10 - Are You There, Cass ? It's Me, Dean Winchester
« Sarcasme : Dernier refuge des gens modestes quand l'intimité de leur âme se trouve inextricablement violée. »
- Dostoïevski -
…
Dean se retrouva alors au Bunker, dans le grand salon, où il débarqua revolver en main, qu'il pointa sur le jeune adolescent. Ce dernier leva les mains devant lui, en plaidant.
- Je ne suis pas comme eux. Je déteste ma famille ! Je ne suis pas comme eux, je le jure !
- Bien sûr que t'es comme eux... rétorqua Dean, sentant de nouveau la Marque sur lui. Le mal est en toi, c'est dans ton sang. Tu peux le nier et le fuir autant que tu le veux, mais ce mal ? Il l'emportera toujours.
Le garçon se mit à pleurer et à supplier, en répliquant.
- Je ferais tout ce que vous voudrez, s'il vous plaît. Vous n'avez pas à faire ça.
Dean hésita quelques secondes, avant d'avouer.
- Si, il le faut.
Il le mit en joue, visa et au moment où il allait tirer, le Sam du présent apparût.
- DEAN !
L'intéressé sursauta en découvrant son frère.
- Sammy ?
Le jeune garçon regarda dans la direction que l'aîné sembla scruter, mais il ne vit personne, car le cadet était invisible à ses yeux. Il resta cependant là, les mains en l'air, à continuer de plaider pour sa vie.
- S'il vous plaît, laissez-moi partir.
Dean garda son arme en joue, et son frère dut se rapprocher de lui pour le rassurer.
- Dean, tu es revenu ici pour changer ce regret, souviens-toi. Je sais que la Marque de Caïn te force à faire tout ça, à penser à mal, mais je suis là, d'accord. Et les autres aussi. Tu sais, Mick et le Docteur ?
L'aîné cligna des yeux très vite, essayant d'enlever la voix de son frère dans sa tête, se concentrant sur le garçon en face de lui, prêt à tirer. Le cadet se rapprocha un peu plus, tentant encore de le maîtriser.
- Dean, ça va aller, ok ? Tu n'as plus la Marque, dans le présent. Tu dois lutter contre elle, juste quelques minutes, le temps de rattraper les erreurs de ce souvenir.
L'aîné tressaillit. Il commença à baisser son arme, les paroles de Sam semblaient faire effet. Le cadet termina alors, avec une pointe d'humour.
- Dis au gosse de partir. Et tu auras réparé une partie de ce passé. Tu ne veux pas donner raison à Mick, pas vrai ? Il serait trop heureux que je te frappe.
Dean esquissa un semblant de sourire et désarma son revolver, en ordonnant au garçon.
- Pars. Sors d'ici.
Le dernier fils Styne ne se fit pas prier, il prit les jambes à son cou et quitta le Bunker sans se retourner.
…
Au moment où Dean arrivait quelque peu à reprendre ses esprits, Castiel débarqua. Vêtu de son trench-coat et avec son air sempiternellement coupable, il dit seulement.
- Dean, qu'est-ce que tu as fait ?
Sam se tourna vers lui, invisible aux yeux de l'Ange, puis reporta son attention sur son frère en lui murmurant.
- Dean... Doucement...
Mais l'aîné maugréa en direction de son ami et cracha presque.
- Quoi, qu'est-ce que j'ai fait ? Le gamin est toujours en vie, que je sache, non ?!
Castiel se pencha vers le corps de l'autre Styne, mort, non loin de la pile de livres qu'il comptait brûler.
- Tu as tué celui-là.
- Ouais, et j'ai buté tous les autres aussi, parce que c'est mon boulot. Et je continuerai de le faire, jusqu'à...
- Jusqu'à ce que tu deviennes un monstre... lâcha Castiel en se tournant vers l'aîné.
Sam, sur ses gardes, resta près de son frère.
- Tu peux partir maintenant, Cass.
- Non. Je ne peux pas, parce que je suis ton ami.
Dean se renfrogna.
- Vraiment ?
- Dean... murmura Sam pour tempérer ce dernier.
Castiel, qui ne voyait pas le cadet, répliqua alors.
- Sam et moi essayons de te guérir ! De trouver un sort qui enlèvera la Marque.
- Mais à quel prix... murmura Dean, qui connaissait les événements du futur.
Le Winchester s'apprêta à partir, préférant fuir Castiel que de lutter pour ne pas le cogner. Mais l'Ange le retint en lui disant.
- Tu combattras peut-être la Marque pendant des années. Peut-être même pendant des siècles, comme Caïn. Mais, tu ne pourras pas te battre pour toujours. Et quand tu craqueras, parce que ça arrivera, et que tous ceux que tu aimes seront morts depuis longtemps... Il ne restera personne, sauf moi. Et je serai celui qui devra te regarder assassiner tout le monde... Alors, s'il y a une infime chance de te sauver, je ne te laisserai pas sortir de cette pièce.
Dean sentit de plus en plus la Marque sur son bras, cette rage qui le démangeait de se jeter sur Castiel pour le tuer violemment. Sam ressentit également la colère intérieure de son frère.
- Dean... Reste calme. Ça va aller, tu es plus fort que ça. Dis à Castiel de partir.
L'aîné respira un coup et fit un effort surhumain pour changer le cours des choses.
- Cass... S'il te plaît, pars...
- Je crois que la Marque te change. Parce que, le Dean Winchester que je connais n'aurait pas tué une famille entière, comme ça.
- Ouais bein, ce Dean a toujours été un con...
Sam lorgna son frère et avoua.
- C'est pas faux, mais arrête de parlementer avec Cass. Fais-le partir. Gentiment.
Dean puisa dans les dernières volontés qu'il lui restait pour reculer, s'éloigner de l'Ange, et lui dire.
- Cass, il faut que tu partes, maintenant. J'ai peur de ce que je pourrai te faire si je laisse la Marque prendre le dessus sur moi.
Mais son ami se rapprocha quand même, en révélant.
- Je sais. Mais, tu es plus fort que ça.
Il leva les mains en signe de reddition et marcha dans sa direction à pas lents, en affirmant.
- Je sais que tu es toujours là, quelque part, sous la Marque. C'est toujours toi. Ce symbole n'est là que pour faire ressortir le pire chez les gens. Mais le bon est encore présent...
Seulement, plus il se rapprochait, et plus Dean sentait son poing le démanger. Sam regarda tantôt son frère, tantôt Castiel, attendant d'entrer en action s'il le fallait.
- Cass... S'il te plaît, pars !
Pourtant, il s'avançait jusqu'à arriver juste devant Dean, brisant son sacré espace personnel.
- Je suis là, et tu arrives à lutter... Parce que le bon en toi et plus fort que la Marque...
Sam recula, laissant la magie des mots de Castiel opérer sur Dean, qui lui se calma petit à petit.
- Cass... Je suis désolé.
- Ce n'est rien, Dean. C'est normal. Tout le monde fait des erreurs.
Le bras du Winchester trembla, la Marque appelait encore le sang, mais Dean lutta avec véhémence pour ne pas tuer Castiel. Il inspira un bon coup, refrénant sa colère tout en scrutant son ami. Il se raccrochait à son présent, se souvenant et sachant qu'il était ici pour réparer son souvenir et cette pensée l'aida autant que les mots que l'Ange utilisaient.
- J'essaye de réparer mes erreurs, Cass. Tu fais partie de toutes mes erreurs. Tous mes regrets.
Castiel posa une main amicale sur l'épaule de Dean, comme pour le rassurer et lui promettre d'être toujours présent pour lui.
- Ce n'est rien, Dean. N'oublie pas que, si je suis venu sur Terre après plus de 2000 ans au Paradis, c'était pour venir te chercher en Enfer. Je suis ton Ange Gardien depuis ce temps-là.
Le chasseur esquissa un sourire et badina, redevant lui-même petit à petit.
- Ok, arrêtons là les déclarations d'amour, on dirait un vieux couple marié.
Il recula en soufflant un coup, sentant la colère disparaître lentement. Castiel le fixa, de ses yeux bleus céruléens, penchant la tête sur le côté en avouant.
- Je ne comprends pas ce que tu dis.
Le Winchester sourit et termina.
- Cass... Surtout, ne change jamais. Capiche ?
- Yeah, I capiche...
Dean rit derechef. Il chercha son frère des yeux, mais ce dernier avait dû repartir dans le présent, en voyant que tout était sous contrôle. L'aîné jeta un coup d'œil autour de lui, avant de révéler.
- Bon, va falloir faire le ménage. Mais avant, une bière s'impose.
Castiel esquissa un sourire et suivit Dean jusqu'à la cuisine. Seulement, au moment où le Winchester passa la porte, il se retrouva propulsé au Bunker, certes, mais dans son présent.
…
Dean se tenait devant Sam et Mick, attablés autour du Docteur. Trois paires d'yeux étaient braqués sur le frère aîné, qui tenta de reprendre un semblant de contenance en badinant, comme à son habitude.
- Ça va ? Vous ne voulez pas du pop-corn ?
Il se dirigea machinalement vers le percolateur pour se servir une énorme tasse de café, essayant d'éviter le regard des trois personnes dans la pièce. Jim, toujours aussi stoïque et professionnel, entama.
- Vous ne pouvez pas garder le changement de ce regret, vous comprenez pourquoi. Mais, j'espère sincèrement, qu'avoir sauvé Castiel et le garçon pourra vous faire retrouver la paix intérieure.
Dean se retourna, nouvelle tasse de café en main, et railla.
- Pour « retrouver », il ne faut pas déjà « trouver » ?
- Dean... gronda encore Sam. Ce qu'il s'est passé là-bas, était très bien. Je n'ai presque pas eu besoin d'intervenir, tu as su contrôler ta colère tout seul. Ce n'est pas rien.
Mick esquissa un sourire que l'aîné intercepta, en rétorquant.
- T'as quelque chose à dire ?
L'intéressé haussa les épaules, en avouant.
- Non. Je suis d'accord avec ton frère.
- Tu es toujours d'accord avec mon frangin. Si t'as un truc à me dire, fais-le.
Il commençait à se remettre en colère, comme si le souvenir de son regret le poursuivait dans son présent. Sam assista au début de dispute, se préparant à faire l'arbitre entre les deux si la conversation venait à dégénérer. Tandis que le Docteur analysait les paroles de chacun, Mick répondit au frère aîné.
- Non, je n'ai rien à dire.
- Tant mieux. Parce que, je n'ai aucun conseil à recevoir de toi. Et, si tu crois que ce foutu regret avec le gosse Styne peut avoir une similitude avec le tien, concernant ton meilleur ami que tu as buté pour ton crétin de Code, tu te trompes...
- Dean ! s'exclama Sam.
Mick inspira un coup, se doutant qu'un jour ou l'autre cette discussion finirait par arriver. Il répliqua, le plus calmement possible.
- Tu veux parler de ça ? Très bien. Oui, j'ai fait des erreurs. Je n'ai jamais dit que tous mes choix, ou que mon passé, était parfait. Je n'ai jamais prétendu être meilleur que vous deux. Loin de là.
- Tant mieux... bougonna Dean. Parce que, c'est à cause des gens comme toi qu'on se retrouve encore dans la merde.
- Des gens comme moi ?
Le frère but une gorgée de café avant d'avouer.
- Ouais, les Hommes de Lettres Britanniques. Sans déconner, vous aviez fumé quoi le jour où vous avez inventé votre Code ?
Mick baissa les yeux en confiant.
- Je n'ai rien inventé du tout. Et je n'ai jamais voulu de tout ça. La raison pour laquelle j'ai tué mon meilleur ami lorsque j'étais môme c'était parce que, si j'avais désobéi, Dr Hess nous aurait tués tous les deux... Ou pire, elle m'aurait sans doute renvoyé dans les rues de Londres... Je n'avais rien quand elle m'a recueilli. Elle et les autres Hommes de Lettres. Je leur dois tout. Mais... J'ai aussi compris, en venant ici, que tout n'était pas aussi bien que je le pensais. Ton frère et toi, vous m'avez ouvert les yeux sur le Code. Je comprends, maintenant. En réalité, je l'ai sûrement compris depuis longtemps, mais je ne voulais pas m'avouer à moi-même que, les principes que je défendais, n'avaient rien de bien glorieux... J'ai décidé de trahir la seule famille que j'ai eue, et je suis aussi bloqué ici, avec vous. Longtemps, j'ai pensé que les chasseurs Américains, surtout vous deux, étaient des gens exceptionnels. C'est pour ça que j'ai voulu en recruter dès que nous sommes arrivés en Amérique. En réalité, Dean, c'est moi qui pensais que vous étiez meilleur que nous. Je le pense toujours, en fait.
S'ensuivit quelques secondes de silence où même Dean ne sut quoi rajouter. Aucune raillerie, aucune blague. Sam observa l'Anglais, en lui confiant avec sincérité.
- Mick... Tu sais, le lendemain où tu as revécu ce premier regret, je voulais te dire une chose avant que Dean ne débarque à la cuisine : ce qu'il s'est passé n'est pas de ta faute, tu le sais, pas vrai ? Dr Hess n'aurait jamais dû te demander de faire une chose pareille. C'est elle, le monstre de ton histoire, pas toi. Et, même si mon frangin est un crétin, je sais qu'il pense la même chose. Même s'il ne l'avouera jamais.
Dean faillit s'étrangler avec le fond de son café.
- Quoi ? C'est qui le crétin ?
- Toi. Jerk.
- Bitch.
Il sourit quelques secondes, puis reprit son sérieux en scrutant Mick.
- Sammy a raison. Je crois. C'est juste que... Tu me rappelles Cass... Un Castiel version Humain British. Et, personnellement, j'en ai marre d'enterrer les gens ou de perdre tout le monde. Ou les voir dépérir et changer. Comme cet idiot d'emplumé, qui préférait crever de faim dans la rue plutôt que de m'appeler. Alors, c'est bon, j'en peux plus de sympathiser avec des personnes qui se barrent ou meurent.
Le Docteur profita de sa confidence, pour relancer le frère.
- C'est pour ça que vous détestez Mick ?
Dean leva les yeux ciel.
- Je ne déteste pas ce crétin. Je ne veux juste pas que sa ressemblance étrange avec Castiel ne le fasse devenir comme lui, dans un futur proche...
- Je ne suis pas Castiel... rappela Mick. Et, je ne suis pas un Ange, loin de là.
Comme un silence pesant se fit ressentir, Sam se pencha vers Mick pour lui confier, en rigolant.
- Il t'a traité de « crétin », prend le comme un compliment, venant de lui.
- J'ai entendu... s'offusqua Dean en souriant.
…
Le Docteur Jim profita de cet intermède et de cette réconciliation pour se tourner vers Sam, et lui parler du regret qu'il avait choisi pour lui.
- Sam, vous avez écrit : « Terminer les Épreuves ». Pouvez-vous m'en dire davantage sur ce souvenir ?
Le cadet, qui ne s'attendait pas à ce choix, se tortilla sur sa chaise avant d'expliquer.
- C'était il y a quatre ans. Kev' avait traduit la Tablette des Démons et nous savions comment fermer l'Enfer, grâce à des Épreuves. Dean voulait les faire lui-même, mais c'est moi qui avais entamé la première... Et je devais les terminer. Sauf que, l'Épreuve finale devait me tuer. Et Dean, s'est ramené au moment où j'allais tout finir et il m'a convaincu de ne pas fermer les portes de l'Enfer... Ensuite, tous les Anges sont tombés du Paradis et nous avons vécu notre énième fin du Monde...
- Donc, si vous deviez retourner là-bas, vous termineriez les Épreuves ? comprit Jim.
- Oui.
- Quoi !? s'offusqua Dean. Mais bordel, Sammy, pardon d'avoir voulu te garder en vie !
Le cadet lui jeta un regard noir en lui rappelant, au passage.
- Dean, tu ne peux pas nier le fait que, si nous sommes dans la merde tous les deux, c'est parce que nous essayons sans cesse de nous sauver l'un et l'autre, mutuellement ?! Peu importe de se faire revenir d'entre les morts, de pactiser avec le Diable ou les Anges, de provoquer l'Apocalypse, tant que l'autre ne meurt pas... Tu ne trouves pas ça un peu égoïste ? On se targue d'empêcher les Fins du Monde, mais combien en avons-nous provoqué ? Si tu ne m'avais pas sauvé, cette nuit-là, nous aurions clôturé les portes de l'Enfer. Ce qui aurait voulu dire : plus de Démons sur Terre ! Tu ne penses pas que nos liens fraternels devraient passer au-dessus de ça ?
- Nan... bougonna l'aîné.
Jim coupa court au début de dispute en dévoilant.
- Très bien. J'irai avec vous. Nous allons laisser Mick et Dean seuls ici, en spectateurs.
Sam jeta un coup d'œil interrogateur aux deux hommes et répliqua au Docteur, en ne plaisantant qu'à moitié.
- Vous voulez qu'ils s'entre-tuent pendant que je reparte dans mon souvenir ?
- Non. Ça va aller pour eux.
Il scruta Mick et Dean à son tour, mais ils avaient l'air de ne pas vouloir se déchaîner pour le moment. Jim termina alors.
- Allons-y.
…
Sam se retrouva en pleine nuit, dans une Église abandonnée, avec en face de lui Crowley qui était ligoté à une chaise, le visage en sang. Le cadet mit du temps à comprendre ce qu'il se passait, il posa son regard sur sa main gauche, qui brillait d'un or pur. La dernière Épreuve, il savait ce qu'il avait à faire. À côté de lui, invisible aux yeux du Roi de l'Enfer, le Docteur Jim observait son patient, en disant simplement.
- Allez-y. Faites ce que vous voulez changer.
Sam se dirigea vers Crowley, complètement groggy par le sang Humain que le Winchester le lui avait injecté durant des heures. Le frère allait enfin terminer ce qu'il avait commencé, lorsque la porte de la chapelle s'ouvrit à la volée. Le Dean du passé entra en trombe en hurlant.
- Sammy ! Arrête !
Le cadet sursauta et stoppa net dans son élan...
…
À suivre...
…
L'épisode pour ce regret de Dean est le 10.22 : « The Prisoner »
…
À lundi prochain pour la suite !
