Ne vous inquiétez pas, le chapitre "Propos d'un journal intime (2)" sera le prochain.

Bonne lecture!


Chapitre IX: Les Impardonnables

Les vacances de Noël avaient fini par arriver. Indifférente à l'effervescence qui gagnait peu à peu le château et aux multiples décorations installées un peu partout, Kécile réalisait qu'elle allait se confronter à son père pour la première fois depuis son envoi à Gryffondor. Elle était restée des heures les yeux fixés sur la bague de Serpentard, ne pouvant s'empêcher d'imaginer la scène, et elle en tremblait d'avance.

Lorsque le moment fut venu de faire ses bagages, Kécile prit le strict nécessaire, et décida de laisser son journal intime à Poudlard. Elle n'en aurait pas besoin au manoir.

Drago l'attendait dans le grand hall au pied du grand escalier, mais la salua à peine quand elle le rejoignit. Depuis le jour où elle l'avait menacé, le jeune Malfoy l'ignorait tout simplement, et Kécile devait s'estimer heureuse d'être suffisamment crainte pour le retenir de la rayer.

Le trajet dans les calèches jusqu'à Pré-au-lard se fit dans le silence le plus total, leurs regards ne se croisant même pas.

Lorsqu'ils descendirent, Drago eut la galanterie de tendre la main à Kécile pour l'aider à descendre de la calèche. Surprise par cette attention, elle le remercia avec un léger sourire qui disparut aussitôt que Drago répondit:

" Je n'oublie pas mes devoirs, moi!"

Il se retrouva alors projeté au sol par la force d'un violent coup de poing invisible au niveau du ventre, et Kécile lui répondit en rangeant sa baguette d'un ton parfaitement neutre:

" Tu pourras dire cela le jour où tu feras attention à qui tu parles."

Drago se relevait à peine, le visage rouge de colère que son père arrivait, les sourcils froncés et jetant un regard noir à son fils. Un simple bonjour fut échangé de part et d'autre, avant que Lucius les fasse transplaner au manoir Malfoy.

Narcissa ne put cacher sa joie de revoir son fils unique, et l'embrassa tendrement. Drago lui-même semblait heureux de retrouver sa mère. Cependant, les plus tendres effusions chez des Malfoy sont toujours sobres, et Narcissa se tourna rapidement vers la Princesse pour la saluer. Dans son regard il y avait une lueur de tristesse et d'inquiétude.

« Je suis désolée, Kécile, mais vous ne pouvez pas rester ici durant les vacances de Noël. Le Seigneur des Ténèbres a exigé qu'on vous envoie aussitôt votre retour.

- Ce n'est pas grave, Narcissa, je vous remercie de l'offre, mais je crois en effet qu'il faut que je me rende devant mon père. Lucius, vous avez bien reçu un mot de Dumbledore concernant une étrange métamorphose qui est arrivée à une élève?

- Oui, en effet. Drago m'a raconté en détail votre exploit. J'ai cru comprendre que cette Granger est une sang-de-bourbe?

- Ajoutée d'une parfaite miss-je-sais-tout! Mais avez-vous parlé de cette affaire à mon père?

- Non, princesse. Je n'ai pas jugé nécessaire de le déranger pour une chose aussi insignifiante.

Kécile retint un soupir de soulagement.

- Eh bien, allons-y... inutile de retarder l'échéance...

Et elle prit une poignée de poudre de cheminette avant de lancer le nom du manoir du Seigneur des Ténèbres.

Elle pénétra dans le hall sombre du manoir, juste au moment où Severus Rogue apparaissait lui-même dans la cheminée voisine. Quelques instants plus tard, Lucius les rejoignait et Severus les saluait en les informant que le Maître l'avait convoqué à l'entrevue de Kécile. La pauvre enfant frémit. Lorsque d'autres mangemorts était convoqués au rapport de l'un des leurs, c'est que ce dernier ne serait pas en état de sortir tout seul de la salle du conseil. Elle ne put s'empêcher de commencer à trembler et déglutit difficilement, toute salive ayant brutalement séchée dans sa bouche.

Elle s'avança cependant du pas le plus ferme qu'elle put jusqu'à la porte derrière laquelle l'attendait le Seigneur des Ténèbres, frappa et pénétra à l'intérieur de la salle qui lui sembla glaciale. Les yeux baissés, elle s'avança lentement et vint s'agenouiller devant la petite estrade sur laquelle se tenait son père. Puis elle attendit, son corps secoué de frissons d'anxiété.

Aucune parole ne fut prononcée pendant un moment qui lui sembla une éternité. Puis un bref doloris l'atteignit en lui faisant pousser un cri de douleur. Puis à nouveau plus rien. Rien que le silence qui était pire que tout alors qu'elle avait le regard fixé au sol et était incapable de prévoir ce qui allait se passer dans les secondes qui venaient.

Enfin, une voix polaire à peine plus élevée qu'un murmure demanda:

« Qu'as-tu à dire pour ta défense?

- Rien, Maître. Absolument rien, répondit Kécile des larmes dans la voix. Je mérite la punition que vous me donnerez.

- Tu n'as pas d'explication à ton envoi chez ses imbéciles de Gryffondors?

- Non, Maître.»

Et à nouveau le silence, toujours plus pesant.

« Rends-moi ta bague.»

Kécile resta un instant interloquée, puis horrifiée.

« Comment?!»Finit-elle par demander. Elle regretta aussitôt cette parole lorsque un crucio lui provoqua de multiples blessures profondes qui commencèrent à saigner abondamment ,et lui arracha un gémissement de douleur.

« Ais-je besoin de répéter?»

Kécile, surmontant la douleur, retira donc d'une main tremblante la bague de Serpentard qu'elle portait au doigt comme un trésor inestimable et se leva pour la donner à son père.

« Tu n'en es plus digne. Tu as trahi le sang de tes ancêtres de manière inqualifiable et je ne suis pas prêt de te le pardonner.»

Et un nouveau doloris nettement plus long l'envoya se tordre au sol en hurlant. Lorsque le Seigneur des ténèbres relâcha le sort, elle aurait été incapable de se lever seule.

"Emmenez-la!" ordonna le mage noir à Severus et Lucius. Les deux mangemorts la portèrent jusqu'aux appartements de Severus. Elle était tombée dans une bienheureuse inconscience.

- Elle s'en est tirée plutôt à bon compte...

-Oui, je trouve aussi. Vu la façon dont il a réagi au mois de septembre, je m'attendais à bien pire... C'est bon, Lucius, je vais m'occuper d'elle maintenant."

Mais lorsque Malfoy fut parti, il s'assit à côté d'elle, son masque d'impassibilité craquelé:

" Je suis désolé, Kécile, murmura-t-il. Je ne parviens pas à te protéger comme je le devrais. Ah! Si seulement tu pouvais saisir la chance que te donne Dumbledore! Je sais que ta condition est bien plus difficile que la mienne, mais je souhaiterais t'éviter les erreurs que j'ai commises..." Puis se secouant, il se moqua de lui-même: " Et bien! Ce vieux fou déteint sur moi: Je deviens aussi sentimentaliste que lui!"

Et il réanima l'enfant d'un coup de baguette. Un gémissement l'avertit du retour à la conscience de la Princesse. Il porta à ses lèvres un flacon de potion anti-douleur et l'aida à se redresser pour lui retirer sa robe et commencer à soigner les multiples blessures qui saignaient abondamment et avaient imbibé le tissu de sang. Si un premier sort stoppa l'écoulement de sang, le deuxième ne suffit pas à cicatriser les plaies, et il dut appliquer un baume sur plus d'une vingtaine de blessures.

Il ne put retenir pendant l'opération un murmure indigné: "Il n'y est vraiment pas allé de main morte!", mais Kécile l'entendit et répondit d'une voix faible qu'elle ne l'avait vraiment pas volé. Severus ne dit rien.

Depuis plus de cinq ans que Kécile vivait dans ce repère de mangemorts, c'était toujours lui qui s'occupait de soigner la petite fille après les cruelles punitions de son père qui arrivaient beaucoup trop fréquemment. Mais jamais il n'avait entendu la petite se plaindre. Seulement: "Je l'ai mérité." Et Severus avait beau ne pas être un grand sentimentaliste, cela l'indignait et lui serrait le coeur. Mais il ne pouvait rien dire sans se mettre en danger, et il savait par expérience que lui tirer ses idées de la tête était impossible tant qu'elle restait sous le contrôle du Seigneur des Ténèbres. Alors il faisait tout ce qu'il pouvait: la soigner avec attention et douceur, reconnaissant à sa juste valeur la confiance totale dans laquelle Kécile s'abandonnait à ses soins, elle toujours si méfiante et fuyant le contact.

Pendant ces soins, elle finit par s'endormir, et Severus se doutant que le Seigneur des Ténèbres ne l'appellerait pas dans l'immédiat la laissa se reposer. Ce à quoi il ne s'attendait pas en revanche, c'était à une nouvelle convocation avec Bellatrix, une heure plus tard. Alors qu'ils arrivaient en vue de la salle du conseil, ils virent un homme encapuchonné et au visage totalement dissimulé sortir de la pièce et se diriger d'un pas pressé vers le grand hall. "Je mettrais la main au feu que c'est Quirrell!" songea Severus.

Le Seigneur des Ténèbres leur ordonna d'apprendre quatre nouveaux sorts à Kécile durant ces vacances: le feu Feudeymon et les trois impardonnables. Interloqué, Severus osa une question:

" Pensez-vous donc, Maître, que la Princesse ait déjà la puissance requise pour lancer de tels sorts?

- Il le faudra bien. Puisqu'elle sera incapable d'exécuter la mission que je lui avais confiée chez les Serpentard à Poudlard, il faudra qu'elle exécute un autre de mes plans. Ce sera son unique chance de se rattraper. Maintenant, allez. Vous savez ce qu'il vous reste à faire."

Quinze jours pour apprendre ces quatre sorts! Severus doutait que ce soit possible. Mais c'est donc à contre coeur qu'il retourna réveiller Kécile toujours endormie dans ses cachots. Et c'est la gorge serrée qu'il réalisa qu'il s'apprêtait lui-même à transformer l'enfant en machine à tuer.

Lorsqu'ils eurent rejoints Bellatrix dans la salle d'entraînement, Severus déclara pourtant d'un ton parfaitement froid:

"Bien, Princesse. Le Seigneur des Ténèbres a ordonné que nous franchissions une nouvelle étape dans votre apprentissage. Vous maîtrisez dorénavant une palette de sorts extrêmement variée et de puissances différentes. Cependant, il vous reste encore à apprendre les sorts les plus complexes de la magie noires: les impardonnables. C'est ce que le Maître veut que nous vous enseignions durant ces vacances, ainsi que le sort du Feudeymon. Je ne vous cache pas qu'en si peu de temps, c'est un objectif très ambitieux. Aussi, il vous faudra travailler très dur pour y parvenir. Nous allons commencer par le feudeymon. Bellatrix, tu maîtrises mieux ce sort que moi, à toi l'honneur. "

" Ce sort n'est utilisé que par les mangemorts car il est à l'image de ce que nous devons être: sans pitié. Je préfère d'ailleurs vous prévenir, Princesse, continua-t-elle avec un sourire sadique, que c'est aussi ce que vous apprendrez à être durant ces séances. Le feudeymon a la particularité de ne pas faire de différences dans ses victimes, c'est-à-dire qu'il peut parfaitement s'attaquer à son initiateur si celui-ci ne le maîtrise pas. Je vais vous donner un petit aperçu de ce qu'il peut faire..."

Elle fit alors apparaître une souris et un oiseau pendant que Severus attirait Kécile près de lui et érigeait un puissant bouclier d'eau autour d'eux. Puis Bellatrix lança une incantation et des flammes de presque deux mètres de haut jaillirent de nul part et commencèrent à courir sur le sol. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, la souris se trouva engloutie par les flammes qui partirent aussitôt à la poursuite de l'oiseau. La pauvre petite chose tentait en vain de s'enfuir mais comprenant qu'elle était enfermée dans un espace clos, montait de plus en plus haut jusqu'à se retrouver arrêtée par le plafond et se faire happer au beau milieu d'une pirouette par une flamme qui l'avait poursuivit dans son ascension. Le feu se tourna alors tel un monstre infernal vers Bellatrix mais celle-ci d'un mouvement de baguette rejeta les flammes et le feu se ratatina jusqu'à brûler un champs restreint du sol et à diminuer de hauteur. Puis n'ayant plus de combustible, il s'éteignit.

Kécile avait retenu son souffle pendant toute la démonstration et continuait à fixer l'endroit où le feu avait disparut en fronçant les sourcils comme si elle avait peur qu'il ne réapparaisse, bien après que Severus l'eut libéré de son bouclier.

" C'est terrible! Finit-elle par murmurer.

- Vous allez apprendre ce sort sous notre contrôle attentif, Princesse. Mais ne l'utilisez surtout pas tant que vous ne saurez pas entièrement le maîtriser. Et gardez à l'esprit que plus votre feu aura trouvé de proies, moins il aura envie de s'éteindre et donc plus dur il sera à arrêter. On ne joue pas avec le feu...

- Pour commencer, nous allons utiliser un tas de bois qui servira de combustible au démarrage du feu et nous l'éteindrons Severus et moi aussitôt. Vous verrez que l'énergie déployée est très différente de l'incendio.

- Pourquoi ne nous exerçons nous pas à l'extérieur?

- Parce que si jamais nous perdions le contrôle des choses, nous avons toujours la possibilité de sortir de la pièce en fermant la porte. Les murs sont dotés de suffisamment de protections pour contenir le feu qui finira par s'éteindre de lui-même. Alors que dehors, il trouvera toujours de quoi se nourrir, répondit Severus en faisant apparaître un volumineux tas de bûches au centre de la pièce.

Kécile y jeta le sort, mais rien ne se produisit. Elle réessaya plusieurs fois, et commença à sentir lorsqu'elle prononçait l'incantation comme une énergie sauvage qui la traversait. Elle n'aimait pas du tout cela... elle sentait que si cette énergie se matérialisait, elle n'aurait aucun contrôle dessus...

Bellatrix dut sentir cette réticence car elle remarqua, narquoise:

" Si vous avez peur, vous ne parviendrez jamais à lancer ce sort. Cessez de tergiverser! Nous n'avons pas que ça à faire!

- Tais-toi Bellatrix! Tu oublies ce qu'elle vient de subir il n'y a même pas deux heures!

- ça n'est pas mon problème! Un mangemort digne de ce nom doit être capable de combattre jusqu'à son dernier souffle. Et ce n'est pas en prenant compte de ses états d'âme qu'elle y parviendra!

- Tu ne...

- Laissez, Severus, coupa Kécile d'un ton dur. Bellatrix a parfaitement raison. Je dois y arriver."

Et elle décida de se jeter à l'eau. Quelques instants après, des flammes d'une cinquantaine de centimètres apparurent au milieu des bûches aussitôt éteintes par Severus.

" Et bien! Vous voyez! Quand on vous secoue un peu!"

Kécile pinça les lèvres mais jugea qu'elle n'était pas en mesure de répliquer. Vu les circonstances actuelles, elle allait devoir mettre de côté son orgueil et se préoccuper surtout des résultats. Elle relança donc le sort avec détermination. Au bout d'une heure, les flammes avaient gagné en hauteur et en densité. Severus exigea qu'ils s'arrêtent pour aujourd'hui. Kécile lui en fut silencieusement reconnaissante car elle se sentait drainée de toute son énergie.

Alors qu'elle s'apprêtait à réintégrer ses appartements de l'aile droite, Severus l'interpella et lui tendit un flacon de potion anti-douleur qu'elle but avidement, ayant la sensation que chacun de ses muscles avaient été passés au rouleau compresseur. Puis il lui souffla avant qu'elle ne s'en aille: " Tâchez de venir chez moi ce soir que je soigne vos plaies."

Le reste de la journée, Kécile le passa à commencer ses devoirs pour Poudlard. Il était presque 21 heures quand, alors qu'elle travaillait dans la bibliothèque et songeait qu'il était temps d'aller se coucher aux vues des évènements de la journée, elle entendit la porte s'ouvrir. Levant la tête, elle vit le Seigneur des Ténèbres entrer, la fixant d'un oeil impénétrable. Tremblante, elle se dressa brusquement sur ses pieds. Le livre sur ses genoux tomba avec un bruit mat. Son regard vint se poser dessus, et elle ne leva plus les yeux jusqu'à ce que son maître prenne enfin la parole.

" Je crois que tu as un rapport à me faire, Kécile? J'espère que cela au moins, tu l'as effectué correctement...

- Je crois, Maître.

- Voyons donc?

- J'ai surveillez Severus et le professeur Quirrell au début sans trop savoir pourquoi ni quoi chercher. Ils ne semblaient pas avoir de relations. C'est en voulant en savoir plus sur ce couloir interdit que j'ai découvert certaines choses. J'ai d'abord remarqué que Quirrell semblait s'intéresser à ce qu'il cachait. J'ai moi-même appris ce qu'il y a derrière la porte où je l'ai surpris: un cerbère qui garde la pierre philosophale de Nicolas Flamel. Tout cela je me doute que je ne vous l'apprends pas. Apparemment, Severus tente de protéger la pierre. J'ai réussi à lui faire dire pourquoi il surveille Quirrell. Il a été très évasif mais a néanmoins dit que " cet individu peut causer du tort au Seigneur des Ténèbres". J'en suis donc arrivée à cette hypothèse: ou bien Quirrell veut voler la pierre pour son propre compte et Severus cherche à l'en empêcher, ou bien tous deux travaillent sous vos ordres mais l'ignorent. "

Il y eut un long moment de silence pendant lequel le Seigneur des Ténèbres sembla réfléchir.

" Tu continueras ton observation dans les mois qui viennent. Ne m'écris toujours pas à moins d'une véritable urgence. A un moment où à un autre de l'année, je te contacterais pour avoir ton rapport. D'ici là, discrétion absolue, et continue à ne pas te mêler de cette affaire. Quoi qu'il arrive, n'interviens pas. Est-ce clair?

- Oui Maître."

" Au fait..; il vaudrait mieux pour toi que tu maîtrises les quatre sorts qu'on va t'apprendre. Si ce n'est pas le cas...." Il lui lança un bref doloris auquel Kécile ne s'attendait pas du tout. Elle s'effondra au sol en hurlant, ses muscles encore endoloris en feu, mais le sort ne dura que quelques secondes.

"... tu considéreras ceci comme un simple petit divertissement." finit le Seigneur des Ténèbres avant de quitter la pièce sans se retourner.

Au bout de quelques minutes, Kécile put se relever et retourna dans sa chambre à pas lents, tout son corps lui criant de s'arrêter. Elle s'écroula sur son lit avec un soupir de soulagement.

Elle songeait avec tristesse et honte à la fureur de son père et au fait qu'il avait eu parfaitement raison de lui retirer la bague de Serpentard, quand quelqu'un frappa tout doucement à la porte. Surprise, elle ne répondit pas tout de suite. Son père ne frappait jamais, et les mangemorts avaient interdiction formelle de pénétrer dans cette partie du manoir. Alors que les coups se réitéraient elle se leva et alla ouvrir. C'était Severus. Il pénétra rapidement dans la chambre et ferma la porte derrière lui avec un sort de vie privée et de silence.

" Que faîtes-vous ici?! Vous êtes fous!

- Vous n'êtes pas venue me voir.

- Je n'ai pas osé. Si mon père m'avait surpris, il m'aurait encore puni. Partez avant qu'il ne découvre que vous êtes ici!

- Pas avant de vous avoir soigné! Vous ne pouvez pas vous permettre de laisser traîner la guérison de vos plaies! Vous allez avoir besoin de toutes vos forces dans les jours qui viennent. Allongez-vous."

Kécile renonça à discuter et obéit, mais elle était dans la hantise que son père ne surgisse tout d'un coup dans la pièce. Les conséquences seraient terribles pour tous deux.

Severus comprit à sa démarche raide qu'elle avait dû subir une nouvelle fois le doloris. Il commença donc par lui faire avaler une nouvelle dose de potions anti-douleur en pestant intérieurement "Mais quelle brute! Il veut lui faire claquer un muscle ou un nerf, ou quoi?! Il ne se rend donc pas compte qu'elle est beaucoup plus fragile qu'un sorcier adulte?!" Puis il appliqua le baume sur toutes les plaies qui commençaient à cicatriser pour la plupart, mais certaines étaient encore très rouges, trop sollicitées durant la journée. Lorsqu'il eut finit, il lui dit:

" Passez me voir une bonne demi-heure avant la séance de travail demain matin.

- Je vous remercie, Severus. " Il ne répondit pas et quitta la pièce rapidement.

Kécile se coucha mais eut du mal à s'endormir ce soir-là. Elle était troublée. Jamais un mangemort n'avait pris de tels risques pour elle...

Le lendemain matin, Severus et Kécile se rendirent donc ensemble dans la salle de duel où les attendait Bellatrix. La séance fut très éprouvante et le soir venu, Kécile semblait malgré tous ses efforts avoir du mal à lancer ce sort et surtout à le contrôler, vite dépassée par les évènements. Ils étaient sur le point d'arrêter lorsque la porte de la salle d'entraînement s'ouvrit sur le seigneur des Ténèbres. Tous s'inclinèrent aussitôt.

" Kécile, demanda-t-il froidement, maîtrises-tu le sort du feudeymon?

- Non, Maître. Répondit Kécile en commençant à trembler de peur.

- Non?! Gronda le Seigneur des Ténèbres. J'espère pour toi que tu n'en es pas loin! Montres-moi! Ordonna-t-il.

Kécile se redressa, les genoux flageolants. Elle tenta de se concentrer, mais elle avait trop peur. Le sort atteignit les bûches qui s'enflammèrent dans un violent crépitement, jaillissant comme un geyser et se ruèrent sur les quatre sorciers. Le Seigneur des Ténèbres contint à temps les flammes folles et Severus et Bellatrix se précipitèrent pour unir leurs efforts et éteindre le feu.

Puis Voldemort, un masque de colère froide sur le visage se retourna vers sa fille. "Je vois que tu n'as pas retenu la leçon du mois de juillet..." et il lui lança le doloris. Si longtemps que Severus commençait à ne plus pouvoir supporter les hurlements de l'enfant.

Il se demandait quand cette torture allait s'arrêter quand enfin, Kécile se ramassa sur elle-même en gémissant et la voix glaciale du Seigneur des Ténèbres lui dit:

" Je recommencerai cela aussi souvent qu'il sera nécessaire pour que tu obéisses. Bellatrix, prépares-toi pour ce soir.

- Oui Maître.

- Quant à toi, Severus, prépares-moi une potion d'invisibilité. Je la veux demain à la première heure.

- Ce sera fait, Maître."

Les deux mangemorts sortirent à la suite du Seigneur des Ténèbres, abandonnant Kécile à son sort.

Kécile mit plusieurs minutes à sortir de la semi inconscience dans laquelle elle était tombée. Puis, il lui fallut trouver la force de se lever. Elle avait la sensation que ses muscles en feu allaient éclater. C'est au prix d'efforts presque aussi douloureux que le sort du doloris en lui-même qu'elle atteignit enfin sa chambre, totalement épuisée et en nage.

Elle s'effondra sur son lit avec un gémissement de douleur et de soulagement mêlés et s'endormit aussitôt.

Il lui sembla qu'elle venait à peine de fermer les yeux quand elle sentit qu'on la secouait. Dans la pénombre, elle distingua la silhouette de Severus à côté de son lit.

" Vous ne m'avez pas entendu frapper apparemment?

- Non, mais ne restez pas là! Si on nous surprend!

- Ne vous inquiétez pas de cela. Tenez. Buvez et montrez-moi vos plaies. Dit-il d'un ton dur.

Kécile obtempéra et se laissa faire. Les manières et les gestes de Severus démentaient son ton cassant, il la soignait avec beaucoup de douceur, et la petite fille n'y était pas insensible. Lorsqu'il eut finit d'appliquer le baume sur les cicatrices, il lui ordonna de s'allonger et commença à lui masser le dos.

" Que faites-vous? demanda Kécile surprise.

- Vos muscles sont tellement contractés que la potion anti-douleur ne suffit pas. Si vous voulez avoir une chance de bouger demain matin, il faut que je vous applique ce baume. Détendez-vous, lui dit-il d'un ton plus doux. Votre père n'est pas là ce soir.

- Mais vous n'avez pas une potion à faire?

- Ce n'est pas une heure ou deux de sommeil en plus ou en moins qui changeront grand chose pour moi.

Il y eut un moment de silence pendant lequel Severus cherchait à dénouer ce petit corps crispé et meurtri, et il perçut plusieurs soupirs de bien-être contenus. Puis Kécile dit d'une voix déjà voilée par le sommeil.

" Merci, Severus." et elle ferma les yeux. Quelques minutes plus tard sa respiration lente et calme indiqua à Severus que la petite fille s'était endormie. Petit à petit, il sentait sous ses mains expertes les muscles se détendre. Mais lorsqu'il eut fini une heure plus tard, il savait que la petite aurait du mal à mettre un pied devant l'autre le lendemain matin. Aussi retourna-t-il dans son cachot pour prendre une énième potion anti-douleur qu'il renforça d'un puissant anesthésiant et d'un énergisant. Il remonta pour déposer le flacon sur la table de nuit de Kécile.

Mais au moment où, la main sur la poignée de la porte il s'apprêtait à sortir., il entendit des pas de l'autre côté dans le couloir, qui s'avançaient dans sa direction. Reculant avec précaution jusqu'à un recoin qui le masquait par la porte quand elle s'ouvrait, il retint son souffle, le coeur battant la chamade. Les pas s'arrêtèrent devant la porte et Severus entendit avec horreur le faible bruit de la porte qu'on ouvrait. L'angoisse portée à son paroxysme, Severus hurlait en pensée qu'il allait voir le flacon de potion qu'il venait de déposer, ou bien qu'il allait sentir sa peur! Mais il devait probablement faire trop sombre et rien ne parut anormal, car la porte se referma quelques instants plus tard et les pas s'éloignèrent.

Le coeur battant à tout rompre, Severus attendit d'être sûr que le Seigneur des Ténèbres soit dans ses appartements pour rejoindre la porte et partir avec toute la discrétion que des années d'espionnage lui avaient enseignées. Lorsqu'il atteignit la sécurité de ses cachots, il commença par s'asseoir un moment avec un thé fort avant de se mettre à ses potions, pour se remettre de la frayeur qu'il avait eue. Il devait reconnaître qu'il avait rarement eu aussi peur: tous deux auraient payés chers d'être découverts...

Le lendemain matin, lorsque Kécile se réveilla, elle trouva la potion bien en évidence à côté d'elle. Elle se sentit troublée en repensant à tous les soins et les attentions de Severus, mais en comprit l'utilité lorsqu'elle voulut se redresser. Ses muscles semblaient être complètement rouillés et protestaient violemment à tous mouvements. Elle but donc la potion et ne put retenir un élan de gratitude en sentant miraculeusement toute douleur quitter son corps. C'est donc prête à affronter une nouvelle journée qu'elle se rendit quelques heures plus tard à son entraînement, bien décidée à vaincre ses peurs et à montrer à son père que son envoi à Gryffondor n'avait aucun impact sur ses motivations et qu'elle était prête à tout pour se rattraper. Elle avait conscience que les années à venir seraient difficiles et qu'il lui faudrait constamment se dépasser pour espérer obtenir le pardon de son père et Maître à sa trahison. Mais que ne ferait-elle pas pour recevoir à nouveau un compliment du Seigneur des Ténèbres!

Ce jour là, ses deux mentors avaient décidé de ne pas s'appesantir sur le feudeymon qu'ils travaillèrent deux heures, avec une nette amélioration, mais abordèrent aussi le premier des impardonnables: l'Imperium. Severus lui fit une petite démonstration de l'effet qu'il faisait en le lui lançant et passa le reste de la matinée à lui apprendre à le repousser. Lorsqu'ils cessèrent de travailler ce matin là, Kécile était drainée mais résistait à un imperium de puissance moyenne. Lorsqu'ils reprirent dans l'après-midi, Kécile fut surprise de voir Bellatrix avec un chien.

" Nous allons commencer par vous entraîner sur des animaux avant de passer aux humains. C'est plus facile. "

Kécile pâlit légèrement en entendant "s'entraîner sur des êtres humains" mais laissa ses inquiétudes de côtés pour se concentrer sur le cas présent. Il se trouva que Kécile semblait avoir une réelle disposition pour ce sortilège. Elle comprit très vite comment diriger le chien à la force de sa pensée, et celui-ci se trouva rapidement à exécuter des tours dignes du meilleur chien de cirque. Elle eut même le culot de l'envoyer attaquer Bellatrix qui l'assomma sans ménagement.

" Et bien, princesse, on peut dire que vous vous rattrapez du sort du Feudeymon! On verra demain comment vous vous en tirez avec le sort doloris.; déclara Bellatrix, une lueur perverse dans les yeux. " Kécile frémit. Elle n'avait pas besoin qu'on lui explique les effets de ce sort... et elle préférait remettre à demain l'idée de l'infliger à quelqu'un.

La séance du lendemain fut consacrée à nouveau au feudeymon, puis Severus lui demanda de lui lancer le sort de l'Imperium.

" Comment?!

- Lancez-moi l'Imperium, Princesse. C'est une chose de contrôler un chien, c'en est une autre de contrôler un sorcier. Allez-y."

Kécile obtempéra. Elle pénétra donc dans l'esprit du mangemort et commença par lui ordonner des actions aussi banales que s'asseoir, aller à un endroit, puis lancer des sortilèges. Mais elle sentait à chaque ordre des émotions et des pensées qui lui échappaient, l'esprit de Severus étant apparemment nettement plus complexe que celui du chien! Peu à peu, alors qu'elle lui demandait des sorts de plus en plus puissants, elle commença à percevoir une résistance qui opérait comme une interférence. Et très rapidement, elle sentait qu'elle perdait le contrôle. Finalement, elle n'en eut plus aucun et relâcha d'elle-même le sortilège.

" Je vous ai laissé expérimenter la volonté humaine qui comme vous avez pu le constater implique plus de fonctions que celle d'un animal. Vous avez pu sentir des émotions et des pensées qui ont fini par parasiter vos ordres. Et c'est en se concentrant sur elles qu'on peut repousser le sort. Vous devez donc bloquer à votre victime tout accès à ces éléments parasites."

Kécile ne se faisait aucune illusion sur le fait qu'elle ne parviendrait pas à soumettre un occlumens tel que Severus à l'Imperium, mais avait atteint une maîtrise à la fin de la matinée tout à fait suffisante selon lui pour venir à bout d'un sorcier aux compétences de résistances mentales de moyenne puissance.

L'après-midi fut donc consacrée au doloris qui était le domaine de Bellatrix cette fois-ci.

" Je suppose que je n'ai pas besoin de vous montrer le sort? demanda-t-elle ironique

- ça va aller, je crois, répondit sèchement Kécile."

Son premier essai fit pousser un glapissement au chien qui tourna simplement la tête pour voir d'où provenait le coup, et Bellatrix ricana:

"Lancer l'incantation ne sert à rien si vous ne pensez pas réellement à ce que vous voulez faire à votre victime. Vous voulez lui faire mal, la faire souffrir! Vous ne pouvez pas lancer ce sort en vous disant combien ce chien est mignon. Nous allons voir si vous avez une quelconque résistance à ce sentiment faible qu'on appelle la pitié!"

Kécile essaya de se concentrer sur le fait qu'elle voulait réussir et qu'elle ne devait pas décevoir son père. Le sort envoya le chien bouler deux mètres plus loin avec un aboiement de douleur mais ne dura pas. Au bout d'un moment, Kécile réussit à le faire se tordre au sol en hurlant à la mort mais stoppa aussitôt le sort, le coeur battant, la gorge nouée et la main tremblante. Ce chien ne lui avait rien fait... Ses grands yeux le regardaient avec incompréhension et semblaient la supplier.

" Recommencez! "Ordonna Bellatrix.

Serrant les dents, Kécile recommença. Le chien hurla à la mort. Elle leva le sort. Elle ne pouvait pas! Ses hurlements étaient insoutenables! Elle sentit Bellatrix s'approcher d'elle et dire d'une voix menaçante:

" Je vous avais prévenue, Princesse, pas de place pour la pitié parmi les mangemorts! Maintenant, c'est vous ou lui!"

La menace sembla faire mouche. Elle relança le sort et laissa le chien hurler à la mort, fermant les yeux pour ne pas le voir se convulser au sol concentrée sur cette unique pensée: si elle ne le faisait pas, c'était elle qui allait recevoir le sort. Elle devait montrer à son père qu'elle en était capable! Une minute plus tard, elle relâcha le sort, le chien s'effondrant comme une vulgaire poupée de chiffon mais elle retenait des larmes de couler de ses yeux qui la brûlaient.

"Ça suffit pour aujourd'hui, intervint Severus à son plus grand soulagement. Ce n'est déjà pas mal du tout.

- Elle ne le voulait pas du tout, répliqua Bellatrix avec un reniflement de mépris.

- ça ne viendra pas comme ça, Bellatrix. Tout le monde n'a pas la même propension au sadisme que toi!"

Et il sortit de la salle d'entraînement, Kécile à sa suite.

Plusieurs jours passèrent ainsi. Kécile finit par maîtriser le Feudeymon, mais éprouvait toujours des difficultés avec le Doloris. Et Severus voyant que plus de la moitié des vacances étaient passées, envisagea de commencer à lui apprendre le sort de mort.

Kécile se demanda si elle allait devoir tuer ce pauvre chien, et si finalement, ce ne serait pas une bonne chose pour lui. Mais le chien ne fut pas épargné. Severus décida de l'entraîner d'abord sur des cibles qui enregistraient la puissance de ce sort.

" L'Avada Kedavra est avant tout un sort qui demande une puissance bien plus grande que celle mobilisée pour n'importe quel autre sort. Il va donc falloir débloquer cette énergie nécessaire que vous avez très certainement en vous mais qui est endormie. Une fois réveillée, elle restera en veille en temps normal attendant que vous la puisiez pour lancer ce sort. Ce que vous devez comprendre c'est que vous devrez aller chercher votre magie directement dans votre centre d'énergie.

- Où est-il?

- Cela dépend de chaque sorcier. Quelque part entre l'estomac et le coeur. C'est à vous de le trouver. "

Travailler sur une cible inanimée aida grandement Kécile. Il lui fallut cependant trois jours pour sentir son point d'énergie. Elle passa des heures hors des séances d'entraînement, allongée sur son lit à essayer de remonter le fluide de magie qui la parcourrait pour retrouver ce centre. Lorsqu'enfin elle l'eut trouvé, elle n'eut alors plus aucun mal à atteindre la puissance requise pour faire virer sa cible au rouge vif en deux jours, signe qu'elle était prête à lancer le sort de manière efficace. Et il valait mieux, car il ne restait plus que deux jours avant le retour à Poudlard. Le contrôle de Voldemort était donc imminent.

L'avant-veille, les deux mentors annoncèrent donc un test qui mit à rude épreuve les nerfs de Kécile. A la fin de leur entraînement, Bellatrix amena deux chiens. Le premier lui expliqua-t-elle allait servir d'appât au Feudeymon.

Kécile tachant d'oublier ce qu'elle s'apprêtait à faire, lança le sortilège, et aussitôt des flammes gigantesques surgirent du sol et se précipitèrent à la suite du chien qui dans un hurlement se trouva englouti par les flammes. Celles-ci se tournèrent alors vers Kécile, mais elle les stoppa rapidement et obligea le feu à s'éteindre. Ce premier test passé, en vain un deuxième. Elle dut d'abord lancer l'Imperium au chien restant, puis le Doloris. Enfin elle dut le tuer. Ce qu'elle n'avait encore jamais fait. Cependant elle savait que si elle le lançait, son sort atteindrait son but. Sa main tremblait. Elle hésitait. Mais brusquement, elle vit à l'entrée de la salle le Seigneur des Ténèbres, muet et immobile qui la fixait d'un oeil impénétrable attendant qu'elle passe à l'acte. Dans un accès de panique, le sort partit presque tout seul. Et l'instant d'après, un cadavre se trouvait à ses pieds. Elle ne le quitta pas des yeux. Elle sentait son père s'avancer. Elle attendit les yeux baissés.

" Je préfère cela, Kécile. Je vois qu'avec un peu d'effort et de persuasion tu parviens à faire ce que l'on te demande... Maintenant rappelles-toi, Kécile. Je ne tolère pas l'hésitation de mes mangemorts. Cela peut leur être fatal..."