Chapitre 10

Appartement de Mac

Georgetown, VA

Assise confortablement dans son canapé, recouverte par son plaid, Mac tenait un morceau de papier où était griffonné un numéro de téléphone qu'elle avait noté plus tôt dans la journée. Il n'avait pas été difficile de trouver le numéro de son demi frère. Mais il était moins évident dès lors de le contacter.

Depuis près d'une heure, elle jouait avec le combiné posé sur l'accoudoir du canapé. Elle l'avait attrapé et reposé une bonne dizaine de fois sans oser composer, ne serait-ce, que le premier chiffre de ce numéro.

Elle attrapa le combiné, plus déterminée que jamais et composa le numéro avant de raccrocher une nouvelle fois encore. Prise d'un soudain doute quant à sa démarche, elle reposa le combiné sur son socle, trouvant qu'elle avait suffisamment joué avec ses nerfs pour ce soir.

Elle attrapa la télécommande et voulut mettre la chaîne des informations quand le téléphone se mit à sonner. Elle le regarda d'une façon étrange avant de décrocher avec une certaine appréhension.

_Allo ?

[_Hum…C'est le caporal Robertson, se présenta le marine d'une voix hésitante]

Mac ferma les yeux et porta son regard sur le numéro qu'elle n'avait pas réussi à composer après plus de deux heures de lutte avec elle-même.

_Je voulais justement vous appeler, avoua Mac en pensant qu'il était inutile de cacher ce genre de chose.

[_Oh…hum, je ne vous dérange pas ?]

_Pourquoi m'appelez-vous ?

[_Est ce qu'on pourrait juste aller boire un verre quelque part ?]

Mac fronça les sourcils, incertaine que cela soit une bonne idée. Elle pesa rapidement le pour et le contre et soupira. Elle avait eu la même idée, en rentrant du JAG, se disant qu'ils pouvaient parler plus longuement sur ce père qu'ils avaient en commun. Le problème était qu'elle n'était pas certaine d'être prête à entendre la moindre histoire qui concernait Joseph Mackenzie et sa nouvelle famille.

_Vous connaissez le Mc Murphy's ? Demanda-t-elle en ignorant la petite voix qui lui disait que ce n'était pas une bonne idée

Il répondit par l'affirmative et avant qu'elle ne s'en rende compte, ils avaient rendez-vous dans l'heure qui suivait. L'appel terminé, elle posa le combiné et se prépara à sortir, passant un jean et un pull noir.

Elle attrapa ses clés et sortit de son appartement, sans même jeter un quelconque coup d'œil au reflet du miroir. Elle n'avait absolument aucune envie de voir la panique dans ses yeux et encore moins la tristesse. Elle connaissait suffisamment ses états d'âme actuels et elle n'avait pas besoin qu'une image de sa propre personne le lui rappelle.

Mc Murphy's

Washington, DC

Quand elle pénétra dans le bar déjà bien rempli, elle reconnut son demi-frère assis dans un coin isolé du pub. Elle se glissa à la place en face de lui et fit signe au barman de venir.

_Une eau plate et… Dit-elle en tournant le regard vers Julien

_Une bière, compléta-t-il en reportant son attention sur le barman

Quand il repartit vers le bar, Mac observa le jeune homme en face d'elle qui semblait tout aussi nerveux qu'elle d'être ici. Elle se mit à jouer avec les clés de sa voiture, espérant que ce malaise allait rapidement passer.

Le serveur brisa le silence entre eux en leur apportant les boissons. Ils burent une gorgée et Mac décida de rompre cette gêne qu'elle ne supportait plus.

_Julien, je ne pense pas que vous vouliez qu'on se voit pour que chacun apprécie sa boisson, dit Mac en reposant son verre.

_Ce que j'ai à vous dire ne peut pas être dit au téléphone, avoua-t-il sans lever le regard vers Mac

Le cœur de Mac se mit à battre plus rapidement, consciente que ce n'était pas le genre de phrase qu'on aimait entendre dans ce genre de circonstance.

_C'est à propos de mon…notre père ? Demanda Mac sentant une nouvelle boule se former dans le creux de son estomac.

Le caporal acquiesça simplement avant de reboire une gorgée de sa bière. Il n'avait pas envie de la blesser davantage qu'il ne l'avait déjà fait. Il croisa une nouvelle fois son regard et vit que la partie n'allait pas être facile.

_Il est malade depuis quelques années, dit-il d'une traite

_Quel genre de maladie ?

_Un cancer du pancréas, répondit Julien dans un murmure

_Il… Il va mourir ? Demanda Mac en sentant les larmes lui monter aux yeux

_Les médecins lui laissent un mois, peut-être deux

Mac hocha simplement la tête avant de fermer ses yeux pour empêcher les larmes de couler. Julien posa sa main sur celle de Mac espérant être d'un réconfort pour elle.

_Sans vous blesser, reprit Mac en retirant sa main de l'emprise de celle du jeune homme, je ne vois pas en quoi cela devrait être mon problème

Elle ouvrit son sac et posa quelques dollars sur la table. Elle n'avait aucune envie d'entendre le jeune homme pleurnicher sur l'état de santé de l'homme qui l'avait lâchement abandonné. Il ne s'était montré qu'indifférent quand elle avait la fuite, par désespoir. Elle allait en faire de même.

_Je pensais que vous deviez le savoir, répondit Julien surpris par la réaction de la marine

_C'est gentil, dit-elle en quittant sa chaise, mais il m'a rayé de sa vie et si j'ai bien appris une chose de lui, c'est l'indifférence.

Robertson se leva à son tour et lui attrapa le bras alors qu'elle se retournait pour quitter le pub.

_Alors pourquoi vos yeux disent le contraire ? Demanda-t-il en la fixant espérant la faire réagir.

_Ne faîtes jamais confiance au regard d'un Mackenzie, déclara Mac avant de sortir de l'emprise de son demi frère et de quitter le Mc Murphy's sans jeter un regard derrière elle.

Julien Robertson secoua la tête, dépité par la réaction de la jeune femme. Il joignit quelques billets à ceux de Mac et quitta le bar à son tour.

_Ce que vous oubliez, colonel, c'est que je suis également un Mackenzie, répondit-il pour lui-même avant de monter dans sa voiture.