Je me réveille en criant, par réflexe je pose ma main sur ma bouche. Mon coeur veut sortir de ma poitrine. Un cauchemar. Je regarde autour de moi, je me souviens, j'ai tué le doc et Daryl est là. Je m'asseois dans le noir, le feu qu'on a allumé dans un récipient en métal n'a pas duré longtemps. Il n'y a plus qu'une chandelle d'allumée à la sortie de la porte.
Je ne semble pas avoir réveillé Daryl dans mon sursaut, ce qui me surprends. Je me lève lentement mais une douleur nouvelle me fait me rassoir immédiatement. Une des blessures a du s'ouvrir. Je parviens à me lever malgré la douleur. J'ouvre la porte pour voir Joe dans le couloir, il ne risque pas d'y avoir de rôdeur avec cette tempête.
- Ca va ?
- Oui, je vais prendre les quelques heures qui restent, dis je en échangeant nos sources de lumière
Il me fait un signe de tête et retourne dans notre pièce. Avant qu'il entre, je lui dis que je suis désolée pour son ami. Il ne relève pas et ferme la porte sur lui. Je prends la lampe torche qu'il m'a donnée, elle est un peu faible mais elle fait quand même son travail. J'ai encore rêvé de ce Peter, le plus vieux. Je ne dois pas y repenser.
J'enlève mon chandail, je suis en soutien-gorge de sport, avec le peu que j'ai, ça fera l'affaire. Je fais l'inspection des plus grosses blessures, ça me rappelle ce que mes geoliers appellent les corrections. J'en ai eue une grosse quand je me suis enfuie la première fois, c'est ma hanche qui avait tout pris. Je pense être plus traumatisée, j'ai des flashs de certaines "leçons", je me demande si je ne dois pas en parler à quelqu'un, mais c'est si humiliant.
Je décolle le pansement rougi, je vais devoir me recoudre, pourquoi on ne trouve jamais de colle chiurgicale ? Je pensais pouvoir m'en dispenser. Fais ça dans l'ordre.
Préparer le bandage. Laver l'aiguille et le fil. Trouver du courage. Si possible mordre dans quelque chose contre la douleur.
Je note mentalement dans ma tête pour rationaliser et ne pas penser à l'aiguille dans ma chair. Si je crie, ça va alerter Daryl et Joe. Je prends mon courage à deux mains et...
Ha ! Mmmm
Je me suis mordue la lèvre pour ne pas hurler plus fort. Je respire, je dois les faire assez rapprochés pour que les points tiennent. Aller, un autre, j'enfonce et tire pour faire passer le fil. Je fais le troisième rapidement. Merde, ça fait mal ! Je frappe le comptoir de la pharmacie du poing. Je dois rapidement faire le dernier point sans trop trembler.
- Sacrament !
J'essuie mes larmes, j'ai besoin de boire quelque chose pour endormir la douleur qui pulse dans mon corps. Je m'asseois par terre et finis le bandage. J'en ai fait à d'autres et je dois avouer que ça fait sacrément mal sans anti douleur ou sans alcool.
Je passe mon doigt sur la cicatrice de ma joue pour me calmer, elle est apparue sur mon visage pendant qu'ils essayaient de me mettre dans la voiture. Je fouille dans les vêtements que j'ai pris hier et qui me vont plus ou moins. Je dois me tenir loin du blanc, je gémis en levant mon bras pour mettre un débardeur et un autre chandail. Mes nombreuses marques sont sensibles. Deux couches de vêtements vont me faire une protection de plus si on me force encore à me déhabiller. Je place un couteau dans une de mes bottes et un autre entre ma ceinture et mon jean. C'est plus facile pour le sortir rapidement pour tuer un éventuel rôdeur.
- Enfin. dis je en soupirant.
Je me lève mais j'abandonne, glissant à nouveau assise au sol. Il voit tout mon attirail de suture et mon bandage rouge de sang. Un éclair passe dans ses yeux, je ne sais pas s'il est en colère, inquiet, triste ou coupable. Il a porte toujours le chandail que je lui ai donné mais en guise de bas, il est en boxeur d'une couleur douteuse.
- Mes yeux sont en haut. Tu dois me réveiller pour ce genre... de chose
Je vois qu'il fait un vrai effort pour ne pas me sermoner mais il n'est pas doué pour dire des choses gentilles. Ses paroles se résument en Grrr, Mmmm ou quelque fois Grmmm dans différents tons.
- Tu dormais, pour une fois, et quand je t'ai recousu ça avait l'air facile
- Grr... Bon écoute, je... J'en ai bavé et ça fait toujours un mal de chien mais ... Mmmm
Ses doigts caressent sa barbe et il cherche visiblement quoi me dire
- Ma vie m'a endurci malgré moi.
- J'aimerais être comme toi, ne pas ...
- Wow! Je t'interdis de vouloir être comme moi, non, non, non.
Il se relève et me donne la main, il remarque les marques sur mon poignet droit. Les liens...
Il passe ses gros doigts câleux sur les marques, il ne sait pas quoi dire. Il se détache de moi, je déteste le voir triste et coupable. Je lui prends la main à mon tour pour attirer son attention.
- Tu n'es pas responsable
Je frotte avec mon pouce le dos de sa main.
- Je sais mais...
- On ne peut pas tout prévoir et tu fais déjà beaucoup. Tu avais pas mal de rôdeurs et je ne te tiendrai jamais responsable de ce qui s'est passé au salon funéaire
On est au milieu du couloir, à cause des nuages dehors, il fait assez sombre pour le milieu de la matinée. Je lui donne un bec, je voudrais lui faire un câlin mais si je me colle, ça risque de me faire mal à cause de mes nombreux bleus. On va rejoindre Joe qui a ressorti nos dernières conserves, je ne pense pas que les animaux sortent par ce temps.
On est assis en indien en rond, on a fermé la porte pour laisser la chaleur dans la petite pièce. Il y a peut être deux degrés de plus que dans les couloirs, Joe me donne une conserve de fèves et en donne une à Daryl. Après une bouchée on le passe au prochain comme ça, Daryl ne peut pas faire semblant de manger. Ce n'est pas beaucoup, mais mieux que ce qu'ils me donnaient pendant ma captivité. Je suis seulement impatiente de partir d'ici. On mange en silence, Joe nous conseille de nous préparer à partir.
- On ne sait même pas où on veut aller
- Mon groupe va vers Hollywood mais je ne sais pas si c'est encore d'actualité ?
- On pourrait aller un peu vers le nord.
- Mmmm
- Pas le grand nord mais ou c'est tempéré.
- Tu ne veux pas retrouver notre groupe?
- Ca fait plus ou moins un mois, je veux seulement vivre tranquille en tuant des rôdeurs avec ... mon amoureux,
Daryl n'a jamais été à l'aise quand je nomme notre relation, mais je suis amoureuse de lui depuis plus d'un an maintenant. Tant pis pour lui, il va devoir faire avec.
