Bonsoir à toutes et à tous.

Vous l'aurez compris pour celles qui suivent Thermae, pas de chapitre cette semaine puisque je publie ce nouvel OS dans Yggdrasil. L'idée m'était venue il y a quelques temps, mais je n'aurais jamais cru qu'il serait aussi difficile de la mettre en forme. J'ai réellement eu beaucoup de difficultés à taper ce texte, et cela doit se sentir; En effet, si le principe était limpide dans ma tête, j'ignore pour quelle raison, cela ne rendait pas comme je le souhaitais. Enfin, la version finale me convient bien, et j'apprécie le contenu. J'espère que ce sera également votre cas.

Disclaimer: Tous les personnages présents et cités appartiennent à Masami Kurumada et à Shiori Teshirogi.

Titre: L'écho du péché.

Personnages: Rhadamanthe - Mention de Minos/ Albafica. (Grands dieux... Je ne retenterai plus JAMAIS l'expérience.)

Rating: T.

2630 mots.

Mes remerciements à Talim76 pour son soutien... Et sa réaction absolue priceless lorsque je lui ai dit écrire sur le couple mentionné. Non vraiment, vous auriez dû voir ça... Presque aussi choquée que si j'avais dit aimer Saga. Attention à ton coeur ma douce ; )

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture. N'hésitez pas à me faire part de vos avis.


Rhadamanthe se frotte légèrement l'arête du nez, et lève les yeux de son dossier pour jeter un œil sur l'horloge murale. Vingt-deux heures et trente minutes. Il est l'heure. Il se redresse, laissant sur son bureau quelques papiers, et deux documents que Valentine viendra certainement récupérer derrière lui. Son second est toujours le dernier à quitter le lieu, en compagnie de Rune du Balrog. Une tradition minutée à la seconde près, qu'aucun des deux Juges responsables ne cherche à modifier.

Il quitte Caïna à pas mesurés. Déboutonnant lentement les accroches de son vêtement de fonction en quelques gestes absents, il laisse le lourd tissu de la toge glisser de son corps jusqu'au sol, allant s'échouer derrière lui tandis qu'il appelle d'une légère onde cosmique son surplis resté dans ses appartements privés. Une foulée plus tard, son pied se pose dans la glace alors que la chaleur apaisante de son armure violine l'entoure enfin. C'est une sensation unique, qui n'a absolument aucun pareil. C'est peut-être ce qu'il préfère dans sa fonction de Juge d'Hadès. Cette armure est sienne, elle a été forgée pour le premier spectre de la Whyverne, pour sa première âme alors qu'il était encore Prince de Crète. Rien au monde ou dans les Enfers ne pourrait jamais remplacer cette impression unique que sa vieille amie laisse sur son corps réincarné.
Il redresse la tête, et hume un instant l'odeur de terreur qui règne en cet endroit particulier. C'est une fragrance spéciale, que sa fonction le fait particulièrement apprécier. Il en savoure les nuances spécifiques, tandis que son esprit se repaît des sentiments aussi puissants que contradictoires qui s'élèvent en ces lieux. Il conserve son casque sous le bras, jetant un œil aux environs. Autour de lui, pas un son, pas un bruit si ce n'est le lourd murmure de gémissements fantomatiques. Une brise légère glisse sur son visage, et secoue ses mèches blondes. Elle doit être glacée mais lui ne peut sentir qu'un très vague frimas. Après tout, lui n'a pas été puni. Il ne mérite pas ce genre de châtiment humain.

Il s'avance, d'un pas sûr, jusqu'au lieu de son… recueillement ? Il n'est pas sûr que ce soit le terme adapté. Ce n'est pas comme si son âme était dévorée par des sentiments contraires. Il ne regrette rien de particulier. Il est juste… curieusement attiré par cet endroit sans pareil et par ce qui s'y trouve.

Quelques secondes lui suffisent pour atteindre son but : devant lui, un mur de glace de plusieurs kilomètres qui s'élève hors du sol. Et face à lui… Des visages. Quatorze visages pour être tout à fait exact. Figés dans cette neige éternelle, le teint bleui et une moue de souffrance imprimée sur leurs traits, les quatorze chevaliers d'Or de la dernière génération se trouvent emprisonnés ici sans aucun espoir d'en sortir un jour. Tombés au combat pour une cause éphémère qui sera remise en question à la prochaine Guerre Sainte. Un léger sourire satisfait l'emplit, alors qu'il entame sa marche rituelle devant eux, remontant lentement la colonne des macchabées. Il peut entendre en passant leurs pensées affolées, leurs suppliques internes, et le désespoir provoqué par leurs positions. Enfin honnêtes dans la mort, même les êtres les plus forts que la Terre ait porté parmi les mortels ne peuvent cacher leurs angoisses les plus profondes devant le gouffre abyssal que représente le néant de leur existence. Plongés dans la douleur pour l'éternité, ils se retrouvent également privés de ce qui compte le plus pour eux. Les juges sont capables de lire les âmes, de fouiller jusqu'aux tréfonds de leurs pensées les plus intimes : sceller le sort des âmes de leurs ennemis millénaires a de fait un goût particulièrement savoureux. Et pour les punir de leurs affronts… Ils ne reculent devant rien. Les privant ainsi du soulagement d'être auprès des êtres qu'ils aiment dans cette torture immuable.

Un sourire carnassier étire ses lèvres lorsqu'il perçoit l'écho des gémissements du chevalier des Poissons, mis à l'écart des rares personnes qui n'aient jamais compté pour lui. La plainte du Lion ne l'émeut absolument pas : il en jouit au contraire lorsque cette dernière trouve son écho dans celle du Sagittaire dont l'esprit se tord dans l'espoir de trouver celle qui l'appelle. Il ne s'arrête même pas face au Scorpion dont le cœur continue de réclamer celui du Verseau. Sa longue marche ne cesse pas lorsqu'il passe devant le chevalier aîné des Gémeaux, ni auprès d'aucun autre. Il entend leurs larmes, il les voit couler, témoins invisibles d'une douleur qui ne prendra jamais fin, mais cela ne lui tire qu'une folle satisfaction, couplée à un plaisir malsain que seuls ses frères peuvent comprendre.

Il s'arrête un instant, jetant un coup d'œil sur sa gauche. De l'autre côté, il y a les chevaliers d'Or de la précédente génération. Son regard remonte lentement du Taureau jusqu'au Verseau, savourant cette même sensation de satisfaction à l'idée de les voir prisonniers pour l'éternité. Soudain, son regard se trouble légèrement. Il plisse les yeux. Un grognement franchit la barrière de ses lèvres, alors qu'il contemple l'absence. Le vide. Car là où aurait dû se trouver le chevalier des Poissons, il n'y a plus rien à présent puisque cette âme a été libérée.

La folie de Minos. Son péché. Son erreur.

Son frère a cédé à quelque chose d'incompréhensible pour lui. A une pulsion qu'il lui semble impossible de saisir. Son incapacité à gérer une envie passagère lui a coûté non seulement la confiance de leur maître mais également… l'amour d'Eaque. Comment Minos a-t-il pu choisir de sauver cet… Albafica en préférant le caprice passager d'une rencontre au détriment de ce qui a constitué leur vie depuis des millénaires ? Il ne comprend pas. Il refuse de comprendre. C'est indigne de lui, indigne d'eux trois.

Minos a trahi Eaque : pas en se tournant vers un autre, non. Cela fait bien longtemps que ses frères incluent parfois d'autres individus dans leurs étranges jeux. La faute ne vient pas de là. Si le Garuda souffre d'une plaie qui ne peut se refermer, c'est parce que son aîné a choisi de devenir fou d'un autre. Ce n'était même pas de l'amour, juste une fascination morbide pour une beauté qu'il a eu envie de détruire. Pourtant Eaque en a gardé un souvenir indélébile, et refuse à présent à celui qu'il a aimé la moindre étreinte ou le moindre contact rapproché. Incapable de pardonner. Les précédentes réincarnations de ses frères se sont perdues mutuellement de vue, et sont toujours incapables aujourd'hui de se retrouver, demeurant à une certaine distance, douloureuse pour l'un, punitive pour l'autre. Et tout cela à cause de l'existence de cet homme…

Il a suffi d'une rencontre fortuite, puis d'un combat sanguinaire, tâché de haine et de mépris, pour que son frère choisisse quelqu'un d'autre que son unique amour, l'espace de quelques instants. Envoyant aux orties des principes établis depuis des millénaires, Minos avait choisi ce chevalier, transformant l'interdit en une réalité absurde et monstrueuse. Choisissant l'opprobre de leur maître et Seigneur plutôt que de renoncer à ce fantasme aussi ridicule qu'abominable. Il avait libéré Albafica des glaces, avait joui de son âme pendant de longues années, torturant son esprit… Avant de lui offrir le repos. Le libérant d'une éternité de néant, pour l'amusement que cet humain pathétique lui avait offert. En agissant ainsi, le Griffon avait péché.

Minos avait saccagé l'esprit de son amour, brisant des liens millénaires, mais pire encore, il avait trahi Hadès.

Impossible. Improbable. Inimaginable.

« D'abord, je l'ai haï. Puis je l'ai voulu. »

Voilà ce que lui avait dit le Griffon, avec cette moue désolée et dépitée à la fois. Comme si lui-même n'arrivait plus à se rappeler ce qui lui avait pris. Rhadamanthe n'avait pas compris. Aujourd'hui encore, alors qu'une autre Guerre Sainte s'est achevée dans le sang et les larmes, alors qu'ils ne sont rien de plus que des Juges, Rhadamanthe ne comprend toujours pas. La jouissance plutôt que leur tâche ? Une folie éphémère plutôt qu'une fidélité éternelle ? Jamais. Comment cela pourrait-il être un choix ? L'étoile de la Noblesse s'est égarée, souillant son nom et jetant l'opprobre sur les prochaines réincarnations. Minos a perdu la confiance d'Hadès, et si leur maître ne leur a encore rien dit, il sait parfaitement que son aîné demeurera au ban de leur ordre pendant plusieurs siècles encore. Le Dieu des Enfers ne pardonne pas la trahison, encore moins après une défaite pour le contrôle de la Terre.

Un grognement de douleur détourne son attention. Rhadamanthe se décale légèrement, et pose les yeux sur la raison de sa venue rituelle en ces lieux. Ces allées-retours qui lui ont valu les regards éloquents de Minos, les regards de celui qui sait, ou du moins, qui pense savoir. Le Griffon pense avoir trouvé un allié en Rhadamanthe, convaincu que son cadet se retrouve à son tour plongé dans la tourmente. Il ne saurait se tromper plus. Car il est clair dans l'esprit du Juge que son histoire n'a rien à voir avec celle de son frère et de ce chevalier à la Rose. La Whyverne vient voir inlassablement chaque jour depuis que le conflit s'est terminé celui qui s'est élevé comme son égal et qui, malgré sa situation précaire, ne semble pas supplier pour son salut. Kanon des Gémeaux continue de le défier lui, le Juge d'Hadès, en dépit de son corps emprisonné dans la glace et de son âme tourmentée et vouée à un désespoir éternel. Les yeux fermés dans la mort, son ennemi se tient là, éloigné de son frère sous la demande personnelle de la Whyverne. Ne jamais leur laisser l'occasion de croire qu'ils sont spéciaux, ne pas leur laisser croire qu'après leur chute, leurs actes fous et déicides recevront la moindre récompense. Pourtant, si c'est bien du désespoir qui s'échappe de l'âme de l'aîné, le cadet ne semble pour sa part dégager aucune émotion autre qu'une envie de lutte constante, comme s'il n'avait pas encore compris qu'il était condamné. Comme si sa mort devait encore faire l'objet d'une lutte.

Cela rend Rhadamanthe perplexe.

Des semaines à présent qu'il vient ici contempler la fin des hommes valeureux qu'ils ont combattus et mis à mal. La petite victoire de leur maître. A défaut de la Terre, il a au moins obtenu la mort de ses plus puissants serviteurs, laissant ainsi un Sanctuaire exsangue et détruit. Pourtant… L'expression faciale de Kanon n'a jamais changée depuis qu'ils ont été enfermés en ces lieux de néant. Il s'approche de quelques pas, faisant face au corps superbe figé dans le temps et le Cocyte. Debout, tel un reflet, l'ancien marina a une position similaire à la sienne, les poings serrés, les yeux fermés, l'air concentré comme s'il cherchait encore un moyen d'échapper à ce sort ultime. Entre eux, il n'y a rien d'autres que quelques centimètres de glace, et son souffle chaud vient s'écraser sur la surface translucide. Ce n'est vraiment pas grand-chose. Il sait que Kanon le sent. Et qu'il en tire un certain plaisir, presque malsain à pouvoir rester son ultime adversaire même dans la mort. Comme s'il savourait l'emprise qu'il continue à avoir sur l'esprit du Juge, même après leur dernière lutte. Leurs lèvres, séparées par quelques centimètres de glace millénaire sont proches, et il observe avec une légère folie, la buée qui vint s'étaler devant sa bouche. Devant ce visage qui l'a poussé à ses ultimes limites. La personnalité sans pareille du cadet des Gémeaux l'a intrigué dès qu'il a entendu parler de lui et de ses frasques qui auraient dû être impossibles pour le commun des mortels. Cet homme qui a provoqué des événements qu'aucun avant lui n'aurait pu ne serait-ce qu'imaginer.

« Mais tu n'étais pas comme eux, n'est-ce pas, Kanon ? »

Sa question chuchotée de son timbre lourd reste sans réponse, et pourtant, il sait que s'il le pouvait, le Gémeaux lui enverrait une réponse cinglante dont il avait le secret. Son ventre se tord curieusement alors qu'il observe ce visage autrefois tellement épris de liberté et à présent figé dans l'expression d'une légère douleur. Il voit les paupières qui frémissent sous l'envie qu'a cette âme de se libérer de ses chaînes glacées. Même dans la mort, Kanon reste réellement terrifiant. Sa main vient effleurer lentement le mur qui les sépare, et ses doigts s'empreignent de neige glaciale. Etrangement, il lui semble que la surface tremble légèrement, comme si l'ancien Marina appelait encore son ancien ennemi, ce Juge qui l'a reconnu en tant que chevalier. Rhadamanthe n'a jamais rencontré d'adversaire tel que cet homme. Il sait que cela n'arrivera plus d'ailleurs, en espérant qu'Athéna apprenne enfin des erreurs commises dans l'éducation des apprentis de son Sanctuaire. Il n'y a jamais eu d'hommes tels que Kanon. Et il n'y en aura pas d'autres par la suite non plus. Le Gémeau fut unique. Sa vie fut aussi brève qu'épique, mais qui aujourd'hui pour entretenir la mémoire de l'homme qui manipula les dieux ? Personne, si ce n'est lui. Sa main s'arrête au niveau de son torse, bien à plat, malgré la morsure du froid et la douleur sourde que cela provoque.

Il pourrait…

S'il le souhaitait, oui. Mais le ferait-il ?

Serait-il prêt, comme Minos, à s'attirer l'opprobre de son maître, simplement pour le plaisir de jouir d'une âme l'espace de quelques décennies ? Se voir considéré presque comme un faible par ses hommes ? Prendre le risque de perdre pour plusieurs siècles la confiance de son maître en rappelant à la vie un homme aussi magnifique que dangereux ? Un adversaire qui n'a jamais baissé les yeux face à lui, alors qu'il était à ses pieds et semblait sur le point de mourir… Kanon vaut-il réellement la peine que lui, Rhadamanthe, reçoive la malédiction des Enfers ? Car l'acte en lui-même est contre-Nature, et remet en question leur ordre et leurs existences mêmes. Redonner la vie à cette âme revient à briser un tabou absolu de leur fonction de Juge. Pire encore, en agissant ainsi envers un chevalier d'Athéna, un ennemi, c'est à Hadès qu'il ferait insulte. L'acte en lui-même est d'une simplicité déconcertante : la main sur la glace, et l'autre sur le registre des Enfers, il lui suffirait de rappeler l'âme du défunt devant lui. Tellement facile oui… Et tellement monstrueux à la fois. Mais pour la jouissance d'une nouvelle lutte avec le cadet des Gémeaux, c'est le prix à payer…

Minos avait agi par perversion.

Le ferait-il, lui, par fascination ?

Quelques centaines de jours auparavant, il aurait répondu non et se serait sûrement permis un immense éclat de son rire glaçant, avant de plonger l'impudent qui aurait osé émettre une telle hypothèse dans l'une des prisons les plus cruelles des enfers. Mais aujourd'hui… Face à ce visage fier qui n'a eu de cesse de le hanter, lui, le Juge du Royaume souterrain doit admettre qu'il hésite. Pour la première fois en des millénaires d'existence, la sentence lui semble difficile à prononcer. Alors il pose de nouveau sa main sur la surface gelée, cherchant des réponses dans l'expression glacée de son adversaire. Il hésite, l'espace de quelques longs instants, caressant la glace et cette chimère à la fois.

Trahir pour la passion…?

Ce serait fou, oui. Mais ça ne serait pas lui.

Son poing se referme brusquement, avant qu'il ne recule de quelques pas, se téléportant pour retourner dans ses appartements, sans jeter le moindre regard derrière lui qui pourrait le faire revenir sur sa décision.

Non, Rhadamanthe n'est pas Minos. Il ne trahira pas sa cause. Et ce, malgré la folie qui s'est emparée de lui depuis que sa route a croisé celle du Chevalier maudit. Il se mord la lèvre. Ce choix est parfaitement… impensable.

Et pourtant, Hadès le pardonne, il n'a eu de cesse de l'envisager…