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Chapitre IX

« Growing Up »

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5 Novembre 1977 — Grande Salle, Poudlard, Écosse


L'effervescence était à son comble dans la Grande Salle ce matin—là, et pour cause, le premier match de Quidditch de la saison, qui opposait Serdaigle à Serpentard, était sur le point de commencer. Assis à la table de Gryffondor, James picorait dans son assiette pleine d'œufs et de bacon fumant, une grimace plastrée sur le visage. Assis à côté de lui, Sirius ne semblait pas partager l'anxiété de son meilleur ami et entreprenait de remplir son assiette pour la troisième fois déjà, un sourire moqueur dessiné sur ses lèvres ;

— James, à voir ta tête, on pourrait presque penser que tu as surpris Evans dans un placard à balai avec Servilus, pas que tu…

Sirius s'interrompit et adressa un regard noir à Remus, assis en face d'eux avec Peter, qui venait de lui balancer son pied dans le tibia.

— James, reprit plus calmement le jeune lycanthrope en esquissant un sourire rassurant à son ami, tu t'inquiètes pour rien. On sait tous que les Serpentard peuvent être un peu…brutaux sur le terrain, mais…

Le jeune capitaine de Gryffondor secoua la tête et repoussa son assiette avec dégoût.

— Je les ai regardés s'entraîner, avoua-t-il d'une voix basse. Garbille est déterminé à réduire Serdaigle en miettes…

— Tu as utilisé la cape ? Souffla Peter, dont l'expression étonnée froissait les traits lisses et roses de son visage.

Remus aussi semblait surpris ; il n'était pas dans les habitudes de James de leur cacher ce genre de choses.

— Tu le savais, toi ? Demanda-t-il en se tournant vers Sirius.

Ce dernier secoua la tête en fronçant les sourcils avant de reporter son attention vers son meilleur ami.

— Juste une fois ou deux, expliqua James en se prenant la tête entre les mains. Je voulais seulement voir ce que valait la nouvelle équipe de Garbille…

— Et qu'est-ce qu'elle vaut ? Demanda Peter avec appréhension.

James poussa un long soupir et son expression se rembrunit davantage encore.

— Elle tient la route. Ils forment une bonne équipe, mais leur jeu est brutal. Garbille… Garbille n'a qu'une seule idée en tête, écraser Dorcas.

Ses trois meilleurs amis échangèrent des regards confus et Sirius repoussa son assiette loin devant lui avant de tourner un visage pâle vers le jeune homme.

— Comment ça ? Demanda-t-il précautionneusement.

James releva lentement la tête et redressa ses lunettes sur son nez, ses yeux noisette plus sombres que d'ordinaire derrière les verres épais qu'il portait en permanence.

— Dorcas est née de parents Moldus, Sirius, répondit James. Pour quelqu'un comme Garbille, le fait qu'elle soit capitaine d'une équipe de Quidditch… ou tout simplement élève dans cette école, est inacceptable. Il lui voue un dégoût démesuré et veut prouver à tout le monde qu'elle n'a pas sa place ici, tout comme le reste des nés-Moldus.

Pendant plusieurs secondes aucun des trois garçons ne prononça le moindre mot. Remus avait pâli, Peter baissé les yeux vers son assiette, et le regard de Sirius s'était assombri, ses lèvres pincées avec dureté.

— Pourquoi tu ne nous as rien dit ? Demanda-t-il enfin, après un long moment de silence.

James haussa les épaules et poussa un bref soupir ;

— Je ne sais pas, admit le jeune homme en passant une main dans ses cheveux. J'en ai parlé tout de suite à Dorcas et elle m'a demandé de garder ça pour moi…

— Elle ne veut pas qu'on ait pitié d'elle ? Comprit Sirius.

James hocha la tête ;

— Non. Et elle veut prouver à Garbille et aux gens comme lui qu'elle en est capable, qu'elle a sa place ici et qu'elle a mérité sa position de capitaine. Elle veut se débrouiller toute seule.

Un bref sourire illumina le visage fermé de Sirius qui croisa ses bras sur la table.

— Dans ce cas, tu n'as aucune raison de t'inquiéter. Connaissant Dorcas, elle se battra comme un ours…

— Un ours ? Demanda Remus en arquant un sourcil tandis qu'à côté de lui, Peter pouffait dans sa main. Dorcas n'a rien d'un ours, elle est minuscule, fit-il remarquer.

— À ta place, j'éviterais de dire ça devant elle, rétorqua Sirius. Crois-en mon expérience, cette fille est terrifiante…

James laissa échapper un grognement moqueur ;

— Ton succès auprès des filles ne cessera jamais de m'étonner…

— Tu veux qu'on parle d'Evans, peut-être ? Rétorqua Sirius en adressant un sourire narquois à son meilleur ami.

— Ça ira, mer…

— De moi ? Les interrompit une voix dans leur dos.

Les quatre Gryffondor se tournèrent vers la jeune fille qui s'avançait vers eux en souriant, ses cheveux enroulés à la hâte dans un chignon au dessus de son crâne, ses grands yeux verts effilés pétillant avec douceur.

Un sourire étira aussitôt les lèvres de James et il repoussa ses lunettes sur son nez.

— Evans, la salua-t-il alors que la jeune fille glissait sur le banc pour s'asseoir à côté de lui.

Remus se leva aussitôt, esquissa un sourire fébrile et bafouilla des excuses maladroites ;

— Je vous rejoins plus tard au match, le je dois… euh… passer à la bibliothèque pour vérifier… voilà…

Il ramassa son sac sans adresser un seul regard à ses amis et s'éloigna précipitamment, manquant de bousculer un élève de deuxième année dans sa hâte.

Lily suivit Remus du regard jusqu'à ce qu'il franchisse les portes de la Grande Salle, une expression meurtrie froissant les traits de son visage.

— C'est moi, n'est-ce pas ? Demanda-t-elle en levant les yeux vers James qui échangea un regard embarrassé avec Sirius et Peter. Depuis que je sais pour… enfin pour tu-sais-quoi, il m'évite, reprit-elle d'une voix plus basse. Ça a été comme ça toute la semaine. Et chaque fois que j'ai essayé de lui en parler, il se souvenait étrangement d'une chose très urgente faire…

Une grimace se dessina lentement sur le visage de James et il passa une main dans ses cheveux en poussant un soupir embarrassé ;

— Il lui faut un peu de temps, c'est tout. Il… pense que maintenant que tu sais, tu ne peux que penser qu'il est un monstre.

Les traits de Lily se crispèrent et elle tendit la main pour attraper un petit pain-au-lait.

— C'est ridicule, grommela-t-elle.

Sirius échangea un sourire avec Peter avant de s'adresser à Lily ;

— Est-ce que tu fais la cuisine, aussi ? S'enquit-il.

— Qu...quoi ? Demanda Lily en fronçant les sourcils sans comprendre.

— Parce que si c'est le cas, je suis prêt à t'accorder la main de James finalement.

— Sirius, la ferme, grogna James qui rougissait à vue d'œil.

— Non pas que qui que ce soit, pas même toi, ne mérite James, mais…

Il fut interrompit lorsque ses lèvres se mirent à gonfler, l'empêchant de continuer à embarrasser son ami qui avait sa baguette pointée sur lui avec un sourire narquois.

— Wa t'fé wa-rr, postillonna Sirius dont le regard gris trahissait l'amusement.

Lily lui tendit une serviette, son regard émeraude planté dans le sien avec humour. Sirius annula le sortilège avec sa propre baguette et ses lèvres retrouvèrent leur état normal.

— Qu'est-ce que tu attends pour lui retirer des points ou lui donner une retenue ? Demanda-t-il à la jeune fille en s'essuyant le menton.

Lily cligna des yeux, un sourire en coin, feignant l'innocence ;

— Si on me demande, j'ai rien vu.

Peter éclata de rire et Sirius se tourna vers James avec un sérieux décontenançant. Ils échangèrent un long regard et un sourire vint se greffer aux lèvres du jeune homme au regard métallique qui hocha la tête ;

— Okay, fit tout simplement Sirius.

Perdue, Lily adressa un regard à Peter qui secoua la tête, l'air de dire "cherche pas, c'est toujours comme ça".

— D'accord, capitula Lily en secouant la tête. Je vais rejoindre Dorcas, on se retrouve au match ? Demanda-t-elle en se levant.

James hocha la tête en lui adressant un sourire tranquille et Sirius planta son regard sur elle ;

— Avec plaisir, Lily.

La jeune fille cligna des yeux et personne ne prononça le moindre mot pendant un instant. Puis lentement, Lily sourit avant de tourner les talons.

— Lily ? Demanda James à son meilleur ami lorsqu'elle fut partie, sans chercher à masquer son amusement.

Sirius haussa les épaules avec une désinvolture feinte.

— Il va bien falloir que je m'y fasse. Je ne pourrai plus l'appeler longtemps Evans si tu décides d'en faire une Potter…

James s'étouffa dans son jus de citrouille et fut sur le point de répliquer quelque chose lorsque Peter arqua un sourcil amusé ;

— Retiens tes Hippogriffes, il n'a toujours pas réussi à la convaincre de sortir avec lui, fit remarquer le jeune homme avec un sourire moqueur. Et ça fait trois ans qu'il essaye…

Sirius éclata de rire, mais James, loin d'être vexé, se contenta de sourire. Sirius n'avait jamais compris ce qu'il trouvait à Lily, ni pourquoi il n'avait jamais laissé tomber, même après toutes ces années. Sirius avait toujours semblé imperméable à l'amour, si bien que les sentiments de James pour Lily n'avaient jamais eu aucun sens pour lui. Il avait toujours pensé qu'ils seraient éphémères, fragiles. Que ce que James croyait être de l'amour n'était qu'une simple obsession passagère. Mais au fond, il n'avait tout simplement jamais pris le temps de regarder Lily à travers les yeux de James. Il s'était contenté de voir une jolie fille, intelligente et souriante. Une de ces poupées en porcelaine réalisées par lot dans les boutiques de jouets.

Mais de toute évidence, Lily Evans était bien plus que ça et peut-être que James avait raison ; elle était différente, spéciale.


5 Novembre 1977 — Terrain de Quidditch, Poudlard, Écosse


Les gradins étaient bondés, si bien que Lily et Mary eurent du mal à se frayer un passage à travers la foule de Gryffondor qui avaient envahis leurs bancs.

— C'est pas eux, là-bas ? Demanda Mary en apercevant une tignasse ébouriffée.

Lily suivit son regard et sourit. Assis entre Peter et Sirius, James arborait fièrement les couleurs de Gryffondor en portant son sweat rouge et or de capitaine.

— Si, viens, fit-elle en attrapant la main de son amie pour ne pas la perdre.

Penché sur un petit carnet en cuir, plume à la main, James gribouillait des chiffres et des symboles dans la marge d'une page vide.

— Qu'est-ce qu'il fait ? Demanda Lily en s'asseyant dans le siège libre à coté de Remus tandis que Mary allait s'asseoir à côté de Sirius.

Remus releva son visage vers la jeune fille mais refusa de croiser son regard, ses iris abîmés fuyant les siens.

— Oh, il prend des notes, bredouilla le jeune lycanthrope avant de se lever. Je vais me chercher des Patacitrouilles, quelqu'un veut quelque chose ?

— Non, tu restes là, fit Lily en posant une main sur son avant-bras.

Remus se raidit, sembla hésiter un moment, puis soupira avant de se rasseoir à côté d'elle avec résignation ; il savait que refuser plus longtemps la conversation qu'elle avait cherché à avoir avec lui toue la semaine était impossible.

Lily conserva sa main sur le bras de son ami et se tourna vers lui avec une expression empreinte de douceur ;

— Remus…

Autour d'eux, le brouhaha était si dense qu'ils n'avaient aucune raison de craindre d'être entendus, mais la voix de Lily était tout juste plus audible qu'un murmure.

— De quoi tu as peur ? De moi ? Que je le dise à quelqu'un ?

Remus baissa les yeux sur ses mains, nerveusement entremêlées sur ses genoux, et inspira profondément.

— Non, non, pas du tout, mais toi tu devrais... Lily… je peux compter sur deux mains les gens au courant de… de ma situation, et sur une seule, ceux qui ne… qui ne sont pas répugnés par ce que je suis.

— Je n'ai pas peur de toi, Remus, répondit Lily en se penchant pour croiser le regard du jeune homme.

— Tu ne comprends pas… tu ne sais pas ce que je suis et tu ne sais pas ce que ça signifie vraiment…

Lily avait toujours su que Remus avait des blessures plus profondes que la plupart des gens de son âge, des cicatrices invisibles qui le faisaient souffrir et hantaient son regard, mais jamais elle n'aurait pu se douter que le regard fuyant et le manque de confiance en soi de son ami puissent être la conséquence d'un secret si lourd.

Son cœur se serra douloureusement lorsqu'elle pensa au petit garçon effrayé qu'il avait dû être, à l'adolescent privé de rêves qu'il était devenu trop tôt, au jeune homme voué à la solitude qu'il croyait être, et elle ne sut pas quoi dire. Sûrement parce qu'il n'y avait pas grand-chose à dire à quelqu'un persuadé de ne pas mériter l'amour ou le respect des gens qu'il aimait. Mais Lily refusa de laisser le silence donner raison à son ami ; son doux regard émeraude s'illumina avec une compassion infinie et elle glissa sa main le long du bras de son ami pour venir envelopper la sienne.

— Tu vas avoir besoin de plus de mains, alors, finit-elle par répondre d'une voix douce, un sourire tranquille accroché aux lèvres.

Remus cligna des yeux. Il demeura immobile pendant plusieurs secondes avant de relever lentement la tête vers Lily ; ses traits se détendirent et il rougit, la gorge nouée, avant de refermer ses doigts autour de ceux de la jeune fille.

Le temps sembla s'arrêter un instant et ne repartit que lorsque le sourire de Lily, infiniment tendre et chaleureux, se soit frayé un chemin jusqu'au cœur du jeune homme, sur lequel il vint se graver pour toujours.

— Merci, souffla finalement le jeune homme d'une voix rauque en refoulant des larmes qui menaçaient de franchir la barrière fragile de ses cils.

Lily se contenta de hausser les épaules, comme si ce n'était pas grand-chose, comme si aimer comme elle aimait était une seconde nature et n'avait rien d'exceptionnel, alors que pour Remus, c'était bien plus que ça encore.

Lily surprit le regard de Peter derrière l'épaule de Remus, et lorsqu'il lui adressa un clin d'œil timide qui se voulait sûrement semblable à un de ceux de James ou Sirius, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire. Le jeune garçon reporta son attention vers le terrain et Lily croisa à nouveau le regard de son ami qui cligna des yeux, visiblement perdu.

— Tu sais, confessa-t-elle à Remus qui la regardait avec un drôle d'air, je me demandais comment tu faisais pour supporter ces trois-là, fit-elle en désignant James, Sirius et Peter de sa main libre, mais en fait, vous êtes plutôt attachants, tous autant que vous êtes.

Un léger rire ébranla Remus, mais lorsqu'il ouvrit la bouche pour répondre, un vacarme assourdissant emplit le stade, Jone Loud, le commentateur, accueillant les capitaines de Serpentard et Serdaigle sur le terrain. Brail Garbille et Dorcas Meadowes se faisaient face, à quelques mètres au-dessus du sol. Très vite, le terrain fut envahi par le reste des joueurs des deux équipes qui prirent place dans les airs, derrière leur capitaine respectif. Brail et Dorcas se serrèrent brièvement la main et le professeur Fly, qui arbitrait le match, libéra le Vif d'or, suivi des deux Cognards, avant de porter son sifflet à ses lèvres, le Souafle sous un bras.

— Et Dorcas Meadowes récupère tout de suite le Souafle ! Elle fait une passe à Jordan River qui évite un Cognard envoyé par Brutus Urquart !

Lily grimaça, un pli soucieux se formant sur son front lorsqu'elle aperçut Theodore Nott, le second batteur de Serpentard faire un signe de tête à son capitaine, Brail Garbille. Elle glissa un regard vers James qui ne quittait pas le match des yeux, la mâchoire serrée.

— Aïïïïïïe, ça doit faire mal ! Leah Smith n'est pas parvenu à éviter le Cognard de Brutus à temps et a lâché le Souafle, récupéré par Brail Garbille qui s'élance vers les buts de Serpentard, fait une passe à Walter Green qui marque ! Dix points pour Serpentard !

Un tonnerre d'exclamations et d'applaudissements ébranla les gradins de Serpentard, tandis que les élèves des trois autres Maisons poussèrent des exclamations indignées.

— Meadowes récupère le Souafle et fait une passe à Smith qui évite Nott et fonce vers les buts… Elle est bloquée par Elton Wagner et est forcée de faire une passe à River... et Meadowes à nouveau, prise en sandwich par Nott et Urquart ! Elle ne parvient pas à les éviter tous les deux et… non d'une gargouille… elle n'arrive pas à éviter le Cognard d'Urquart qui la heurte de plein fouet !

Lily plaqua ses deux mains contre sa bouche avec horreur en voyant la jeune capitaine de Serdaigle perdre l'équilibre, sonnée, et manquer de tomber de son balai avant de se ressaisir.

— Garbille récupère aussitôt le Souafle lâché par Meadowes et… oh par Merlin, Urquart envoie un second Cognard en direction de Meadowes…!

Le stade tout entier retint son souffle pendant une demi-seconde qui sembla s'étirer indéfiniment jusqu'à ce que, par miracle, Dorcas parvienne de justesse à éviter le Cognard et reprenne position dans les airs.

— … Wagner profite de la confusion sur le terrain pour marquer un second but… 20 à 0 pour Serpentard…

Le stade rugit à nouveau et Lily couvrit son visage de ses deux mains.

— C'est un carnage, marmonna-t-elle, à personne en particulier, les paupières closes avec effroi.

Assis à côté d'elle, Remus hocha sombrement la tête avant de glisser un regard vers James qui ne quittait pas le jeu des yeux, la mâchoire crispée. S'il paraissait calme, il n'en était rien ; ses poings étaient enroulés sur ses genoux et ses sourcils étaient froncés à tel point qu'un creux se formait entre ses deux yeux. Après seulement vingt minutes de jeu, les intentions de l'équipe de Serpentard étaient on ne peut plus claires ; ils étaient là pour s'assurer la victoire et réduire Serdaigle en pièces jusqu'à ce qu'il ne reste de ses joueurs qu'une poignées d'os en miettes.

James vit Regulus repérer le Vif d'or et lancer un regard à l'attrapeur de Serdaigle, Flint O'Neil, par-dessus son épaule. Le jeune Serpentard sembla hésiter une fraction de seconde avant de fuser dans la direction opposée avec l'agilité et la rapidité qui faisaient de lui un excellent attrapeur, attirant l'attention d'O'Neil qui s'élança après lui, persuadé qu'il avait repéré le Vif d'Or.

— Pourquoi est-ce qu'il fait ça ? Demanda Mary en fronçant les sourcils.

— Parce que Garbille lui a demandé, marmonna James d'une voix grave. Gagner n'a aucun intérêt pour lui s'il n'obtient pas la victoire en ayant démoli Serdaigle...

Personne ne prononça le moindre mot. Impuissants, ils se contentèrent de regarder le match, les secondes s'étirant péniblement en minutes, puis en heures. Des Cognards volaient dans tous les sens, frappés avec violence par les batteurs des deux équipes. Les Serpentard multipliaient les fautes sans se soucier des conséquences, visiblement déterminés à pousser Serdaigle au bord de l'épuisement physique et mental.

Leah Smith fit une chute de dix mètres de haut après avoir reçu un Cognard de plein fouet et dut être transportée d'urgence à l'infirmerie, Emaüs Klaus, le gardien de Serdaigle, jouait avec le visage ensanglanté, et Dorcas volait avec un bras cassé. Malgré tout, Serdaigle était parvenu à rattraper son retard sur Serpentard qui ne menait plus que de dix points, à 90 contre 80. Il ne s'agissait plus de gagner pour l'équipe de Serdaigle, mais de perdre dignement, en se battant jusqu'à la toute dernière seconde, sans jamais céder à la tentation de rendre coup pour coup et de s'abaisser au jeu violent et déshonorant des Serpentard.

Lorsque, enfin, le coup de sifflet annonçant la fin du match retentit, les doigts de Regulus s'étant refermés sur la petite balle dorée, des exclamations de soulagements ébranlèrent les gradins de Serdaigle, Poufsouffle et Gryffondor, étouffant les applaudissements des élèves de Serpentard qui remporta le match avec 260 points contre 90.

Les poings crispés sur ses genoux, James sentit la main de Peter se poser sur son épaule ;

— James ? Fit-il alors que tout le monde commençait à se lever pour quitter les gradins.

— Mmm, j'arrive, souffla-t-il en se levant lentement, les yeux toujours rivés sur le terrain où les joueurs de Serpentard encerclaient leur capitaine victorieux.

Il demeura immobile un instant puis enfonça ses poings dans les poches de son sweat-shirt, ses yeux noisette dénués de leur habituel éclat. Il ignora les regards inquiets que lui glissaient ses amis et se fraya un passage à travers la marrée d'élèves qui cherchaient à quitter le stade et regagner le château.

— James, attends !

Mais le jeune homme fit semblant de ne pas entendre son meilleur ami et se fondit dans la foule, tête baissée. Lorsqu'il arriva aux pieds des gradins, il inspira profondément et prit le chemin des vestiaires où Garbille et le reste de son équipe se dirigeaient déjà. Il savait que c'était une très mauvaise idée, mais lorsqu'il revit Nott fracasser la mâchoire d'Emaüs avec sa batte avant de se prendre un penalty, ses émotions prirent une nouvelle fois le dessus sur la raison.

— James ! S'écria à nouveau une voix dans son dos.

Et cette fois, il s'immobilisa et ferma les yeux avant de pousser un long soupir. Puis, lentement, il fit volte-face en déglutissant avec difficulté, son rythme cardiaque s'apaisant petit-à-petit à mesure que sa colère se dissipait.

— Evans, commença-t-il en plongeant une main dans ses cheveux avec frustration.

— Je t'interdis de faire ça, James, l'interrompit la jeune fille en venant se poster devant lui. Je sais que tu es furieux et que tu meurs d'envie de casser la figure à Garbille et à ses gorilles, mais crois-moi, c'est une très mauvaise idée…Et je ne dis pas ça seulement parce que tu es Préfet-en-Chef...

— Je…

— Serdaigle peut être fière de son équipe, James. Ils se sont battus à la loyale, dans les règles. Ne leur enlève pas ça en voulant jouer les preux chevaliers.

Malgré lui, un sourire étira les lèvres de James en voyant Lily faire de grands gestes avec ses mains et ses bras avec animation.

— Je sais que c'est plus fort que toi, ajouta-t-elle en levant les yeux au ciel, bien qu'un sourire amusé graciait ses lèvres, mais laisse tomber, d'accord ? Le meilleur moyen de venger Serdaigle, c'est de t'assurer de remporter le prochain match contre Serpentard…

James ne prononça pas le moindre mot. Son regard noisette sonda longuement celui de la jeune fille dont il tombait un peu plus amoureux chaque jour.

Puis, après de longues secondes, il soupira et détourna les yeux, une main emmêlée dans la tignasse de cheveux noirs qu'il ne cessait d'ébouriffer à longueur de journée.

— T'as raison… c'était stupide, marmonna-t-il en rougissant légèrement.

— C'est le moins qu'on puisse dire, souffla Lily, un sourire taquin accroché aux lèvres.

Un nouveau silence s'installa entre eux mais Lily le rompit rapidement.

— Et puis de toute façon, qu'est-ce que ce que tu comptais faire ? Faire irruption dans les vestiaires de Serpentard ? Seul contre sept ? Et après ? Hein ?

Un léger rire secoua James et il adressa à Lily un regard d'une arrogance qui, même si elle aurait refusé de le reconnaître, lui avait manqué.

— Evans, c'est un peu insultant, tu sais ? Tu crois que je ne fais pas le poids face à une bande de Trolls analphabètes ?

La jeune secoua la tête avec amusement mais refusa de nourrir davantage encore son ego.

— On peut aller déjeuner maintenant, j'ai faim ? Fit-elle en posant une main sous son coude sans attendre qu'il ne réponde pour l'entraîner avec elle dans la direction du château.

Un sourire aux lèvres, James se laissa faire, plus léger, comme si la colère et la haine qu'il avait laissées ronger sa poitrine sans broncher s'étaient évanouies. Il savait qu'elles étaient toujours là, tapies dans un recoin de sa cage thoracique, prêtes à prendre son cœur d'assaut au moindre signe de faiblesse, mais la présence silencieuse de Lily à ses côtés avait quelque chose d'apaisant et suffisait à tenir ses émotions négatives à distance.

Côte à côte, ils quittèrent le stade et traversèrent le parc dans un silence qui, étrangement, n'était ni pénible, ni gênant. Le regard de James ne cessait de glisser vers Lily, qui semblait perdue dans ses pensées, un sourire distrait accroché aux lèvres. Et ces derniers temps, il était si rare de la voir sourire que le jeune homme préféra se taire. La foule de questions qu'il brûlait de lui poser pouvait bien attendre.

Ensemble, ils franchirent les portes du château et rejoignirent leurs amis dans la Grande Salle.


5 Novembre 1977 — Bibliothèque, Poudlard, Écosse


« Papa,

Ici, tout va bien.

À côté de ton université, Poudlard est un cirque, un défilé de bêtes de foire. Chaque jour est plus fou que le précédent et je n'ai plus une minute à moi…

[…] »

Après avoir déjeuné avec le reste des Gryffondor, Lily s'était réfugiée à la bibliothèque, prétextant des recherches pour le cours d'Histoire de la Magie.

Installée à une table dans un coin peu éclairé de la section dédiée à cette matière, la jeune Préfète-en-Chef avait tenté, tant bien que mal, de rédiger une lettre qui se voulait débordante d'enthousiasme. Pendant des heures, elle avait trébuché sur ses mots, glissé des sourires dans chaque virgule, et donné à ses anecdotes autant de légèreté qu'elle le pouvait. Avec le plus de détails possible, comme si elle cherchait à le distraire, elle raconta à son père ses journées de cours, lui relata la farce que James, Sirius, Peter et Remus avaient orchestrée lors du banquet d'Halloween, s'attirant les foudres du professeur McGonagall et l'admiration du professeur Dumbledore, et lui parla des couples qu'elle avait surpris hors de leurs dortoirs après le couvre-feu pendant ses rondes avec James. Comme dans chacune des lettres qu'elle lui avait écrites depuis le début de l'année, Lily n'omit aucun détail. Mais dans son besoin farouche de paraître heureuse et enthousiaste, elle en oubliait d'essayer de l'être pour de vrai.


N/A : Bonsoir à tous ! Je sais, ça fait plus d'un mois et j'aurais dû poster dès la semaine dernière en rentrant de vacances, mais j'ai réussi me laisser déborder en quelques jours à peine.

J'espère que cette longue absence ne vous aura pas découragés et que vous n'aviez pas tout oublié de James, Lily, et leurs problèmes !

Il reste huit petits chapitres, tout au plus, et ce sera la fin de cette histoire, mais je vais quand même devoir ralentir la fréquence de publication. Mes cours reprennent dans deux semaines et je ne suis pas sûre de pouvoir continuer à publier un chapitre par semaine. Si je peux, je le ferai, mais sinon, il faudra vous attendre à un chapitre toutes les deux semaines :/

Encore une fois, un très grand merci à DelfineNotPadfoot qui prend le temps de relire et corriger mes chapitres avant que je ne vous les publie.

Sur ce, j'ai hâte d'avoir vos avis sur ce chapitre et je vous souhaite un très bon week-end :)

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RàR : à Mea95Gryffondor ; Héééé ! Oui, ça fait une éternité, je sais, mais crois-moi, je suis bien contente de te retrouver ! Cette histoire de "ligne de vie" va être un terme récurrent ou au long de la fiction alors tu n'as pas fini d'en entendre parler. Et on retrouvera aussi Eloi, compte sur moi :p Merci de continuer à prendre le temps de me lire et à bientôt j'espère !

à Millon ; Bonsoir ! Merci beaucoup pour tes compliments et tes encouragements. Je suis vraiment très contente que cette histoire te plaise jusque-là et j'espère que la suite ne te décevra pas :)

à Sarah1812 ; Merci beaucoup Sarah ! Je suis vraiment très contentes que mes histoires te plaisent et j'espère que la suite de Aucun Regret continuera de te plaire :)

à Elyana ; Si jamais tu passais par là un jour, Elyana, un GRAND MERCI pour la review que tu m'as laissée ici pour Bad Blood. Je ne savais pas comment te remercier autrement, ni où, et j'espère sincèrement que tu liras ce message un jour, parce que ta review m'a énormément touché et je ne voudrais pas que tu penses qu'elle s'est perdue dans ce bordel sans nom qu'est internet. Je ne sais même pas quoi te dire, à vrai dire. Je suis tellement contente que BB t'ait plu. L'histoire, mais aussi ses personnages. C'est toujours difficile de plaire quand on a une idée bien précise des personnages en tête. Et je sais que beaucoup n'aiment pas le couple Scorpius/Rose. Je peux pas les blâmer, je ne supporte pas les Dramiones moi-même, mais bon… Je m'égare. J'ai conscience que l'histoire et les personnages de BB manquent parfois un peu de travail et de profondeurs, mais j'aime le fait qu'ils puissent encore évoluer après la fin de la fiction et dans la tête des lecteurs, alors je développe parfois trop peu. Bref. Je ne sais tout simplement pas quoi te dire, excepté, merci, vraiment, pour tous tes encouragements. À Bientôt peut-être :)