avec son copain du moment, ne l'enchantait guère, et plus elle songeait à cette situation, plus elle regrettait les délicieux instants passés en famille.

Avant le divorce de ses parents.

Un énième long soupir rejoignit le souffle de la brise.

« Un problème ? »

La rose sursauta, surprise d'entendre la voix de Sasuke alors qu'il s'acharnait depuis leur rencontre à économiser son cotât de mot journalier avec elle, et plus étonnée encore de le voir s'inquiéter à son sujet.

Devant la moue choquée – et peu esthétique – que sa camarade de rêverie arborait, Sasuke haussa les épaules, peu enclin à insister si elle ne désirait pas s'ouvrir à lui. Ne pas connaître les soucis de la danseuse ne l'empêcherait pas de dormir la nuit et son manque de curiosité naturelle allié à sa réserve vis-à-vis des autres représentants de genre humain ne le poussait pas à se montrer plus pressant.

« En fait… se reprit Sakura, le regard embrumé, je viens d'apprendre que le nouveau mec de ma mère allait habiter chez moi et… comment dire… ça m'énerve ! Ma mère se moque éperdument de savoir si je suis d'accord avec ça ou pas, elle me l'impose. Et le pire, c'est que lui espère que je le considère comme mon beau-père et que je fasse de lui mon nouveau grand ami. La blague !

– Donc ton seul problème c'est d'avoir une famille qui s'agrandit et de voir que cet homme s'intéresse un peu à toi, récapitula le ténébreux adolescent d'une voix sèche. Tu ne te rends pas compte de la chance que tu as d'avoir encore des proches sur qui compter. En fait, tu sais quoi, Haruno ? Je regrette de t'avoir poser la question car ta réponse me saoule et toi avec. »

Sur ces mots emplis de mépris, le jeune homme sauta à bas du muret et s'éloigna de la rose qui le regardait, choquée par les propos tenus par Sasuke et les reproches tacites formulés à son encontre. Elle connaissait la situation familiale de l'Uchiwa, le drame qui lui avait arraché ses parents alors qu'il n'était âgé que de neuf ans mais elle ne comprenait pas pourquoi il s'en prenait à elle de façon aussi virulente. Peut-être l'avait-elle touché plus qu'elle ne l'aurait crue ? Malgré cela, le regard furieux qu'il lui avait adressé avant de partir lui laissait un arrière goût amer dans la bouche et la douleur qui enserrait son cœur s'empressa de revenir la torturer…

OoOoO

Les mains dans les poches, Tenten fredonnait une musique dont elle ne se souvenait même plus le titre mais qui hantait son esprit depuis ce samedi matin lors de son départ de l'Ecole et le rythme de ses pas calqué à celui des basses imaginaires, elle progressait en direction de la librairie où elle travaillait à mi-temps le week-end et les vacances. Le vent caressait ses jambes nues sculptées par la danse que le short en jean délavé qu'elle portait dévoilait impudiquement tandis que le soleil réchauffait sa peau déjà hâlé d'un voile doré que lui enviait Ino. Ses cheveux, attachés en deux tresses brune rehaussait son air enfantin et sa petite taille ne l'aidait pas à paraître plus adulte malgré ses bottes à semelles compensées. Autour d'elle, les passants qui flânaient en ville la croisaient sans un regard dans sa direction et le brouhaha de leur conversation lui échappait, trop occupée à chantonner, des images de ballet plein la tête.

Au bout de quelques minutes, la jeune fille s'arrêta face à un bâtiment assez ancien dont les murs en bois solide renforçait l'air caustique et dont l'enseigne, qui pendait au dessus de la porte, grinçait de dépit sous les taquineries des bourrasques qui la dérangeaient. Le vitrage impeccable de la devanture offrait à la vue des passants des ouvrages vieillis qui respirait la poussière et l'oubli, incapable d'attirer, par leur couverture élimée, les chalands indifférents. Toutefois, l'immense affiche blanche placée en évidence sur la vitrine captura son regard étonné, intriguée par cette intruse qui exhibait fièrement en grosses lettres noires la motion suivante :

« Tout à moins cinquante pourcent, liquidation, lu Tenten, sourcils froncés. »

Sa main se referma fermement sur la poignée de la porte qu'elle ouvrit férocement, visiblement prête à se lancer à corps perdu dans une bataille qu'elle n'espérait même pas gagner mais qui suffirait à la défouler suffisamment pour lui éviter de regretter une quelconque inaction par la suite et, sourde à la petite clochette qui tintait au-dessus de sa tête et dont les frêles notes dansaient autour d'elle, la brune avança vers le propriétaire telle une machine de guerre d'apparence indestructible. La moue furieuse qui remplaçait son éternel sourire joyeux que lui connaissait son patron lui annonça que sa jeune employée avait lu son annonce et après une longue inspiration, il reprit une certaine contenance, impressionné malgré lui par l'aura destructrice qui émanait de Tenten.

« Il se passe quoi, bon sang ? l'interrogea-t-elle, insensible à la présence de quelconque client. »

L'homme gratta du bout de ses doigts sa joue droite qu'une barbe naissante rendait rugueuse et un éclat embarrassé traversa ses iris grises fatigués, aussi éphémère qu'une étoile filante dans un ciel étoilée. Malgré l'énervement croissant de son employée qui risquait d'effrayer ses clients – déjà trop rares – il ne parvenait pas à la réprimander sur son comportement irrespectueux. Il appréhendait cette confrontation depuis que sa décision avait été prise et s'il regrettait les soucis que celle-ci ne manquerait pas de causer à Tenten, il ne reviendrait pour rien au monde sur sa décision.

« Il se passe ce dont tu te doutes, répondit-il d'une voix lasse.

– Alors vous allez vraiment fermer ? s'exclama Tenten, déboussolée. Cette librairie est la dernière de Konoha ! Vous ne pouvez pas tout abandonner !

– Les grandes surfaces ont fini de me voler les derniers clients fidèles qu'il me restait, lui apprit-il désespéré. Je n'ai pas les moyens de tenir cette boutique à perte. Je suis désolé, Tenten, mais je me vois obligé de fermer et de te donner ton congé.

– C'est impossible ! s'insurgea-t-elle. J'ai besoin de ce salaire pour payer mes frais de scolarité…

– Je sais que ça ne te consolera pas, mais tu peux prendre ce que tu veux gratuitement, lui proposa-t-il gentiment. »

La danseuse baissa la tête, ses traits totalement ombrés par la frange qui encadrait son visage qu'un masque de tristesse et de déception teintait d'une certaine mélancolie et, abandonné par son ancien patron, la brune lutta contre les perles salées qui essayaient de forcer le barrage de ses yeux. Depuis le début de cette nouvelle année scolaire, elle se sentait maudite, comme si quelqu'un qui la détestait particulièrement s'amusait à torturer une poupée vaudou à son effigie et prenait plaisir à la contempler souffrir. Comment ce qui s'annonçait être le virage fatidique de sa vie pouvait tourner ainsi à la catastrophe en moins de quatre jours ? Et surtout, comment arranger sa situation devenue aussi critique que le Titanic en plein naufrage ?

Du revers de son bras, Tenten éradiqua toute trace de larme de sa figure, les dents serrées de rage mêlée d'accablement et, prête à tourner les talons et à quitter ce lieu remplis de souvenirs autant que de vieux livres, elle releva le menton, digne jusqu'au bout. Son regard humide s'accrocha alors à un petit journal vierge, le genre que sa mère l'aurait aimée voir tenir comme une gentille fille romantique qu'elle n'était pas et la couverture chocolat au liseré doré qui formait de multiple volutes entremêlées lui fit immédiatement penser aux pirouettes d'un ballet improvisé.

Prends ce que tu veux… lui répéta la voix du propriétaire au fond de son esprit. Très bien, son choix était fait ! Après tout, sa nouvelle vie, qui s'acharnait à enterrer son moral plus bas que le niveau de la terre, ressemblait à s'y méprendre à une mauvaise intrigue de roman à deux sous et cette aventure méritait, selon elle, un journal de bord où narrer ses impressions. Qui sait s'il ne vaudrait pas de l'or, plus tard, lorsqu'elle deviendrait célèbre !

Après la salutation et les remerciements d'usage, la jeune fille récupéra son dernier salaire ainsi que le souvenir choisi plus tôt et quitta la boutique où elle ne remettrait probablement plus jamais les pieds. Préoccupée par son objectif numéro un à accomplir le plus tôt possible, soit trouver une nouveau boulot afin de subvenir aux dépenses que ne pouvait couvrir sa mère, Tenten ne remarqua pas les nuages sombres qui s'amoncelaient au-dessus de Konoha et voilaient le généreux soleil du printemps, source de bonne humeur.

L'orage couvait…