La guerre de libération officielle débute. Un raz-de-marée est sur le point de s'abattre sur les Hiiragi.
Bonne lecture ^^
Le lendemain, Shinya vint trouver Miyuki derrière le temple. Il s'arrêta un instant, prit une inspiration et se lança.
« Bonjour Miyuki. »
« Ah tiens, bonjour Shinya. » répondit la brune en se retournant.
« Je voulais te dire … encore désolé pour hier. Je n'aurais pas dû entrer dans ta chambre. » dit-il les joues roses.
« Oh ce n'est pas si grave. Je sais bien que ce n'était pas intentionnel de ta part. » répondit Miyuki.
« Oui. Je me demandais aussi … est-ce que tu veux bien m'accompagner pour une promenade ? »
« Avec plaisir. » sourit Miyuki.
« Super. Ah tiens c'est pour toi. » reprit Shinya en lui tendant une fleur.
Miyuki l'accepta avec un gracieux sourire. Ils quittèrent ensuite le temple ensemble. En chemin, la jeune fille fit remarquer que son camarade avait bien meilleure mine. Ce à quoi le garçon répondit que c'était parce qu'il se sentait bien par ici. Plus de pression, plus de lutte, juste de la tranquillité. Il ne s'était pas sentit aussi serein depuis des années.
« À vrai dire, je n'ai même jamais ressenti ça. » continua Shinya.
« Je te l'avais bien dit. » sourit doucement Miyuki.
Shinya lui retourna un sourire tendre. Elle était la principale raison de cette quiétude, mais il n'était pas encore prêt à le lui avouer. En attendant, il profita pleinement de cette balade en tête à tête avec elle. Parallèlement à cela, Mahiru faisait de même avec Guren. Les jeunes gens étaient au bord de la rivière, évoquant leur rencontre à l'âge de cinq ans.
« Je ne te remercierais jamais assez de m'avoir libérée de mes démons. Je me sens revivre, c'est incroyable. En échange, j'aimerais t'aider dans ton combat. » dit-elle.
« J'en suis touché Mahiru, mais si possible j'aimerais éviter que les Hiiragi n'apprennent où tu te trouves. Inutile d'ajouter de l'huile sur le feu. » répondit Guren.
« Je sais bien. Seulement même si tu es très fort tu ne peux être partout à la fois. Et j'ai toujours un compte à régler avec eux. » reprit Mahiru.
Guren ferma les yeux un instant, puis lui caressa la tête. Jusqu'ici, elle ne lui avait pas donné de raison de douter d'elle. La seule chose qu'elle faisait était de savourer ces instants de paix, et de s'occuper de sa petite sœur. Laquelle découvrait présentement les jeux vidéo en compagnie de ses gardes. Il savait que l'adolescente était très douée, et serait certainement utile dans la bataille, mais Guren préférait la savoir à l'abri. Mahiru se pencha vers lui et posa la tête sur son épaule, tandis que le bras de l'adolescent glissait jusqu'à sa taille. Enfin, enfin ils étaient ensemble. Mahiru avait encore du mal à y croire, et s'imaginait parfois dans un rêve, craignant de s'éveiller à chaque instant. Pourtant, elle ne se réveillait pas.
Tant mieux. Si c'était un rêve alors qu'on l'y laisse. Elle n'avait jamais été plus heureuse qu'en cet instant. Pour un peu, l'adolescente se croirait normale. Et si Guren parvenait à déchoir les Hiiragi, alors ils pourraient aller tranquillement se balader comme deux ados ordinaires, manger un petit quelque chose acheté à un stand, aller au parc, au zoo enfin quand celui-ci serait réouvert ou à la plage. Des projets tout simples qui lui paraissaient merveilleux. Vraiment Mahiru avait hâte. La jeune fille ne sentait aucun regret ni remords envers les siens. Pas alors qu'elle n'avait jamais été que le fruit d'une expérience depuis sa naissance, et qu'ils en avaient mené d'autres sur elle depuis.
Mahiru n'avait jamais eu le choix avec les Hiiragi. Alors maintenant, qu'ils crèvent tous elle s'en fichait pas mal. La jeune fille pensa soudain à Shinya. Tiens, où en était-il celui-là ? Avait-il commencé sa cour auprès de Miyuki ? Elle l'espérait. Elle souhaitait qu'il trouve l'amour à son tour. Si jusqu'à présent Mahiru n'avait eu qu'indifférence pour lui, maintenant ils étaient bons amis. Du reste, Shinya chercha un moyen de rester auprès de Miyuki après leur promenade. Elle lui en fournit l'occasion quand elle déclara devoir aller s'entraîner au tir à l'arc. L'adolescent demanda aussitôt s'il pouvait se joindre à elle, et si elle acceptait de lui apprendre. Miyuki accepta avec un sourire.
Pendant ce temps-là, Kureto assistait aux funérailles de Seishirou écoutant vaguement l'oraison funèbre de son père. Tenri parlait de la perte d'un fils et d'un frère. Ce dernier mot interpella son aîné.
« Un frère ? A-t-on jamais eu ce genre de relation, dans cette famille qui ne jure que par le pouvoir ? Depuis tout petits chacun de nous est en compétition avec les autres. » se dit-il.
Il pensa soudain aux jumeaux Ichinose. Leur symbiose, leur complicité. Leurs paroles au sujet de sa solitude. Eux n'avaient pas connu ça. Leur père leur avait témoigné de l'affection apparemment. Ils ne luttaient pas pour la première place. Guren était l'aîné, il y avait droit point. Miyuki ne s'en formalisait pas, bien au contraire. Elle soutenait son frère, et très certainement avait dû l'épauler. Kureto aurait-il vécu cela s'il avait eu un jumeau ? Il en doutait, autant ils auraient été distants l'un de l'autre. La seule chose qui s'apparentait à une relation fraternelle chez les Hiiragis était celle entre Mahiru et Shinoa.
Shinoa qui avait disparu elle aussi. Les gens de sa famille ne l'avait pas trouvée chez elle en venant la chercher pour la cérémonie. Shinya manquait également à l'appel. Il était absent depuis l'attaque du démon. La voix de Tenri avait pris un ton plus colérique, annonçant que les responsables de la mort de son fils seraient sévèrement punis. Kureto eut un reniflement de mépris. Et que son enfant ait été possédé par un démon et tenté de génocider son école, ça par contre on n'en parlait pas. Du reste, si Guren l'avait épargné Seishirou aurait fini en laboratoire. Car les Hiiragi menaient des recherches sur les démons et la manière de les transformer en arme. Le brun lui avait certainement rendu service en lui épargnant cela.
Kureto songea à ce qui allait lui tomber dessus. Encore une fois, il était pratiquement certain qu'il s'en sortirait très bien, au contraire des siens. Mais le jeune savait que son père serait sourd à toute tentative de négociation. Dès lors qu'il y avait eu mort d'homme et surtout de la main d'un Ichinose, c'était foutu. La cérémonie s'acheva. Les fidèles des Hiiragis dont les neuf familles les plus proches vinrent lui adresser des condoléances. Des mots qui parurent faux à Kureto. Lui et Seishirou n'avaient jamais été proches. Tous deux étaient des solitaires en réalité.
Une pensée incongrue lui vint : qu'est-ce que ça faisait d'être aimé par sa famille ? Était-ce qui avait rendu les jumeaux si forts ?
Eux qui avaient tout de suite vu sa réalité. Qui lui avaient dit la vérité en face, à savoir qu'il n'était qu'une marionnette. Kureto aimait le pouvoir, mais là il en venait à se demander si ce n'était pas un goût qu'on lui avait imposé, ou qui s'était développé au fur et à mesure de sa lutte avec sa fratrie. Allez savoir. Il sortit de la maison, levant la tête au ciel. Seishirou n'avait plus à se soucier de rien à présent. Tandis que lui, il allait devoir lutter sur deux fronts : contre les Ichinose et contre les Hyakuya. Et il ne savait qui craindre le plus.
« Que dois-je faire ? Les temps s'annoncent particulièrement sombres. Vais-je être capable de survivre à ces deux luttes ? »
Baissant la tête, il aperçut soudain Mito Jujo en compagnie de Goshi Norito. Ils paraissaient mal à l'aise. Kureto se demanda si les jumeaux leur avaient dit quelque chose de spécial. Il s'approcha alors d'eux. Les adolescents s'inclinèrent devant lui puis lui adressèrent des condoléances. Pfff, cette hypocrisie commençait à lui taper sur les nerfs. Kureto les emmena à l'écart.
« Je vais être franc : les jumeaux vous ont-ils parlé de Shinya ou de Shinoa ? »
« Shinoa-sama a disparu ? » releva Goshi, surpris.
Donc ils ne savaient rien, vu qu'ils affichaient la même réaction.
« Ils nous ont simplement dit au revoir après l'attaque. Ils savaient qu'ils ne pourraient pas revenir à l'école. Mais pour Shinya-sama, je ne sais pas. Ils nous ont demandé de retourner dans la cour, on n'a pas cherché à en savoir plus. » ajouta Mito.
« Je vois. » fit Kureto, pensif.
Connaissant le caractère des Ichinose, il n'était pas surprenant que les deux ados aient obtempéré sans poser de questions. Kureto s'éloigna d'eux. La cérémonie s'acheva, tout le monde déserta l'endroit. Dans trois jours auraient lieu l'attaque contre les Ichinose. Kureto songea qu'il en ferait sûrement partie. Ce qu'il ferait ? Il n'en savait strictement rien. Pour une fois, le jeune homme ne savait pas. Il profiterait de ces trois jours de délai pour réfléchir un peu.
Trois jours plus tard, domaine Ichinose.
Dès le matin, les jumeaux avaient annoncé que l'attaque serait pour aujourd'hui. Ils l'avaient rêvé. Donc la maison entière fut sur le pied de guerre. Guren leur spécifia qu'il irait à leur rencontre seul, et que s'il tombait alors tous devraient fuir. Mahiru s'approcha de lui, le suppliant à nouveau de la laisser venir avec lui. Guren refusa. Seules Miyuki, Sayuri et Shigure étaient autorisées à l'accompagner. Shinya demanda à son tour à le suivre, et fut également repoussé.
« En revanche Mahiru, et toi aussi Shinya, je vous autorise à savoir enfin ce que je suis. » annonça Guren en sortant.
Une fois que son groupe passa la porte, il se tourna vers ses deux amis restés sur le seuil.
« Allons-y Démétriel. Je veux ta pleine puissance. » demanda Guren yeux clos.
« Nous y voilà enfin. Très bien, je prends les commandes à partir de maintenant. » répondit la Contradiction.
Soudain, une première paire d'ailes jaillit de son dos, la plus grande suivie par celle juste en dessous et enfin celle sur la tête. Deux autres bras sortirent également, féminins ceux-là. Une lumière dorée entoura Guren durant la transformation. Ses vêtements changèrent : son haut disparut, tandis que son pantalon devenait une pièce de tissu blanche lui ceignant les reins et descendant jusqu'à ses pieds nus. Lorsqu'il rouvrit les yeux, ils étaient cerclés d'or et la pupille était elle aussi dorée. Mahiru et Shinya observait le spectacle bouche bée.
« Alors … tu n'es plus humain ? » demanda Mahiru.
« Si. La nature humaine de Guren a été préservée. Je ne fais qu'habiter et accessoirement posséder son corps. Je suis Démétriel, la Contradiction : moitié Séraphin, moitié Princesse des démons. » répondit la créature avec sa double voix.
Mahiru n'avait jamais entendu parler d'un être pareil. Les Séraphins et les démons elle connaissait, mais les deux réunis … pas étonnant qu'il soit si fort. Guren attrapa son épée qui s'enflamma. Puis il tourna la tête.
« Ils sont là. » dit-il.
Miyuki fit signe à Shigure et Sayuri de partir. Guren replia ses ailes les plus petites et déploya les grandes. Il décolla ensuite vers les confins du domaine. Un instant plus tard, Shinya attrapa Mahiru par le bras.
« Viens on y va. » dit-il.
Il fila dans la salle d'arme, saisit deux sabres et en lança un à Mahiru qui l'attrapa au vol. Puis tous deux sortirent en trombe. Ils coururent vers la direction empruntée par Guren. Ce dernier arriva près de la frontière où avait sonné la première alarme. Il avisa une troupe de soldats. Ramenant son épée, il lança une série d'éclairs qui s'abattirent sur la première ligne. Guren se posa derrière. Avisant ensuite les hommes devant lui, il s'élança. Son épée coupa quelques têtes. Puis ses ailes secondaires entrèrent en action : plumes et peau disparurent, ne laissant que deux pics de chair à l'extrémité pointue.
Un des pics transperça le bras du soldat derrière lui, le souleva le ramena contre Guren. Mais en réalité il se faisait enserrer entre les parties de l'aile, qui agit telle une pince broyant le corps de l'homme. L'autre pic transperça la tête d'un second adversaire. Un des bras féminins saisit un opposant à la gorge et serra jusqu'à l'étranglement, tandis que le second défonçait une cage thoracique. Guren décrivit ensuite un arc de cercle avec son épée. La ligne de lumière en qui partit sectionna la troisième ligne de soldats par le milieu. Enfin, la dernière paire d'ailes sur la tête s'étira et s'éclaira. Guren leva une main au bout de laquelle apparut une sphère nacrée. Cette dernière grossit de plus en plus jusqu'à être plus grosse que lui.
Il la lança ensuite sur la quatrième ligne de combattants. La boule nacrée avala tout le monde et ne laissa rien. Guren matérialisa ensuite un Faucon de Ré pour la dernière ligne. Le volatile enflammé fonça sur les humains qu'il engouffra dans une tornade de feu et les réduisit en cendres. Ceci fait, il s'envola à la recherche d'adversaires.
Pendant ce temps, Miyuki observait du haut d'une branche des soldats progresser dans les bois. La jeune fille invoqua l'Arc du Chasseur. Ses flèches de lumière s'abattirent toutes sur une cible. Miyuki quitta son poste. Elle se montra ensuite à un autre groupe, qui la prit immédiatement en chasse. La jeune fille les attira plus loin. Soudain, une série d'éclairs piégea les soldats. Un pentacle laissé là par Shigure qui attendait derrière un buisson. Miyuki la rejoignit, et ensemble elles rejoignirent Sayuri. Cette dernière venait de bondir parmi un second groupe et bataillait ferme. Elle avait déjà tué nombre d'opposants.
Miyuki et Shigure vinrent l'aider à achever le travail. Guren atterrit près d'elles.
« Beau travail toutes les trois. Je sens encore la présence d'autres combattants. Allons-y. » dit-il.
Elles le suivirent aussitôt.
Plus loin, Shinya et Mahiru avaient rencontré des ennemis. Chacun se battait avec dextérité, démontrant par là pourquoi ils avaient été pressentis pour prendre la tête de la famille. Ils avaient presque achevé d'éliminer leur adversaire.
« Et voilà ! » fit Mahiru en coupant une tête.
« Mais il en reste encore certainement ailleurs, et nous n'avons pas retrouvé nos amis. » fit Shinya.
« Nous les trouverons. Allez continuons. » répondit Mahiru.
Ils filèrent dans les bois. Ils se séparèrent ensuite pour prendre un autre groupe. Des talismans volèrent ainsi que des kunais. Les adolescents passèrent en trombe, tuant tout sur leur passage. Combien de ses forces les Mikado no Oni avaient-ils envoyés, se demandèrent-ils. Un gars surgit en hurlant du côté de Mahiru. Cette dernière bloqua son sabre. Elle batailla un instant avant que Shinya ne mette fin au combat. Mais tout à coup, ils se firent encercler. Dos à dos, ils observèrent la dizaine de sabres autour d'eux, guettant la première attaque. Une minute passa. Shinya perçut que l'homme qui lui faisait face s'apprêtait à attaquer. Mais il fut plaqué au chose par quelque chose. Tout ce que purent voir Mahiru et Shinya était une forme floue et du sang qui giclait.
« Guren. » fit Mahiru en le reconnaissant.
Le jeune secouait une main pourvue de griffes et pleine de sang. Sa jumelle et ses gardes arrivèrent.
« Je croyais avoir été clair. » fit Guren.
« Vous devriez rentrer. » ajouta Miyuki, arc en main.
« Non ! » répondirent deux voix.
Haussement de sourcils gémellaire.
« Nous ne pouvons pas rester à vous attendre. C'est … c'est trop dur. » avoua Mahiru.
« Si vraiment nous sommes des vôtres, alors laissez-nous vous aider. Nous voulons être à vos côtés. » ajouta Shinya.
Il regarda Miyuki droit dans les yeux en disant cela. Les jumeaux échangèrent un regard. Finalement, la brunette haussa les épaules pendant que Guren prit une inspiration.
« Shinya, va avec Miyuki et Shigure. Mahiru tu restes avec moi et Sayuri. » dit-il.
Les concernés rejoignirent aussitôt leur camp, et ils se séparèrent.
« Décidément, vous êtes vraiment des Hiiragi tous les deux : vous n'écoutez rien. » lança Miyuki.
« Oui ! » fit Shinya avec un sourire.
Malgré la situation, il était heureux d'être à ses côtés. Il n'aurait pas supporté d'être resté l'attendre dans la maison familiale.
Plus loin, Kureto coordonnait l'offensive. Eh oui, il avait été chargé de cette mission. Et comme il le craignait les retours n'étaient pas bon : déjà un grand nombre de soldats avaient été décimés, et cela continuait. Un bruit de tonnerre au loin attira son attention. Une lumière atteignit la cime des arbres. Puis elle se rapprocha, encore, et encore.
« Il arrive vers nous on dirait. » songea-t-il.
Nouveau flash de lumière, plus près que les précédents. Kureto lança une nouvelle unité. Un grondement déchira l'air peu de temps après. Le jeune homme eut alors la très nette impression qu'il venait d'envoyer son unité vers une mort certaine. Un silence angoissé suivit la disparition des soldats dans les bois. Puis ce fut des cris et des bruits de bataille. Cela dura plusieurs minutes avant que le silence ne revienne. Kureto comme ses aides observaient l'endroit, s'attendant à voir jaillir l'ennemi. Au lieu de cela, il entendit soudain un battement d'ailes. Levant la tête il découvrit une étrange créature descendre. Ce ne fut que lorsqu'elle se posa que Kureto reconnut Guren.
Les hommes à côté de lui chargèrent sans qu'il puisse leur commander de ne pas bouger. Les chaînes de Guren jaillirent, capturèrent tout le monde puis les broyèrent dans la seconde. Le tout en le regardant tranquillement. Le brun rappela ensuite ses chaînes. Kureto posa la main sur la poignée de son sabre.
« Ainsi … voilà donc ta véritable apparence, Ichinose Guren. » dit-il lentement.
Cela ne lui disait pas réellement ce qu'il était, si ce n'est tout et son contraire au vu de ses ailes dissemblables. Guren ne bougea pas, fixant toujours son adversaire. Kureto découvrit ensuite d'autres personnes venir s'aligner autour de lui.
« Mahiru et Shinya. C'est donc là que vous étiez tous les deux. » constata-t-il.
« Et on a bien l'intention d'y rester. » répondit sa demi-sœur.
« Exact. Nous appartenons aux Ichinose maintenant. » ajouta Shinya.
« Je vois. J'imagine que Shinoa est également des vôtres. Quelle charmante réunion de famille. Et à présent ? » questionna Kureto.
Si les jumeaux n'étaient pas là, il se pensait en mesure de vaincre tous les autres. Mais il fallait compter avec eux, or il n'avait pas oublié sa défaite. Et Guren n'avait pas déchaîné toute sa puissance.
« Ça dépends. Montre-nous que tu es intelligent, coquille vide. » lança Miyuki.
Kureto cilla au surnom. Néanmoins, il saisit parfaitement bien ce qu'elle sous-entendait. Aussi après un instant, laissa-t-il retomber la main se trouvant sur la poignée de son sabre.
« À présent rentre chez toi. » lança Guren en lui tournant le dos.
Rentrer chez lui en vaincu serait certainement encourir la colère de son père, le déshonneur qui va avec, donc la déchéance et peut-être la mort.
« Je ne pense pas pouvoir. » dit-il, avec un sourire désabusé.
Guren se retourna vers lui. Kureto ne prévoyait pas d'attaquer. Non il attendait quelque chose. S'il ne pouvait rentrer chez lui, alors il devait rester ici.
« Sûr que le vieux Tenri ne prendrait pas bien sa défaite. » glissa Shinya.
« Oh que non. » approuva Mahiru.
« Bande d'idiots. » lâcha Guren.
Mais cette remarque était destinée au reste de cette stupide famille. Ses chaînes jaillirent pour emprisonner Kureto qui ne bougea pas. Guren le souleva ensuite, puis prit la route du domaine.
En voyant son fils, qui avait repris son apparence normale, ramener Kureto en tant que prisonnier, Sakae faillit tomber dans les pommes. Miyuki le rassura en indiquant qu'il serait bien gardé, et que le reste des troupes avaient été vaincues. Guren ordonna que l'on aménage une pièce pour le prisonnier. Ceci fait, il l'y amena. Là, il fut débarrassé de son sabre par Miyuki, Sayuri prit son téléphone. Guren lui fit face.
« Bien. Je t'informe que tu ne pourras pas sortir de cette pièce sans mon consentement. Puisque je t'ai amené, je me chargerais de toi. Tu sais déjà que je suis en mesure de te défoncer le crâne si jamais tu tentes quoi que ce soit de stupide. Je te conseille de réfléchir un peu à ton sort. La pièce qui est derrière cette porte est une salle d'eau : elle comprend une douche et des toilettes. Je t'apporterais des vêtements ainsi que tes repas et de quoi t'occuper. » expliqua Guren.
Il lui posa ensuite la main sur le torse. Kureto sentit la magie à l'œuvre.
« Ceci est une alarme magique. Elle m'informe de l'endroit où tu te trouves, ainsi que de ton humeur. Si cette dernière devient agressive, une décharge te rapprochera du sol. » précisa l'adolescent.
Les chaînes glissèrent, libérant l'aîné des Hiiragi qui ne dit mot. Guren s'en alla et le laissa seul. Kureto observa l'endroit. La chambre était lumineuse, il disposait d'un vrai lit ainsi que d'un bureau. Eh bien il était bien logé pour un prisonnier. Chez lui il n'aurait eu droit qu'à une cellule. Il s'assit sur le lit qu'il trouva correct. Guren le laissa sans rien ajouter. Il avait un autre front à aller combattre : les Hyakuya. Mahiru lui avait dévoilé tous les secrets auxquels elle avait eu accès, soit par les membres de la secte soit qu'elle avait découvert. Le jeune déploya ses ailes, et quitta le domaine.
Deux jours plus tard, un espion des Hiiragi rapporta d'étranges faits au patriarche de la famille. Plusieurs locaux utilisés par les Hyakuya avaient été complètement détruits par ils ne savaient quoi : des laboratoires, des lieux d'entraînements, de rassemblement … et les caméras étaient détraquées. Tenri visionna une vidéo de surveillance. Il vit qu'en effet, l'image se brouillait avant de finalement cesser. Mais on ne voyait pas ce qui causait ce problème.
« Des témoins ? » demanda le paternel.
« Aucun. Moi-même je n'ai rien vu car j'étais ailleurs lorsque l'entrepôt dans lequel j'officiais a été rasé. Les recherches sont systématiquement détruites ainsi que le matériel. Il ne reste rien de rien. »
Tenri considéra l'image grise devant lui. Quelque chose ou quelqu'un venait de leur déclarer la guerre. À ce propos, il n'avait aucune nouvelle de son fils Kureto. Il avait certainement accompli sa mission de punition, pourtant il n'avait eu aucun retour. Aussi décida-t-il de l'appeler, mettant momentanément de côté l'énigme Hyakuya. Il composa le numéro sur son portable.
« Bien le bonjour Tenri. » fit une voix qu'il ne reconnut pas.
Et qui osait s'adresser à lui si familièrement ?
« Qui êtes-vous ? » demanda-t-il.
« Ichinose Guren. Je dirais bien enchanté mais je mentirais. »
Tenri arrondit les yeux. Ichinose ? La colère fit rapidement surface.
« Que fais-tu avec le téléphone de mon fils rejeton d'ordure ? »
« Ton gosse est mon prisonnier, vieux con. Et je serais toi je surveillerais mon vocabulaire à l'avenir. Je vais faire court : les soldats que tu nous as envoyés sont tous morts. Et je compte bien continuer et vous éradiquer. Inutile de venir, c'est moi qui viens. » répondit Guren d'une voix sinistre.
L'adolescent raccrocha au nez du chef de famille. Tenri entendit la tonalité. Puis il regarda son téléphone et le serra comme s'il étranglait Guren. Il hurla ensuite que l'on convoque tous les chefs de familles à son service : les Nii, les Sanguu, les Shijin, les Goshi, les Rikudo, les Shichikai, les Hakke, les Kuki, les Jujo. Lorsque ceux-ci se présentèrent à lui, Tenri écumait de rage. Il annonça alors que les Ichinose osaient se rebeller, avaient mené une première attaque contre les Hiiragi et qu'ils devaient immédiatement contre-attaquer. Le chef de la famille Rikudo se porta volontaire pour cela. Tenri lui accorda cet honneur sans hésiter. Peu importe qui s'en chargeait du moment que cela était fait et vite.
Guren était rentré tranquillement au manoir durant la nuit. Il vola jusqu'à sa chambre, puis se coucha. Après sa première attaque dévastatrice chez les Hyakuya, il avait récupéré autant d'informations que possible sur les autres endroits à visiter. Il s'en occuperait durant les jours à venir. Il rayerait de la carte cette odieuse organisation qui conduisait d'inhumaines recherches. Même Démétriel avait été outrée d'apprendre ce qu'ils manigançaient : créer un Séraphin. Que les hommes se mêlent de vouloir fabriquer un être d'essence divine était insultant. Alors, ils détruiraient tout.
De son côté, Kureto se faisait à sa vie de prisonnier. La porte et la fenêtre de sa chambre étaient scellées par magie : si l'air entrait, lui ne pouvait sortir. Dehors il observait parfois Mahiru jouer avec Shinoa, et ne put que noter à quel point toutes deux étaient radieuses. Parfois Shinya et les gardes se joignaient à leurs jeux, et il arrivait même que les jumeaux s'invitent. Tout ce petit monde respirait la joie de vivre. Une fois par jour, Guren rendait visite à Kureto et lui apportait un jeu : des cartes, des dames, des échecs ou des livres. Il eut même droit à une vieille Gameboy. En un mot, il était bien traité et ne s'ennuyait pas trop.
Et puis, Mahiru décida de lui rendre visite elle aussi. Ils discutaient autour d'une partie de cartes, assis sur le lit.
« Tu es rayonnante en ce moment. » dit Kureto derrière ses cartes.
« Oui depuis que Guren m'a amenée ici. Je suis libre d'aller et venir à ma guise, j'apprends leur mode de vie, leurs rituels. Et surtout je suis enfin avec la personne que j'aime. » répondit Mahiru en posant une carte sur un tas.
« Donc tu as toujours eu des sentiments pour lui. Et notre cher Guren sait-il que tu possèdes un démon en toi ? » continua Kureto en déposant aussi une carte.
« Bien sûr, il le savait avant même que je le lui dise. J'en avais aussi deux, mais il les a supprimés. » révéla l'adolescente.
« Supprimés ? » releva Kureto.
« Oui. La créature en lui les a dévorés tous les deux. Je suis redevenue normale, enfin autant qu'une Hiiragi puisse l'être. »
Voilà donc pourquoi Mahiru était si heureuse. Elle ne craignait plus d'être consumée par ses démons. Kureto demanda à qui avait appartenu le second. À Shinoa, et Mahiru l'avait absorbé pour la protéger. Maintenant, toutes deux pouvaient vivre comme deux sœurs ordinaires. Shinoa, qu'il connaissait effacée et peu expansive était maintenant comme n'importe quelle enfant de son âge : rieuse, joueuse, pleine d'énergie. C'était étonnant, à tout le moins pour lui.
« Et tu crois que ça va durer ? Tu sais que père ne laissera jamais passer les affronts que lui a fait Guren. » reprit Kureto.
« Oui. Guren a le pouvoir de tout balayer sur son chemin tu devrais l'avoir compris. » fit Mahiru avec confiance.
Kureto plissa les yeux. Effectivement, à voir comment il avait anéanti les soldats envoyés il risquait fort d'atteindre ses objectifs. Leur famille … enfin surtout la sienne vu que Mahiru les reniait entièrement, serait éradiquée. Les Mikado no Oni étaient sur le point de disparaître. Kureto avait du mal à le croire. Il les avait cru intouchables, même par les Hyakuya. Et voilà que le fils Ichinose, supposé faible et sans pouvoir, les menaçait comme jamais auparavant. Du jour au lendemain tout s'écroulait. Et personne n'aurait pu prévoir une telle chose.
Mahiru remporta la partie de cartes. Elle les rassembla, les ordonna puis les rangea.
« Et toi ? Que deviendras-tu frangin ? » demanda-t-elle.
Le ton employé pour désigner leur lien de parenté était ironique. Kureto gardait les yeux sur la couverture du lit.
« Je n'en sais rien. Guren me garde probablement en sursis. Le meilleur pour la fin en somme. »
« Ah non. Le meilleur sera sans doute de se débarrasser de père. » contredit Mahiru.
Il leva les yeux vers elle.
« Tu n'as donc aucun regret ? Aucun problème de savoir qu'il va massacrer ta famille ? » questionna Kureto, curieux.
« Tu oses appeler ça une famille ? Moi je l'appelle une bande de fous furieux assoiffés de pouvoir et bouffis d'orgueil. Après tout ce qu'ils m'ont fait, après avoir tué ma mère, après avoir créé un deuxième enfant-démon voué à être un rat de laboratoire, ce qu'ils ont fait à Guren aussi, eh bien non. Je n'ai pas le moindre regret, pas une once de remord, pas le plus petit chagrin et je ne verserais pas une larme. » répondit Mahiru implacable.
Kureto resta silencieux. Que répondre à cela. Comment ne pas haïr sa famille en effet. Mahiru laissa le paquet de cartes à son frère.
« Au fait : que comptes-tu dire à Shinoa sur sa naissance ? » interrogea à nouveau Kureto.
« Pour le moment rien. Je ne sais même pas si je lui dirais un jour qu'elle n'est venue au monde que suite à une expérience. Qu'elle n'était pas humaine. Et si jamais tu lui en parles … c'est à moi que tu auras affaire. » avertit Mahiru.
« Je ne vois pas l'intérêt de lui en parler maintenant, alors que j'ai gardé le secret jusqu'à présent. » répondit Kureto.
« Parfait. Maintenant, je te laisse. »
