Disclamer: les personnages de MFB ne m'appartiennent pas.

Chapitre 10: Expédition dans la ville morte

Peu après le départ de Ryûtaro, Ginga et Ryûto se rendormirent. Les récents événements les avaient épuisé aussi bien mentalement que physiquement. Kyoya, au contraire, ne ressentait pas la moindre fatigue. Ou, du moins, il ne se permettait pas de le montrer. Il ne se sentait absolument pas en sécurité dans cette maison à cause des adolescents qui y vivaient. Ils les aidaient beaucoup trop facilement à son goût. Il était certain que cela cachait quelque chose car personne ne faisait rien gratuitement – il fallait être naïf pour croire une chose pareille!

Kyoya arpentait la pièce de long en large, se demandant ce que Ryûtaro et Tobio pouvaient bien vouloir en échange de leur hébergement.

-Tu peux pas arrêter de tourner en rond? s'agaça Ryûga.

Le vert se figea, surpris. Il eut besoin de quelques secondes pour reprendre pied dans la réalité. Il se redressa fièrement et lança un regard noir, empli de reproches, au blanc.

-T'as qu'à regarder ailleurs si ça te gène tant que ça, déclara-t-il avec froideur.

Ryûga soupira dédaigneusement.

-J'essaye mais tu te déplaces sans arrêt.

Ne voulant pas reconnaître qu'il avait raison, Kyoya recommença à marcher.

-Tategami, grogna le blanc.

Il l'ignora totalement, provocateur, attisant la colère de Ryûga qui se leva et lui barra le passage.

-Vous ne pouvez pas arrêter vous deux, soupira Nile, las de les entendre se chamailler.

Les interpellés se tournèrent vers l'égyptien, plus ou moins énervés.

-Au lieu de vous disputer inutilement, vous devriez réfléchir à ce que Ryûtaro nous a dit.

-Ce n'est pas tellement important, marmonna le vert en croisant les bras.

-Il avait raison, continua Nile sans faire attention à sa remarque.

Ennuyé, Kyoya se laissa tomber sur une chaise.

-Qu'est-ce que ça change?

-Tout.

Alors qu'ils se disputaient à peine quelques secondes auparavant, Kyoya et Ryûga échangèrent un regard entendu, pensant que Nile commençait à délirer.

-On ne peut pas passer notre temps à courir d'un endroit à l'autre en comptant uniquement sur la chance.

-On n'a pas eu le choix, intervint Ryûga, voulant couper court à son monologue.

Les yeux verts de Nile brillaient avec détermination.

-Maintenant, si.

-Et si tu parlais franchement au lieu de tourner autour du pot? proposa l'adolescent aux cicatrices, un brin moqueur.

Nile lança un regard noir à Kyoya, agacé, car il était certain qu'il savait parfaitement où il voulait en venir.

-On devrait accepter leur proposition et rester ici un moment.

Les deux adolescents le dévisagèrent comme s'il venait de dire une bêtise monumentale, l'agaçant davantage.

-Quelle bonne idée! lâcha Kyoya d'un ton sarcastique. Comme ça, ils auront des dizaines d'occasions de nous blesser et on leur sera redevables.

-C'est toujours mieux que de courir jusqu'à ce qu'on se fasse transformer en zombies! s'emporta Nile.

L'égyptien se força à reprendre son calme, sachant que la colère ne servait à rien contre Kyoya.

-Et toi Ryûga, tu en penses quoi? demanda-t-il.

-Il vaut mieux qu'on ne reste pas ici trop longtemps.

-Je ne dis pas qu'on doit rester éternellement, soupira Nile. Seulement, on a tous besoin d'une pause.

Il jeta un bref coup d'œil au lit où Ryûto et Ginga dormaient, l'un paisible, l'autre agité par les cauchemars.

-Surtout eux.

Sa déclaration les fit hésiter. Ils ne voulaient pas rester dans cette maison mais, en même temps, si leurs amis ne reprenaient pas suffisamment leurs forces, partir leur ferait à tous prendre des risques inutiles. Il valait mieux qu'ils fussent tous au meilleur de leur forme pour qu'ils pussent se défendre seuls. Ils acceptèrent, gardant leurs doutes pour eux.

XXX

Le lendemain matin, lorsqu'ils furent tous un tant soit peu reposés, ils se rendirent dans le salon pour rejoindre leurs hôtes qui les saluèrent gentiment. Nile et Ryûto faisaient leur possible pour être agréable avec eux tandis que Kyoya et Ryûga ne prenaient pas la peine de cacher leur méfiance et que Ginga déprimait toujours. Ils s'installèrent autour d'une table pour petit-déjeuner.

-Merci encore pour votre aide, dit Nile en adressant un sourire à Ryûtaro.

-Ce n'est rien voyons.

Kyoya leva les yeux au ciel, trouvant ces politesses ridicules, surtout vu la situation dans laquelle ils étaient. Son geste n'échappa pas à Nile qui lui donna un coup de coude dans les côtes pour lui faire comprendre qu'il devait arrêter.

-Si on peut faire quoi que ce soit pour vous, n'hésitez pas à demander.

D'un même mouvement, Kyoya et Ryûga se tournèrent vers lui, complètement estomaqués par sa proposition alors qu'ils avaient dit quelques heures plus tôt qu'ils devaient garde le plus de distance possible entre eux et leurs hôtes. De plus, ils ne voulaient absolument pas leur être redevables et Nile venait d'offrir leur aide sans poser de limites.

Ryûtaro et Tobio échangèrent un regard, leur donnant un mauvais pressentiment.

-Et bien... Il faudrait remplir les gardes-mangers. À sept, ils vont se vider plus rapidement mais ça signifie aller en ville au milieu des zombies.

-Ils pourraient le faire, affirma le blond. Après tout, ils ont réussi à venir jusqu'ici.

-C'est quand même à eux de décider.

Les deux adolescents observèrent patiemment le groupe, attendant leur réponse. Ginga était devenu blême, terrifié à l'idée de devoir affronter à nouveau l'extérieur. Ryûto semblait de nouveau confus. Nile affichait son éternel air calme. Kyoya était trop surpris pour pouvoir dire quoi que ce soit. Ryûga dardait sur eux un regard noir, trouvant leur demande exagérée. Il voulut les rembarrer mais l'égyptien le devança:

-Nous devons y réfléchir.

-Y réfléchir?! s'étrangla Kyoya. Tu plaisantes?

Nile lui lança un regard noir, espérant que cela suffirait à le faire taire mais le vert se vexa.

-Quoi? Si tu veux pas que je donne mon avis, dis-le franchement. Qu'est-ce que tu peux être hypocrite des fois!

L'égyptien fit tout son possible pour garder son calme malgré son agacement croissant. Surtout que, vu la manière dont Kyoya le regardait, il était certain qu'il allait continuer à l'incendier. Il ne put s'empêcher de penser que la réaction de son ami était immature et exagérée.

-Alors? Tu ne veux toujours pas parler franchement? continua Kyoya.

-Ton comportement est ridicule.

-Ah oui?

Une colère froide éclaira les yeux océan.

-Tu es sûr que tu ne parles pas de toi? Pourtant j'aurais juré t'avoir entendu proposer à des inconnus de risquer nos vies pour leur apporter de la nourriture.

Un sourire factice apparut sur le visage de Nile.

-J'ai dit qu'on y réfléchirait...

-Ce qui est la même chose qu'accepter, intervint Ryûga.

-Non. Tu ferais mieux de regarder dans un dictionnaire avant de te joindre à une conversation, jeta l'égyptien avec mépris. Ça t'éviterait d'être hors-sujet comme ça.

Les paroles de Nile laissèrent Kyoya sans voix. C'était la première fois qu'il le voyait parler avec autant de condescendance à quelqu'un. Il se tourna vers Ryûga, appréhendant sa réaction. En effet, le visage du blanc était déformé par la rage. Kyoya commençait à se demander si l'épidémie de zombies n'avait finalement pas eu de fâcheuses conséquences sur l'état psychologique de Nile pour qu'il se comportât d'une manière aussi suicidaire.

Ryûga se leva lentement, menaçant, sans quitter une seule seconde l'égyptien des yeux.

-N'essaye pas de changer de sujet, gronda-t-il, peinant visiblement à maîtriser a colère. Tu leur proposes notre aide sans même nous demander notre avis et tu acceptes de risquer nos vies.

Nile était lui aussi furieux mais il n'en laissa rien paraître.

-Je ne vois pas pourquoi Kyoya et toi faîtes semblant de protester autant, déclara-t-il. De toute façon, vous allez accepter.

Ryûga émit un ricanement moqueur. Il trouvait les paroles de Nile d'une stupidité affligeante.

-Et pourquoi? fit Kyoya.

-Vous êtes complètement accrocs au danger, expliqua l'égyptien. Il suffit de voir la façon dont tu t'es comporté depuis le début de l'épidémie. Tu n'as pas arrêté de nous faire quitter les refuges qu'on avait trouvé. Tu as donné de bonnes excuses à chaque fois mais on a tous failli mourir par ta faute – et plusieurs membres de notre groupe sont déjà morts.

L'expression de Kyoya s'assombrissait de plus en plus au fil de l'accusation. Une rage destructrice s'empara de lui. Dardant son regard assassin sur Nile, il attendit qu'il cessât de parler.

-D'après toi, c'est de ma faute si Chris et Benkei sont morts? demanda-t-il, la voix vibrant de colère. Je n'ai obligé personne à me suivre. C'était vos choix alors ne viens pas te plaindre parce que tu regrettes. Tu n'avais qu'à prendre de meilleures décisions.

Kyoya se leva tranquillement et se dirigea vers le couloir. La dispute avait coupé le souffle aux autres adolescents attablés qui les observaient, choqué par les propos qu'ils tenaient.

-Qu'est-ce que tu fais? demanda Nile.

-Je vais chercher mon sabre et quelques affaires pour l'expédition, répondit-il sans s'arrêter ni se retourner. Après tout, vu que j'ai des tendances suicidaires, c'est bien mon genre de faire ça, non?

Il n'attendit pas de réponse: il escalada les marches qui le séparaient de l'étage et marcha jusqu'à la chambre qui leur avait été prêtée. Bien qu'il entendît des pas derrière lui, il ferma la porte. Il prit son sac, le posa sur son lit et entreprit de trier ses affaires. Il ne garda que du désinfectant et des bandages, laissant de la place pour les objets qu'il allait ramener – si, toutefois, il revenait. La porte s'ouvrit. Kyoya resta concentré sur sa tâche, ne prêtant pas la moindre attention à la personne qui l'avait rejoint.

-Kyoya... murmura Nile.

L'interpellé l'ignora royalement, n'ayant aucune envie de le laisser s'expliquer. Il endossa son sac quasiment vide et se dirigea à l'autre bout de la pièce où il avait posé son sabre.

-Je n'aurais pas dû te dire ça. Excuse-moi.

Kyoya récupéra son arme et l'accrocha à sa taille à l'aide d'un morceau de tissu. Il retourna auprès de la porte qu'il ouvrit.

-Je ne le pensais pas.

Furieux, il se retourna pour faire face à Nile.

-Sérieusement? Tu n'as pas trouvé d'excuse plus minable?

L'égyptien voulut répondre mais Kyoya ne lui en laissa pas le temps.

-Tes paroles ne seraient pas sorties si rapidement si tu ne les pensais pas.

Kyoya lui tourna le dos et quitta la chambre. Il peinait à croire qu'un ami qu'il connaissait depuis aussi longtemps pût lui reprocher tout ça. Il songea amèrement que, si Nile le pouvait, il l'aurait sûrement accusé d'avoir déclenché l'épidémie de zombie.

En descendant les escaliers, il croisa Ryûga qui semblait toujours autant en colère. Il s'arrêta à sa hauteur pour lui parler.

-Qu'est-ce que tu fais? s'enquit-il. Tu ne vas pas aller tabasser Nile quand même?

Un sourire carnassier s'afficha sur le visage du blanc.

-Pourquoi? Tu m'en empêcherais?

-Non, répondit sincèrement le vert.

Son sourire s'étira imperceptiblement.

-En fait, je venais chercher des affaires pour l'expédition.

Bien qu'il était surpris, Kyoya ne le montra pas.

-Ah oui? fit-il d'une voix monotone. C'est plutôt étonnant de ta part.

-Tu trouves?

-Tu n'es pas la personne la plus altruiste que je connaisse, répliqua Kyoya en haussant les épaules.

-Qui a dit que c'était par altruisme? Je viens jute parce que tu serais capable de tout faire foirer en mourant bêtement.

Un léger sourire étira les lèvres de Kyoya. Il reprit sa route pour que Ryûga ne s'en rendît pas compte.

-Fais attention Atsuka. Si je ne te connaissais pas, je penserais que tu t'inquiètes pour moi.

-N'importe quoi.

Kyoya dévala le reste des marches. Il traversa le séjour, suivi par les regards de tous les adolescents s'y trouvant, puis se posta dans l'entrée où il attendit patiemment Ryûga. Ses hôtes le rejoignirent pour vérifier qu'il était sûr de sa décision. Il leur répondit froidement, n'ayant pas cœur à les écouter dire des futilités. Ryûga arriva quelques minutes plus tard, l'air plus sombre que lorsqu'ils avaient parlé dans les escaliers. Kyoya en comprit la raison quand il vit que Nile lui emboîtait le pas. Il ne put s'empêcher de grimacer.

-Vous êtes prêts? leur demanda Ryûtaro lorsqu'ils furent réunis près de la porte.

Ils acquiescèrent sans le moindre enthousiasme. Leur hôte déverrouilla toutes les sécurités qui protégeaient la maison en plus de la porte pour qu'ils pussent sortir. Tobio et Ryûtaro refermèrent dès qu'il furent sortis. Dehors, un silence de plomb régnait. Chacun de leurs pas semblaient résonner fortement. Les seules choses qui témoignaient du chaos de la veille étaient les traînées rouges sur le sol.

Les trois adolescents avancèrent prudemment, évitant au maximum de marcher dans le sang. Le cœur battant la chamade, ils traversèrent la forêt, guettant le moindre bruit suspect. Ils se détendirent légèrement quand il quittèrent le couvert des arbres. Ils se faufilèrent dans les étroites ruelles de la ville sans s'adresser une seule fois la parole. Ils durent plusieurs fois changer d'itinéraire pour éviter de croiser le chemin des morts-vivants mais ils furent obligés d'en affronter à plusieurs reprises. Ils atteignirent sans encombre le centre-ville. Épuisés par leur longue marche, ils décidèrent de faire une pause. Ils s'arrêtèrent dans une ruelle déserte, près d'un carrefour qui leur laissait de nombreuses échappatoires possibles.

Après cette courte pause – durant laquelle ils n'échangèrent pas un mot –, ils reprirent leur route. Au fur et à mesure de leur avancée, ils prirent pleinement conscience des dégâts dû aux zombies. Cette partie de la ville était complètement saccagée. Beaucoup plus que les autres lieux qu'ils avaient traversé jusqu'à présent. Les vitrines des magasins étaient brisées. La plupart des portes des bâtiments étaient défoncées. Il y avait des voitures accidentées partout. Quelques barricades témoignaient du fait que les habitants avaient tenté de se protéger des morts-vivants. Mais leur état prouvait qu'elles n'avaient pas été d'une très grande utilité. Les adolescents veillèrent à éviter ces zones pour ne pas voir ni songer à ce que les zombies avaient fait à leurs habitants.

Leur route les mena tout droit au centre commercial, qui se trouvait un peu à l'écart de la ville. Lui non plus n'avait été épargné par le saccage causé par l'épidémie et par les personnes affolées ou par celles qui avaient profité de la panique générale pour le piller. Des traces de sang sur le sol indiquaient que des zombies s'étaient certainement trouvés dans les parages. À moins que la panique générale n'eût dégénéré...

Ils s'approchèrent du bâtiment le plus silencieusement possible malgré leurs muscles endoloris par leur longue marche. Kyoya passa à travers une porte brisée en essayant de ne pas marcher sur les éclats de verre jonchant le sol. Les dégâts étaient bien pire à l'intérieur. Les vitrines de toutes les boutiques étaient brisées. Des étagères étaient renversées au beau milieu de l'allée centrale. Des marchandises étaient étalées sur le sol. Les adolescents se dirigèrent immédiatement vers le fond du centre commercial où se trouvait la nourriture, même si, vu l'état des lieux, ils n'espéraient pas trouver grand chose. Lorsqu'ils furent au niveau des caisses de payement, ils accélérèrent la pas car ils étaient dans un vaste espace à découvert et que n'importe qui – ou n'importe quoi – pourrait les repérer de loin. Ils ralentirent leur allure quand ils furent derrière des étagères puis, d'un commun accord, ils se dispersèrent pour collecter des vivres plus rapidement. Étonnamment, et contrairement à ce qu'ils avaient imaginé, il restait un nombre important d'aliments dans le magasin. D'après ce qu'ils voyaient, les gens avaient préféré voler des confiseries, des chips et des aliments chers. Même si cela les étonnait énormément, cela leur convenait: ils avaient pu remplir leurs trois sacs de conserves et de bouteilles d'eau. Quand ils eurent fini, ils se réunirent près d'une étagère.

-C'est bon? demanda Kyoya. On peut repartir?

Nile secoua doucement la tête.

-C'est quoi le problème? soupira le vert.

-Les vêtements.

Kyoya regarda ses habits. Son t-shirt, à manches courtes, laissaient ses bras à découvert et son jean commençait à s'effilocher par endroit. Il jeta un coup d'œil aux adolescents qui l'accompagnaient. Ils n'étaient pas dans un meilleur état que lui.

-OK. De toute façon, tant qu'on est là...

Les adolescents allèrent dans l'espace dédié aux vêtements du centre commercial. Ils comblèrent les vides de leurs sacs avec des habits. Un bruit les fit sursauter. Ils cessèrent de respirer et jetèrent des regards affolés tout autour d'eux, cherchant l'origine du bruit. Ils attendirent une minute puis deux. Ils ne savaient pas exactement combien de temps ils étaient figés quand ils se permirent de bouger à nouveau. Ryûga empoigna son sabre.

-On devrait partir, murmura-t-il afin qu'ils fussent les seuls à l'entendre.

Malgré tout, sa voix résonnait dans la magasin vide. Kyoya hocha lentement la tête, partageant son avis. Contrairement à eux, Nile semblait hésiter à partir. Le remarquant, le vert poussa un soupir agacé.

-Qu'est-ce que tu as encore?

-Je pensais aller chercher de livres.

-Tu crois vraiment que c'est le moment pour ça.

L'égyptien leva sur lui un regard déterminé.

-On pourra sûrement trouver quelque chose pour nous aider...

-Mais bien sûr, l'interrompit Kyoya d'une voix remplie de sarcasme. Il existe un guide de survie à une épidémie de zombie. Comment ai-je pu ne pas y penser avant?

Même si Nile s'efforçait de conserver une expression neutre, Kyoya voyait bien qu'il était furieux. Cette constatation le fit sourire.

-Bien sûr... On peut toujours y aller si ça ne te gêne pas de risquer nos vies pour quelques bouquins...

Vexé, l'égyptien lui tourna le dos pour qu'il ne vit pas à quel point il l'irritait, sachant pertinemment que cela lui ferait plaisir.

-Vous n'êtes pas obligés de me suivre, déclara-t-il froidement avant de s'éloigner d'eux d'un pas rapide.

Il disparut de leur vue. Kyoya et Ryûga demeurèrent un instant debout, près des étagères, sans rien faire d'autre que regarder dans la direction qu'avait pris Nile. Un sourire satisfait flottait sur les lèvres du vert.

-On devrait le laisser se débrouiller seul, dit Ryûga, brisant le silence.

Le sourire de Kyoya s'accentua. Le blanc le dévisagea, n'ayant pas l'habitude de le voir sourire autant. En voyant son regard interrogateur, Kyoya décida de prendre la parole.

-Ou on pourrait le suivre pour voir quelle tête il fera quand il se rendra compte qu'il a eu tort.

Ryûga esquissa un sourire.

-Ça pourrait être pas mal aussi.

Sans ajouter un mot de plus, ils emboîtèrent le pas à Nile qui avait une bonne longueur d'avance sur eux. Quand ils le rejoignirent dans la librairie du centre commercial, il avait déjà trouvé quelques livres qui l'intéressaient. Il leur jeta un regard noir puis reprit ses recherches en les ignorant. Kyoya ne prit même pas la peine de lever les yeux au ciel pour montrer son exaspération. Il se contenta d'ignorer l'égyptien. Il alla se poster près de la porte de la boutique pour monter la garde. Ryûga laissait son regard dériver sur les rayonnages. Quelque chose attira son attention.

-Hé Tategami.

L'interpellé se tourna machinalement vers lui. Le blanc venait vers lui, le regard plongé sur la quatrième de couverture d'un livre, un sourire moqueur aux lèvres.

-Il y a un problème?

Ryûga lui tendit le livre.

-Tu n'avais pas vraiment tort.

Kyoya le dévisagea avant de reporter son attention sur le livre. Ses sourcils se froncèrent. Le titre, en majuscules rouges et noires, était "guide de survie en territoire zombie".*

-C'est une blague?

Ryûga haussa les épaules. Kyoya hésita un instant avant de prendre l'ouvrage, sous le regard amusé de l'autre adolescent. Il commença à le feuilleter, intrigué. Le livre détaillait toutes sortes d'armes ainsi que la manière de protéger différents lieux.

-Tas trouvé ça où? demanda-t-il d'une voix mi-amusée mi-curieuse.

-Entre un livre sur la théorie du complot universelle et un guide de survie en cas d'invasion extraterrestre.

Kyoya fourra le livre dans son sac, étonnant Ryûga.

-Sérieusement?

-Ça ne pourra pas être pire que ce que Nile va ramener.

-Pas faux.

Le vert opina puis reprit son poste de surveillance. Il veillait à observer tout le couloir pour qu'ils ne se fissent pas surprendre. Son souffle se bloqua dans sa gorge quand il vit à quelques mètres de lui un mort-vivant qui se traînait dans le couloir. Kyoya s'accroupit vivement derrière une étagère. Plié en deux, il se faufila vers ses accompagnateur en prenant garde à rester hors du champ de vision du zombie. Quand il les rejoignit, il leur expliqua le problème en jetant un regard signifiant qu'il avait eu raison à Nile.

-Il n'y a pas d'autres issues, marmonna Ryûga.

-On peut toujours attendre qu'il parte, proposa l'égyptien.

-Et prendre le risque que d'autres zombies rappliquent?

Vexé, Nile pinça ses lèvres.

-On doit partir maintenant, déclara Kyoya.

Les autres adolescents opinèrent. Ils sortirent de leur cachette, sabres à la main, et quittèrent la boutique. Une demi-douzaine de morts-vivants se trouvaient à présent dans le couloir. Ils décidèrent de les prendre de vitesse. Sans leur laisser le temps de réagir, il leur fracassèrent le crâne. Le bruit de la lutte avait alerté d'autres zombies qui commencèrent à envahir le couloir. Les adolescents se précipitèrent dans la direction opposée. Ils s'enfuirent par une issue de secours. Une fois à l'extérieur, ils virent avec stupéfaction que des dizaines de morts-vivants se dirigeaient vers le bâtiment. Sans prendre le temps de réfléchir, ils se mirent à courir vers la ville qui, fort heureusement, n'était pas très loin. Dès que les zombies les aperçurent, il les prirent en chasse. Les adolescents se réfugièrent dans le premier immeuble qu'ils croisèrent. Un zombie errait dans la cage d'escaliers mais ils se débarrassèrent rapidement de lui. Ils allèrent jusqu'au dernier étage. Les portes étaient toutes fermées, ne leur laissant aucune échappatoire.

Kyoya jeta un coup d'œil affolé vers les escaliers d'où provenaient des bruits de pas tandis que Ryûga s'accroupissait devant l'une des portes. Un déclic retentit, attirant l'attention du vert. La porte s'ouvrit. Sans se poser de questions, Kyoya et Nile suivirent Ryûga à l'intérieur. Ils fermèrent la porte et poussèrent des meubles contre elle afin de barricader l'appartement et se laissèrent tomber au sol, épuisés.

Fin du chapitre 10

*livre de Max Brooks, auteur de World War Z