L'infirmière s'éloigna, emportant avec elle le matelas et les draps souillés, laissant ainsi le Serpentard en compagnie de la jeune Gryffondor qui était assise à son chevet, une main caressant doucement son front et l'autre posée au-dessus de la sienne, telle une mère s'inquiétant pour son enfant, tel un ange gardien.
A travers les grandes fenêtres rectangulaires de l'infirmerie, on pouvait voir un brouillard persistant, donnant ainsi un effet de papier calque aux vitres. Les heures défilaient avec une telle lenteur qu'Hermione avait l'impression que le temps s'amusait à se figer dès qu'elle ne regardait plus l'horloge de l'infirmerie.
L'heure du déjeuner sonna, mais la jeune femme ne bougea pas d'un cil. Elle continuait de caresser le front du Serpentard, priant silencieusement pour qu'il s'en sorte. Toute l'animosité qu'elle avait autrefois ressentie pour lui s'était évaporée de son esprit. Toutes les disputes et moqueries paraissaient tellement puériles face aux circonstances actuelles que cela n'avait plus d'importance.
Ce qu'il venait de vivre devait être si traumatisant, pensa-t-elle. Ceux qui lui avaient fait subir toutes ces tortures devaient être retrouvés et sanctionnés sévèrement. Elle espérait juste que Harry n'y avait pas participé. Cependant, elle se rassura vite en se disant qu'il ne lui aurait rien dit si cela avait été le cas.
En passant une énième fois le bout de ses doigts sur le front du Serpentard, elle grogna en sentant le sang séché au contact de sa peau.
- Je ne peux pas te laisser dans cet état…
Elle se leva de sa chaise et alla frapper à la porte du bureau de Mme Pomfresh.
- Oui ?
Hermione entra dans la petite pièce sans fenêtre et vint se mettre face au bureau de l'infirmière, dont on ne distinguait plus la surface tant il y avait de papiers empilés dessus.
- Drago est recouvert de la tête aux pieds de sang et de crasse. Peut-être qu'il se sentirait mieux à son réveil, s'il était propre ?
- Oh, bien sûr, Miss Granger ! Je lui donnerai un bain dès que j'aurai terminé d'écrire cette lettre au professeur Dumbledore.
- Euh, en fait, j'aurais souhaité le faire moi-même, si vous n'y voyez pas d'inconvénients…
L'infirmière regarda la jeune femme avec tristesse, devinant que cette dernière culpabilisait aussi pour l'état déplorable du Serpentard.
- Vous n'êtes pas obligé de le faire.
- Mais j'y tiens vraiment, répondit Hermione avec insistance.
- Très bien, vous pouvez le faire, soupira l'infirmière. Cependant, prenez garde à son genou, il doit bouger le moins possible.
- Bien, je tâcherai de faire attention.
Elle prit donc soin de Drago, le faisant léviter délicatement vers la salle de bain. Elle l'installa dans la baignoire en faïence, de sorte que sa tête fut posée sur le rebord. La jeune femme regarda autour d'elle, à la recherche d'un pyjama propre, d'une serviette et de produits pour la toilette.
Une grande armoire en bois de chêne se dressait sur sa droite. Rangé à l'intérieur se trouvait tout ce dont elle avait besoin. Elle déposa les affaires sur une chaise accolée à la baignoire et elle s'assit sur une autre chaise.
La jeune femme hésita à retirer le sous-vêtement du Serpentard, redoutant un bref instant la manière dont il pourrait réagir s'il se réveillait précisément à ce moment-là.
- Oh mais quelle gamine ! De toute façon, il ne se réveillera pas tout de suite! raisonna-t-elle, agacée par sa réaction immature.
Deux mains incertaines firent glisser le boxer le long des jambes de Drago. Hermione s'était appliquée à ne pas poser les yeux sur son entrejambe. Elle déposa le vêtement dans un panier à linges sales qui était rangé sous l'évier.
La jeune femme expira fortement et ouvrit le robinet. Elle vérifia que l'eau soit à température ambiante en plaçant ses doigts sous le jet d'eau. Satisfaite, elle retira sa main et attendit que la baignoire soit remplie pour commencer la toilette de Drago.
Elle lui shampouina les cheveux avec douceur jusqu'à ce qu'ils retrouvent leur couleur dorée habituelle. L'eau du bain était déjà rouge sang et Hermione dut se retenir de ne pas vider l'eau, alors qu'elle venait juste de remplir la baignoire. Elle n'aurait jamais fini sinon.
Dans l'espoir que le jeune homme puisse l'entendre malgré son état comateux, elle se mit à fredonner une berceuse que sa mère aimait lui chanter quand elle était petite pour qu'elle s'endorme la nuit.
- Doucement, doucement, doucement s'en va le jour , doucement à pas de velours.
Sans jamais s'arrêter de chanter, Hermione prit le savon, le plongea dans l'eau et le fit mousser entre ses mains.
- La rainette dit sa chanson de pluie et le lièvre fuit sans un bruit.
Elle nettoya son visage, son cou, et ses mains s'attardèrent sur les cicatrices qui recouvraient sa poitrine, comme si le simple fait de frotter les marques blanches allaient les faire disparaître de sa peau diaphane. Ses traits se durcirent sous l'effet de la colère. Peut-être que ces cicatrices auraient pu disparaître si Harry l'avait emmené à l'infirmerie. Drago était resté bien trop longtemps dans cet état pour ne pas avoir des séquelles irréversibles.
- Doucement, doucement, doucement s'en va le jour, doucement à pas de velours.
Sa voix était de plus en plus chevrotante, les mots de la berceuse prenant un nouveau sens dans sa tête. Elle renifla bruyamment et essuya ses yeux d'un revers de manche.
- Dans le creux des nids, les oiseaux blottis se sont endormis, bonne nuit.
Ne pouvant plus s'en empêcher, elle laissa ses larmes couler le long de ses joues et plonger dans l'eau du bain, créant des petits cercles à la surface du liquide rougeâtre. Les sanglots étouffaient sa voix de temps à autre, mais la jeune femme s'entêta à continuer de chanter pour Drago. Elle passa délicatement ses doigts sur son ventre doux, le massant lentement pour enlever la boue et le sang. Une fois terminée, elle s'occupa de son dos.
- Doucement, doucement, doucement s'en va le jour, doucement à pas de velours.
Elle termina la berceuse en murmurant les mots dans le creux de l'oreille du jeune homme. Un sourire désolé étira légèrement ses lèvres.
- Tu n'es plus tout seul. Je suis là. Je prendrai soin de toi tant que tu en auras besoin. Mais il faut que tu te réveilles, Drago. Je t'en prie, reviens…
Un sanglot s'échappa de ses lèvres et elle préféra finalement ne plus parler. Elle se reprit tant bien que mal en se concentrant à laver le corps du Serpentard. Elle s'occupa de son bras droit, puis elle souleva son bras gauche d'une main tremblante, sachant pertinemment qu'elle allait découvrir la marque des Ténèbres.
Cependant, ce qui attira son regard fut les nombreuses brûlures qui entouraient la marque. Elles semblaient être plus anciennes que les blessures soignées par l'infirmière et Hermione se demanda alors qui avait bien pu faire ça. Elle soupira et reposa le bras sous l'eau, sans l'avoir vraiment lavé.
Elle s'occupa de ses pieds, de ses jambes, faisant bien attention à ne pas plier son genou. Mais alors qu'elle terminait le bain en nettoyant les hanches du jeune homme sous l'eau, elle sentit quelque chose en relief sur sa peau, quelque chose d'anormal. Sa respiration se bloqua dans se gorge. Elle n'osa pas bouger pendant quelques secondes, puis, prenant son courage à deux mains, elle tourna délicatement Drago sur le côté, de sorte que sa hanche émerge de l'eau.
Elle hoqueta violemment en découvrant le symbole de la Maison des Gryffondor inscrit dans ses chairs.
- Oh non, pas ça…
Elle ferma les yeux, secouant la tête de désolation. La colère ne tarda pas à émerger de ses entrailles. Il fallait qu'elle parle à Harry. La jeune femme reposa Drago au fond de la baignoire et s'essuya les mains. Elle vida le bain, déplia la serviette blanche sur le sol et allongea le corps du Serpentard dessus. D'un coup de baguette, elle le sécha entièrement, puis elle l'habilla. Par chance, le pyjama était à sa taille.
- Voilà, tu es tout propre maintenant, dit-elle satisfaite.
Elle rangea les produits pour le bain en vitesse et ramena Drago dans son lit. Elle prévint l'infirmière qu'elle devait s'absenter un instant et après avoir embrassé le jeune homme inconscient sur le front, elle s'empressa de quitter les lieux, d'un pas décidé. Il fallait qu'elle parle à Harry…
Dans la Grande Salle, la table des Serpentard était en ébullition. Les chuchotements nerveux se mêlaient les uns aux autres pour former un mélange de sons incohérents. L'absence de Drago Malefoy n'était pas passée inaperçue et les hypothèses sur le sujet allaient bon train.
- Peut-être qu'il s'est endormi dans une salle de cours ? murmura Crabbe, le regard vide.
- Ou il s'est perdu en se promenant dehors, enchaîna Goyle, d'un air bêta, tout en mâchant un gros morceau de viande saignante.
- Arrêtez avec vos idées lumineuses ! Ce lâche s'est tout simplement enfui! grogna Théodore Nott à l'adresse de Marcus Flint qui soupira d'exaspération.
- Bien sûr que non. Je te le répète, Drago est quelqu'un de fiable. Il m'a montré son avant-bras et il était sans brûlure.
- Toujours est-il qu'il s'est enfui. On doit prévenir notre Maître, chuchota-t-il.
- Ça suffit ! C'est moi qui commande ! Je te dis qu'il est digne de confiance, un point c'est tout! Il reviendra vite avec une explication valable, j'en suis persuadé. Pour le moment, gardons notre calme.
Les deux Serpentard se défièrent du regard, puis Théodore Nott abandonna la lutte, baissant les yeux vers son assiette à demie vide. Flint avait clos la discussion et personne n'osa reparler de Drago Malefoy. Tous se remirent à manger tranquillement, à l'exception d'une personne qui se leva discrètement de table et qui fila hors de la Grande Salle sans que personne ne la remarque.
Elle avança dans un couloir vide et entra dans une salle de classe, celle d'Histoire de la magie, celle de leur dernier cours de la veille. Ses yeux noirs balayèrent la pièce, à la recherche d'un jeune homme blond. Personne.
Elle rebroussa chemin et se dirigea vers la porte d'entrée lorsqu'elle surprit une conversation entre les personnages de deux tableaux voisins.
- …couvert de sang ! s'écria un vieillard appuyé sur le rebord de son balcon.
- Oui, mais en même temps, il l'a bien mérité. La rumeur dit qu'il est sous les ordres de…
La dame aux cheveux blonds et à la forte corpulence, qui était assise dans un petit fauteuil de velours dans l'autre cadre, ne termina pas sa phrase. Les deux personnages tournèrent leur tête dans la direction de la personne qui les écoutait.
- Dis donc, vous, c'est très impoli d'écouter les conversations des gens sans y être invité! réprima le vieillard en fronçant les sourcils.
- Excusez mon manque de savoir-vivre…
La personne fit semblant de quitter les lieux, mais elle se contenta de tourner dans un couloir sur sa gauche. Elle s'immobilisa et tendit l'oreille.
- …et vous ne le croirez jamais, mais ce n'est nul autre qu'Hermione Granger qui l'a transporté à l'infirmerie…, s'exclama le vieillard, comme s'il racontait les derniers potins à la une des journaux à scandales.
Le cœur battant, la personne se précipita dans les couloirs, en direction de l'infirmerie…
De son côté, Hermione venait tout juste de quitter la Grande Salle. Elle n'y avait pas trouvé Harry. Cependant, Ron était là, tout penaud lorsqu'il l'avait vue avancer vers lui. Toujours fâchée contre son ami, elle se contenta de lui demander froidement où se trouvait Harry. Son ami lui répondit qu'il n'était pas resté longtemps dans la Grande Salle et qu'il avait décidé d'aller se promener seul dans le parc. Sans dire merci, la jeune femme s'était éloignée.
Une fois dehors, elle ne fut pas surprise de trouver Harry à l'endroit même où Drago avait été laissé pour mort. Il était debout, immobile, les mains dans les poches, la tête basse semblant fixer la marre de sang qui n'avait toujours pas fini de sécher sur le sol gorgé d'humidité.
Elle s'approcha du jeune homme sans faire le moindre bruit. Lorsqu'elle se trouva juste derrière son dos, elle hésita à poser une main sur son épaule pour s'annoncer. Alors que sa main était suspendue dans l'air, la voix rauque de Harry se fit entendre.
- Qu'est-ce que tu veux, Hermione ?
La Gryffondor soupira devant son extraordinaire capacité à sentir la présence des gens autour de lui.
- Discuter, c'est tout.
- Qu'est-ce que tu veux entendre, que je suis désolé, c'est ça ?
Etonnamment, sa voix semblait dénuée de sarcasme et Hermione prit cela pour un signe encourageant.
- Je pense que ce serait trop te demander pour le moment.
- Je ne m'excuserai ni aujourd'hui, ni demain.
- Harry…
- Le sujet est clos, Hermione. Si tu n'as rien d'autre à me dire, j'aimerais autant que tu me laisses, merci.
Hermione soupira tristement face à son comportement borné. Ça au moins, ça n'avait pas changé. Elle posa finalement sa main sur son épaule. Aussitôt, le dos du Gryffondor se tendit. Il recula et lui fit volte-face. La jeune femme fut frappée par son regard. Il était si dur. C'était le regard des gens qui avaient trop vu et trop vécu…
- Harry, as-tu participé aux évènements qui se sont produits la nuit dernière? demanda-t-elle, la peur au ventre.
La tristesse voila ses grands yeux verts et Hermione retint son souffle en attendant sa réponse, qui tardait à venir.
- Dis-moi, ai-je réellement changé au point où tu aies besoin de me poser cette question? Crois-tu que je suis capable de faire ça ?
La jeune femme n'arrivait plus à ressentir de la colère pour son meilleur ami. La peur et l'incertitude avaient désormais pris possession du Gryffondor et une seule idée lui venait en tête, le prendre dans ses bras et lui dire qu'il n'avait pas à avoir peur. Pourtant, elle savait que cette tendre geste ne suffirait pas à régler le problème. Harry était véritablement en train de changer, et en mal.
- Autrefois, j'aurais dit non sans hésiter, mais aujourd'hui…je ne sais plus. Harry, tu as laissé Malefoy dans l'état catastrophique dans lequel il était. Comment je pourrais ne pas me poser cette question? Je ne te reconnais plus…dit-elle en baissant la tête.
Un silence pesant s'installa. Aucun d'eux n'osa bouger, craignant de rompre cette atmosphère étrange, qui incitait à la confidence. Alors qu'Hermione réfléchissait à ce qu'elle voulait encore lui demander, elle entendit la voix terrifiée de son ami.
- J'ai peur…murmura Harry, sans vraiment s'en rendre compte.
- Harry…
Ce dernier s'était retourné et avait pris la direction du lac, d'une démarche légèrement chancelante.
- Harry, je sais ce qui t'arrive…
Le jeune homme s'arrêta net, les épaules crispées.
- Ne dis rien, Hermione, menaça-t-il d'une voix tremblante, mais son amie refusa de se taire. Elle savait que cette discussion était nécessaire pour que le jeune homme puisse aller de l'avant.
- Tu te sens responsable de la mort de Sir…
- LA FERME ! LA FERME ! JE T'AI DIT DE TE TAIRE !
Il se boucha les oreilles et courut aussi vite qu'il put vers la forêt. Hermione l'avait suivi pendant plusieurs kilomètres à travers la végétation épaisse de la forêt, puis après quelques minutes, elle dut se rendre à l'évidence qu'elle l'avait perdu de vue. Elle soupira, sachant qu'il était inutile de l'appeler et rebroussa chemin.
La Gryffondor était si triste pour son ami. Elle savait qu'il se sentait perdu et en colère. La jeune femme aurait voulu le consoler et lui parler. Cependant, Harry était quelqu'un de solitaire. Lorsqu'il avait un problème, il s'enfermait dans son monde et ne parlait plus qu'en monosyllabe.
Au moins dans le passé, il reconnaissait avoir un problème. Mais depuis la mort de Sirius, il était impossible ne serait-ce que de prononcer le nom de son parrain. Il ne pouvait pas le supporter et Hermione avait appris à éviter le sujet pour ne plus l'énerver. Pourtant, à la lumière de son comportement de la veille, la jeune femme avait décidé que le laisser seul face à ses démons n'était pas une solution. Il fallait qu'il puisse se confier à quelqu'un.
Perdue dans ses réflexions, elle ne fit attention à la personne devant elle qui arrivait en sens inverse. Celle-ci paraissait pressée et nerveuse, et semblait également isolée dans sa bulle. Hermione la percuta de plein fouet.
- Aïe ! cria-t-elle en se prenant le visage dans les mains.
- Désolée…s'empressa de répondre l'autre personne avant de reprendre son chemin.
Hermione se retourna pour voir à qui appartenait cette voix féminine. Elle reconnut immédiatement ses cheveux noirs coupés au carré.
- Pansy, murmura-t-elle, soudain très inquiète pour Drago.
Elle n'était plus qu'à deux mètres de l'infirmerie et la Serpentard ne pouvait être allée ailleurs.
- Mon Dieu non…souffla la lionne en se précipitant vers l'infirmerie.
Voilà pour aujourd'hui !
J'espère que vous aurez apprécié la suite.
Bonne soirée !
Etienne: Merci pour la review ! Si tu as pu supporter ce fameux chapitre de torture, tu pourras supporter le reste. Donc, ne t'inquiète pas. :)
Babou: Merci pour cette review ! J'adore voir ce que ma fiction vous inspire. Harry est très paumé mais il n'a jamais pensé qu'il laissait Drago mourir en l'abandonnant là. Il pense que Baltus est là pour lui au cas où. S'il avait été seul, les choses auraient certainement été différentes. Je ne pense pas que l'attitude et les actions de Neville soient pardonnables. A mon avis, la nuance doit être faite entre ce qui explique un geste et ce qui peut l'excuser. Bref, je suis vraiment ravie que ça te plaise autant. Ton enthousiasme fait tellement plaisir ! J'espère ne pas te décevoir avec la suite. Bonne soirée!
