Chapitre 10

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Tout était bien trop silencieux. Vigilant dans son cercle, Chrysaor regardait la paroi d'eau au-dessus de lui. Comme d'ordinaire, elle irradiait faiblement, inondant Atlantis de sa lumière paisible. Si de temps en temps une créature maritime n'avait pas frôlé pas la cité, avant de repartir devant le champ de force invisible qui protégeait la ville, on se serait cru une douce matinée de printemps.
Les guerriers d'Athéna… Des humains qui maîtrisaient la même puissance qu'eux. L'idée avait quelque chose de fascinant. Enfin des combattants à leur hauteur. Mais l'un d'entre eux avait choisi Pégase comme protection. C'était une insulte au dieu des mers à qui les légendes avaient attribué la paternité de ce cheval ailé. C'était une insulte à sa mère qui avait vraiment versé le sang pour le créer.
Des cosmos percèrent soudain la barrière de l'océan. L'attaque avait commencé.
Chrysaor tendit sa puissance le long de son dos, la sentant remonter dans ses points vitaux. Ses doigts se resserrèrent sur le manche de son arme. Il espérait que ce Saint viendrait de son côté. Il voulait enfoncer sa lance en lui, le voir agoniser à ses pieds.
Mais le destin lui envoya un autre combattant. Il arriva sur sa droite sans se cacher, ses longs cheveux bruns encore humides d'avoir traversé la paroi du fond marin. Ses yeux brûlaient en se posant sur le Marina et il s'élança vers lui. Sa charge était encore inexpérimentée malgré sa force et Chrysaor l'arrêta facilement. Le Saint recula en se cachant derrière son bouclier. Chrysaor rit. Comme si cela pouvait l'impressionner. Curieux, il attendit de voir quelle attaque comptait lancer le guerrier d'Athéna. Quand le flux de cosmos jaillit vers lui comme une cascade, Chrysaor ne put plus contenir son fou rire. Il était Marina, au service du dieu des mers. L'eau ou sa puissance n'était rien pour lui. Il leva la main pour bloquer l'attaque. Quelle idée avait pu traverser Athéna de recommander une telle attaque à un de ses Saints ? Mais si la situation l'amusait, il était temps d'en finir.
Chrysaor souleva sa lance et la plongea d'un geste vif sur son adversaire. L'ennemi tendit son bouclier en protection, mais le bout perçant de l'arme le fendit en deux sans problème et pénétra l'armure en s'enfonçant dans le coeur. Le Saint tomba, la bouche encore ouverte sur sa surprise.

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« Fils de pute ! » hurla soudain une voix derrière le Marina.
Chrysaor eut juste le temps de se retourner, alors qu'une tornade humaine s'abattait sur lui, le rouant de coups. Mais la colère envahissait trop son adversaire, et Chrysaor parvenait à bloquer les attaques sans problèmes. Les frappes cessèrent d'un coup, et le Saint recula d'un bond léger. Chrysaor le vit se pencher sur celui que le Marina avait vaincu, et se mettre à pleurer en glissant ses doigts dans les longues mèches sombres.
Pourquoi étaient-ils aussi loin de lui ? Chrysaor frissonna soudain en réalisant que s'il n'avait pas une seule marque, son ennemi l'avait fait reculer sans même qu'il ne le réalise. Le Saint se redressa alors, le visage fermé. Un diadème ailé encerclait sa tête grave, illuminant le regard sombre. Chrysaor frémit. Ce Saint pouvait être…
« Je suis Pégase. J'ignore qui tu es, et je m'en fous. Mais je voulais juste te donner le nom de celui qui va venger mon ami que tu as tué. »
Les pupilles de Chrysaor s'agrandirent. Oui, c'était bien ce qu'il avait pensé. En une pensée pour sa mère, il cria en courant vers Pégase, dardant sa lance aiguisée sur le Saint. Ce dernier était souple et rapide. Il esquivait les coups sans riposter, reculant inlassablement. Furieux, Chrysaor redoubla d'efforts, mais sa lance se contenta de percer un mur alors que Pégase bondissait sur le côté. Se ressaisissant, le Marina découvrit qu'il s'était laissé entraîner bien plus loin qu'il ne le croyait. Se pouvait-il… que le Saint sache très bien ce qu'il faisait ? Que ses déplacements ne soient pas l'œuvre d'un hasard mais d'une tactique ?
Chrysaor regarda autour de lui. Il était rentré dans une petite cour cernée de rues étroites. Derrière lui, le mur qu'il venait de détruire se répandait en pierres blanches. De l'autre côté de la cour, à quelques pas seulement de lui, Pégase concentrait déjà son cosmos, lumière aveuglante et menaçante. Chrysaor serra les dents. Il ne se laisserait pas faire. L'esprit calme, il avança vers le Saint, décidé à enfoncer sa lance dans le corps mince. Mais Pégase relâcha soudain son attaque, et elle bondit sur lui, météore fulgurant qui repoussa Chrysaor vers l'éboulis derrière lui. Ses pieds s'entravèrent dans les briques brisées et il chuta. Le Saint en profita pour sauter rapidement sur lui, et Chrysaor roula prestement sur le côté, ne se souciant pas des pierres acérées qui raclaient l'armure sur son torse. Le pied de Pégase s'enfonça dans le tas, parsemant un nuage de poussière en détruisant les briques. Chrysaor se releva en toussant, avant de s'écarter.
Ce ne fut que debout qu'il comprit enfin le but de la manœuvre. Sa main était cruellement vide, tandis que les doigts de Pégase serraient sans pitié la lance qui avait échappé au Marina quand ce dernier était tombé. Le Saint eut un sourire ferme.
« Être tué par l'arme qui a tué mon ami, ce n'est que justice, non ? »
Impertinent.
Croyait-il vraiment que sa lance était sa seule arme ? Aucun Marina ne pouvait se limiter à cela. Si l'instrument était perdu, il fallait une autre technique. Chrysaor se concentra, raidissant son énergie le long de sa colonne vertébrale avant de la laisser s'épanouir autour de lui, aveuglant son adversaire.
« Je n'ai pas le temps pour ces conneries ! » hurla Pégase en jetant la lance vers le Marina.
La pointe acérée plongea si vite sur le Marina que ce dernier n'eut pas le temps d'esquisser un seul mouvement. Elle le déchira de part en part, de la tête à l'entre-jambes, sans qu'il ait eu le temps de l'arrêter. Il s'effondra sans avoir réalisé qu'il venait de mourir.
Haletant, Pégase s'arrêta quelques secondes pour reprendre son souffle, puis repartit sans même jeter un regard au corps sans vie du Marina.

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Le Dragon des Mers dévisagea le Saint en face de lui. Ce dernier était revêtu d'or, et son visage parfait le fixait d'une moue mélancolique. Ce Saint avait tué le Cheval des Mers. Il le lui avait dit tranquillement en arrivant, et le Marina avait bien senti le cosmos de son ami s'éteindre un peu plus tôt. Le Dragon des Mers affrontait alors un autre Saint, adversaire qui ne l'avait guère impressionné, et s'était révélé facile à vaincre. Mais il était évident que l'ennemi maintenant en face de lui était d'un autre niveau et Dragon des Mers se raidit en se préparant à l'affronter.
Non.
Pourquoi attendre que l'autre lance son attaque ?
Sans même laisser le temps au Saint de décocher ce qu'il avait à la main, le Marina traça un triangle prêt à engloutir son ennemi. Les yeux en amande de ce dernier se durcirent, furieux de la brutalité du Dragon des Mers face à son attaque délicate. Il lança une pluie de pétales doux qui vinrent caresser la Scale du Marina. Elle se fendilla en craquements légers, son qui fit trembler son porteur. Hors de question de traîner. Ce fichu Saint détruisait son armure. Le Dragon des Mers se jeta sur l'ennemi doré, l'enveloppant dans son coup dimensionnel, le plaquant sous l'énergie sombre. Son armure se fissura de plus en plus sous le choc. La méthode n'était pas belle. Le Marina abusait des mouvements soignés de son adversaire, il avait compris que le Saint n'utiliserait pas une technique qu'il trouvait barbare. Or seule une de ces techniques barbares lui aurait permis d'esquiver ce mouvement de force brute.
Une rose noire franchit alors le tourbillon qui aspirait le Saint. Des gouttes de rosée y perlaient encore, et elle frémissait en parvenant à traverser l'attaque du Dragon des Mers. Le Marina râla en se tournant légèrement tandis qu'elle se glissait dans une fissure de son armure, se plantait dans son bras. Il l'arracha en grimaçant. C'était donc là l'attaque pour la gloire du Saint vaincu. Il était déjà impressionnant que ce Saint ait fait traverser une chose aussi fragile à travers l'attaque du Marina. Il était dangereux. Mais plus rien ne restait de lui, désormais, se rassura le général.

Le Dragon des Mers repartit plus loin en grommelant. Il ne remarqua pas le petit bout cassé de la rose toujours plongé dans son bras.