CHAPITRE II

Il y avait un bon côté à son voyage imprévu, décida-t-il.

Après son allez et retour et sa déception avec Severus, il se rendait compte qu'il n'était plus du tout impressionné par son père. Curieusement, il n'en était pas peiné. Il avait toujours pensé que le jour où il cesserait de vouloir le respect de son père serait proche de la fin du monde, et en fait il se sentait plutôt soulagé.

Il interrompit le monologue presque hystérique du Mangemort.

- Je ne me sens pas concerné par vos problèmes.

Le cercle entier se retourna pour le regarder, incrédule.

- Vous avez pour je ne sais quelle raison troqué votre âme contre une marque pour vos quinze ans. Le fait que j'aie réussi à éviter cette situation deux ans de plus devrait vous dire que je suis plus intelligent que vous.

Un Malfoy ne s'incline devant personne. C'est vous qui me l'avez appris. Un Serpentard ne recherche que son propre intérêt. Vous avez brisé presque toutes les règles que les sang-purs s'imposent. Ouvrez les yeux : vous n'êtes rien de plus qu'un esclave.

Un murmure de colère parcourut le cercle.

Et oui, il aurait peut-être du se douter que le Seigneur des Ténèbres et sa clique se cachaient au Manoir Malfoy. Il aurait probablement du vérifier avant d'entrer qu'ils pourraient sortir. Enfin, il aurait certainement dû demander à quelqu'un ce qui s'était passé pendant son absence avant de foncer dans la gueule du loup. Seul le fait que Voldemort lui-même soit absent à cet instant précis les sauvait du désastre complet. (Draco gardait, dans un coin bien abrité de son esprit, l'information qu'il était possible que Seth soit capable de vaincre ce Voldemort… sans trop se forcer. Il n'avait simplement pas l'envie d'essayer.) Être face à face avec le Cercle Interne des Mangemorts n'était quand même pas la situation idéale. L'état… débraillé de son père parlait de changements gigantesques et son manque de cohérence faisait Draco se demander s'il était vraiment revenu dans sa dimension d'origine. Seule la présence muette à ses côtés lui donnait un sentiment de sécurité. Ce qu'il se promit d'examiner… quand il aurait le temps. Demain. Dans une semaine. On verrait. Il était un peu surchargé là.

Perdu pour perdu, il termina son discours épique, bien conscient que c'était l'occasion ou jamais.

- Je suis la main droite du Seigneur ! hurla presque Lucius Malfoy, indigné par le manque de respect de son rejeton. Tu devais hériter ma position après moi !

- Le chien du roi est le roi des chiens ? Mais je ne suis pas un chien, fit Draco de sa voix la plus moqueuse.

Le Mangemort blond, enragé, lui envoya un Doloris. Avant même qu'il ait pu réagir, un bouclier détourna le sort et une silhouette vint prendre place à ses côtés.

Dans le silence causé par la rapidité des évènements, une voix monocorde se fit entendre.

- Je vous aviserai fortement de ne pas agresser mon compagnon.

Le silence qui régna après cette phrase était lourd de surprise, de colère et d'indignation. Pour la seconde fois ce matin-là, les sang-purs réalisaient que Draco les avait trahis, et trahis pour… !

- Comment oses-tu, Draco ! ulula Lucius. C'est le garçon qui a survécu ! C'est l'icône de la lumière ! C'est…

- C'est mon époux, Père.

Les expressions de choc portées par tous ces hommes et femmes blasés donnèrent à Draco l'envie furieuse de ricaner. A la place, il annonça de sa voix la plus gracieuse :

- Je venais le présenter à ma famille quand je suis tombé sur cette, ah… réunion.

Son père postillonnait maintenant. Les visages autour d'eux s'étaient refermés, reconnaissant l'inimaginable insulte.

L'instant qui suivit, où personne ne voulait faire le premier pas sembla durer une éternité et fut brisé par une voix aiguë de petite fille.

- Poootty ! Est-ce que le petit Potter a décidé d'être un grand garçon ? Vilain, vilain, vilain !

Draco grimaça. C'était sa tante Bellatrix, aussi dérangée que d'habitude. Fidèle à sa réputation, elle se précipita où les anges n'auraient pas osé posé le pied : elle s'avança vers eux en ricanant et bavassant et lança un doloris directement à Seth.

Draco recula un peu. Il avait l'impression qu'il vaudrait mieux ne pas être pris dans le champ de tir. Son intuition se révéla exacte quand son époux se redressa, tourna ses yeux vert inexpressifs vers Bellatrix et annonça d'une voix indifférente :

- Je suis Seth.

Et dégagea brutalement une aura de magie si forte qu'elle brillait comme un second soleil au milieu du domaine.

Et absorba le doloris de Bellatrix.

Avant que la femme, enragée et un cri de défi à la bouche puisse lancer un nouveau sort, l'aura l'anéantit.

L'atmosphère était étouffante. Avec un cri, les Mangemorts se ruèrent à l'attaque.

Une étincelle argentée s'alluma au cœur du brouillard doré.

Draco lutta pour rester droit et ne pas chercher une surface à laquelle s'adosser. Morgana ! On aurait dit qu'un ouragan de pouvoir balayait la salle, lui ébouriffant les cheveux au passage.

Il éprouvait une curieuse sensation, au creux de l'estomac. On aurait dit que sa cage thoracique se rétrécissait rythmiquement, il avait du mal à respirer… ça n'était pas de la peur, il avait déjà expérimenté ça, merci… il était sur que ses pupilles étaient dilatées, avait la curieuse impression que ses paumes auraient du être moites…

Merlin… ! Il était excité.

Quand la brillance se fit plus intense encore, il dut fermer les yeux et simplement écouter les cris inhumains.

La bataille fut horriblement courte.

Quand tout fut fini et le silence retombé, le brouillard se dissipa, laissant les Mangemorts à terre, saignants et gémissants. De Bellatrix, pas une trace.

Seth, impeccable comme toujours, les regardait avec son expression usuelle d'indifférence. Après quelques instants, il se détourna et vint retrouver Draco.

- Je ne savais pas, dit-il calmement en lui tendant la main, si tu voulais que Lucius meure maintenant, alors je l'ai laissé vivre. On pourra toujours revenir.

Draco, qui avait encore du mal à respirer, prit cette main sans rien dire et se laissa apparaître sur le Chemin de Traverse.


A Suivre.

NA : Plus que l'épilogue…