Bonjour,
Voici le 14ème chapitre et on retrouve Cas et Dean ensemble.
Merci de m'écrire, de me lire, de m'encourager et de me soutenir. Je vous adore !
PS : pour ce chapitre, je me suis inspirée de la chanson citée plus bas. Je vous la recommande vivement car elle colle au thème. Et je vous encourage aussi à regarder le clip qui a été en grande partie à l'origine de cette histoire.
Bonne lecture et à lundi
Sydney8201
Musique du chapitre :
Take me to church de Hozier
Chapitre 10 : Engagement
« La vie est un combat. Accepte le »
Anonyme
Castiel avait été ravi du coup de téléphone de Dean. Il avait été surpris également que le jeune homme l'appelle aussi rapidement après leur nuit passée ensemble.
Il avait passé son après midi sur ses cours, concentré sur la masse d'informations qu'il devait retenir pour son examen. Sa discussion avec Sam avait été rangée dans un petit coin de son esprit. Il avait refusé d'y penser. Il ne pouvait pas se laisser distraire.
Mais quand Dean lui avait proposé de sortir, il avait tout de suite su qu'il accepterait. Il ne savait pas vraiment pourquoi son ami avait jugé bon de l'appeler mais il ne comptait pas laisser passer cette opportunité de le voir. Il avait prétendu être occupé, surtout pour se donner bonne conscience, mais avait rapidement cédé devant l'insistance de Dean.
Il avait quitté son appartement rapidement et sans prendre le temps de ranger ses affaires. Il avait juste enfilé une veste, pris ses clefs et son téléphone et vérifié qu'il n'avait rien laissé allumé.
Il fit la route rapidement. Le café n'était pas vraiment loin de chez lui mais il faisait trop frais pour rester dehors à flâner.
L'endroit était presque désert quand il y arriva enfin. Il y avait seulement deux autres clients dans la salle. Une jeune femme était penchée sur son ordinateur avec une tasse de café posée devant elle. Un jeune homme semblait perdu dans la contemplation de la chaise vide à sa table. Castiel se demandait si quelqu'un lui avait posé un lapin. Il espérait sincèrement pour lui que ce n'était pas le cas.
Dean était installé contre la vitre qui donnait sur l'extérieur. Il tenait une tasse dans sa main droite et semblait jouer sur son téléphone avec la gauche. Castiel perdit quelques secondes à l'observer. Il lui trouvait quelque chose de totalement fascinant. Ce n'était pas uniquement dans son physique. Bien que le jeune homme n'avait définitivement aucun soucis à se faire sur ce point là. Non. C'était autre chose. Il semblait émaner quelque chose de lui que Castiel n'aurait pas su définir. Il avait une aura que les gens ne pouvaient pas ignorer. Il semblait fort et indestructible. Il semblait confiant et invulnérable. Pourtant, Castiel savait que ce n'était pas le cas. Dean cachait un mal être dont il refusait de parler. Un mal être qu'il semblait avoir du mal à admettre. Il le dissimulait derrière son engagement et les combats qu'il menait. Mais Castiel voyait clair dans son jeu. Et cela lui brisait le cœur.
Il aurait aimé pouvoir changer tout ça. Il s'était promis de le faire. Et il ne comptait pas baisser les bras. Après tout, il avait déjà assuré à Sam qu'il tenterait sa chance. Il n'avait pas d'autres choix que de réussir à présent.
Dean ne l'avait pas encore vu. Castiel s'accorda donc quelques secondes de plus pour l'observer avant de rentrer à son tour dans le café. Il commanda un café au lait qu'il sucra généreusement avant de rejoindre finalement son ami.
Quand Dean l'aperçut enfin, il lui adressa un large sourire qui réchauffa complètement Castiel. Il savait que ce n'était pas totalement normal. Que ses réactions étaient irrationnelles. Mais il ne pouvait rien faire contre pour le moment. Il devait simplement composer avec et attendre que les choses se tassent.
Castiel sourit à son tour en s'asseyant en face de Dean. Il ne savait pas vraiment comment commencer la conversation. Sam était toujours celui qui parlait en premier. Il n'avait jamais à faire le premier pas. Mais Dean semblait avoir l'intention de rester silencieux. Castiel serra sa tasse de café dans ses mains avant de se décider à parler.
- Hé Dean.
Ce n'était pas la chose la plus intéressante à dire mais Castiel était presque sûr que c'était un moyen classique de commencer la conversation. Et cela sembla enfin sortir Dean de son mutisme.
- Merci d'être venu Cas. J'espère ne pas trop avoir bouleversé ton emploi du temps en t'invitant ici.
Castiel secoua la tête, surpris par ce qui ressemblait fortement à de la timidité chez son ami. Dean ne lui avait jamais semblé être quelqu'un de timide. Il abordait les gens facilement. N'avait honte de rien. Mais Castiel pouvait s'être trompé. Après tout, il ne savait pas grand chose de son ami.
- Techniquement, tu ne m'as pas invité puisque j'ai payé mon café seul mais … je te rassure. Ton invitation m'a sauvé la vie. J'aurais passé la nuit à réviser sans ton appel. Et je me serais probablement endormi sur mon devoir demain. J'avais besoin de me changer les idées.
Dean acquiesça alors sans perdre son sourire. Castiel ne comprenait définitivement pas la raison de son appel. Mais il n'osait pas poser la question. Dean avait peut être d'autres choses à lui dire concernant leur nuit ensemble. Ou il souhaitait peut être dire à Castiel qu'ils ne pouvaient plus être amis. Ce serait cruel mais Castiel n'aurait pas d'autres choix que d'accepter. Il doutait de pouvoir convaincre son ami de continuer à le voir. Il y avait enfin la possibilité que Dean n'ait pas apprécié les remarques que Castiel lui avait faites sur son manque de confiance. Il était terrifié que le jeune homme l'ait fait venir pour lui apprendre une mauvaise nouvelle.
- Si tu ne t'étais pas précipité au comptoir pour commander ton café, je te l'aurais offert avec plaisir Cas … mais passons sur les détails techniques. Comment vas tu ?
Dean paraissait toujours sensiblement nerveux. Castiel ne l'avait jamais vu dans cet état.
- Je vais bien. Je … Dean, je peux te demander pourquoi tu m'as fait venir ? Tu … est ce que tu avais quelque chose à me dire ?
Il ne pouvait pas retarder plus longtemps l'échéance. Il devait poser la question et savoir. Dean le regarda une seconde, visiblement surpris par ce qu'il lui demandait avant de secouer vivement la tête. Castiel ne put s'empêcher d'en être soulagé.
- Non Cas, non. J'avais juste envie de te voir. J'étais seul ce soir et … j'ai pensé que tu pourrais avoir envie d'un peu de compagnie. Rien de plus.
Castiel avait la sensation que son ami ne lui disait pas tout mais il choisit de ne pas insister. Il ne voulait surtout pas le pousser dans ses derniers retranchements et risquer de l'énerver. Ils étaient passés à deux doigts d'une dispute après leur nuit ensemble. Castiel ne voulait surtout pas que cela se reproduise.
- D'accord … c'est … je suis juste un peu surpris. Je pensais que tu choisirais Charlie pour ce genre de … de soirée.
Castiel ne comprenait vraiment pas pourquoi il tentait ainsi de convaincre Dean qu'il n'était pas la bonne personne pour un café entre amis. Il tendait le bâton pour se faire battre. Mais il avait besoin d'entendre son ami dire clairement qu'il avait envie de passer du temps avec lui. Il avait besoin de se rassurer. Mais il était terrifié à l'idée de ne pas obtenir ce qu'il cherchait.
- J'aurais pu l'appeler mais Charlie a une petite amie ces derniers temps et elle n'a plus vraiment de soirée de libre … et je ne dis pas que je t'ai appelé par défaut ou parce que je n'avais pas le choix. J'avais envie de te voir.
Castiel sourit alors, soulagé. Dean semblait sincère. Et même s'il y avait toujours quelque chose qui clochait dans son comportement, il était tout de même rassuré. Il était temps pour lui à présent d'apprécier ce moment. Il regrettait depuis sa rencontre avec Dean de ne pas avoir plus d'expérience avec les autres. Il était maladroit et devait paraître stupide. Heureusement pour lui, le jeune homme ne semblait pas s'en soucier.
- Ok alors … changeons de sujet d'accord ? Comment as tu rencontré Charlie ?
Dean sembla soulagé à son tour que son ami aborde un autre sujet. Il se racla la gorge avant de boire une gorgée de son café et de pousser un long soupire.
- Je l'ai rencontré au bar quand j'ai commencé à y travailler. On est devenus amis rapidement … elle est comme mon pendant féminin. Et on a commencé à parler de nos vies et de nos expériences passées. C'est comme ça qu'on en est venu à discuter de notre désir de faire bouger les choses.
Castiel devait admettre qu'il était impressionné par l'engagement de Dean. Il aurait aimé pouvoir en faire de même. Il estimait qu'il fallait beaucoup de courage pour choisir de venir en aide aux autres. Qu'il fallait être fort. Et même si Dean avait de nombreuses faiblesses, il restait sans nul doute une des personnes les plus fortes que Castiel avait rencontrées dans sa vie. Il regrettait simplement que le jeune homme ne soit pas capable de mener sa vie personnelle avec autant de courage qu'il ne menait sa vie en dehors.
- Vous avez créé l'association ensemble ? Demanda t-il, curieux d'en savoir plus sur son ami.
Il avait envie d'en connaître le plus possible sur le jeune homme. Et il se doutait que c'était en partie du aux sensations que Dean avait fait naître en lui. Des sensations qu'il ne parvenait pas encore à analyser et qu'il refusait de définir pour le moment.
- Avec Garth oui … c'était un ami à elle à la base. Il est … il est différent. Je crois que c'est la meilleure manière de le définir. Il est … parfois les gens ne le jugent pas correctement et prennent leurs distances mais c'est quelqu'un de bien. Il n'a jamais eu de mal à accepter sa bisexualité. Il a eu des petites amies et des petits amis. C'est … sa famille l'a rejeté dès le début et c'est Charlie qui l'a pris sous son aile. Elle l'a hébergé durant un moment. Et il était tout naturel pour lui de venir nous aider quand on a créé l'association.
Castiel acquiesça avant de boire une longue gorgée de son café. Il n'avait pas vraiment eu l'occasion de parler avec Garth. Il lui avait semblé être quelqu'un d'extrêmement doux et gentil. Il pouvait facilement s'imaginer devenir ami avec lui. La seule fois où il l'avait vu, Charlie avait laissé sous entendre qu'il avait des sentiments pour Dean. Castiel avait pensé qu'il s'agissait là d'une plaisanterie. Mais il se demandait à présent s'il n'y avait pas une part de vérité dans ce que la jeune femme avait dit.
- Charlie m'a dit qu'il était amoureux de toi … Garth je veux dire, expliqua t-il sans regarder Dean.
Ce dernier éclata alors de rire et pendant une seconde, il sembla incapable de retrouver son calme. Castiel reporta son attention sur lui et le dévisagea jusqu'à ce que le jeune homme soit enfin capable de parler à nouveau.
- Garth aime tout le monde. Il est incapable d'être en colère contre quelqu'un ou même de s'énerver. Il est comme ça … mais crois moi, il n'est pas amoureux de moi. On est amis. Rien de plus.
« Comme nous » songea Castiel en fronçant les sourcils. Et cela ne l'empêchait pas pour autant d'avoir des sentiments pour le jeune homme. Des sentiments qu'il faisait un effort pour ignorer. Mais qui continuait de le hanter. Castiel n'avait jamais été amoureux. Il était incapable de savoir si c'était ce qu'il ressentait vis à vis de son ami. Mais il supposait que ça en était proche. Il déglutit avec peine et pria pour que ce qui se passait dans sa tête ne se lise pas sur son visage. Il ne voulait surtout pas effrayer Dean.
- Tu n'es jamais sorti avec lui alors ? Demanda Castiel.
Il se détestait à cet instant précis parce qu'il savait exactement ce qui le poussait à poser cette question. La jalousie. Elle n'était définitivement pas la bienvenue. Dean ne lui appartenait pas. Il avait le droit de sortir avec qui bon lui semblait. Garth ou un autre.
- Jamais non. On a échangé un baiser une fois … mais c'était pour le nouvel an alors ça ne compte pas. J'ai aussi embrassé Charlie mais on était ivre tous les deux.
Dean semblait amusé par ses souvenirs. Castiel n'en avait aucun de ce genre. Il n'avait pas d'histoires à raconter sur des moments drôles partagés avec des amis. Il avait un an de plus que Dean mais il n'avait rien vécu de significatif. A l'inverse du jeune homme, il avait été un solitaire jusqu'à très récemment.
- Je peux te demander ce qui t'a poussé à t'engager activement ? A fonder cette association ? Demanda t-il, convaincu qu'il devait continuer à parler pour ne pas sombrer dans la mélancolie qui le menaçait.
Dean prit quelques secondes pour réfléchir avant d'hausser les épaules.
- Quand j'ai compris que j'étais gay, j'ai aussi compris que les choses ne seraient probablement pas simples pour moi. Mais je refusais de me cacher après la mort de mon père. Je voulais vivre et je me fichais de ce que les gens en penseraient. J'ai eu la chance de ne jamais avoir été confronté à des personnes déterminées à me faire payer mes choix de vie.
Il s'interrompit une seconde pour boire une gorgée de son café avant de reprendre.
- Comme tout le monde, j'entendais ce qui se passait à la télé … je lisais les horreurs qu'on infligeait à des gens comme moi partout dans le monde et … je me disais à chaque fois que j'avais de la chance. Mais que d'autres n'en avaient pas. Et je ne pouvais pas le supporter. Je devais faire quelque chose. Ce n'est que lorsque Jason … avec lui, je n'avais pas le temps. Mais quand on s'est séparés, j'ai décidé de me lancer.
- C'est admirable, assura Castiel, sincèrement.
Il vit les joues de Dean prendre une adorable teinte rouge et il ne put s'empêcher de sourire. De toute évidence, le jeune homme avait du mal à accepter les compliments. Ce n'était pas vraiment étonnant puisqu'il manquait clairement de confiance en lui. Castiel se promit alors de le complimenter le plus souvent possible.
- Ce qui est admirable, ce sont tous ces jeunes qui sont rejetés ou maltraités en raison de leur différence et qui s'en sortent à force de courage. Ce sont eux les héros Cas. Il est tellement facile de céder à la colère quand on a subi la cruauté des gens … mais la plupart en sortent remplis d'amour et d'espoir et … je les admire.
Castiel ne comprenait pas pourquoi Dean refusait de voir que son engagement était incroyable. Qu'ils étaient peu nombreux à se montrer aussi forts. A se battre pour les autres. Mais il était totalement aveugle et ne voyait pas ses propres qualités. Il était en revanche totalement lucide sur celles des autres. Il semblait penser que ce n'était pas grâce à lui que les jeunes dont ils s'occupaient s'en sortaient indemnes. Il ne voyait pas le rôle qu'il jouait dans leur vie. A quel point il était important.
- Je ne doute pas de leur courage Dean mais … ce que tu fais … ce que Charlie, Garth et toi vous faites, c'est incroyable. C'est héroïque. J'aimerais avoir ton courage. J'aimerais avoir ta foi.
Dean fronça alors les sourcils et baissa les yeux. Il emprisonna ensuite sa lèvre inférieure entre ses dents et la mordilla durant quelques secondes. Castiel avait conscience que c'était en raison de quelque chose qu'il avait dit mais il n'aurait pas su dire quoi exactement.
- Quoi ? Demanda t-il alors parce qu'il avait besoin de savoir.
Dean haussa les épaules avant de soupirer longuement.
- C'est juste … quand tu dis que tu aimerais avoir ma foi … ce n'est pas … je n'ai plus la foi depuis longtemps Cas. Je ne sais pas si je l'ai déjà eu. Ma mère était croyante. Elle me répétait souvent, quand j'étais petit, que les anges veillaient sur moi constamment. Je la croyais parce que tous les enfants croient leurs parents quand ils ont quatre ans. Après sa mort, j'ai prié. Je priais même tous les soirs pour qu'on me la rende. J'ai perdu la foi en grandissant. Parce que j'ai compris que Dieu ne pouvait pas exister et laisser les hommes bons mourir sans rien faire. Parce qu'il ne pouvait pas accepter que le monde qu'il avait créé soit devenu ce qu'il est. Alors non Cas … je n'ai pas la foi.
Castiel hocha la tête. Il avait grandi avec des parents extrêmement religieux. Il avait été au catéchisme et avait écouté des prêtres lui parler de Dieu une fois par semaine. Ses parents le forçaient à assister à la messe tous les dimanches. Il continuait à croire en Lui. Il aimait l'idée de Son existence. Mais Castiel ne croyait plus à la religion. Il ne croyait plus qu'elle était bienveillante. Les gens qui l'exerçaient et la suivaient aveuglément finissaient inévitablement par devenir intolérants. Castiel croyait en Dieu mais en un Dieu qui aimait tous les Hommes. Pas en celui que ses parents vénéraient bêtement.
- Il existe plusieurs manifestations de la foi Dean. Elle peut être dirigée vers Dieu mais aussi vers l'humanité … le monde et les gens qui le peuplent. Que tu ne crois pas en Dieu ne signifie pas que tu n'as pas la foi … juste que la tienne est différente de la mienne.
Dean ne semblait pas convaincu et Castiel ne voyait pas comment se montrer plus clair. Il but une gorgée de café pour occuper ses mains et s'empêcher de saisir celles de Dean qui reposaient devant lui sur la table. Il aurait aimé pouvoir le convaincre mais il ne savait pas comment s'y prendre. Il sentait que quelque chose avait changé chez son ami. Il n'aurait pas su dire quoi mais ses fractures semblaient plus visibles que lors de leurs précédentes rencontres. Il s'était passé quelque chose. Mais il savait que Dean refuserait de lui en parler.
- Je ne crois pas avoir foi en l'humanité Cas. Plus maintenant … les hommes ne sont pas bons. Ils ne sont pas charitables. Ils sont méchants … cruels et intolérants. Quelqu'un a dit : l'homme est un loup pour l'homme … il ne pouvait pas avoir plus raison.
Castiel le trouvait bien défaitiste. Surtout pour quelqu'un qui semblait si déterminé à se battre. Cela ne collait pas au personnage. Il avait la sensation que Dean avait perdu espoir en quelques jours. Qu'il avait baissé les bras. Il ne comprenait pas ce qui avait pu autant le bouleverser.
- Je ne peux pas te dire que tous les hommes sont bons parce que ce serait un mensonge … mais ils en existent quelques uns qui le sont tout de même. Ton frère et Jess … Charlie, Garth … toi. Regarde ce que vous accomplissez quotidiennement … regarde tout ce que vous avez déjà fait et dis moi que ce n'est pas la preuve qu'il existe des gens bons dans ce monde.
Dean haussa à nouveau les épaules mais ne protesta pas. Castiel savait qu'il ne le croyait pas. Qu'il n'avait pas réussi à le faire changer d'avis. Il acceptait ses propos uniquement parce qu'il n'avait pas envie d'entrer en conflit avec lui. Ce n'était pas suffisant. Et Castiel se promit d'arriver à changer son opinion au fil des jours. C'était un peu paradoxal. Dean lui avait été présenté pour l'aider à accepter ses choix et à prendre sa vie en mains. En fin de compte, c'était lui qui ressentait le besoin d'aider le jeune homme. Mais c'était une bonne chose. Car cela lui donnait un but. Une raison de se battre. Il en avait besoin pour ne pas rechuter et retourner se cacher de tout et de tout le monde.
- Tu crois en Dieu alors ? Demanda finalement Dean en relevant la tête et en joignant ses mains sur la table.
Castiel les observa une seconde. Il avait des doigts élégants. Longs et fins. Castiel avait toujours aimé regarder les mains des hommes. Ca n'avait jamais été sexuel avant. Mais avec Dean, il savait le plaisir qu'elles pouvaient procurer. A quel point elles étaient puissantes mais aussi délicates. A l'image de l'homme à qui elles appartenaient.
- Je crois en une puissance supérieure oui. Dieu est un terme réducteur. Il a été inventé par des hommes qui se sont ensuite servis de lui pour asservir les croyants. La force en laquelle je crois est différente de celle qu'ils prêchent. Elle est amour et bienveillance. Elle ne nous juge pas. Elle veille sur nous et nous guide. Je ne sais pas vraiment comment l'expliquer mais c'est quelque chose qui me réconforte.
- Je t'envie, tu sais.
Castiel fronça les sourcils, surpris par ce qu'il entendait. Il ne voyait pas ce que Dean pouvait avoir à lui envier. Il avait une vie ordinaire et ennuyeuse. Le jeune homme, en revanche, avait déjà vécu des choses excitantes. Il avait des amis et un frère qu'il aimait. C'était Castiel qui enviait Dean et non l'inverse.
- J'envie ton innocence et ta … ta naïveté. Ne le prend pas mal surtout, ce n'est pas une critique. C'est ce qui fait de toi l'homme que tu es mais … c'est quelque chose que j'ai perdu il y a longtemps.
Castiel savait que Dean était très jeune quand il avait rencontré Jason. Et très jeune également quand son petit ami l'avait brutalement laissé tomber. Il trouvait cela triste. Dean aurait mérité d'être comme n'importe quel homme de son âge. Insouciant et joyeux. Optimiste. Mais il avait été le témoin de trop de souffrance pour ne pas être devenu extrêmement lucide sur le monde qui l'entourait. Cela avait fait de lui quelqu'un d'engagé et de généreux. Mais également quelqu'un de triste et de blessé. Castiel avait envie de le prendre dans ses bras et de lui répéter encore et encore combien il était merveilleux. Mais bien sûr, ce n'était pas quelque chose qu'un ami faisait. Il se retint.
- Mais changeons de sujet … et parlons de choses plus joyeuses. Est ce que ça te dirait de participer à nos groupes de discussion à l'association ? Ca te permettrait de rencontrer du monde et de te faire de nouveaux amis.
Castiel n'était pas forcément opposé à l'idée mais il n'était pas sûr d'être prêt. Assumer son homosexualité avec Dean et Sam était une chose. Mais en parler ouvertement avec des étrangers était plus compliqué. Il ne savait pas s'il pourrait le faire sans se sentir mal à l'aise. Il avait envie de rencontrer du monde mais il voulait le faire à son rythme. Il ne voulait surtout pas se précipiter.
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée, souffla t-il un peu honteux.
Dean semblait nettement plus joyeux à présent. Parfaitement à l'aise maintenant qu'ils avaient changé de sujet. Castiel se demandait combien de force cela lui prenait de jouer en permanence un rôle. S'il avait fini par ne plus savoir que c'était exactement ce qu'il faisait. Il vivait dans le déni alors même qu'il encourageait tout le monde à se montrer parfaitement honnêtes. Il était paradoxal. Mais Castiel savait qu'il ne le faisait pas exprès.
- Et moi je crois au contraire que c'est une excellente idée et … je ne dis pas ça parce que c'est la mienne. Je le dis parce que c'est le cas. Tu as besoin de rencontrer d'autres personnes dans ta situation. De partager ton expérience et de voir de tes propres yeux qu'on peut vivre bien tout en étant la personne qu'on est.
Castiel ne voyait pas ce que des étrangers pouvaient lui apporter dans sa situation. Il avait des amis et il ne se sentait pas seul. Il n'avait pas besoin de plus de monde pour lui dire quoi faire. Ou comment vivre sa vie.
- Je t'ai toi pour ça … et peut être Charlie si elle veut bien m'écouter. Je suis même prêt à parler avec Garth mais … je ne serais pas à l'aise avec un groupe entier de gens. Je ne dis pas que je ne le serais jamais mais juste que je … je n'en suis pas capable pour le moment.
Dean tendit alors la main dans sa direction et la posa sur la sienne. Castiel fit de son mieux pour ignorer le frisson qui lui remonta aussitôt le bras. Il ignora également la douceur de la main de Dean contre le dessus de la sienne. Il ne put en revanche pas ne pas regarder les doigts de son ami qui était serrés autour des siens. Sa peau était plus foncée que la sienne. Sa main plus grande. Il avait des tâches de rousseur dessus.
- Garth et Charlie seront ravis de t'aider. Ils sont géniaux et … je suis là pour toi, tu le sais. Je ne vais pas te laisser tomber. Je te le promets.
Dean était parfaitement sincère et Castiel n'avait aucun doute sur sa volonté de l'aider. Ce n'était peut être pas une bonne idée. Le jeune homme avait développé des sentiments pour son ami et même s'il était définitivement trop tôt pour parler d'amour, ils étaient là. Ils seraient peut être renforcés par la présence fréquente de Dean dans sa vie. Mais ce n'était pas là le plus important. Il devait se concentrer sur lui pour le moment. Et sur sa mission. Celle d'aider son ami à prendre enfin confiance en lui. Si Dean parvenait à l'aider, il finirait peut être par croire qu'il était important. Qu'il comptait. Et qu'il pouvait faire des choses biens pour les gens qui l'entouraient.
- Merci pour tout Dean. Je suis content de t'avoir rencontré, avoua t-il.
Dean lui sourit à nouveau.
- Et moi je suis content que les choses ne soient pas … plus compliquées entre nous après l'autre nuit.
Castiel ne s'était pas attendu à ce que son ami aborde le sujet. Il ne savait pas vraiment comment en parler sans révéler à quel point il se sentait bouleversé. A quel point cette nuit avait changé sa vie. Il se contenta alors d'hocher la tête. Dean fronça les sourcils.
- Elles ne le sont pas hein Cas ?
Castiel baissa les yeux sur leurs mains jointes avant de secouer finalement la tête. Cela ne servait à rien de s'étendre sur ce qu'il ressentait. Cela ne ferait que compliquer un peu plus encore les choses.
- Non, elles ne le sont pas. Je … je ne t'ai pas menti l'autre jour. Je savais ce que je faisais et je ne regrette rien. Mais … j'étais inquiet … inquiet que tu ne veuilles plus être mon ami et … je suis soulagé maintenant. Parce que je pense sincèrement que tu pourras m'aider et que tu es le seul à en être capable.
- Tu ne devrais pas autant te reposer sur moi … je pourrais … je pourrais te décevoir.
Castiel posa sa main libre sur celle de Dean et la serra une seconde. Il garda ses yeux rivés dans ceux du jeune homme pour donner à ses propos un peu plus de poids encore.
- Non, Dean, non. Ne parle pas comme ça s'il te plait.
Il attendit que son ami dise quelque chose mais devant son silence, il se sentit obligé de reprendre la parole.
- Tu refuses de voir ce que tu es capable de m'apporter mais laisse moi en être juge. Personne ne peut dire ce que l'avenir nous réserve mais je suis optimiste et tu finiras par l'être toi aussi. Pour le moment, contente toi de me croire.
Dean hocha alors la tête et Castiel laissa échapper un long soupire de soulagement. Il y avait encore du travail à faire pour convaincre Dean mais ils avançaient dans la bonne direction.
- Alors pas de groupe de discussion ? Demanda le jeune homme après quelques secondes de silence.
Ils avaient toujours les mains jointes mais Castiel n'avait pas l'intention de relâcher celle de Dean tant que son ami ne le lui demanderait pas. Il aimait la sensation que cela lui procurait. Et peu importait que ce ne soit pas un geste « amical ». Il n'y avait pas vraiment de témoins autour d'eux. Personne n'allait les juger.
- Pas pour le moment.
Dean acquiesça avant d'adresser un nouveau sourire à Castiel.
- C'est dommage tu sais … j'en anime la plupart et je suis irrésistible quand je prends la parole … tout le monde rit à mes blagues.
- Par politesse Dean … uniquement pour ne pas te vexer, plaisanta Castiel aussitôt.
Dean haussa les épaules. Il était facile de discuter avec le jeune homme. Il suffisait de regarder dans ses yeux pour lire sa gentillesse et sa volonté de faire le bien autour de lui. Castiel aimait la facilité avec laquelle ils pouvaient plaisanter ensemble.
- Peut être mais il y a également des gâteaux à ces réunions … Garth est souvent pris d'une frénésie pâtissière quand on doit se réunir. Certains sont même mangeables.
- Certains ?
- Si tu acceptes de venir, je te dirais lesquels sont sans risques.
Castiel sourit. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi Dean tenait absolument à ce qu'il vienne à ces réunions. Elles lui seraient sans doute bénéfiques mais le jeune homme devait comprendre qu'il n'était pas prêt. Il devait lui laisser le temps de se faire à l'idée avant.
- Je vais y réfléchir, assura t-il.
Dean hocha alors la tête.
- C'est tout ce que je te demande.
Castiel acquiesça à son tour puis prit une grande inspiration. Il avait envie de terminer son café mais cela supposait qu'il relâche la main de Dean. Et ce n'était pas quelque chose qu'il avait envie de faire. Bien au contraire. Il aurait été parfaitement heureux de pouvoir continuer à la tenir jusqu'à la fin de sa vie. Et le simple fait que cette idée lui traverse l'esprit en disait une nouvelle fois long sur ce qu'il ressentait. Mais il l'ignora aussitôt. Ce n'était pas le bon moment.
- Tu as suivi un formation pour savoir quoi dire ? Tu as demandé des conseils à des professionnels ? Demanda Castiel, curieux.
Dean secoua la tête.
- Non pas vraiment. Je sais que certains psychologues savent de quoi ils parlent et veulent vraiment aider leurs patients mais ce n'est pas ce dont ces jeunes ont besoin. Ils ne veulent pas entendre de termes médicaux ou des platitudes qui ne les aident pas. Ils sont le plus souvent méfiants et la simple évocation d'une quelconque médication les ferait fuir. Ce dont ils ont besoin, c'est de quelqu'un qui les écoute. De quelqu'un qui les comprend et sait exactement ce qu'ils traversent. Ils ont besoin d'une oreille attentive. Pas de quelqu'un payé pour les écouter et qui les oubliera dès qu'ils seront partis.
Castiel pouvait comprendre ce que Dean cherchait à dire. Il était de son avis. Il avait beaucoup de respect pour le corps médical mais lui même s'imaginait mal aller voir un psychologue pour parler de ses problèmes. Il était plus simple de les confier à quelqu'un comme Dean. Quelqu'un qui avait affronté des épreuves plus ou moins similaires.
- Ils comptent beaucoup pour toi n'est ce pas ?
Dean parlait des personnes de son association comme il parlait de ses amis. Castiel n'aurait pas été surpris qu'il connaisse les prénoms de chacun et qu'ils n'en aient pas oublié un seul. C'était encore une preuve de son attachement à ce qu'il faisait. De la sincérité de son engagement.
- Ils sont importants … tous. Je … j'aime les voir évoluer et s'en sortir peu à peu. J'aime également avoir de leurs nouvelles ensuite. Ils sont tous différents. Leurs réactions sont différentes et il est impossible de prédire ce qu'ils feront. Mais en définitive, ils ont tous le même problème. Ils veulent être aimés et acceptés. Ils veulent simplement vivre leur vie et c'est ce que j'espère pouvoir les aider à faire.
- Tu n'es jamais frustré de voir que le monde ne change pas ? Qu'il y aura toujours des personnes qui se feront rejeter ou maltraiter parce qu'ils sont différents ? Tu ne penses jamais à baisser les bras ?
Dean sembla avoir besoin de quelques secondes pour réfléchir à ses questions et Castiel le laissa faire. Il reporta son attention sur leurs mains jointes et sourit en regardant les doigts de Dean qui dépassaient sensiblement des siens.
- Ca m'arrive oui … parfois, quand je regarde les informations ou que je lis le journal, j'ai envie de … j'ai envie de crier … j'ai envie de me mettre en colère et de m'en prendre directement à ceux qui font du mal à ces jeunes. Mais ensuite … je réalise que cela me conduirait probablement en prison et je ne pourrais plus rien faire une fois enfermé. Et oui, souvent, je me sens impuissant. Je sais que le monde ne changera pas du jour au lendemain et je sais que je n'ai pas le pouvoir de changer les mentalités des gens. Mais je refuse de baisser les bras parce que personne ne voudra prendre ma place. Et si j'arrête, alors ils seront seuls. Ils seront livrés à eux mêmes et ce n'est pas acceptable.
Castiel était totalement admiratif du courage du jeune homme. Il devait être décourageant parfois de voir que le monde continuait à rejeter les personnes différentes et que, quoi qu'on fasse, cela ne changerait peut être jamais. Mais Dean était toujours là. Il continuait de se battre et il était déterminé à ne jamais baisser les bras.
- Quand j'ai des doutes ou quand je me sens juste résigné, j'en parle avec Charlie et elle a … elle a le don de me redonner le moral et de me remotiver avec quelques mots. C'est aussi pour ça qu'il est important d'être entouré. On ne peut pas y arriver seul.
Castiel partageait son avis sur ce point. Il savait qu'il aurait été incapable de s'assumer s'il n'avait pas rencontré Sam et Dean. C'était parce qu'il n'était plus seul qu'il avait réussi à avancer. Il comprenait donc l'importance que pouvaient avoir Charlie et Garth dans la vie de son ami.
- Et puis tu sais, il n'y a rien de plus satisfaisant que de voir quelqu'un dont on s'est occupé refaire sa vie à l'extérieur et trouver le bonheur. Quand ça arrive, on comprend qu'on a eu raison de s'engager. Raison de croire qu'on pouvait le faire. Et alors tous les moments de désespoir sont oubliés. C'est comme ça.
- C'est admirable, ajouta Castiel en souriant.
Dean haussa une nouvelle fois les épaules mais ne protesta pas. C'était un premier pas en avant. Castiel jeta alors un coup d'oeil autour de lui. Il n'y avait plus qu'un seul client en plus d'eux dans le café. Il ne faisait absolument pas attention à eux et Castiel en fut soulagé. Il ne voulait pas qu'on puisse entendre ce qu'ils se disaient. Ou qu'on puisse mal interpréter le fait qu'ils se tenaient la main. Il savait que des personnes les jugeraient sur ce simple geste de soutien. Que d'autres s'en prendraient à eux uniquement parce qu'ils ne l'acceptaient pas. C'était sa vie à présent. S'il choisissait de vivre ouvertement son homosexualité, il allait devoir en accepter les risques. Il ne rencontrerait pas que des gens bien intentionnés. Que ce soit dans sa vie de tous les jours ou dans le monde professionnel. Il serait regardé de travers. Il serait jugé et sans doute insulté parfois. Mais il refusait de se cacher à nouveau. Pas après ce que Dean lui avait dit ce soir. Rien ne se serait simple pour lui mais il allait se battre. Ne serait ce que pour se montrer digne de la foi que son ami avait visiblement en lui.
- Tu m'as l'air bien songeur, lança Dean après quelques secondes.
Castiel secoua la tête puis haussa les épaules.
- Je me disais juste que rien ne sera simple pour moi à compter d'aujourd'hui.
- Cas, intervint Dean d'une voix douce.
- Non, c'est important que je le sache et … je l'accepte. Je suis prêt. Enfin … peut être pas totalement prêt mais … je vais y arriver.
Dean sembla satisfait par ce qu'il entendait et Castiel lui adressa alors un large sourire. Ils restèrent ensuite de longues secondes à se regarder dans les yeux et Castiel eut la sensation que le temps suspendait son cours. Il oublia le monde qui l'entourait et se concentra sur les yeux verts de son ami. Sur le sourire qui étirait ses lèvres. Sur son visage au dessin délicat. Il oublia ses doutes et ses sentiments. Dean le regardait dans les yeux et plus rien n'avait d'importance.
Leur petit moment fut brusquement interrompu quand le téléphone de Dean se mit brutalement à sonner dans sa poche. Le jeune homme sursauta alors et retira sa main de celles de son ami pour prendre son portable. Il décrocha sans même regarder qui l'appelait et colla son autre main contre son oreille.
- Allo ?
Castiel garda les yeux rivés sur lui et lut la surprise sur son visage. Il ne savait pas qui était à l'autre bout du fil mais de toute évidence, Dean ne s'était pas attendu à son appel.
- Où ça ? D'accord, d'accord, calme toi. Oui je t'entends mais je … est ce que c'est grave ?
Castiel sentit son cœur s'accélérer. De toute évidence, Dean ne recevait pas de bonne nouvelles. Pendant une seconde, il eut peur que cela concerne Sam. Il se pencha alors en direction de Dean et tenta d'entendre la voix de la personne qui lui parlait.
- Qu'est-ce que disent les médecins ?
La question arracha un frisson à Castiel. C'était sérieux. Dean avait le visage tendu et les yeux sombres. Il ne semblait plus avoir conscience de la présence de son ami en face de lui. Il était entièrement concentré sur ce qu'il entendait.
- D'accord, parfait je … je serais là d'ici quelques minutes mais … non calme toi. Je suis sûr que ça va aller. Je viens tout de suite. Parfait. Rappelle moi si tu as besoin.
Sur ces mots, Dean raccrocha son téléphone. Il resta immobile durant quelques secondes avant de jurer brutalement entre ses dents et de donner un coup de poing sur la table. Castiel sursauta et recula aussitôt. Le seul autre client du café leur jeta un rapide coup d'oeil avant de se reconcentrer sur ce qu'il faisait.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a Dean ?
Le jeune homme se passa une main qui tremblait sur le visage avant de ranger son téléphone dans sa poche et de se lever de sa chaise. Il sembla chercher une seconde quelque chose du regard avant de s'éloigner de la table sans un mot. Castiel eut besoin d'un instant pour se mettre en action à son tour. Il se leva finalement de sa chaise et rejoignit son ami à l'extérieur. Il était au bord de la route et faisait signe à un taxi de s'arrêter à sa hauteur.
- Dean ! L'appela Castiel.
Le jeune homme lui jeta un coup d'oeil par dessus son épaule et fronça les sourcils. C'était presque comme s'il était surpris de le trouver là.
- Garth a été agressé, déclara t-il d'une voix froide.
Castiel sentit son cœur battre un peu plus fort encore dans sa poitrine. Il déglutit avec peine et s'approcha de son ami. Un taxi venait tout juste de s'arrêter à sa hauteur. Dean ouvrit la portière mais ne monta pas immédiatement dedans.
- Il est dans un sale état et … les médecins pensent qu'il va s'en sortir mais je … je dois aller le voir Cas et je …
- Je vais venir avec toi, le coupa Castiel.
Il n'avait pas besoin de réfléchir plus longtemps pour savoir que c'était ce qu'il devait faire. Il n'avait même pas hésité une seconde. Il avait envie d'être là pour son ami. Il pouvait sentir que la nouvelle l'avait totalement bouleversé. Il ne pouvait décemment pas le laisser seul. Une fois à l'hôpital, il se ferait discret. Charlie serait sans doute là elle aussi. Mais pour le moment, il était tout ce que Dean avait.
- Mais … tes révisions ? Demanda le jeune homme d'une toute petite voix.
Castiel se fichait totalement d'échouer à son devoir. Ca n'avait aucune importance. Aider Dean était tout ce qui comptait.
- Je me fiche de tout ça. Je viens avec toi et je ne te laisserais pas me convaincre du contraire.
Dean hocha alors la tête puis monta dans le taxi. Castiel prit place à côté de lui et laissa le jeune homme indiquer le nom de l'hôpital où ils se rendaient. Il se tourna ensuite vers son ami et le regarda droit dans les yeux.
- S'il … je ne sais pas ce que je ferais s'il …
- Chut Dean, ne dis pas ça. Garth est fort et il va s'en sortir.
Castiel ne pouvait pas faire de promesses mais il savait que son ami avait besoin d'être rassuré. Il n'avait vu Garth qu'une fois mais il savait que c'était quelqu'un de gentil. Quelqu'un qui n'aurait jamais fait du mal à qui que ce soit. Et le fait que des personnes s'en soient prises à lui le rendait fou de rage. C'était une nouvelle fois la preuve que ce monde n'avait rien d'autre à leur apporter qu'un peu plus de souffrance à chaque fois.
- C'est un de mes meilleurs amis, confia Dean après quelques secondes.
Castiel sentait qu'il était au bord des larmes. Il aurait voulu trouver les bons mots pour le réconforter. Mais il ne savait pas quoi dire. Il n'avait jamais été confronté à une telle situation. Il espérait que sa présence suffirait à apaiser un tant soit peu le jeune homme. Il lui saisit la main à nouveau pour établir un contact avant d'hocher la tête lentement.
- Je sais Dean … je sais. Et crois moi, je suis sûr qu'il le sait lui aussi.
Le jeune homme hocha la tête à son tour avant de regarder à nouveau droit devant lui. Castiel utilisa ce temps pour adresser une prière silencieuse à cette force supérieure à laquelle il croyait. Il lui demanda de veiller sur Garth et de s'assurer qu'il guérirait de ses blessures. Il lui demanda enfin de garder un œil sur Dean et de se montrer enfin clément avec lui. Il n'aurait pas pu jurer qu'on l'entendait mais le simple fait de s'adresser à lui le soulagea sensiblement. Et lui redonna un peu de force. Il allait en avoir besoin.
