Chapitre 10
Dans la voiture me raccompagnant dans notre petite banlieue, je sentais la tension aller crescendo entre mes deux proches « parents ». Non pas que mon père adoptif et sa mère allaient se quereller, non. Ashura était trop occupé à grincer ses dents et serrer avec force ses doigts contre le pauvre volant déjà bien amoché et Hama ne faisait que de simples commérages sur le quartier, me racontant ainsi ce que j'avais manqué lors de mon séjour à l'hôpital. Néanmoins, je reconnaissais au son de la voix de ma grand-mère un sentiment, hélas connu de tous. Cet émoi rendant votre voix un brin chevrotante, entraînant des sudations et des frissons sur tout votre corps et vous donnant une affreuse envie d'uriner malgré le fait que vous soyez déshydraté : la peur.
Je ne savais pourquoi elle se trouvait dans un tel désarroi. Il est vrai que se trouver à une telle promiscuité d'Ashura entraînait un certain malaise que même Buta ressentît. L'ignoble bête avait tout d'abord méticuleusement mordu ma jambe cassée en guise de « bonjour », mais avait battu en retraite quand elle sentit le regard meurtrier qui le fusillait au travers du rétroviseur.
Autant dire que la situation n'était pas des plus burlesques.
- Figure toi que je parlais à Yuuko et elle me dis que Xin Huo avait confié à Seichiro qui a répété à ses rejetons qui ont dit à Watanuki qui a glissé à Yuuko qu'elle avait des problèmes de couple…
- Qui a des problèmes de couple, Maman ?
Le ton sec et agressif employé par le conducteur nous fit tressauter, Hama, la serpillière et moi. Même si Ashura n'avait jamais eu trop de problème au niveau de son sang-froid, nous agissions comme s'il menaçait d'en finir avec nous, pauvres fous.
- Et bien… Xin Huo… Elle est désespérée de savoir que Fei Wan préfère ses chauves-souris à elle. Remarque, c'est compréhensible : il claque tout son argent pour acheter de nouveaux spécimens empaillés, de quoi finir cinglée, je la plaints cette pauvre fille ! D'ailleurs, ils se sont disputés violemment hier, sûrement à cause de ça.
Même si j'étais relativement attentif à ce que racontait ma grand-mère, celle-ci ne se sentit pas satisfaite de voir que son propre fils aie perdu le fil de la conversation. Nous étions arrivés à destination depuis un petit moment, mais personne n'osait réellement sortir du véhicule tant que le conducteur n'eut pas esquissé le premier pas. Celui-ci tripotait sa lèvre inférieure, perdu dans ses pensées, s'appuyant sur son volant. Je ne dis pas que la tension était sur le point d'atteindre son paroxysme auquel cas il y aurait eu des cris et des larmes, mais presque. Alors que la mère du centre des attentions s'apprêtait à prendre la parole, nous entendîmes quelques marmonnements de la bouche de ce dernier.
- Fei Wan, tu dis ? Oui, pourquoi je n'y ai pas songé plus tôt…
Nous étions prêt à le questionner notamment sur son état sanitaire ou moral vu qu'il venait de nous maugréer quelque chose de trop bizarre pour des petites oreilles presque innocentes. Cependant, à peine avait-il prononcer ses paroles qu'il bondit hors de la voiture dans un élan nous faisant tous sursauter. Il courut dans la maison avec une rapidité hors norme, suivi de près par sa mère et son chien qui venaient de retrouver leur vivacité, me laissant ainsi avec mes béquilles.
Bien sûr, c'est dans ces moments-là que l'on peut se débrouiller seul.
La fortune devait être avec moi ce jour-là puisque je parvins, sans réel problème, à atteindre la porte d'entrée et pourtant Dieu seul savait à quel point la pluie nocturne avait rendu notre jardin trop glissant pour un infirme. Je vis alors mon père adoptif traverser la pièce à plusieurs reprises avec sa mère, en larmes, sur ses talons et le chien qui aboyait dans les jambes de ses maîtres. Scène plutôt cocasse si je ne partageais pas la détresse de la quinquagénaire.
Je les voyais défiler à vive allure, sans prêter attention à moi ou à la porte restée ouverte. Hama suppliait son fils de lui dire ce qui lui prenait ou s'il allait bien, mais ce dernier se fichait de ce qu'elle avait à dire et continuait ses allers-retours dans l'entrée et le salon avant de s'arrêter net. L'air pensif, il fixait le ciel par le biais de la porte grande ouverte, bougea quelque peu les lèvres avant de courir jusque l'escalier menant à la cave, à droite de la porte d'entrée. Simple spectateur, je n'esquissai aucun mouvement lorsque ma grand-mère se précipita à sa poursuite et se trouva contre porte close, les doigts écrasés dans l'embrassure, hurlant à la mort. Je ne bougeai pas non plus quand je vis le chien aboyer comme un dératé.
J'étais comme statufié, quoi.
Ashura n'est reparu parmi nous que le soir même au moment du dîner. Hama avait démaquillé le noir qui avait coulé le long de ses joues et fixait son verre au milieu de ses deux bouteilles de saké et de whisky. Son air déçu signifiait peut-être qu'elle pensait qu'une bouteille de saké plus une bouteille de whisky équivalait à deux bouteilles remplies d'un étrange mélange. D'autant que si elle effectuait son addition dans un verre, il était évident que sa déception serait amplifiée. Néanmoins, elle oublia très vite son désappointement lorsqu'elle avala son sordide breuvage et grimaça au point d'effrayer le Frankenstein qui lui servait de chien.
Elle s'empressa d'oublier l'horrible goût de sa potion lorsqu'elle vit apparaître comme par magie son fils. Il semblait plus serein qu'auparavant. Souriant timidement, il s'approcha de sa mère et saisit la main bandée de cette dernière qu'il embrassa tendrement, murmurant des excuses adressées à tous (sauf au chien). Hama lui sauta au cou, l'enlaçant aussi fort qu'elle put, mais Ashura lui chuchota quelque chose qui fit qu'elle desserra son étreinte et partit, plus déçue qu'elle ne l'était lorsqu'elle s'était rendue compte que son addition était inepte. Son chien se sentit contraint de la suivre et je me retrouvais seul avec mon père adoptif qui saisit l'une de mes mains d'un geste paternel et tendre.
- Je suis désolé que vous m'ayez vu dans cet état. Je ne sais pas ce qui m'a pris.
- C'est pas grave, on va bien après tout !
À vrai dire, j'avais menti lorsque je disais qu'il n'y avait qu'avec Sakura que je conservais mon sourire forcé. De toutes manières, celle-ci ne désirant plus me voir l'endosser, mon quota de masque souriant n'était pas atteint. Et puis, une fois n'était pas coutume.
- Je ne peux pas le dire à ma mère, mais toi, tu peux me comprendre : ne m'en veux pas, s'il te plaît. J'ai déjà perdu un fils et j'ai failli te perdre, toi. En sachant qu'il y a un monstre dans les parages, je ne peux plus me permettre de tout laisser filer.
- Voyons Ashura, si ça se trouve, il n'y a plus de pervers. C'est vrai, j'ai souffert de la… Disparition de Fye…
- Et tu en souffres toujours !
- Mais, je pense que son assassin n'est plus ici. Ça fait dix ans que Fye est… Parti et il n'y a plus eu de faits-divers entre temps. Si un pervers était dans le coin, il aurait fait parlé de lui.
Je dois avouer que j'étais surpris par la sagesse de mes paroles conseillant à mon père d'aller de l'avant. Plutôt ironique quand on pense que moi-même ne suis pas capable d'en faire de même. Je n'aurais donc pas bronché s'il m'avait dit que l'hôpital se foutait de la charité.
- C'est ce qu'on disait après l'affaire Suwa et pourtant, des faits-divers, il y en a eu !
- L'intervalle de temps était beaucoup plus restreint. Je t'en supplie, ne fait rien d'insensé !
- Ce sont les enquêteurs qui ont été insensés de laisser tomber l'affaire.
Je me tus, comprenant qu'il était inutile de poursuivre un débat avec un sourd. Dans un sens, Ashura avait raison : la vacuité et l'ineptie du raisonnement des enquêteurs nous avaient causé beaucoup de peine. Même si on ne trouvait pas son assassin, ils auraient pu au moins avoir eut la décence de trouver la réelle cause de la mort de mon jumeau. Nous, en tant que proches, pensions qu'il avait été tué par quelqu'un de chair et de sang, mais la théorie de l'accident se tenait également.
Soudain, j'eus une sorte de déclic. Il est vrai que le rapport entre l'affaire Suwa et Kurogané attisait ma curiosité, mais je n'avais jamais songé à me renseigner auprès d'un proche ayant connaissance de cet événement.
- Ashura, en parlant de Suwa, j'ai un « ami » qui porte ce nom de famille. Est-ce que tu penses qu'il y a un lien de famille ?
- Ah, Kurogané, c'est ça ? J'en ai absolument aucune idée. C'est vrai, je n'avais pas fait de rapprochement. Tu n'as qu'à lui demander, c'est ton petit ami ?
Je faillis me noyer dans mon verre d'eau lorsque j'entendis la dernière phrase du discours de mon père adoptif. Tout d'abord, le « tu n'as qu'à lui demander » me faisait frémir d'horreur. Même si nous avions eu des moments où nos passés respectifs semblaient prendre le dessus, il était tout de même dangereux de demander à un colosse : « Bonjour Kuro-grognon ! Voilà, je me demandais, un couple s'est fait zigouillé il y a plusieurs années dans la forêt où l'on a failli y rester, c'est de ta famille ? ». Et puis, la pire chose que mon plus proche parent ait pu me sortir « c'est ton petit ami ? ». Non, bien sûr que non, je n'avais rien à voir avec lui. C'était tout à fait absurde et sordide de penser que nous puissions former un couple.
- Non, pas du tout. Je te l'ai dit, c'est un « ami ».
- Pourtant, vous auriez fait un joli couple, tous les deux.
Peut-être qu'il avait raison, peut-être pas. Ce n'est pas que Kurogané était repoussant, loin de là, il était même plutôt joli, voir très beau, mais il était froid, relativement refermé sur lui-même, taciturne ou peut-être était-ce de la timidité. C'était une force de la nature, une vraie brute, mes bleus pourraient témoigner. Néanmoins, il est vrai qu'il avait su utiliser sa vigueur Herculéenne pour me tirer d'affaire lorsque j'étais dans le besoin et savait se transformer en une sorte de nounours quand sa cousine était dans les parages. Vu sous cet angle, mes arguments en faveur de l'incompatibilité de notre couple ne prenaient aucune valeur. Je trouvai donc une nouvelle idée pour calmer les yeux pétillants de mon père.
- Peut-être, mais il n'aime pas les garçons.
- En tout cas, il tient très fort à toi. Du moins, c'est ce qu'il a laissé paraître quand tu étais… Là-bas. Il est venu tous les jours et a veillé sur toi autant de temps qu'il a pu. Il semblait vraiment inquiet.
Je haussai les épaules d'un air quelque peu benêt. Qu'espérait-il que je lui dise ? Que j'irais demander à Kurogané s'il ressentait quelque chose pour moi autre que l'envie de me frapper si je le rappelais Kuro suivi d'un suffixe ou si je revêtais mon sourire forcé devant lui ? Que j'étais troublé par cette déclaration parce qu'il n'avait jamais montré le moindre intérêt pour moi ?
Il fallait que je change à tout prix de sujet de conversation.
Ashura avait dû lire dans mes pensées, puisqu'il se leva tranquillement de sa chaise et partit dans la direction qu'avait empruntée sa mère peu avant notre discussion. Avant de sortir de la pièce, il se tourna vers moi et me sourit comme si rien de ce qui s'était passé auparavant n'était arrivé, mais je savais, il savait, elle savait, nous savions que nous n'oublierions pas ce qu'Ashura avait fait.
- Ashura ? Par rapport à tout à l'heure, ne fais pas de bêtises, s'il te plaît…
- Ne t'inquiète pas, tout ira pour le mieux.
Il me laissa seul dans cette salle assombrie par le coucher du soleil. Bien qu'il m'eût dit de ne pas me faire de bile pour lui, je ne pouvais m'empêcher d'appréhender l'avenir.
Quelques jours plus tard, lorsque j'eus acquis un peu de maestria et de dextérité au niveau du maniement des béquilles, je me permis de recommencer les visites chez mes amis à commencer par celle qui me considérait comme sa mère de substitution. Ashura avait insisté pour me conduire jusque devant la petite maison jaune des Kinomoto. Baignée par les rayons du soleil, la maisonnette semblait plus agréable que jamais. Toya, qui à la mort de Clow se considéra comme étant le tuteur de sa sœur cadette, s'empressa de m'accueillir et m'arracha à mon père pour me conduire dans la pièce conviviale du domicile.
- C'est super que tu aies pu venir ! Avec la mort de Clow, elle agit un peu bizarrement : elle dit que ça va, mais je vois bien que ce n'est pas le cas. En plus, Yukito n'est pas là !
- À qui ça pose le plus de problème : à toi ou à Sakura ?
Devant mon air malicieux rivalisant avec celui du chat d'un certain Lewis Carroll, Toya ne put que rougir à ma remarque. Il est vrai que la relation qu'il entretenait avec Yukito n'était pas vraiment officielle et frisait parfois le tabou, mais elle était bien réelle.
- Ne dit pas de bêtises ! C'est vrai que ça me dérange, mais c'est parce que je n'aime pas les amis avec qui Yukito est parti en vacances. En même temps, ça fait deux rapaces qui ne tournent plus autour de Sakura !
- Avec qui il est parti ?
- Kerobero, un blond qui parle avec un fort accent d'Hokkaido, soi-disant « ami » avec Sakura, et Yue, un type aux cheveux argentés. Il ne parle pas beaucoup, mais s'entête à protéger ma sœur coûte que coûte.
Je ne cillais pas devant la ressemblance entre mon vrai prénom et celui du second ami de Yukito. Je connaissais quelque peu le premier, puisqu'il s'agissait d'un bon camarade des Mokona, mais n'avais jamais rencontré le second.
Nous fûmes interrompus par la venue assez fracassante de Sakura. Nous avions entendu les pas turbulents cogner le malheureux sol avec une telle énergie que l'on aurait songée à un séisme. Toya se renfrogna et s'étala de tout son être sur le canapé où il siégeait marmonnant « ça y est, le monstre est de retour » peu avant que la porte coulissante s'ouvrît brutalement laissant apparaître une Sakura pleine de vitalité.
- Dis donc, petit monstre ! Fais attention, les voisins vont commencer à se mettre sous leurs tables avec le tremblement de terre que tu viens de causer.
La pauvre remarque sarcastique périt, hélas, dans un accident qui opposa le pied de Sakura recouvert par un chausson en forme de lapin blanc et le tibia de Toya. Le lapin, dans un geste rageur vint percuter la pauvre jambe faisant ainsi perdre la vie à cette raillerie. Paix à son âme !
- Je ne suis pas un monstre ! Viens Fye, j'ai quelque chose à te dire !
Avant que je puisse dire « oui », elle me saisit le bras et m'entraîna hors de la pièce, ne manquant pas de fusiller son frère du regard. Celui-ci, se tortillant encore de douleur, ne manqua pas de lui renvoyer ce même regard assassin avant que son petit monstre ne ferme la porte derrière nous.
Néanmoins, lorsque nous nous retrouvâmes seuls dans le couloir du domicile familial, Sakura perdit toute sa vitalité et son sourire se fana à nouveau comme lors de sa dernière visite à l'hôpital. Je ne savais quel comportement aborder avec elle. Elle refusait que je vêtisse mon masque et je ne pouvais pas me permettre de ne pas la réconforter. C'est fou ce que la discordance peut être pénible lorsque l'on se retrouve face à une alternative.
Son regard d'émeraude terni par la gravité de son air se dirigea vers moi m'hypnotisa. Comme médusé par ce puissant pouvoir, je me retrouvais occupé à songer à des pétales de fleurs de cerisier voletant dans un ciel rayonnant au point de brouiller ma vue déjà handicapée par un cache noir sur l'un de mes yeux.
Les pétales s'évanouirent un à un pour me laisser reprendre mes esprits. Je me rendis compte que j'étais assis sur le lit de Sakura, face à cette dernière, assise sur le siège de son bureau, tenant une sorte d'ours en peluche doré, pourvu de deux petites ailes dans le dos et d'une longue queue de lion. La peluche ne fit pas long feu dans les bras de sa maîtresse et s'échappa pour finir ventre à terre dans un tiroir semblant avoir été aménagé pour le petit animal.
- Toya ne l'a jamais aimé, alors, quand j'étais petite, je lui ai fait un petit nid douillet. C'est Kero qui me l'a offert.
Attendri par cette candeur émanant de sa petite bouche, je hochais la tête, ornée d'un maigre sourire. Néanmoins, je savais qu'elle ne m'avait pas fait venir pour me parler d'un ours ailé au corps de lion. Ce n'était qu'une simple mise en bouche pleine de légèreté pour attaquer un sujet plus pondéré, voire austère.
- J'ai toujours fait des rêves plutôt bizarres depuis que je suis toute petite. Yuuko m'a dit qu'ils étaient prémonitoires. Depuis quelque temps, je n'arrête pas d'en faire, surtout concernant mes proches. J'ai rêvé de Shaolan et Syaoran avec une autre fille, une autre moi. Mais on était habillés différemment, comme des princesses du Moyen-Orient et des explorateurs venus d'ailleurs…
Sakura ne racontait que très rarement ces rêves, surtout lorsqu'il s'agissait de songes relatant son cas ou celui de son amant et son frère. Cela attisa quelque peu ma surprise, mais elle ne s'en préoccupa guère.
- Pourtant, ils ne se réalisent quasiment jamais puisque le rêve que je faisais tout le temps quand j'étais petite ne s'est jamais produit, mais Yuuko persiste à dire qu'ils relèvent de la prémonition. C'est pourquoi je me pose plusieurs questions concernant certains…
- Comment ça ?
- Et bien, je t'avais raconté que je t'avais vu, assis sur le rebord d'un puit, accroché à un autre toi, volant vers le ciel. Et bien, cet autre Fye, je le vois souvent en ce moment. Quelques fois, il est aux alentours de ta maison, inquiet. Ses ailes sont belles et bien présentes, mais il ne vole pas, il ne peut pas parce qu'il semble trop préoccupé par toi et ton père, enfin, surtout par ton cas. De temps en temps, il pleure de voir tant de peine émaner de chez vous, mais dernièrement, il semble plus serein.
- Plus serein ?
- Oui, plus serein : il me montre alors ce qui le rend dans cet état et je te vois, souriant comme je ne t'ai jamais vu sourire. Ton bras est enserré par le biais d'un ruban rouge à un autre bras métallique.
De nouveau, le bras métallique ressurgissait dans ma vie. Impénétrable par son mystère, l'emprise qu'il avait sur moi me laissait sceptique. À quoi pouvait-il correspondre ? S'il y avait, ne serait-ce, qu'un seul moyen de le découvrir, il me semble que toutes les terres, toutes les mers et toute la Terre auraient été retournées.
Un bras métallique, hein…
- Tomoyo m'a dit que ça lui arrivait aussi depuis qu'elle est toute petite, mais ils étaient plus confus que les miens. Il y a quelques semaines, elle a rêvé qu'une femme enceinte, dont elle n'avait reconnu le visage, s'était faite éventrée par une dague sortie de nulle part. Elle semblait en vie, mais hurlait pour celle de son enfant. Trois jours plus tard, Tomoyo avait appris qu'une cousine éloignée venait de faire une fausse-couche.
Et ce n'est pas tout, poursuivit-elle, dernièrement, elle rêve d'un petit garçon. D'après son récit, il est très jeune, enjoué, entouré de ses parents. Puis, un immense dragon passe et dévore le père. Il ouvre sa gueule un bras en sort, armé d'une épée, et transperce la mère qui disparaît petit à petit. L'enfant est seul. Tomoyo ne le voit pas, mais devine que son cœur se glace et se durcit. Mais, lorsque la neige se met à tomber et à voleter autour de lui, son âme paraît plus chaleureuse. Il a même l'air de sourire, mais les rêves de Tomoyo sont très flous. Quand elle lui demande, il lui dit « Je ne suis plus seul, j'ai enfin trouvé la véritable force ! » avant de disparaître dans la neige en riant.
Imaginez.
Dans la chambre d'une jeune fille en fleur, dans le paradis des peluches arcs-en-ciel, un jeune homme assis sur un lit moelleux, sanglotant à l'écoute d'un récit, sanglotant sans se soucier du raffinement qu'il vient de perdre, sanglotant sans se préoccuper que deux orbes couleur émeraude le fixent avec inquiétude et attendrissement.
Je sanglotais et je ne comprenais pas ce qu'il m'arrivait.
Dans un murmure, j'abandonnai ma fille adoptive à ses chimères et son ours ailé, enfermé dans son tiroir. Elle ne me posa aucune question, me permit de partir comme un misérable voleur et sembla me fixer jusqu'à ce que je disparus de son champ de vision. Toya me héla l'espace d'un instant, mais se résigna lorsqu'il me vit détaler comme le lièvre fuyant le chien en compagnie de mes fidèles béquilles.
Je ne pouvais expliquer ce que, moi-même, je ne relevais pas le sens.
Personne n'était à mes trousses, mais je continuais de fuir un ennemi invisible, tapi dans l'ombre. Je ne sais s'il fallait me représenter comme un hérisson, un chat ou une autruche, si j'étais un petit animal craintif, dissimulant toute ma grâce et mon élégance derrière une forêt d'épines impénétrable, me donnant une apparence maladroite et gauche. Si j'étais un félin agile et raffiné partant me cacher dans un coin apaisant lorsque l'Orage gronde ou comme ce chat au sourire énigmatique disparaissant petit à petit dans l'obscurité de la nuit pour ne laisser que mon parfait petit sourire sibyllin luire dans les ténèbres.
Un chat sans sourire ou un sourire sans chat ?
Ou peut-être étais-je une Autruche ? Un grand volatile longiligne assez bêta pour enfoncer sa tête dans le sol et ainsi fuir tous problèmes sans pour autant prendre la peine de camoufler le reste de son corps, le laissant ainsi à découvert et permettant aux curieux de voir l'animal négligemment tapi.
Alors, que pouvait être ma conclusion ? Je ne savais si une seule espèce était en mesure de qualifier et, tandis que je me rapprochais progressivement de mon domicile, je me pris à penser.
Je pensais à Sakura que j'avais délaissé, à Toya qui était condamné à rester dans l'ignorance, à Hama, dont le désespoir me plongeait dans un profond désarroi, à Yukito, qui avait bien de la chance de se trouver ailleurs, à Ashura et enfin, à Kurogané dont le mystère attisait de plus en plus ma curiosité.
Et si quelqu'un pensait à moi, en ce moment même.
Perdu dans mes pensées, je ne repris conscience du cadre spatio-temporel que lorsque mon visage se retrouva baigné par les lumières de la voiture de police situé devant la maison de Fei Wan. Hélas, je ne restai que deux secondes au pays de la perception puisque mon âme se trouva préoccupée par ce que mes yeux venaient de voir. Je ne vis pas la foule d'indiscrétion qui s'était rassemblée autour du logis. Je ne prêtais pas le moindre intérêt à la porte d'entrée enfoncée et la fenêtre brisée. Je n'avais que faire du propriétaire des lieux et du sang qui coulait de son front ni de son cocard sous son monocle brisé. Ce qui monopolisait mon attention était menotté, le regard perdu dans un océan de honte et de confusion.
Alors que ma tête tournoyait à la vue de mon père embarquant dans la voiture de police, une femme accourut à ma rencontre. Elle hurlait et pleurait au mépris du m'as-tu-vu et du bon goût. Cette grand-mère si méconnaissable perdait tous les sens de ses valeurs au profit de sa détresse.
- Ils ont arrêté Ashura ! Il a perdu la raison et s'est jeté sur Monsieur Fei Wan… Mais qu'est ce qui lui a pris…
Elle sanglotait pour son fils qu'elle ne caractérisait plus comme étant son « Doudou ». Des femmes inconnues vinrent la réconforter, lui parler de ce qui n'avait plus aucun sens pour moi puisque derrière mon œil de couleur céleste, je songeais.
Je songeais au chat de Cheshire disparaissant dans le crépuscule, ne laissant que le croissant de lune lui servant de sourire.
Je songeais à cette princesse aux longs cheveux, attendant son amant du haut de sa tour.
Je songeais à la Belle au Bois Dormant qui avait dû être victime d'une bonne insomnie après son repos centenaire.
Je songeais au Petit Chaperon Rouge, abusée, dévorée, digérée alors qu'elle ne devait n'avoir que faire de sa Grand-mère sénile.
Je songeais à Fye, à ma mère, à mon père.
Et de nouveau, je sanglotais.
Jusqu'à ce que je sente une main s'emparer de mon épaule.
Il me sembla, en un instant voir un fragment étincelant, une poigne de métal, ce bras de fer venu me tirer de mon trouble, m'arracher à tous mes malheurs et les abandonner sur le coin d'une route. En un instant, je crus voir l'espoir. Mais une fois détourné, je ne vis que le visage fermé de Kurogané.
- J'ai vu ce qu'il s'est passé, tout de suite. Je suis désolé pour ton père.
Je me détournais pour faire face à ce colosse. Au détriment de ma volonté, il fallait admettre qu'il faisait partie de ma vie.
- Écoute, ça peut paraître singulier, mais comme ta « grand-mère » semble être prise en charge par les femmes du quartier et que tu te retrouves seul, tu viens ce soir chez moi.
- C'est gentil de ta part, Kurogané, mais ça ira. Je ne vais pas te déranger.
- T'as pas le choix ! Si Tomoyo apprenait que je t'ai laissé seul, ça va être ma fête.
Autant dire que l'incongruité de ses propos me mettait quelque peu mal à l'aise. Néanmoins, c'était si atypique de penser que cet homme que j'avais juré de mépriser jusqu'au restant de mon existence me propose une telle invitation, pourvue ou non de manière courtoise.
La réticence continuait de me ronger. Pouvais-je accepter une telle proposition ? Où était donc passé mon stoïcisme ? Pourquoi m'avait-il abandonné ? Pourquoi ne pouvais-je dire autre chose que des « hum » ou des « Et bien » ?
- S'il te plaît, vient.
Il n'avait fallu qu'une seule parole pour que j'abandonne toutes mes interrogations et me laisse entraîner dans un tourbillon de vide et de vacuité prenant la forme d'une voiture pourpre. Assis sur le siège du passager, je lorgnais du coin de l'œil le paysage défilant sur ma droite, autrement dit, du côté de mon conducteur qui, impassible, fixait la route droite et fluide qui se présentait à nous.
- Dis donc, t'es pas en âge de conduire, normalement.
- Et alors ? Je conduis mieux que tous ces gens, soi-disant en règle. Tant que je ne dépasse pas les limites, on me laisse tranquille. De toute façon, les flics évitent d'avoir affaire à moi.
Ça, je ne n'en doute pas.
Qu'est ce qu'une vieille maison Japonaise ?
Peut-être que quelqu'un vous répondra, mais certainement pas moi. Pourtant, tous les éléments propres à cet univers de paix et de quiétude étaient présents. Je ne parle pas des portes coulissantes et des bonsaïs, mais de cette passion pour les grands espaces. Chez Yuuko, la pièce conviviale était ébranlée par le positionnement dissymétrique de meubles venant casser l'harmonie de son séjour. Hors, là, l'équilibre était maintenu en toute intégrité.
Dire que le séjour était vide aurait été un affront auquel je ne me serait jamais risqué. Tout d'abord puisque ce n'était pas le cas : quelques commodes venaient longer les murs sans pour autant perturber la continuité du mur. Le centre de la pièce était simplement ordonné d'une petite table basse ébène, luisant par les rayons du soleil invité rentrant par le biais de la porte coulissante. Tout le panorama contribuant à la satisfaction de la convivialité se trouvait sur la vue que nous prodiguait cette brèche dans la cloison. La richesse du jardin à la Japonaise apportait une perspective paradisiaque et je ne pus que dire la phrase la plus idiote de toute mon existence.
- Que c'est beau, on se croirait dans un film d'Ozu.
Vu sous cet angle, ça ne paraissait pas plus inepte que les commérages des vieilles dames. Seulement, je ne pouvais parler de ce que je ne connaissais pas.
Je n'avais jamais vu un Ozu.
Théoriquement, je savais que ce cinéaste Japonais apportait à ses films un charme inconditionnel grâce au cadre apporté à ses œuvres. On ne trouve pas des buildings, des panneaux publicitaires d'ici ou d'ailleurs. Non. L'harmonie d'un paysage typique est toujours plus belle que le déséquilibre citadin.
- Bah, puisque t'aime bien ce type, on peut regarder un de ses films. J'avais rien d'autre à proposer.
Il me laissa m'installer dans son salon tandis qu'il s'éloignait pour coulisser une porte de placard au fond de la pièce dans lequel se trouvait une montagne de cassettes vidéo. Curieux, je ne pouvais résister à l'envie de m'approcher de cette caverne d'Ali Baba, la bouche entrouverte.
- Tout n'est pas à moi, il y a des trucs à Tomoyo.
En effet, il y avait deux parties : celle de gauche, marquée sur une étiquette comme étant celle de Kurogané et celle de droite qui, logiquement, appartenait à Tomoyo. Néanmoins, la quantité abracadabrante de cassettes vidéo classées du côté droit était telle que la malheureuse étiquette avait dû périr, écrasée. Ne pouvant ranger tous les objets en colonnes, certains étaient casés un peu partout là où la place se trouvait.
- Et encore, ça, c'est parce qu'elle n'a plus de place pour les caser chez elle.
Il fallut que Kurogané saisisse l'une de ses propres cassettes pour que l'ordre des deux parties soit profané. L'une des boîtes rectangulaires, délogée vint s'écraser sur le sommet de mon crâne avant que je ne puisse lever la tête et l'esquiver. La malheureuse vint se caser entre mes doigts en toute innocence. Mais je fus plus attentif à l'immense main venue se poser sur ma tête et à mon vis-à-vis qui s'était rapproché de moi.
- Oh, ça va ?
Trois mots et pourtant, ils me laissent perplexe. Ce n'était pas à cause de la douleur au niveau de ma boîte crânienne qui me tiraillait, la subtile odeur de jasmin environnant la pièce ou ce nouveau monde qui s'offrait à moi. Il s'agissait bien de cette phrase interrogative composée de trois malheureux mots : « oh », interjection pouvant marquer la surprise, l'indignation ou servant à appeler « ça », pronom démonstratif familier, s'emploie comme sujet indéterminé dans des constructions indéterminées, et « va », du verbe « aller », utilisé pour déterminer un état de santé.
Sous cette analyse, il n'y avait aucune raison pour que je sois embarrassé par cette parole. Et pourtant, il fallut que je baisse les yeux vers l'objet logé entre mes doigts afin qu'il ne remarque pas le sang qui venait de crécher au niveau de mes joues (peine perdue). Cependant, j'oubliai vite mon désarroi en voyant la façade de mon assaillante.
- Hyu ! Je ne savais pas que tu étais fan de « Candy Candy » !
- C'est pas à moi ! Tu vois bien que c'est tombé de la partie de Tomoyo ! Je ne regarde pas ce genre de trucs ! Je ne savais même pas qu'elle avait ça !
À vrai dire, j'avais bien vu que la cassette était tombée de la partie de droite, autrement dit, celle de Tomoyo. Ma remarque n'avait pour but que l'oubli de mon embarras quelques secondes auparavant et non l'humiliation de mon hôte, même si la couleur cramoisie de ses joues et le nombre d'excuses qu'il balbutiait me laissait douter de son fanatisme.
Mais, je n'en étais pas à ce stade-là.
Comment exprimer ce moment de songerie ? Assis dans la pénombre, nous regardions un film intitulé « Les Amants Crucifiés » auquel je n'avais absolument pas suivi l'intrigue. Kurogané n'avait absolument pas pensé à mal lorsqu'il avait proposé au départ de regarder un autre Ozu « Il était un père », mais cette suggestion, plus perfide que prévue, mourut lorsque je donnai la vie à de néfastes souvenirs, encore frais de quelques heures.
Je pensais à ce père, ce petit soldat parti dans une lutte contre une armée entière, seul contre tous ces maux comme le Mensonge, l'Oubli et le Silence, gardes du corps de la Perversion et de la Cruauté. Il avait beau avoir l'âme d'un grand combattant, ses ennemis avaient eu raison de lui et l'avaient poussé à la folie. À présent, il était aux mains de ses anciens alliés, reconvertis au clan de l'Antagoniste. Il était seul, j'étais seul.
- Pourquoi tu ne me donnes plus de surnoms ridicules ?
Cette question me rappela la présence de cet immense colosse aux yeux grenat dont la proximité m'apportait une sorte de chaleur protectrice. Celui-ci me dévisageait d'une expression, pourtant usuelle, qui m'importunait au plus haut point.
- Pardon ?
- Pourquoi tu ne me donnes plus de surnoms ridicules ?
- Ah bon ? Je n'en donne plus ?
Je ne m'attendais pas vraiment à ce type de demande et je me repentais de ne pas l'avoir redouté. Mon bourreau coupa le son de la télévision laissant ainsi le silence planer autour de nous. Moi qui commençais à douter de ma solitude, je regrettais d'avoir pu penser une chose pareille vu que je n'avais jamais vécu un si grand moment de solitude.
- Voyons Kuro-Nounouille, t'aimes tellement les petits surnoms que je te donne que tu ne fais plus attention aux moments où je t'en donne.
J'espérais pendant un instant qu'il battrait en retraite, mais non.
- Au contraire, je les déteste tellement que je suis surpris que tu n'en donnes plus.
- Et tu regrettes le temps où je t'en donnais ?
Il ne parut pas du tout surpris par ma question, pour mon plus damne. Il semblait plus froid que jamais, comme s'il s'était préparé à cette discussion.
- Pas du tout, parce que tu jouais au parfait imbécile heureux alors que tu avais l'air de souffrir derrière ton masque. En fait, la véritable question est : pourquoi, d'un seul coup, ce benêt est parti ?
- Tu détestais ce « benêt » alors, pourquoi s'en faire ?
Je commençais sérieusement à perdre patience. Mon comportement devait paraître puéril et je voulais mettre un terme à cette conversation. Seulement, mon interlocuteur, d'un air ressemblant fortement à mon institutrice de maternelle -sûrement à cause de la ride du lion qui venait de se former et la veine gonflant au niveau de ses tempes-, ne semblait pas de cet avis.
- C'est vrai. Je détestais ce nigaud, mais les autres l'aimaient. Pourquoi, à présent, tu les fais s'inquiéter pour toi ?
Pourquoi ?
Pourquoi ?
Pourquoi ?
C'était comme si un enfant de quatre ans me demandait la raison de la nudité de la femme posant indécemment sur le magazine de son père. La raison est trop complexe pour des oreilles et une bouche inaptes à entendre ce genre d'explication.
- Peut-être que j'en avais assez de faire semblant. Peut-être que j'en avais marre d'être un parfait crétin enjoué. Peut-être que j'en avais assez de devoir sauver les autres du monde de la mélancolie par mon sourire falsifié ! Peut-être qu'il y a un moment où toute cette mascarade doit cesser !
Je ne me rendais pas compte que je haussais le ton petit à petit. Simplement éclairé par l'écran de télévision, mon commissaire sembla se raviser et reporta distraitement son intérêt vers l'écran de télévision.
- Ça, j'avais compris. Ce que je voulais savoir, c'était le « pourquoi », mais toi non plus, t'as pas l'air de savoir. Je te laisse y réfléchir.
C'est alors qu'il se mit à pleuvoir.
Cette pluie d'été resta le temps de mon séjour chez Kurogané. À la base, l'invitation ne concernait qu'un simple soir, mais elle se prolongea sur plusieurs jours à cause de petits événements anodins. Le lendemain de notre discussion anarchique et mon supposé jour de départ, nous recevions la jeune cousine de mon hôte qui, de ses grands yeux étincelants, insista pour que je reste le temps de sa visite. Seulement, lorsqu'elle dû quitter le domicile de son cher cousin, elle glissa qu'elle comptait revenir en compagnie de sa grande sœur. Cette fois, ce fut Kurogané qui réclama ma présence. Et comme les deux sœurs ne repartirent que tard le soir, il était hors de question que je retourne chez moi, même accompagné.
J'étais arrivé le vendredi soir et mon départ eut lieu le lundi.
Et cette pluie que j'avais vu s'écouler tout au long de mon séjour ne cessa que lorsque j'embarquai dans la voiture flamboyante de cet être dont je n'étais plus très sûr de la relation que j'entretenais avec. Pas une goutte ne vint souiller le pare-brise du véhicule et, de nouveau, en voulant lorgnant le paysage, je croisais le regard de mon chauffeur.
- C'est sympa que tu sois resté hier. Je ne savais pas si j'aurais pu supporter être tout seul avec les deux frangines.
- Tu n'aimes pas Amaterasu ?
- Si, mais quand elle et Tomoyo sont ensemble, elles s'amusent à me faire tourner en bourrique et en ce moment, elles me harcèlent pour savoir si….
Il interrompit d'un seul coup sa phrase, le visage aux couleurs de ses yeux.
- « Hum », reprit-il, on est arrivé, je t'aide à décharger tes affaires.
Nous sortîmes de la voiture et, n'attendant pas Kurogané, je pénétrais l'enceinte de ma maison, vide. Hormis le bruit environnant l'extérieur, j'étais plongé dans le silence complet. Après tout, cela avait une symbolique : Ashura qui avait combattu le Silence, voyait son ennemi s'installer chez lui et prendre possession de ses biens. Aucun appareil ménager ne fonctionnait, aucun chien n'aboyait, aucune radio ne chantait… Le bruit avait été chassé de chez nous.
De ce fait, je n'entendis pas Kurogané entrer et déclarer qu'il montait mes affaires à l'étage. Mes oreilles étaient trop assourdies par le nouveau propriétaire des lieux, que je n'avais prêté attention à celui qui s'était occupé de moi pendant plusieurs jours. Tout ce qui pouvait être signe de bruit semblait être prohibé par mon ouïe. Ce devait être la raison pour laquelle je ne me concentrais que sur le petit bout de papier déposé sur la table de la salle à manger. Ne prêtant attention à la faible luminosité accentuant mon handicap visuel, je dépliai la feuille sur laquelle je reconnaissais l'écriture :
"Cher Gamin,
Même après plusieurs mois passés en ta présence, je ne me souviens toujours pas de ton prénom (tu m'excuseras).
Je pars. Ça peut paraître lâche, mais je ne te demande pas de m'apprécier ou de penser du bien à mon égard. Tu auras très certainement compris la raison de mon départ et je tiens à te dire à quel point je suis désolée de te laisser seul dans ces moments difficiles. Je suis lâche, mais dans un combat, tout est permis, même la lâcheté.
J'ai cherché à t'appeler pour t'annoncer mon départ, mais je ne savais pas où te joindre.
Bon, je ne vais pas tourner autour du pot plus longtemps : mon avion m'attend.
Bon courage pour la suite.
Hama, la mère de ton père qui n'est pas ta Grand-mère, parce qu'elle est trop jeune pour être appelée « Mamie ».
P.S. : Je voudrais bien te passer le bonjour de Buta, mais il n'a pas l'air de vouloir."
Je me demandais si la pluie n'aurait pas plus adéquate au moment où je refermais le bout de papier entre mes doigts. Quel événement aurait pu m'enfoncer plus que je ne l'étais ?
Je le découvrais lorsque le téléphone retentit et que je m'emparai du combiné.
- Allô ?
- Fye, c'est affreux !
Je reconnaissais, sans mal, la voix de Sakura qui, alarmée, pleurait à l'autre bout du fil. Pour qu'elle m'appelle, il fallait une bonne raison.
- Qu'est ce qui se passe ?
- C'est Shaolan… Il doit retourner à HongKong !
Elle se mit à pleurer de plus belle et la pluie reparut, plus violente que jamais.
Alors, je me demandai si cette averse ne jouait pas un peu avec nous.
À suivre...
Bon, voilà ce que j'ai pu faire pendant mes "vacances" sans internet, sans ordinateur même une fois ("Ah bon ? On ne l'emmène pas ?"). Du coup, j'avais quelques notes à faire, mais comme j'ai fait ça à une intervalle de temps très espacée, j'ai oublié.
Ah si :
- 1) Kero(bero) et Yue sont des personnages de Card Captor Sakura (et d'ailleurs, la querelle Sakura/Toya fait un des moments phares de cette même série, je n'invente rien, tout appartient à CLAMP)
-2) Vous imaginez Kurogané fan de Candy ("Au pays de Candy, comme dans tous les pays, on s'amuse, on pleure, on rit... Il y a des méchants et des gentils...")
