Merci à HappyPhant0m, Mistycal, Melody, Idiote et Gaef pour leurs reviews, les deux premiers pour avoir commenté lors de leur découverte, les trois seconds pour me suivre régulièrement :) J'ai particulièrement aimé vos suggestions pour ce chapitre et vous laisse donc voir si vous êtes dans le vrai sans plus de discussions.

Bonne lecture,

Caprice

RAR à Melody: Il n'y a pas qu'au milieu de sa tourmente sentimentale que Luth est complètement perdue, mais celle-ci y contribue bien en effet. Je serai curieuse de savoir si tu as deviné plus de choses que Luth et ce qui te fait pencher pour Sirius, d'ailleurs! A bientôt!


Chapitre 10 : Conjuguez « intriguer » …

- SIRIUS !

Le cri résonne dans le couloir, suivi d'un sifflement bizarre. Avant d'avoir eu le temps de comprendre ce qu'il se passe, je me retrouve plaquée au mur par Remus. Si mon neurone de la groupie en furie, toute vigueur retrouvée, n'était pas en train de hurler à tue-tête « comme c'est romantiiiique ! », peut-être que je pourrais me demander pourquoi il a fait ça, pourquoi il a sorti sa baguette et pourquoi il n'aide pas Sirius, à présent étendu par terre. Mais mon cerveau embrumé refuse d'analyser la scène. Il doit aussi rester en mode pause, car j'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée lorsqu'une nouvelle voix s'invite à la fête :

- LUTH ? Mais qu'est-ce que tu fiches ?

Avant que je ne réalise ce qu'il se passe, Remus s'écarte rapidement de moi pour se pencher sur Sirius. Je me décolle du mur, un peu rouge, et identifie les nouveaux arrivants : Keith et sa tendre Judith. Aïe. Comme si j'avais besoin de ça.

- J'aimerais bien le savoir moi-même, je grogne en réponse à sa précédente question.

Sirius, toujours allongé au sol, gémit en se tenant le genou. Il traite Remus de tous les noms et lui promet mille morts toutes plus atroces les unes que les autres.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demande avidement la petite amie de mon frère.

Elle s'approche en s'accrochant à son bras comme si sa vie en dépendait. Keith a le bon goût de paraître gêné. Il se passe nerveusement la main dans ses boucles claires. Mais Judith ne s'embarrasse pas. Je serre les poings, réprimant une pulsion meurtrière.

- Rien qui te regarde, je réponds sèchement. Alors retourne à tes occupations !

La gamine se redresse, offensée. Elle semble chercher quelque chose à dire, mais ne trouvant rien, elle opère un demi-tour stratégique, tête haute, et entraine mon frère dans une autre direction. Je reste un instant aux aguets, histoire de vérifier qu'ils ne vont pas se cacher à côté pour espionner. Heureusement, non. Je retourne donc dare-dare vers les garçons.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé, Remus ? je demande en m'agenouillant.

- Il s'est passé que j'ai joué mon rôle de garde du corps. Regarde ça.

Il remonte le pantalon de Sirius jusqu'à son genou, dévoilant un bleu d'une taille impressionnante.

- Qu'est-ce qui a bien pu faire ça ? Il fallait un objet physique !

- Je l'ai aperçu, je crois que c'était un…

Sirius semble chercher ses mots.

- Vous savez, ce truc bizarre que les moldus s'amusent à lancer et qui revient vers eux ?

- Un boomerang ?

Je suis interloquée et surtout, je ne comprends rien à rien. Sirius tente de se relever. Il prend appui sur sa jambe, reste en équilibre incertain un instant… et retombe en grognant.

- Aïe !

- Tu as quelque chose de cassé ? je m'inquiète.

- Ca m'étonnerait. C'est plutôt… bizarre, comme sensation.

Eh bien, voilà qui nous aide.

- Qu'est-ce ces imbéciles en vert ont bien pu trafiquer ?

- Quelque chose que la morale réprouve, j'en ai bien peur, répond sombrement Remus. Ils ont utilisé un objet, ce qui signifie que ce qu'ils ont fait à ce boomerang était suffisamment puissant pour nécessiter un support physique…

- Tu devrais aller à l'infirmerie, je fais à Sirius qui tente obstinément de se mettre debout.

- J'ai vu pire ! Et puis, qu'est-ce que je dirais à Miss Pomfresh ?

- Mais le bleu sur ton genou est apparu bien trop vite ! Et regarde, il grossit et noircit à vue d'œil !

Les garçons échangent un regard incertain. Visiblement, ils ne savent pas quoi décider. Pour une fois !

- On ne va pas rester là jusqu'à la Saint Ulfric, j'interviens. Sirius, tu vas à l'infirmerie, sinon je vais trouver moi-même Miss Pomfresh !

- Elle n'a pas tort, tu sais, tente Remus en direction de son ami.

Il répond par une grimace. Nous l'aidons à se relever – mais qu'est-ce qu'il est lourd ! – et le soutenons pour qu'il puisse marcher.

Nous parcourons une dizaine de mètres avant que Sirius ne repousse brutalement Remus.

- Dégage ! crache-t-il méchamment.

Déséquilibrée par l'absence de soutien, je perds l'équilibre et entraine le Maraudeur dans ma chute. Sirius feule. Il quoi ? Je me relève précipitamment pour le voir fixer son ami en retroussant les lèvres. Ses yeux n'ont pas leur couleur habituelle.

- Euh… Sirius ? je tente, incertaine.

- Chut ! Ne fais pas de bruit ! répond-il sans cesser de fixer Remus, qui s'est prudemment mis hors de portée.

Je lève les yeux vers mon camarade, complètement perdue. Mon regard signifie clairement « qu'est-ce que c'est que ça ? », mais sa réponse est un haussement impuissant des épaules. Soudain, Sirius secoue la tête, semblant revenir à lui.

- Remus ? Remus ! Où es-tu ?

- En face de toi.

- Mais… je ne te vois pas ! Je ne vois plus rien !

- Calme-toi, Sirius, répond son ami en se rapprochant lentement. Là, tu sens ma main.

Sirius sursaute à son contact. Je reviens près de lui. Il fronce les sourcils, repousse Remus et halète.

- Je… arrive plus… respirer !

Ca commence à m'affoler, là ! Je le pousse brusquement contre le sol pour l'allonger et desserre sa cravate.

- Remus, enlève-lui sa ceinture !

Il obéit sans broncher, mais à peine a-t-il esquissé un geste que la main du malade vient gifler la sienne. Nouveau feulement.

- Sirius, laisse Remus faire, il veut t'aider !

- Non, crache-t-il. Mauvais !

- Quoi ? Mais non voyons ! Remus n'est pas…

Mais Sirius ne m'écoute pas et s'étouffe. Il se relève et crache une chose étrange. Je m'étrangle en la reconnaissant.

- Une boule de poils ?

Merlin, il faut faire quelque chose et vite ! Quoi ? Mon cerveau est en état d'alerte et les neurones ne trouvent pas de solution. Je déchire le pantalon de Sirius et étouffe un cri d'horreur. La moitié de sa jambe est recouverte d'une matière noire et étrange. On dirait du poil de chat.

- Je vais chercher Pomfresh !

- Non ! s'exclame Remus dans un sursaut. Moi, j'y vais !

- Mais…

- Luth, il refuse que je l'approche. S'il se passe quelque chose je ne pourrai rien faire !

Et le temps que je réplique, il est parti en courant. La dernière image que j'ai de lui, c'est son expression livide et terrifiée.

Je reste à côté de Sirius qui continue de cracher des boules de poils, sans trop savoir quoi faire. Je desserre sa ceinture pour l'aider à respirer et l'encourage doucement :

- Ca va aller, Sirius, Miss Pomfresh arrive. Elle va te tirer de là.

Il tousse.

- … Pas un imbécile ! Kof, kof… Gentil quand même, kof kof.

Bon et maintenant, je fais quoi ? J'espère que Remus reviendra avant qu'un attroupement d'élèves ne se forme autour de Sirius. Je n'ai vraiment pas besoin de spectateurs.

oOoOo

Remus revient à peine dix minutes plus tard, accompagné de Miss Pomfresh et du professeur McGonagall. Hallelujah ! Tandis qu'il reprend son souffle, je m'écarte pour laisser l'infirmière examiner son patient. Ca ne prend pas longtemps. D'un coup de baguette, elle conjure un brancard et le fait léviter en direction de l'infirmerie.

oOoOo

Nous piétinons maintenant tous deux dans le bureau de notre directrice de maison, attendant qu'elle arrive. Lorsqu'elle entre, son habituel air sévère est teinté d'inquiétude. Elle nous dit de nous asseoir, nous regarde tour à tour puis me demande de raconter ce qu'il s'est passé. J'inspire :

- Nous allions en cours de Soins aux créatures magiques. Nous avons pris un raccourci et…

Euh… Je lui dis que Remus a surgi à l'improviste, tel Lancelot du Lac sauvant Guenièvre des griffes de la Chimère ? Réflexion faite, non, on va éviter.

- Nous avons entendu un sifflement bizarre et Sirius est tombé par terre. Il n'arrivait plus à se relever puis il a commencé à devenir bizarre… Il… il ne voulait pas que Remus l'approche, il disait qu'il était mauvais, je continue d'une toute petite voix.

Jetant un œil à Remus, je m'aperçois que ses traits sont crispés à ce souvenir. Je me demande pourquoi ça l'atteint tant. Après tout, Sirius n'était pas dans son état normal. McGonagall frémit également. J'ai encore dû louper un épisode.

- A-t-il dit quelque chose d'autre lorsque vous étiez seule avec lui ? me demande-t-elle calmement.

- Euh… non. Juste que je le prenais pour un imbécile quand j'essayais de le rassurer.

- Bien. Mr Lupin, avez-vous quelque chose à ajouter à la déclaration de Miss Selwyn ?

- Oui, professeur. Je crois que ce qui a frappé Sirius était un boomerang.

- Un boomerang ? répète notre professeur, déconcertée.

- C'est un objet moldu, je commence.

- Je sais ce qu'est un boomerang, Miss Selwyn.

Je deviens toute rouge.

- Dommage que vous n'ayez pas pu le récupérer. Il aurait été très utile pour comprendre ce qui arrive à Mr Black.

- Vous ne savez vraiment rien, professeur ? je demande en triturant une mèche de cheveux.

McGonagall me vrille de son regard perçant et je frissonne. Je ne la vois que peu, ayant arrêté la Métamorphose après mes BUSEs et j'ai donc perdu l'habitude de la fréquenter.

- Miss Pomfresh pense que le but de l'agression était de transformer Mr Black en Fléreur.

- En Fléreur ? s'exclame Remus pour moi. Mais pourquoi ?

Notre directrice hausse les épaules, aussi perplexe que nous.

- J'espérais que vous me le diriez. Miss Pomfresh pense également qu'il y a eu quelques ratés dans l'exécution des sortilèges. Selon son diagnostic, il y a deux possibilités : soit le but était une transformation totale et dans ce cas les schémas magiques n'ont pas été respectés…

Ben je trouve que niveau transformation c'était plutôt bien parti, personnellement : les yeux jaunes, l'agressivité, les boules de poils…

- Soit aucune transformation physique n'était prévue, auquel cas certains procédés ont été oubliés. La présence du… boomerang nous aurait aidés à identifier le but final et peut-être même l'auteur de cette farce de mauvais goût. Toujours aucune suggestion quant au coupable, je présume ?

Disant ces mots, elle fixe tout spécialement Remus. C'est assez drôle qu'elle pense que la farce était dirigée contre un Maraudeur. Elle doit croire que je n'ai fait que me trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Je ne peux pas lui dire que c'était moi la victime, en théorie. Il faudrait lui avouer que je suis la responsable de la farce sur les Serpentards. Quoique j'aimerais bien voir sa tête si j'avouais !

Après que Remus ait répondu par la négative, le professeur McGonagall nous renvoie en cours avec un mot d'explication. Avant de nous laisser partir, elle nous assure que Sirius sera sur pied rapidement et nous prie de l'informer si d'autres informations nous reviennent en mémoire. J'ai l'impression qu'elle dit cela pour la forme, sachant très bien que Remus ne dira rien qui compromettrait Sirius.

oOoOo

- Ca va, Luth ? me demande Remus une fois que nous nous sommes suffisamment éloignés.

- Je ne sais même pas quoi répondre.

En effet, je me sens pleine d'humeurs différentes : vidée, soulagée, coupable, mais aussi perplexe et intriguée.

- Ca n'a aucun sens. Pourquoi voulaient-ils me transformer en Fléreur ?

- C'est une idée comme une autre… Un bon moyen de te ridiculiser en public, je suppose.

- Il y a pire. Un Fléreur, c'est juste un… chat ! Ca n'a rien de ridicule !

- C'est tout de même un chat qui reconnaît les personnes peu fréquentables ! Imagine ce qu'il se serait passé si en plein milieu du repas tu t'étais mise à attaquer l'un d'entre nous.

- J'aurai plutôt attaqué les Serpentards, je réponds. Vous êtes bien plus fréquentables qu'eux.

- Cela dépend, répond Remus, songeur. Selon leur plan, ils ont très bien pu ajouter un critère comme fréquentable pour eux. Avec une potion ou un sortilège…

- Impossible ! je m'exclame. Il faudrait passer par les schémas arithmantiques et…

- Tu as déjà oublié le cours magistral de McKinnon, à ce que je vois, fait-il, caustique. La magie noire ne s'embarrasse pas de schémas arithmantiques.

Je m'étrangle.

- Tu es en train de me dire qu'ils ont fait de la magie noire ? Mais c'est grave !

- Peut-être pas totalement noire, mais pas suffisamment blanche à mon goût.

Il remarque sans doute mon air abattu car il passe un bras autour de mes épaules. « Hiiiiiiiii ! ».

- De toute façon, on ne le saura jamais. Tu as entendu le professeur McGonagall : leur vengeance a raté. Pourquoi, on ne saura sans doute jamais, mais c'est tant mieux.

- Mais Remus, de la magie noire, c'est grave ! Il faut le dire à…

- Tss, ils s'en rendront bien compte tous seuls. Et il y a fort à parier qu'ils soupçonnent déjà la bande de Rogue, ne serait-ce que parce que la victime s'appelle Sirius Black.

- Et ils ne vont rien faire !

- On n'accuse pas sans preuve, Luth. Et les Serpentards le savent très bien. Ils s'en fichent qu'on les suspecte tant qu'on ne peut rien démontrer.

Je me sens subitement sans défense face à tant de haine. « Cesse donc de te faire du mouron et profite de l'instant présent » professe le neurone de la groupie en furie. Etonnamment, j'ai du mal à l'écouter, cette fois-ci.

oOoOo

- Ou étais-tu passée ?

Accueil très chaleureux de Lily lorsque nous la retrouvons pour le cours de Potions.

- Comme Sirius et toi n'étiez pas là, j'ai été obligée de me mettre avec James !

La pauvre, je suis sûre que c'était vraiment horrible. Je compatis de tout mon cœur.

- Alors j'espère que tu as vraiment une bonne excuse !

A vrai dire, j'en ai une, mais je n'ai pas spécialement envie de me lancer dans des explications maintenant.

- Eh, Luth, je te parle ! Qu'est-ce que tu faisais seule avec Remus ? Et tu sais où est Sirius ? Il n'était pas avec vous ?

Je pousse un soupir de soulagement lorsque le professeur Slughorn ouvre la porte et nous invite à entrer. Sans répondre, je vais m'affaler sur ma chaise, laissant derrière moi une Lily mécontente.

Ann s'installe silencieusement à mes côtés. D'un regard en coin, je la vois m'observer d'un œil inquiet, hésitant à parler.

- Promis, je vous raconterai tout au repas, je souffle avant qu'elle puisse ouvrir la bouche. Mais pour l'instant, j'ai surtout besoin de silence.

Surprise, elle acquiesce malgré tout. Le cours commence et je m'exécute distraitement, broyant du noir. Je ne vois que Remus, devant moi, parler tout bas aux garçons.

oOoOo

- Il faut aller tout de suite à l'infirmerie !

- Non ! C'est hors de question ! Tu vas manger d'abord ! Ensuite tu pourras aller vociférer contre les Serpentards avec Sirius.

- Mais Remus…

- J'ai dit NON !

Et sans plus se préoccuper de James, Remus fait demi-tour et se dirige résolument vers la Grande Salle. Je le suis en silence, toujours en tentant d'éviter Lily. Mais celle-ci s'est rabattue sur James pour avoir des nouvelles fraiches.

La première chose que je vois en entrant, c'est la bande de Rosier. Quand ils me voient, je pense ironiquement que leur air surpris aurait comblé Sirius de joie. Mais je ne suis pas suicidaire, moi. Je me contente de les ignorer et de rejoindre ma table.

Je me laisse tomber sur le banc, juste à côté de Remus, et nous attendons toujours aussi silencieusement que les autres arrivent. Ils mettent un moment, mais Peter et Mary les ont rejoints lorsqu'ils s'asseyent autour de nous.

- C'est… bafouille Peter, tremblant.

De peur ? De rage ? Je n'en sais trop rien.

- Eh bien, grince James en s'asseyant en face de nous, tu en fais une tête !

- Elle est sous le choc ! me défend Ann et je me sens pleine de gratitude envers elle.

- Ce n'est pourtant pas elle, la victime !

Allons bon, il va me tenir responsable des blessures de Sirius ? Coupable, je me dis que je le suis en effet… jusqu'à ce qu'il continue.

- Et puis tu savais qu'ils se vengeraient, tu l'as dit toi-même ! Tu t'y attendais !

- Je ne m'attendais pas à de la magie noire ! je bondis.

Grand silence choqué.

- De… de la magie noire ? balbutie Potter en se tournant vers Remus, accusateur. Tu ne nous l'as pas dit !

L'accusé lève les yeux au ciel.

- Ce n'est qu'une hypothèse, James.

- Hypothèse, mon œil ! Si tu y as pensé, c'est que tu as une preuve ! Tu es tellement comme McGonagall à ne jamais vouloir accuser sans preuve !

Houlà, Monsieur devient agressif. Faut qu'il se calme.

- Eh, Potter, ne parle pas comme ça ! s'insurge notre préfète-en-chef, bouillante d'indignation devant tant de méchanceté. Remus n'a rien fait !

- Lily, pas la peine de t'énerver, répond Mandy sur le même ton. C'est normal que James se sente touché, c'est quand même son meilleur ami qui a été victime de magie noire.

Je ferme les yeux et retiens un soupir exaspéré. Finalement, les Serpentards auront atteint leur but : on va tous se crier dessus et ne plus jamais s'adresser la parole.

- C'est fou ce que mes amis sont agréables ce soir, crie presque Ann en se tournant vers Fabian, assis à côté d'elle.

J'avale ma pomme de terre de travers. Un silence mi-choqué, mi-colérique suit ses paroles. La fourchette dans la bouche, les yeux rivés sur le sixième année, elle nous ignore ostensiblement.

- Euh… C'est vrai qu'il y a de l'ambiance, répond prudemment le Prewett, pas vraiment heureux de devoir médire sur son capitaine.

Et Ann de nous regarder enfin en agitant sa fourchette d'un air sévère.

- On dirait ma sœur, pouffe Fabian pour détendre l'atmosphère. Tu es faite pour avoir beaucoup d'enfants, je crois !

Ma meilleure amie se tourne vers lui, la fourchette toujours en l'air.

- Elle en a combien, ta sœur ?

- Son troisième est né cet été. Elle l'a appelé Percy.

- Le pauvre.

- Je suis assez d'accord, grimace Fabian.

Ann se tourne à nouveau vers nous :

- Vous voyez, ça, c'est ce qu'on appelle une conversation civilisée. Et tant que vous n'êtes pas capable d'en tenir une, ce n'est même pas la peine de m'adresser la parole. Et les deux autres, Fabian, comment ils s'appellent ?

Mary et moi nous retenons à grand-peine de rire en voyant les mines dépitées des autres. Nous sommes des habituées de ses coups de colère. Ann a horreur que nous nous disputions et fera tout pour que ça n'arrive pas. Mais c'est sûr que lorsqu'on ne le sait pas, voir la joyeuse, légère et enthousiaste Ann faire la morale peut être assez surprenant.

Je regarde mes camarades. La plupart semblent embêtés, surtout Remus qui affiche un sourire gêné. James est plus ahuri qu'autre chose, mais Mandy est simplement outrée. Elle commence vraiment à m'énerver. Ce n'est pas parce qu'on a touché à son Sirius chéri qu'il faut entrer en guerre contre le reste du monde. Eh, c'était moi qui étais visée et je n'en fais pas un drame ! Enfin… presque.

- Pardon, fait Peter d'une toute petite voix.

- Je ne crois pas qu'elle s'adressait à toi, répond tout de suite Mary avec un sourire rassurant.

Ne pas fixer James d'un air accusateur. Ne pas fixer James d'un air accusateur. Ne pas regarder Mandy non plus. Surtout pas.

- Eh bien pardon aussi, s'engage Lily.

James répète immédiatement. Ah, le pouvoir de l'amour… Je devrais peut-être y croire un peu, finalement.

- De toute façon, enchaîne l'amoureux en question, je crois que nous sommes tous d'accord : on ne peut pas les laisser faire.

Evidemment, je n'ai pas envie de me retrouver transformée en truc bizarre.

- Tu as raison. Il faudrait… Zut, je suis bête ! Je n'aurais pas dû venir au repas ce soir !

De nouveau, mes amis me regardent sans comprendre.

- Eh bien comme ça ils auraient cru avoir réussi leur blague et ils m'auraient fichu la paix.

- Ben voyons, renifle Mandy, méprisante. Tu crois qu'ils sont du genre à s'arrêter quand ils sont à égalité ? Si tu étais partie à l'infirmerie tout de suite, ils auraient recommencé quand même, vu qu'ils n'auraient pas réussi à t'humilier.

Chouette programme. Je me sens très abattue.

- Faut pas avoir peur, fait James, désinvolte. On va leur mettre une raclée et ils ne recommenceront plus.

- Raisonnement primaire, répond Lily alors que je bondis de ma chaise :

- Non, surtout pas ! Si vous faites ça, ils vont encore répondre, puis vous aussi et on n'en sortira plus !

- Qu'est-ce que tu proposes, alors ? Laisser Sirius prendre pour toi jusqu'à la nuit des temps ?

Ne pas tuer Mandy.

- Je vais me débrouiller toute seule, je réponds par bravade. Comme ça ils seront contents et après je serai tranquille.

- Encore un raisonnement primaire, dit Remus qui ouvre la bouche pour la première fois depuis un moment.

Je vois avec satisfaction qu'il a empêché Mandy de parler. Ouf, elle allait sûrement encore me sortir une vacherie du genre « t'as raison, au moins mon Sirichounet d'amour que j'aime sera en sécurité ». Remus, quant à lui semble plus amusé qu'autre chose par mon idée et la réplique de ses amis m'éclaire sur son comportement :

- Hors de question qu'on te laisse affronter ça toute seule ! Aussi énervante que tu sois, euh…

- Merci, James, j'apprécie l'attention.

Un silence suit notre débat. Je vois clairement James réfléchir et j'ose naïvement espérer qu'il renoncera à la vengeance. Je pense pouvoir convaincre Remus et Peter, mais pas Sirius.

Ann se tourne à nouveau vers nous au bout d'un moment.

- Ah, je préfère déjà ça. On ne devrait jamais parler de Serpentard à table, c'est indécent.

Sa petite pique relance la polémique.

- Ce que je ne comprends pas, raisonne Lily, c'est le but de la manœuvre. Ils espéraient quoi ?

- Que je vous déteste tous, je réponds, très abattue.

- Tu dis n'importe quoi ! Ils ne pouvaient pas faire ça…

- Si… Quand Sirius a commencé à se transformer, il ne voulait plus que Remus l'approche. Il disait qu'il était méchant…

- Mauvais, corrige Remus, blanc comme un linge. Il disait que j'étais mauvais.

- Oh !

James et Peter se sont exclamés dans un bel ensemble. Ils fixent leur ami un moment, puis la table des Serpentards.

- Les sales petit mer…

- Hem.

James étouffe les jurons qui lui viennent à la bouche quand Lily tousse fort peu discrètement.

- Je vais faire avaler ses cheveux graisseux à Servilus ! A coup sûr c'est lui qui… Cette espèce de sale petite vermine !

- James ! s'exclame une Lily outrée.

- Je ne pense pas, répond en même temps Remus qui a repris des couleurs. C'est Luth qui était visée. Pas Sirius.

Je ne comprends pas grand-chose à ce que racontent les garçons. Ca n'a aucun sens.

- Que ce soit Luth ou Sirius, le résultat est le même, intervient Ann.

- Oui et non… McGonagall a dit qu'il manquait quelque chose pour que le sortilège réussisse. Je pense que c'est parce que leur plan comportait une autre partie.

Je regarde Peter sans comprendre.

- Eh bien… Ce n'est pas du genre des Serpentards de faire un aussi gros coup… Enfin, je veux dire, aussi voyant. Ce n'est pas très…

- Subtil ?

Il acquiesce.

- Et donc… je suppose que le but initial était de te euh… donner des instincts de Fléreur. Alors tu aurais commencé à détester tout le monde mais… sans que personne ne comprenne… non, ne voit pourquoi.

- Et parce que le boomerang a atterri sur Sirius n'a pas marché ? Donc Luth a… quelque chose en plus ?

Je recrache mon verre immédiatement.

- Une potion ?

- Peut-être, fait Remus, songeur. Ou un autre sortilège. Ou…

- Une poupée vaudou ! suggère Lily.

Alors que je la regarde sans comprendre, Mandy éclate de rire. Ca doit être un truc moldu. Je connais beaucoup de choses moldues, mais ça, ça ne me dit rien.

- Tu sais bien que ça n'existe pas ! dit notre gardienne de Quidditch. C'est une légende moldue.

- On ne va pas débattre des légendes moldues maintenant, décide sa meilleure amie.

- Oui, l'important c'est que tu ailles te faire examiner tout de suite à l'infirmerie ! énonce Ann.

- Et quel prétexte vais-je trouver pour aller à l'infirmerie ?

- Je crois que tu en as un, lance James en me menaçant de sa fourchette. On doit aller voir Sirius !

oOoOo

Nous passons à l'infirmerie sitôt le repas terminé. J'anticipe la réaction de Miss Pomfresh : elle ne va pas être ravie de voir un troupeau de Gryffondor débarquer à cette heure pour voir une victime de magie noire.

Lorsque nous arrivons à destination, Remus dépasse tout le monde rapidement et ouvre doucement la porte de l'infirmerie. Après un coup d'œil rapide, il nous fait signe d'entrer. La pièce est vide ou presque : tout au fond, vers le bureau de Miss Pomfresh, se trouve un lit entouré de baldaquins. Je sens ma poitrine se compresser. Pourquoi cacher Sirius à la vue des autres élèves ? Mandy court presque à son chevet.

Nous la suivons plus silencieusement et la retrouvons assise sur le lit, une main sur celle de son bien-aimé. Je franchis le rideau du baldaquin et m'avance pour voir l'état de Sirius. Il est endormi, mais ses traits sont pâles et tirés. Je me dis qu'il a dû avaler une potion de sommeil.

- Il est vraiment en mauvais état, constate Peter en faisant grise mine.

- Le pauvre, souffle notre gardienne de Quidditch. Il doit vraiment souffrir !

- Oh ça va hein, pas la peine d'essayer de me faire culpabiliser ! je lui réponds vertement.

Elle me défie du regard jusqu'à ce qu'une nouvelle voix s'incruste dans la conversation :

- Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Vous êtes dans une infirmerie !

Nous nous tournons en bloc vers Miss Pomfresh, debout devant nous, un flacon à la main.

- Nous sommes venus prendre des nouvelles, fait James avec assurance.

- Eh bien vous voyez qu'il dort, alors maintenant, dehors ! rugit l'infirmière en nous montrant la sortie du bras.

Nous commençons à déguerpir vers la sortie sans demander notre reste. Je vais franchir la porte quand…

- Miss Selwyn !

Je me retourne vers la jeune femme. James est à ses côtés, très content de lui.

- Venez-là que je vous examine. Merci Mr Potter, vous pouvez partir.

Tout en retournant sur mes pas, j'assassine James du regard, imaginant le pire sur ce qu'il a bien pu lui dire.

oOoOo

Je traverse la salle commune d'un pas rageur pour cacher mon inquiétude. Ils sont passés trop près de réussir. J'ouvre la porte du dortoir dans le même état d'esprit. Les filles sursautent et me regardent en silence me jeter sur mon lit.

- Eh bien, Luth, on dirait moi quand James m'énerve, lance Lily, assise sur son lit avec un livre.

- C'est peut-être parce que James m'énerve, je réponds sans relever l'humour dont elle vient de faire preuve.

Ann éclate de rire en nous regardant tour à tour.

- Eh, James aurait-il deux groupies ?

- Certainement pas ! je crie presque.

- Il faut reconnaître qu'on se moque de Lily à chaque fois qu'elle crie contre James, mais entre toi et lui, les relations ne sont pas des plus agréables non plus, susurre Mandy en ôtant son t-shirt.

Elle m'a tellement exaspérée à table que je songe à la passer par la fenêtre, mais les muscles de ses bras et ses dix centimètres de plus que moi me persuadent de ne pas le faire. Je me contente de grogner. Mary en profite pour demander :

- Qu'a donc fait James pour t'énerver à ce point ?

- Il a eu raison !

Un silence amusé suit mes paroles. Ann le brise :

- Raison de parler à Miss Pomfresh derrière ton dos pour te faire examiner ?

- Oui !

- Donc tu as bien ingurgité une potion inconnue ?

- Oui !

- Et Miss Pomfresh t'a laissée revenir ?

- Elle m'a fait boire une autre potion et une potion de sommeil, je grogne en montrant le flacon. Encore heureux, si j'avais été obligée de passer la nuit à l'infirmerie, je l'aurai étripé !

- Tu devrais plutôt le remercier, il s'est inquiété de ta santé, fait Mandy.

Elle attrape ses affaires et entre dans la salle de bain alors que je m'indigne :

- Tu parles, ça serait bien le dernier à s'en inquiéter.

- Alors pourquoi aurait-il fait ça ? lance la blonde avant de s'enfermer dans la pièce d'eau.

- Qu'est-ce que j'en sais, moi ?

Je vois les filles échanger un regard. Aucune ne parle jusqu'à ce qu'on entende l'eau de la douche couler.

- Tu aurais un Mayard à pointe devant le nez que tu ne t'en apercevrais pas, Luth, soupire Lily avec un sourire.

- Faux, elle fait des analyses psychologiques très poussées, me défend Mary.

- Pas quand ça la concerne !

- Vous avez fini de statuer sur mon sort ? je m'énerve.

Ma remarque empêche mes deux camarades de se crêper le chignon une fois de plus.

- En tout cas, c'était assez bizarre comme soirée, dit Ann comme si de rien n'était.

Mary enchaîne :

- Oui, j'ai bien cru que Remus allait défoncer toute la bibliothèque quand il est parti vous rejoindre !

Voyant l'air interrogateur qui Lily et moi arborons, elle précise :

- Nous étions avec lui à la bibliothèque, puisque nous n'avions pas cours. Il farfouillait dans ses parchemins quand il s'est levé d'un bond et est parti en courant.

- Miss Pince a failli avoir une attaque en le voyant filer comme ça en bousculant tout le monde.

- C'est étrange, murmure Lily. Comment a-t-il su ?

- Il n'y avait pas de Serpentards avec vous, à la bibliothèque ? je questionne à mon tour.

- Non, rien. On n'a pas compris jusqu'au dîner, quand il nous a tout expliqué.

- Il était peut-être au courant et s'en est rappelé au dernier moment ?

- Il aurait prévenu Sirius, fait Mandy à travers la porte.

- On lui demandera demain, décide Ann, coupant court à toute spéculation. En attendant, Luth, tu vas me faire le plaisir de boire ceci et d'aller dormir !

Oui Maman.

oOoOo

Le lendemain matin, alors que nous nous rendons à l'infirmerie pour voir Sirius, je m'approche de Remus :

- Je ne t'ai même pas remercié pour hier.

- Je n'ai fait que jouer mon rôle, répond-il avec un doux sourire.

- Et avec zèle en plus ! Ca n'a pas dû être facile de nous retrouver dans ce couloir sombre. Comment as-tu fait ?

Il me regarde, embêté, mais c'est James qui répond dans mon dos :

- Ca ne te regarde pas !

Je m'apprête à lui aboyer dessus lorsque le bras de Remus autour de mes épaules m'en empêche. « Hiiiii ! »

- L'essentiel, c'est que je sois arrivé à temps, non ?

J'acquiesce tout en profitant un maximum de la situation. N'empêche que je commence à en avoir marre de leurs secrets. Un jour, je les connaîtrai tous. Je jette un coup d'œil à Ann. Et si l'enquête commençait aujourd'hui ?

Nous arrivons à l'infirmerie. Remus me lâche et mon estomac gargouille. J'aurais bien déjeuné d'abord – je suis sûre que Miss Pomfresh espère nous voir débarquer le plus tard possible – mais on ne m'a pas laissé le choix. Sirius est déjà réveillé, mais pas habillé. Son visage se tend quand il nous voit débarquer.

- Remus ! s'écrit-il en rejetant la couverture.

Son mouvement dévoile sa jambe blessée, ou plutôt le bandage qui la recouvre. Elle est toute enrubannée dans un tissu blanc. L'interpellé se précipite vers son ami au moment où celui-ci perd l'équilibre.

- Il n'y a pas de mal, Sirius.

- Mais…

- J'ai dit que ça allait ! gronde Remus en le replaçant manu militari dans son lit.

Je les regarde se dévisager sans trop comprendre ce qu'il se passe, jusqu'à ce que Sirius se tourne vers nous. Il ouvre la bouche, mais Mandy se jette presque sur lui.

- Tu es tout pâle ! Ca ne fait pas trop mal ?

- Je souffre horriblement !

C'est sûr qu'il en a l'air. Mis à part les traits tirés et la jambe hors service, il semble comme d'habitude. Ses yeux pétillent.

- Elle m'a refait le bandage quatre fois cette nuit, nous confie-t-il en désignant le bureau de Miss Pomfresh du doigt. Ce n'était pas très beau à voir, mais quand elle a remis de la pommade ce matin, ça allait mieux.

- Quand est-ce que tu sors ?

- Ca… il soupire. Elle a dit demain, mais j'espère la convaincre de me mettre dehors aujourd'hui ! C'est terriblement ennuyant cet endroit ! Vous vous rendez compte, il n'y a rien à faire.

- Dur pour un hyperactif dans ton genre, je plaisante.

Sirius me regarde bien en face.

- Tiens, voilà la responsable de tous mes malheurs !

Un peu gênée, je souris faiblement :

- Désolée… pour le pantalon !

Il rigole.

- Je devrais t'en vouloir énormément. Tu m'as fait perdre deux journées de ma précieuse vie ! Mais si nous rejouons la scène, on s'apercevra que c'est Remus qui m'a bousculé dans la trajectoire de ce fichu boomerang, donc que c'est à lui que je devrais en vouloir…

- On peut aussi dire que tu es le seul responsable de ton malheur : si tu n'avais pas crié devant les Serpentards, rien ne serait arrivé.

- Oui, fait Sirius avec une moue songeuse. Mais je ne vais pas m'en vouloir à moi-même. Et comme Remus m'a offert un paquet de Chocogrenouilles, j'ai décidé de lui pardonner…

Je ne vois vraiment pas pourquoi je m'inquiétais. Il faut plus qu'une malheureuse nuit à l'infirmerie pour traumatiser Sirius Black !


Luth est assez traumatisée par l'épisode. Elle espère que Remus sera un garde du corps aussi efficace la prochaine fois et vous demande surtout si vous pensez qu'il y aura une prochaine fois. Elle voudrait que vous lui répondiez non...

Alors Caprice vous conseille de répondre non à Luth et votre certitude à elle-même. Elle vous demande de ne pas trucider allègrement Mandy juste parce qu'elle a une façon agressive d'exprimer son inquiétude. Elle est aussi au regret de vous annoncer que d'ici deux semaines, son rythme de publication va ralentir. Elle part en effet en Erasmus et n'aura certainement pas accès facilement à Internet là-bas les premiers temps. Mais puisqu'il y a encore un chapitre la semaine prochaine, elle vous rappelle que vous avez désormais conjugué "intriguer", donc que vous n'avez plus qu'à "...appliquez!".