Godchild – Chapitre 9

Une crise d'angoisse

Grâce à ma vision, retrouver Yukimori fut un jeu d'enfant.

Le lendemain matin, laissant deux clones d'ombres à l'hôtel pour jouer à nos place le rôles des amoureux épris, Kakashi et moi nous glissâmes à l'extérieur par la fenêtre entrouverte. Il ne nous resta plus qu'à nous camoufler pour arriver discrètement jusqu'à la petite boutique à la porte bleue.

Kakashi me fit un signe de main, et m'entraîna sur le toit du bâtiment juste à face du magasin. Il y avait là une petit construction en bois, qui servait probablement de cabane de jeu aux enfants, ou de refuge pour les pigeons. Dans le cas présent, elle faisait un poste d'observation parfait, qui offrait même un abri sec s'il se mettait à pleuvoir. Parti comme c'était, cette mission allait être du gâteau !

- « Nous allons le surveiller un peu, pour vérifier s'il s'agit bien d'un espion. » murmura mon coéquipier.

J'acquiesçai. Moi-même, je n'étais pas encore tout à fait sûre de la précision que pouvaient avoir mes visions, alors il était plus sage de chercher à en avoir le cœur net.

- « Pourquoi les ninja de Kumo ne s'en chargent-ils pas ? » questionnai-je tout bas. « Un espion dans leurs rangs, ça serait plutôt à eux de s'en occuper, non ? »

- « La Foudre et le Feu son ennemis. Malgré le traité de paix, le Raikage ne fait aucune confiance à Tsunade, c'est pourquoi il a refusé de s'occuper de l'espion quand elle lui a envoyé une missive. Il est trop sûr de lui. »

J'écarquillai les yeux.

- « Comment un homme aussi imprudent peut-il devenir Raikage ? »

Kakashi me fit signe de me taire, et me désigna la porte de la boutique. Yukimori venait de l'ouvrir. Il s'agissait bien de l'homme de ma vision. La boutique était sans prétention, une petite boutique d'art. Mais les œuvres que Yukimori y vendait étaient assez précieuses pour lui valoir d'aller souvent en livrer jusque dans le bureau du Raikage.

Comme dans ma vision, il avait une livraison à faire aujourd'hui. Kakashi me fit signe de rester surveiller le magasin pendant qu'il prenait le marchand en filature. Évidemment, c'était à moi que revenait la part ennuyeuse du boulot...

Après une demi-heure, cependant, mon attention fut attirée par des mouvements furtifs. Un homme était en train de s'introduire dans la boutique !

Curieuse, je descendis discrètement de mon poste d'observation pour m'approcher, dissimulée par un jutsu de camouflage. L'intrus portait des vêtements taillés pour le combat, et un masque sombre similaire à celui de Kakashi cachait la moitié de son visage. J'aurais pu croire qu'il s'agissait d'un voleur ordinaire... S'il n'avait pas eu la clef du magasin en sa possession. C'était donc un complice.

M'approchant furtivement de la vitrine du magasin, j'observai que l'intrus avait pris un rouleau dans le comptoir, et l'avait mis dans sa sacoche. Oh ! C'était le rouleau de ma vision, celui sur lequel Yukimori écrivait !

Je me glissai dans un coin de mur quand l'intrus sortit. Il fallait absolument que je le suive ! Mais il y avait aussi les ordres de Kakashi... J'hésitai une fraction de seconde, puis je remontai vers la cabane. Là, je gravai une petite flèche indiquant la direction par laquelle l'intrus était parti, et par laquelle j'allais commencer ma filature.

Je n'avais plus qu'à espérer que mon coéquipier ne serait pas trop en colère quand il me retrouverait.


La filature me mena jusque dans les petites ruelles sombres et oubliées de la ville. Plus ça allait, plus le décors devenait glauque, à tel point que je commençais à me demander si ça avait été une bonne idée, en fin de compte, de suivre l'étrange voleur.

Eh, j'étais une ninja oui ou non ? Ce n'était certainement pas une ruelle un peu sombre qui allait me faire peur !

Cachée dans un recoin de mur dans lequel je me fondais comme une ombre, je le regardais marcher précipitamment, jetant parfois de furtif coups d'œil derrière lui. Heureusement, il ne semblait pas m'avoir repérée. La chance me souriait.

Finalement, il arriva devant une petite bâtisse de pierres sombres qui n'avait rien de remarquable. Nous étions dans un des quartiers les plus mal-famés, et les plus mal surveillés de Kumo. L'endroit parfait pour une réunion secrète.

Le voleur frappa à la porte suivant un pattern compliqué de coups secs et précis, formant sans doute le code de reconnaissance. C'était ma chance pour entrer ! Silencieuse comme une ombre, je me glissai à ses côtés, si près qu'il m'aurait suffi de tendre le bras pour le toucher.

La porte de bois s'ouvrit avec un grincement atroce, et le voleur entra furtivement. J'entrai à sa suite, encore plus furtivement, et me collai discrètement dans un coin du plafond. Entrer dans une pièce alors qu'il y avait des ennemis à l'intérieur était vraiment très, très délicat. Ça revenait presque à se coller sous leur nez en agitant les bras et en criant « Tuez-moi ! ». Au moindre défaut dans mon jutsu de camouflage, je serais repérée et n'aurais en plus aucun moyen de m'échapper. Autant dire qu'il valait mieux que je reste concentrée...

La pièce était sombre (heureusement pour moi) et dénudée. Pour tout mobilier, un vieux tapis miteux qui avait dû être rouge dans une vie antérieure. Il y avait aussi deux portes, ainsi qu'un escalier en bois ancien vers le premier étage.

- « As-tu récupéré le rouleau ? »

Je reportai mon attention sur les deux hommes. Le voleur, et celui qui lui avait ouvert la porte, sans doute son supérieur vu le ton sec et autoritaire qu'il employait pour s'adresser à lui. Le voleur tendis le rouleau à l'autre homme, qui le déroula pour le parcourir rapidement des yeux. Un fin sourire étira ses lèvres.

- « Les informations ont l'air valables. On dirait que cette semaine, nous n'aurons pas à lui envoyer un autre morceau de sa femme pour le motiver un peu... Dommage... »

Ma respiration s'interrompit. Est-ce qu'il venait bien de dire ce que je croyais qu'il venait de dire ?! Quelle horreur !

Le supérieur referma le rouleau, et saisit un sceau dans sa poche. Il marqua le rouleau avec, et quand il retira le petit tampon, je vis dessin en forme de nuage rouge. Il s'agissait donc bien d'agents de l'Akatsuki. Voilà qui faisait plus de cibles que prévu à éliminer.

- « Va nourrir les prisonnières. » ordonna-t-il d'une voix sèche.

Le voleur s'avança vers une des portes en étouffant un grognement, mais son supérieur l'interrompit d'un geste impérieux.

- « Je trouve que le rapport de cette semaine était un peu court... Ce soir, retourne voir Yukimori, et dis-lui que si son rapport de la semaine prochaine n'est pas un peu plus consistant, c'est le doigt d'une de ses filles que nous lui enverrons. Compris ? »

- « Compris. »

Le supérieur monta l'escalier avec force grincements. Je dus faire appel à toute ma volonté pour ne pas hoqueter de dégoût. Mais genre de monstre pouvait menacer ainsi de mutiler une enfant innocente ?

Celui-là, je n'aurais aucun remord à l'éliminer. Mais d'abord il fallait que je vérifie l'état des prisonnières.

Discrètement, je suivis le voleur dans la pièce adjacente, toute aussi vide et nue que la précédente, à l'exception d'une grand sac dans lequel il saisit trois miches de pain dur et rassis. Puis il ouvrit une trappe dissimulée sous un autre vieux tapis décoloré, et y lança les morceaux de pains. Mon cœur se serra en entendant les sanglots et les gémissements étouffés qui retentirent.

Il fallait que je fasse quelque chose. en théorie, mon devoir était de partir immédiatement et d'aller prévenir Kakashi pour analyser ces nouvelles informations, et établir un plan d'action. Pourtant, je ne pouvais pas me résoudre à laisser les pauvres otages dans cette situation sans rien faire.

J'attendis que le voleur sorte de la pièce, puis de la maison. Au première étage, il n'y avait aucun bruit. Soit le supérieur était parti, soit il dormait ou se livrait à une activité du genre. De toute manière, avec le bruit que faisait le vieil escalier, je l'entendrais venir de loin s'il décidait de descendre.

À mon tour, j'ouvris la trappe, et me glissai à l'intérieur de la cellule des captives, produisant une petit flamme entre mes paumes jointe. Le spectacle qui s'offrit à moi me glaça le sang.

Il y avait trois personnes, solidement enchaînées. Une femme d'âge mur, et ses deux filles. La plus âgée ne devait pas avoir plus de dix ans, et la seconde allait sans doute sur ses six ans. Elle avaient les yeux rouges et gonflés à force d'avoir pleuré, et était recouvertes d'une grande couche de crasse. Depuis combien de temps étaient-elles enfermées ?

Une des mains de la femme était enveloppé dans un tissu sale, couvert de tâches écarlates, et je constatai avec horreur qu'il lui manquait trois doigts. Les blessures s'étaient infectées, et elle semblait prise d'une forte fièvre. Les deux petites fille se mirent à pousser des gémissements effrayés en me voyant, et je m'approchai d'elle avec douceur.

- « Shhhh », chantonnai-je avec douceur. « Je suis ici pour vous aider. Je vais vous sortir de là. »

- « Qui... êtes... vous... ? »

Malgré sa fièvre, la mère était toujours consciente. Elle lutta pour relever la tête et me regarder droit dans les yeux.

- « Je suis une kunoichi de Konoha. Mon coéquipier et moi allons vous libérer. »

Lentement, avec précaution, je défis son bandage. Les plaies étaient vilaines, très vilaines. Sans hésiter, je pris un kunai et m'entaillai le poignet. Mon sang arrosa la blessure, et l'infection se résorba. La femme soupira de soulagement en sentant la douleur disparaître. Sa plaie était maintenant tout à fait guérie, et de la peau toute neuve commença même à recouvrir ses moignons.

Je lui fis ensuite boire un peu de mon sang pour faire partir sa fièvre, et en donnait un peu au deux petites filles, en leur expliquant qu'il s'agissait d'un antidote et d'un fortifiant. La tête me tourna légèrement, mais elles avaient toutes les trois repris des couleurs. C'était le principal.

Je replaçai le tissu sale et sanglant sur la main de la mère.

- « Bientôt, nous reviendrons vous libérer. Continuez à avoir l'air malade. Ne leur dites rien. N'ayez pas peur. Je reviendrais, je vous le promet. »

Elles acquiescèrent, les yeux brillants d'espoir. Je remontai hors de la trappe, et la refermai soigneusement derrière moi. Je remis ensuite le tapis par-dessus avec précaution, pour qu'il n'ait pas l'air d'avoir été déplacé. Concentrée sur ma tâche de remettre le tapis dans la position exacte où il était avant que je ne le déplace, je ne me rendis compte de rien.

Jusqu'à ce que deux pieds apparaissent à la lisière de mon champ de vision.

Les bras croisé sur sa poitrine, le supérieur du voleur me souriait d'un air goguenard derrière son masque à gaz. Je me préparai à l'attaquer quand un détail majeur me sauta aux yeux.

Attendez, un masque à gaz ?!

Soudain, je pris conscience qu'une odeur un peu aigre, presque indétectable, flottait dans l'air. Mes muscles commencèrent à se raidir.

Du gaz paralysant ! Et j'en avais déjà inhalé plusieurs bouffées ! Oh, purée... Là, j'étais vraiment, vraiment dans les ennuis jusqu'au cou. Mes genoux heurtèrent le sol avec un bruit sourd. L'homme au masque à gaz s'avança vers moi, un sourire de mauvaise augure plaqué sur les lèvres.

- « Une kunoichi de Konoha, des cheveux roux, des yeux pâles... Tu ne serais pas Alea, par hasard ? »

Comment, après avoir passé ma vie cachée dans une forêt, pouvais-je être si populaire ? On aurait dit que tout le monde (en tout cas chez l'Akatsuki) me connaissait. Même si ça avait un petit côté flatteur, c'était surtout très agaçant.

- « Oh, c'est mon jour de chance ! Pein-sama sera ravi de voir que je lui ai apporté le fameux Réceptacle ! »

Euh... Le quoi ? Mais qu'est-ce que c'était que cette histoire, encore ?! Bon, je réfléchirai là-dessus plus tard, là il y a plus important à faire. Comme par exemple, m'échapper avant que le gaz ne m'immobilise complètement.

Oh, si seulement je ne m'étais pas affaiblie en donnant trop de sang ! Profitant que mes muscles n'étaient pas encore totalement paralysés, je pris une capsule fumigène dans ma veste et l'écrasai violemment sur le sol, puis je me jetai par la fenêtre qui donnait sur une toute petite rue parallèle, priant pour que les éclats de verres de ne me tuent pas quand je heurterais le sol. Même si j'étais au rez-de-chaussée, les éclats de verres effilés pouvaient se révéler mortels.

Contrairement au choc dur et plein d'éclats de verres auquel je m'étais attendue, il n'y eut qu'un choc un peu mou. Je venais d'atterrir dans les bras de Kakashi. Comment avait-il fait pour me retrouver si vite ? Derrière lui, Pakkun me souhaita le bonjour avec un flegme digne de son maître, puis s'en alla dans un nuage de fumée.

Kakashi me déposa au sol, sous la fenêtre, et m'ausculta très rapidement.

- « Gaz... Para... Paraly... »

Je n'arrivais plus à bouger un seul muscle de mon corps, et même former des mots m'était devenu impossible. Comprenant ce que j'avais voulu dire, Kakashi hocha rapidement la tête, et entra par la fenêtre.


Je détestais le gaz paralysant. J'abhorrais le gaz paralysant. Je haïssais le gaz paralysant !

Adossée au mur, sous la petite fenêtre brisée, dans la position exacte où Kakashi m'avait laissée, j'étais incapable de faire le moindre battement de cil, comme une poupée abandonnée. Je me haïssais aussi pour m'être faite avoir par un piège aussi stupide que du gaz paralysant. Et je haïssais Kakashi qui mettait si longtemps à revenir.

Des bruits de combat se firent entendre. J'essayais de toutes mes forces de faire agir mes jambes et mes bras. Je ne réussis qu'à cligner des paupières, et l'effort me demanda tant d'énergie que je manquai de tomber dans les pommes.

Des éclats de voix, des cris. Non, je ne devrais pas m'inquiéter... Il s'agissait de Kakashi Hatake, le grand Copy-nin, celui qui pourrait venir à bout d'une armée avec comme seul arme une petite cuillère (enfin, c'est ce qu'on disait). Je n'avais donc absolument aucune raison d'être anxieuse.

Aucune.

Absolument aucune.

...

Bordel, mais il voulait me faire mourir d'inquiétude ou quoi ?! Et mes forces qui ne revenaient pas...

D'autres bruits de combat retentirent, puis ce fut le silence. Je crus bien entendre quelques bruits de pas étouffés, et attendis avec impatience la venue de Kakashi, mais il ne vint pas. Les minutes s'écoulèrent, aussi longues que des heures, mais aucun signe de lui. Et j'étais toujours incapable de bouger le moindre muscle.

Et si Kakashi était gravement blessé ? Et si il était... Non, c'était impossible ! Impossible ! Impossible ! IMPOSSIBLE !

Un quart d'heure passa dans le silence.

Un quart heure est juste équivalent à quinze minute, c'est-à-dire un laps de temps relativement court. Néanmoins, ce quart d'heure-là fut le plus long de ma vie.

Les effet du gaz commencèrent à se dissiper très légèrement, et je commençai à me traîner avec difficulté vers l'entrée de la maison. Il fallait que je sache ! Non, il ne pouvait pas être mort, ce n'était pas possible...


- « Reste tranquille. »

Les mains de Kakashi me saisirent, et me remirent en position assise. Incrédule, j'observai son visage concentré : pas la moindre égratignure. Mais qu'est-ce qu'il avait fichu tout ce temps ?! Il s'était endormi ou quoi ?! Il fouilla dans ses poches, et en sortit une petite capsule d'anti-poison, qu'il enfonça dans mon bras.

Aïe.

- « J'ai éliminé les deux agents, et j'ai emmené la femme et les filles de Yukimori en sécurité. » m'expliqua-t-il.

Il remarqua alors mon poignet blessé, qui avait continué de saigner. Il s'en empara pour l'entourer dans un bandage, vu que j'en étais pour le moment incapable, et je n'opposai aucune résistance, attendant patiemment que mes forces soient un peu revenues pour faire ce que j'avais en tête. Cet imbécile allait très bientôt regretter de m'avoir laissée seule à m'angoisser pour rien.

- « Mme Yoshi m'a dit que tu les avais soigné, elle et ses... »

Il ne put terminer sa phrase, car mon poing s'écrasa sur sa figure avec la même vitesse surhumaine que lorsque j'avais blessé Anko.

Je me relevais avec difficulté, tremblante de colère. Kakashi avait atterri à un mètre, contre l'autre mur de la ruelle étroite. Son œil visible était écarquillé par la stupeur.

- « Est-ce que tu as une idée... » fis-je d'une vois étouffée par la rage, « Est-ce que tu as la moindre idée d'à quel point je me suis inquiétée ?! »

- « Alea, je... »

- « QU'EST-CE QUE ÇA T'AURAIS COUTÉ ?!? » explosai-je, hystérique. « Qu'est-ce ça t'aurais coûté de revenir, ne serait-ce qu'une seconde, pour me dire que tout était terminé, au lieu de m'abandonner toute seule dans mon coin ?! »

Des larmes se remirent à couler sur mes joues. Mes jambes tremblèrent violemment, pas encore entièrement remises des effets du gaz, ni de la peur bleue que j'avais eu.

- « J'ai cru que... » sanglotai-je. « J'ai cru que tu étais... »

Ses bras se refermèrent sur moi, m'empêchant de m'effondrer au sol, et je m'y laissai aller, évacuant toute mon angoisse. La tête blottie contre lui, je pleurai à chaudes larmes. Kakashi posa sa tête contre la mienne. Je me figeai aussitôt, le cœur battant à tout rompre.

- « Je suis désolé. » murmura-t-il à mon oreille.

Épuisée, autant physiquement que nerveusement, je m'écroulai dans ses bras.