Titre : Hex, l'autre sorcière

Auteur : Ca n'a pas changé

Disclaimer : Bon, en même temps, si vous lisez ce chapitre, c'est que vous avez lu les précédents, donc je vais m'épargner des redites (c'est qu'il est 03h00 du matin !)

Rating : Peut-on dire que j'ai basculé dans le 'Angst' ? Help, I need somebody help !

Résumé : Cassandra est donc devenue une sorcière à part entière. Va-t-elle continuer d'exister, maintenant qu'Azazel a un contrôle total sur son corps et son âme ?

Note : Bien, les enfants, l'heure est grave ! J'ai perdu ma seule et unique revieweuse, cette très chère MAX donc, pitié, si quelqu'un a des nouvelles, dites-moi qu'elle n'a pas eu d'accidents de motos et que c'est juste le dernier chapitre qui ne lui a pas plu. °°

MAX, REVIENS !


Chapitre 10 : Douleurs

La pluie tombait doucement sur l'herbe de Medenham Hall. De longues traînées aqueuses étendaient leurs ramifications sur les vitres du manoir. Dans le salon de musique, la lumière doucereuse de la fin d'après-midi étalait les ombres en longs aplats indistincts. Les roses pourrissantes ne dessinaient plus que des contours incertains. Une main fine, la peau blanche comme la porcelaine, effleura d'un doigt l'une des fleurs.

« Votre maître a donné trop de son énergie, on dirait. » fit gentiment la voix d'Azel Nox.

La jeune fille s'avança lentement vers la croisée. Elle y contempla son reflet, renvoyé par l'écran sombre de la pelouse au-dehors, traversé de coulées de pluie. La main d'Azel se leva avec retenue à la hauteur de ce visage sur le verre. Un léger tremblement la parcourut quand elle avança son index pour tracer le contour d'une joue. Un trace humide apparut sur la fenêtre, révélant le semblant de buée qui la couvrait. Azel recouvrit la trace de sa paume. Son visage se crispa.

« Ne pars pas. » murmura-t-elle douloureusement, tandis que ses yeux se remplissaient d'eau.

§§§

« Tais-toi… tais-toi… » murmurait Casssandra Hugues.

La jeune sorcière continua à répéter ces mots, tout en se balançant d'avant en arrière. Elle était recroquevillée dans un angle de sa chambre, les genoux collés au menton. Ses coudes étaient serrés contre son corps et ses poings se crispaient spasmodiquement sur ses oreilles. Ses yeux, rougis, laissaient échapper de temps à autres de grosses larmes. Le sel qui les gorgeait avait laissé des traces opaques, sur son visage traversés de rougeurs.

Cassandra avait de la fièvre. Elle souffrait de déshydratation, et du manque de nourriture. Cela faisait quatre jours qu'elle n'avait pas bougé, mangé, bu… ou dormi. Quatre jours depuis qu'elle avait rampé hors du salon du musique et regagné par miracle sa chambre d'interne. Quatre jours qu'elle avait été possédée par le démon.

« Cassandra… » murmura une voix qui avait été celle de Thelma Bates.

Cassandra Hugues resserra ses poings sur ses oreilles.

« Cassandra, regarde-moi … » reprit pourtant la voix, plaintive.

Cassandra Hugues enfouit sa tête entre ses deux genoux pliés. Mais ses perceptions de sorcière, amplifiées à l'extrême, lui permettaient de sentir la présence auprès d'elle sans qu'elle utilise ses oreilles ou ses yeux.

« Cassandra, s'il te plaît… »

Cassandra chercha désespérément à se fondre davantage dans le sol ou dans le mur, dans l'espoir absurde d'échapper à toutes ces sensations et surtout, à cette voix

« Cassandra, je t'en prie ! »

Cassandra poussa un petit cri, à la limite entre le râle et les pleurs.

« Je t'en prie, Cassandra, je t'en prie, écoute-moi, je t'en prie… »

Cassandra Hugues succomba à une crise d'hypoglycémie et perdit connaissance.

§§§

« Cela ne semble pas facile… » souffla une voix spectrale.

« Cela ne l'est jamais. » répondit tranquillement le démon Azazel. « C'est bien pour cette raison que tu existes toujours, créature » ajouta-t-il à mi-voix.

Le démon était tranquillement renversé contre une poutre du grenier de Medenham Hall. Son attitude nonchalante respirait la décontraction. Il fixait le vide devant ses yeux, sans regarder rien en particulier.

« Bien sûr. » répondit le fantôme sur un ton plus bas encore.

« Mais je n'accepterai pas que mon projet soit retardé davantage. Si tu ne suffis pas… » continua sereinement le démon. « Demande à … Azel… d'aller chercher cette autre sorcière…quel est son nom, déjà ? » s'interrogea doucement Azazel.

« Ella, Maître. » murmura l'image de Thelma Bates.

« Oui, Ella, c'est cela… » reprit Azazel « Demande… à ce qu'elle vienne… » ajouta-t-il, tout en fermant les yeux.

« Bien, Maître. » chuchota la voix, avant de se fondre dans le silence.

§§§

Cassandra Hugues avait sombré dans une torpeur hébétée. Ses lèvres gonflées ne fermaient plus. Ses yeux étaient voilés, comme recouverts d'une humeur blanchâtre. Ses doigts se crispaient encore spasmodiquement, mais à intervalle de plus en plus longs.

Soudain, elle ressenti une aura auprès d'elle. Mais il ne s'agissait ni des démons, ni de la sorcière Azel Nox. La présence avait quelque chose de familier, certes, mais elle était rassurante aussi. Une sensation de chaleur enveloppa soudain Cassandra. Une litanie apaisante se frayait un chemin au travers du bourdonnement de ses oreilles. Une impression de fraîcheur inonda soudain sa bouche desséchée. Un textile humide vint baigner ses yeux. Et toujours, la douce mélopée de sons incompréhensibles roulait dans ses oreilles, évoquant des cieux lumineux, de douces lumières, d'agréables odeurs, des mets délicieux et plus que tout, l'image bénie d'une maison protégée…

Cassandra sentit vaguement qu'on lui ôtait sa robe souillée, qu'on la baignait et qu'on pansait ses plaies. Elle eut vaguement conscience que l'être auprès d'elle la couchait. Redoutant un instant d'être abandonnée, la jeune fille poussa un gémissement sourd. Aussitôt, deux bras protecteurs l'enlacèrent, tandis que qu'un corps s'allongeait auprès du sien.

Submergée par un sentiment de sécurité, Cassandra s'abandonna à cette présence réconfortante et s'endormit enfin.

§§§

Renversé sur le toit de Medenham Hall, les yeux clos, les membres épars, le démon Azazel semblait dormir. Mais le bruit d'un pas, à côté de lui, lui fit aussitôt entrouvrir une paupière.

« Tu n'as pas l'air bien en point. » commenta le démon Azraël.

Azazel referma son œil en exhalant un soupir. Azraël s'assit à côté de lui.

« Déjà de retour ? » interrogea péniblement le premier démon.

« Elle ne supporte pas la possession ? » demanda son camarade en retour.

« Tu n'arrives pas à l'abandonner… n'est-ce pas ? » contra Azazel en déglutissant.

« Zaz… » murmura Azraël en portant la main au front de son ami. « Par l'Enfer ! » s'écria-t-il en la retirant aussitôt, « Arrête-ça ! Tu vas te tuer !! »

Azazel eut un rire comme une quinte de toux.

« Comme… si… je pouvais mourir… » marmonna-t-il, avec de l'amusement dans la voix.

« Façon de parler ! » grogna Azraël. « Mais si tu épuises cette enveloppe corporelle… »

Azazel respira profondément.

« Je sais. » dit-il simplement. Après un moment, il ajouta : « Le plus dur est passé. Elle revient. »

Azraël laissa échapper un soupir de soulagement. Après cela, les deux démons restèrent silencieux durant plusieurs minutes. La petite bruine désagréable qui tombait depuis le lever du jour imprégnait leurs vêtements et leurs corps, sans qu'aucun des deux semblent le remarquer.

« Az… » murmura le premier démon. « Cette sorcière… est-ce que tu… »

« Non. » répondit Azraël, avec une ferme assurance. « Tu oublies que je ne suis pas comme toi. »

Le démon se releva, époussetant d'un geste négligent la manche de son pull trempé.

« Mais je tiens à prendre soin d'elle. » ajouta-t-il en s'éloignant.

§§§

Cassandra sentit ses yeux s'ouvrir. Une intense lumière irrita ses pupilles. Il lui fallut battre des paupières plusieurs fois ; l'espace autour était flou, tout cet éclairage l'empêchait de faire la mise au point.

« Cassie ? » murmura avec ferveur une voix inquiète.

Cassandra Hugues distingua les contours d'une forme penchée sur elle. Elle avait l'impression d'avoir dormi de longues heures, et d'avoir rêvé de quelqu'un qui l'aimait.

« Maman ? » interrogea-t-elle d'une voix faible. Mais au moment où le mot franchissait ses lèvres, elle sut qu'il ne s'agissait pas de sa mère, qu'il y avait une erreur, un erreur monstrueuse…

« Non, Cassandra… C'est moi. »

La voix appartenait à la silhouette d'une fille, cheveux noirs, courts, yeux soulignés de khôl, un peu trop généreusement…

« Qui… qu'est-ce que…? » interrogea Cassandra avec difficulté.

« Tu… as été un peu malade… Oh, Cassie, tu m'as fait si peur ! »

La silhouette d'une fille qui flottait en l'air au-dessus du lit de Cassie, la silhouette d'une chose qui avait volé l'apparence de Thelma !

« Arrière ! » hurla tout à coup Cassandra, en jetant son bras en travers de l'apparition. La violence de son effort lui coupa le souffle et elle retomba, à demi pâmée, en travers de ses oreillers.

« Cassandra, je t'en prie, ne t'énerve pas… » commença l'être immatériel.

« Va-t-en… monstre. » articula Cassandra, surprise de la fatigue que lui procurait le simple fait de parler. Cependant, la chose en face d'elle remarqua sa faiblesse et se mit à déblatérer à tout allure.

« Je sais que je ne me suis pas présentée sous mon meilleur jour, c'est à dire que tu penses certainement que je ne suis apparue que pour te tromper, et quelque part c'est vrai, bien sûr, ce que voulait Maître Azazel, c'était que quelqu'un soit près de toi pour te conseiller, afin que tu fasses ton choix, bien sûr, sinon, les contrats ne sont pas valides et, évidemment, Azel, enfin je veux dire Maître Azraël, était d'accord avec ce plan, parce que… »

« Monstre. » la coupa Cassandra avec détermination, tandis que les larmes lui montaient aux yeux.

« Cassie, je t'en prie… » chuchota le spectre avec désespoir. « Ce que j'essaye de te dire est vraiment très très important, alors je t'en prie, écoute-moi… »

Cassandra tourna son visage et contre le mur ne répondit rien. L'autre en profita immédiatement.

« Ce que tu dois savoir c'est que… bien sûr… Oh, je suis désolée, Cassandra… » débuta-t-elle.

« Monstre. » répéta encore Cassandra. Mais l'apparition ne tint pas compte de l'interruption.

« C'est vrai, je ne suis PAS Thelma Bates. Je ne suis pas elle. » dit-elle d'un ton déterminé. « Mais Maître Azazel m'a crée à partir des vrais souvenirs de ton amie, ceux qu'il a… qu'il a… réuni… quand il a absorbé son âme. » acheva-t-elle, à bout de souffle. Cassandra, fixant toujours le mur, ne répondit rien.

« Ce que je cherche à te dire, » reprit le visage, qui avait été celui de Thelma, avec une expression implorante, « c'est que je ne suis pas elle, mais que je la comprends. Je partage… une partie des sentiments qu'elle éprouvait. Je voudrais que tu comprennes que, malgré le rôle que j'ai du jouer, et je n'ai vraiment pas eu le choix, tu peux me croire, tu comptes vraiment pour moi, Cassandra. Pas comme si j'étais amoureuse de toi ! » s'exclama le fantôme, les joues soudain rouges, « Je ne suis pas… Sur ce point, je ne suis pas comme elle ! Mais je… je… » bafouilla-t-elle tristement, « Je tiens à toi. Je suis désolée de ce qui s'est passé. Et je suis inquiète, aussi. Ces cinq jours, je suis restée près de toi… » ajouta-t-elle, tandis que de grosses larmes argentées coulaient le long de ses joues immatérielles, « et je… je me suis inquiétée. Je voulais tellement pouvoir faire quelque chose, pour que tu ailles mieux ! » acheva-t-elle dans un sanglot.

Cassandra était restée allongée dans la même position, minérale. Ses yeux n'avaient pas même cillé. Il était impossible de dire si elle avait entendu un mot du long monologue qui venait de lui être servi. Les secondes s'étirèrent douloureusement. Le joyeux soleil matinal glissa ses rayons sur le lit de Cassandra. Un couple de merles se firent entendre dans un arbre voisin.

« C'est vrai que…maintenant que tu t'es réveillée… » reprit péniblement la fausse Thelma, « … il te faut peut-être simplement du repos… Tu veux que je te laisse ? » demanda-t-elle avec espoir. Mais Cassandra resta muette encore une fois.

« Bien, je vais y aller, alors… » dit le spectre, la tête honteusement baissé. « Je… je t'aime vraiment, tu sais. Dors bien… » souffla-t-elle encore, tandis que son image s'amenuisait.

Cassandra attendit, concentrée sur sa nouvelle magie. Quand il n'y eut plus trace de la présence de l'esprit dans tout Medenham Hall, elle répéta tout bas :

« Monstre. »

Puis un sourire à la fois agressif et douloureux étira ses lèvres et elle prononça distinctement :

« Je ne me laisserai plus piéger par ta créature, démon. »

§§§

Offert à la caresse du jour, étendu sur le toit du manoir, le démon Azazel sourit.

§§§

« Mademoiselle Hugues ? » appela une voix compatissante.

Cassandra se réveilla en sursaut et reconnut le visage de Jo Watkins observant le sien avec attention. Elle eut un mouvement d'épaules inconscient pour rejeter toutes les sensations paranormales qui affluaient à elle – le toucher de la pierre sous les mains d'Azazel, le sentiment de la présence d'Azel quelque part dans la vieille demeure, les deux noyaux de puissance du Livre et du Vase, cachés dans le salon de musique – pour se concentrer sur la situation présente.

« Madame ? » interrogea-t-elle d'une voix encore flageolante.

Elle avait repris connaissance depuis plus d'une semaine, mais était encore trop faible pour faire plus que les quelques pas entre son lit et le cabinet de toilette. A intervalles réguliers, elle avait trouvés des repas soigneusement préparés, qui étaient vraisemblablement déposés et repris lors de ses longues périodes de sommeil.

Jo Watkins poussa un large soupir et vint s'asseoir au bord du lit de son élève.

« Mademoiselle Hugues, » reprit-elle en épinglant Cassie du regard, « personne ici ne semble savoir ce qui vous est arrivé récemment. » Elle laissa passer un petit instant et, voyant que Cassandra ne répondait rien, continua. « Toujours est-il que vous avez commencé à être de plus en plus dissipée durant les cours… » Cassandra ne réagit pas. « … puis vous en avez carrément séché plusieurs, avant de disparaître mystérieusement durant plusieurs jours ! » Toujours rien. Le professeur reprit encore la parole. « Et pour finir, » ajouta-t-elle sur un ton plus doux, « une élève vous a trouvé moins qu'à moitié consciente dans votre propre chambre. Qu'est-ce que tout cela signifie, miss ? »

Ignorant délibérément la question, Cassandra se contenta de fixer la femme qui lui parlait. Celle-ci soupira encore une fois. Puis elle se releva et se dirigea vers la porte. Quand elle eut mis la main sur la poignée, elle se retourna et fixa une dernière fois Cassandra, qui ne l'avait pas quittée des yeux.

« Visiblement, personne – pas même vous – ne semble désireux d'éclaircir tous ces mystères. Fort bien ! » dit-elle avec un mouvement d'humeur. « Ca ne m'intéresse pas plus que ça. J'étais juste chargée de vous dire que le propriétaire de cet établissement vous autorise à rester ici durant les vacances de printemps, qui commencent demain. Il paraît que vous n'êtes pas en état de rentrer chez vous ! » ajouta-t-elle avec un petit rire sarcastique. Elle s'autorisa une petite pause puis, toujours en scrutant Cassandra du regard, elle lança sa dernière sonde. « Félicitations, mademoiselle. Vous avez un protecteur très puissant. »

Cassandra se mit à rire doucement. Jo Watkins referma sur elle la porte de sa chambre d'interne.

§§§

Jamais printemps n'avait été aussi clément pour l'Angleterre. Un soleil radieux avait brillé de ses plus beaux feux durant quinze jours, éveillant la végétation en dormance. Partout, sur l'herbe de Medenham Hall, fleurissaient les corolles éclatantes des jonquilles et celles, immaculées, des narcisses. Les premières roses avaient d'abord ouvert de timides boutons autour de la vieille chapelle, puis s'étaient empressées de déployer leurs fines robes rose pâle, semblables à l'églantine. Le gazon brillait d'un feu vert. Les arbres arboraient tous la couleur des tendres bourgeons nouvellement éclos.

Debout sur le perron du manoir, Cassandra contemplait ce renouveau de la vie. Dans l'école désertée, elle avait petit à petit réappris à sentir, à marcher. Elle avait finalement recouvré assez de forces pour s'aventurer à nouveau dans la vieille demeure. Ce jour-là, le dernier avant la rentrée, elle avait enfin réussi à atteindre l'extérieur. Appuyée à la rambarde de pierre, elle cherchait à reprendre son souffle.

Non qu'elle se sentit fatiguée ; mais, pour la première fois, elle découvrait le monde avec les yeux d'une sorcière véritable. Et la promesse, répétée jour après jour, du bruit du vent et du chant des oiseaux, qu'elle percevait depuis sa chambre, était, ce matin-là, tenue au-delà de toutes ses espérances. Jamais le monde n'avait semblé aussi magnifique.

Le toucher du minéral sous ses doigts, le son des branches s'entrechoquant doucement, la clarté aveuglante du ciel, la senteur des fleurs au loin, le goût de l'herbe fraîche venant jouer sur sa langue, Cassandra ressentait tout avec une intensité extravagante. Sans qu'elle puisse le refouler, un sanglot se forma au fond de sa gorge, hommage à tant de beautés.

La jeune fille sentit, quelque part au fond d'elle, un amusement discret faire écho à ses sentiments. Elle se détourna immédiatement et repassa la porte de Medenham Hall. Le monde était beau, oui. Mais elle était définitivement exclue de cette beauté.

Azel Nox comme Azraël, comme la pseudo-Thelma, pouvaient bien avoir déserté le manoir en même temps que tous les élèves et le personnel, Cassandra n'oubliait pas pour autant leur existence. Pas plus qu'elle ne pouvait se débarrasser du lien qui l'unissait à Azazel.

Elle remonta rapidement l'escalier qui menait au dortoir. Elle évita au passage l'endroit où, elle le savait depuis, Rachel McBain s'était donnée la mort dans la superbe robe ivoire que Cassandra avait 'découverte' une éternité plus tôt.

Sur le bureau de son antre, Cassandra découvrit l'habituel plateau-repas – qui donc pouvait bien le préparer ? – sans y prêter aucune attention. Il y avait ce jour-là, posé à côté dans un vase bleu pâle, un magnifique bouquet de roses rouges fraîchement écloses. Cassandra retint un mouvement de colère. Puis elle alla à sa fenêtre et l'ouvrit au maximum. Elle s'accouda ensuite au chambranle et se perdit dans la contemplation de la nature environnante.

§§§

La rentrée avait été bruyante, tapageuse, outrancière. Les escaliers centenaires avaient tremblés sous la charge des élèves pressés. Le gazon avait été piétinés, les tapis maculés. Les fleurs les plus apparentes avaient été arrachées, en quelques heures seulement.

Cassandra Hugues ne regrettait pas sa solitude : elle n'était jamais seule. Elle ne le serait plus jamais. Mais elle avait été déçue de devoir se cloîtrer à nouveau dans sa chambre. Non qu'elle y fut obligée ; mais, au retour des premiers élèves, elle avait su qu'elle ne pourrait pas se mêler de nouveau à eux. Que pourrait-elle apprendre en classe, désormais, qui serait plus intéressant que sa vision de sorcière ? Quel cours de physique pourrait jamais la passionner à nouveau ? Quel intérêt de se remettre à dessiner ou à peindre, quand elle découvrait chaque jour de nouvelles perfections dans le monde qui l'entourait ? Et surtout, qu'aurait-elle bien pu partager avec des adolescents de son âge ?

Elle avait donc préférer regagner sa retraite, comptant vaguement sur le fait qu'on la croirait encore souffrante. Illusion vaine, mais qui n'avait aucune importance : quelques heures jours après la reprise, elle avait découvert à son réveil, sur sa table de chevet, un mot du professeur Watkins. Celle-ci lui signifiait qu'une mystérieuse autorité l'autorisait à ne pas participer aux cours, tant qu'elle n'en aurait pas envie. Le professeur ajouta une remarque sèche priant Cassandra de se trouver un autre messager.

La jeune fille avait ressenti une pointe de tristesse en lisant ces mots. Elle avait toujours aimé Jo Watkins et regrettait de ne pouvoir dissiper le malentendu qui provoquait sa colère. Mais après tout, l'attachement qu'elle portait à cette femme venait aussi des récits que la fausse Thelma avait fait de sa vie, durant plusieurs mois. Cassandra avait donc détruit la missive sans une hésitation.

Et puis, l'ennui était venu. Et avec l'ennui, l'introspection. Et l'introspection… Désormais, quand elle plongeait trop profondément en elle-même, Cassandra découvrait toujours la même image : la porte d'un grenier, vieillie, patinée par le temps, encadrée de toile d'araignée. Elle n'avait pas besoin de pousser le battant pour savoir que derrière se trouvait l'horreur qui avait transformé sa vie en blasphème.

Alors, pour s'occuper, Cassandra avait commencé à lire. Tout ce qui était à portée de main, d'abord ; puis, elle était sortie la nuit, en cachette, pour vampiriser la bibliothèque, ou les étagères disséminées un peu partout. Medenham Hall recelait un nombre de pièces inemployées tout à fait troublant. Et ce qui l'était encore davantage, il semblait à Cassandra qu'elle était la seule à les repérer.

Enfin, presque la seule. Car, au cours de ses vagabondages, elle croisait régulièrement la trace de la fausse Thelma et d'Azel Nox – à moins qu'il ne se fut agit du démon Azraël ? Celle qui avait usurpé l'apparence de Thelma avait tenté, à quelques reprises, de reparler à Cassandra. Mais la jeune fille l'avait toujours éconduite, brutalement. Quant à Nox, son ancienne élève ne l'avait pas croisée ; mais ses sens étaient si exacerbés qu'elle sentait sa présence intermittente dans le manoir et il n'était pas rare, dans une pièce cachée, qu'elle en perçoive les relents. C'était comme une sorte de ruban paresseux qui s'attardait là où la sorcière s'était arrêtée, avant de se dissoudre.

A mesure qu'elle reprenait le contrôle d'elle-même, Cassandra avait examiné tous ses souvenirs de cette nuit atroce et elle ne se souvenait que trop bien de la promesse qu'Azazel avait arrachée au duo infernal Nox/Azraël.

Par une fin d'après-midi particulièrement calme, Cassandra devina la présence de l'être hybride, dans le salon de musique. Elle abandonna délicatement l'ouvrage qu'elle lisait et quitta résolument sa chambre.

Seuls quelques élèves l'aperçurent dans les couloirs. Il y eut quelques coups d'œil étonnés, mais personne ne fit de remarque. Cassandra ne s'arrêta pas.

Elle pénétra calmement dans la petite pièce. Comme d'habitude, chaque meuble était recouvert d'une brassée de roses rouges luxuriantes. Pour des fleurs coupées, leur vitalité semblait presque blasphématoire. Cassandra s'avança jusqu'au centre du salon et fit face à un vaste fauteuil de cuir. Dans la luminosité ardente du soleil couchant, les ombres à contre-jour étaient d'une profondeur d'encre. Il n'y avait aucun signe de vie.

« J'ai longuement réfléchi. » déclara posément Cassandra. « Et je pense que je n'aurai pas besoin de votre aide. Vous m'avez déjà beaucoup appris. »

De l'obscurité du grand fauteuil s'éleva un rire cristallin.

« Ainsi donc, tu as appris la flatterie. » constata Azel Nox, toujours amusée.

Son interlocutrice eut un sourire aimable pour la forme qui émergeait des replis du cuir. Azel était encore si petite qu'elle disparaissait presque entièrement dans la masse du gros meuble. Ses pieds ne touchaient pas le sol.

« Je ne flatte pas. » reprit tranquillement Cassandra.

« Cette déclaration, au moins, sonnera sincère aux oreilles de ton seigneur. » constata gentiment Azel.

« Comment pourrais-je lui mentir ? » répondit Cassandra, à nouveau souriante.

« Donc, » commenta Azel, « c'est sans mentir que tu déclares pouvoir te passer de mon aide et de celle de Maître Azraël ? »

« Oui. » dit Cassandra avec simplicité. « Il n'existe donc plus aucune raison de vous retenir ici. » conclut-elle, en saluant légèrement de la tête. La voix d'Azel ne fit d'abord entendre aucune réponse. Puis son rire, clair et vif, retentit discrètement. Il se calma au bout de quelques minutes. Enfin, la jeune fille s'expliqua doucement.

« Ta ruse est un petit peu légère, sorcière. Mais peu importe. Je ne suis pas là pour tes beaux yeux. »

« Comment cela ? » s'enquit respectueusement Cassandra. Azel eut un petit gloussement amusé. Puis son ton se fit plus grave.

« Mon maître est en train de rendre un service au tien. Je l'attend ici ; j'y ai une autre affaire, que je dois mener à bien. N'ai donc aucune crainte, » reprit-elle avec sérieux, « tu ne croiseras pas ma route sans le vouloir. »

Ainsi donc, le démon et la sorcière étaient séparés. Curieux : Azazel n'avait-il pas laissé entendre qu'ils partageaient le même corps ? Mais ces considérations ne présentaient aucun intérêt pour Cassandra ; elle ne s'y arrêta pas. Elle se contenta d'un petit salut gracieux et tourna les talons. Satisfaite d'avoir mené à bien sa résolution et contente de la réponse qu'elle avait obtenu, elle laissa un sourire étirer ses lèvres pleines.

§§§

Après ce soir-là, la rumeur de la présence de Cassandra se répandit à travers Medenham Hall. La sorcière eut la surprise de voir apparaître à sa porte différentes condisciples. Toutes s'enquérir de sa santé avec affection. Personne ne comprenait ce qui lui était arrivé et Cassandra pouvait souvent lire une peur mal voilée dans les yeux de ses visiteuses. Pourtant, elle reçut plusieurs marques de prévenance sincère qui ma touchèrent. Bon gré, mal gré, elle se laissa convaincre de revenir prendre ses repas dans la cafétéria commune. Elle évitait néanmoins les horaires de pointe. Ses camarades acceptait son caprice. La plupart du temps, elle dînaient en petit comité.

Un soir, Cassandra remarqua une fille attablée en solitaire, en train de lire un épais volume tout en mangeant. Reconnaissant la silhouette d'Ella, son ancienne amie, Cassandra laissa ses condisciples remonter sans elle. Elle s'approcha de la jolie brunette et s'assit en face d'elle.

« Cassie. » constata Ella en relevant tranquillement la tête. « Tout le monde se demandait où tu avais disparu. »

« Bonjour, Ella. » répondit doucement son vis à vis.

« Bonjour. » répondit Ella, avec un grand sourire. « Tu te sens mieux ? » ajouta-t-elle en posant une main compatissante sur le bras de Cassandra.

« Oui. » répondit simplement cette dernière, en souriant à son tour.

« Tu as l'air encore fatiguée. » commenta sobrement Ella.

« Oui. » répondit encore Cassandra, tout en laissant fuser un petit rire.

« Tu veux que je te raccompagne ? » proposa Ella avec sollicitude.

§§§

Moitié par désœuvrement, moitié par bonheur sincère d'être à nouveau proche d'Ella, Cassandra avait consenti à reprendre quelques cours avec elle. La jolie brune avait emporté les résistances de la sorcière avec une remarque piquante, qui ne lui était pas coutumière :

« Eh, » avait-elle dit, « tu sais que, maintenant, Gemma sort avec Leon ? Il faut absolument que tu vois ça de tes propres yeux ! »

Les jeunes filles avaient échangés un fou-rire et depuis, Cassandra passait quelques heures par jours à imiter le comportement des adolescents de son âge. Mais sa plus grande joie avait été de constater à quel point, sans rien dire de la malédiction qui l'avait frappée, elle pouvait parler avec Ella. Ella était le flegme incarnée ; il paraissait impossible de se fatiguer d'elle. Elle avait un regard plein de recul sur leur environnement, que Cassandra goûtait particulièrement depuis qu'elle-même se sentait en retrait. Souvent, la jeune sorcière ressentait un profond bien-être partager une simple discussion avec Ella. Alors que tout paraissait d'une clarté aveuglante, Ella restait une source continue de mystère.

Même une simple blessure pouvait receler un secret ; comme le jour où Cassandra s'était aperçu qu'une des mains d'Ella arborait des cloques impressionantes.

« Tu t'es brûlée ? »s'était enquis la sorcière, avec inquiétude.

« Une expérience qui a mal tourné. » avait laconiquement répondu Ella, en jetant un regard en biais à son amie. Et Cassandra n'en avait pas su davantage.

Car, loin d'être fusionnelle, l'amitié des deux jeunes filles était plutôt affaire d'occasion. Cassandra supportait mal d'être enfermée plusieurs heures dans une salle de classe. Elle ressentait violemment le besoin d'être au calme, la plupart du temps. Durant la journée, elle ne se hasardait hors de sa chambre que lorsqu'Ella lui manquait particulièrement.

Ou lorsque les assauts de la prétendue Thelma se faisait trop pressants.

Depuis le retour d'Ella, en effet, le spectre était apparu plusieurs fois à Cassandra. Moitié suppliante, moitié anxieuse, la forme trompeuse cherchait à délivrer un message que la sorcière refusait systématiquement d'entendre. Au fil du temps, le fantôme se faisait cependant de plus en plus fébrile, refusant de moins en moins de disparaître.

Un matin, n'y tenant plus, Cassandra décida brusquement de sortir de Medenham Hall. Incertaine, elle s'avança vers le châtelet, qui contrôlait l'accès au village voisin. Parvenue devant la loge du concierge, elle s'attendait plus ou moins à être repoussée. Pourtant, il n'y eut aucune opposition à son départ. Incrédule, elle considéra le domaine depuis l'extérieur. Ainsi donc, on ne la retenait pas entre ces murs, elle était libre ? Aussitôt, elle entendit un rire moqueur résonner au fond de sa conscience. Son expression de surprise se transforma immédiatement en grimace amère. Bien sûr, où qu'elle aille, elle ne serait jamais libre.

Mais le jeune fille redressa la tête. Maintenant qu'elle était dehors, elle allait au moins en profiter pour changer de paysage.

§§§

La porte du salon de musique se referma sans bruit.

« Comment est-elle ? » demanda le démon Azazel, en respirant le parfum d'une rose.

« Très satisfaisante, à tous les points de vue. » répondit Azel, en tachant de masquer sa légère surprise. Le démon eut un sourire.

« Vous êtes inattentive, mademoiselle. » dit-il, délicatement sarcastique. Azel ne broncha pas. Elle baissa les yeux.

« Il te manque ? » demanda-t-il posément. Azel posa ses deux mains sur le piano.

« Je l'ai rencontré il y a dix ans. » dit-elle avec douceur. « Depuis ce jour, nous partageons le même corps et la même âme. »

« Il ne s'était jamais séparé de toi ? » interrogea-t-il.

« Parfois. Pas aussi longtemps… » murmura-t-elle, « ni aussi loin… Ni en prenant de tels risques. »

« Est-ce un reproche ? » questionna-t-il.

« Je ne me le permettrai pas. » répondit-elle respectueusement. « Et puis, il l'aurai fait de toute façon. » ajouta-t-elle avec tendresse. « Et j'aurai été d'accord aussi. »

Azazel caressa voluptueusement la ligne de l'instrument de musique. Passant un bras au-dessus, il releva le visage de la sorcière et la regarda dans les yeux.

« Crois-tu qu'il t'aime ? » demanda-t-il.

« Non. » répondit-elle en soutenant son regard. « Il n'a pas vécu votre histoire. Il était un démon bien avant la création de ce monde. »

« Et toi ? » demanda-t-il encore, avec une grande douceur.

« Le jour où il me quittera, je mourrai. » dit-elle sobrement. Ses yeux regardait toujours ceux du démon. Ils étaient plein d'une tranquille certitude. Et pleins de larmes.

Azazel effleura d'une main apaisante sur le front de la jeune fille et elle ferma les paupières. Tandis qu'elle sentait la présence se dissiper, elle entendit encore un murmure :

« Je crois que tu es pourtant sa préférée. »

Azel enfouit son visage dans ses mains.

§§§

« Elle est très détendue, aujourd'hui. » déclara complaisamment une infirmière.

Cassandra hocha la tête en signe de remerciement et poussa la porte de la chambre de sa mère. Somme toute, en guise de promenade, elle n'avait rien trouvé d'autre à faire que rejoindre Lilith. Après tout, elle était sa seule famille ; et les deux femmes n'avaient même plus de maison, vers laquelle Cassandra aurait pu retourner.

« Bonjour, Maman. »

La femme prématurément vieillie qui reposait, un tuyau à oxygène dans le nez, parmi les coussins de son couchage, tourna un regard enjoué vers Cassandra.

« Bonjour, ma fille ! »

Cassandra sentit les larmes lui piquer les yeux. Cet être, en qui elle avait eu toute confiance malgré ses défauts, l'avait irrémédiablement trahie. Mais elle restait sa mère.

« Viens là. » dis Lilith en tapotant le couvre-lit auprès d'elle. « Viens dans mes bras, mon bébé. »

Traversée par deux sentiments contradictoires, Cassandra alla s'asseoir près de sa mère sans la regarder. La malade mit sa main sur l'épaule de sa fille. Et soudain, Cassandra se précipita entre ses bras.

« Là, là. » dit Lilith sur un ton affectueux. « Ca fait toujours mal au début, c'est normal. »

Bien plus tard, une infirmière entra discrètement et, voyant les deux femmes enlacées, se retira sans bruit, emportant avec elle nourriture et médicaments.

« Maman ? » demanda Cassandra, alors que l'après-midi allongeait ses heures dans le silence de l'hôpital.

« Oui ? » répondit doucement Lilith.

« Tu peux me dire… » tâtonna Casandra, « … Tu peux me raconter… pourquoi… tu as … »

« De quoi parles-tu, ma chérie ? » chantonna Lilith.

« Pourquoi tu as obéi au démon. » lâcha Cassandra dans un souffle.

Lilith détendit ses bras.

« Le Maître m'a demandé de te donner mon vieux médaillon. Pourquoi n'aurais-je pas accepté ? » dit-elle au bout d'un moment.

« Pourquoi ? » demanda Cassandra, la voix brouillée.

« Ecoute, sorcière, » déclara Lilith, en prenant le menton de sa fille entre ses doigts et en plongeant son regard dans le sien, « tu viens d'un sang qui lui appartient. »

« Il y a bien longtemps, quand j'étais jeune, je vivais dans un petit village… Seigneur, comme je déteste les cuillers ! Bien sûr, je voulais être indépendante. C'est pour cela que je n'avais plus très envie d'épouser mon fiancé, même si, bien sûr, j'avais très envie de… Enfin, mon père était catholique, donc, bien évidemment, j'ai du m'enfuir, pour te mettre au monde… »

« Maman ? » implora Cassie.

« Oh, voyons, » lâcha la vieille femme, « tache de suivre, un peu ! Je t'ai dit que je voulais être indépendante, donc c'est comme ça que je suis arrivée au manoir.»

« A Medenham Hall ? » demanda Cassie, surprise.

« C'était l'endroit le plus riche du comté. » approuva Lilith. « et c'était là où elle avait vécue. » ajouta-t-elle gravement.

« Rachel McBain ? » interrogea Cassie.

« Qui d'autre ? » répondit Lilith. « Après l'avoir rencontrée plusieurs fois, je l'ai vu, lui… en cherchant la tombe. »

« Et alors ? » la pressa Cassie. Lilith haussa les épaules.

« Il m'a dit qu'elle était mon arrière-grand mère. Apparemment, son petit-fils – ton grand-père – était à la fois un piètre disciple et un grand suborneur de femmes ! Donc il m'a dit où prendre le pendentif.»

« Le médaillon des possessions. » murmura Cassandra.

« Je hais les petites cuillères. » déclara Lilith d'une voix sans affect.

« Quoi ? » s'étonna Cassandra.

« Mais les petites cuillères, enfin ! C'est toujours ce qu'il me demandait de refaire, tout le temps ! C'est ce qu'il m'a demandé… le jour où… »

« Quel rapport entre Azazel et les petites cuillères ? » s'affola Cassie.

« Peux-tu donc être sotte ! Tu es comme ton père ! Le nettoyage de l'argenterie faisait partie de mes attributions ! Pourquoi donc crois-tu que j'étais au manoir ? L'homme qui m'a élevé ne possédait qu'une vache ! »

« Tu travaillais à Medenham Hall ? Et mon père ? Tu ne m'as jamais parlé de lui ! » s'énerva Cassie.

« Parce que je ne l'ai pas voulu ! » gronda Lilith, rageuse. « Thomas, le fils du comte. Lui et son insupportable arrogance, et ses cuillères ! Il a mis le torchon dans ma bouche. C'était mon cousin ! Après ça, tout le monde a prétendu que j'étais folle et le Maître a dit que je ne pourrais plus payer le prix du sang ! Et il n'a pas pu faire de moi une vraie sorcière ! »

Les mère et la fille sombrèrent dans le silence. Un corbeau fit entendre sa plainte stridente, au loin. Un congénère lui répondit. Cassandra se leva et sortit de la pièce.

Alors qu'elle refermait soigneusement la porte, elle fut interrompue par un homme en noir, d'une quarantaine d'année. Son visage avenant respirait la bonté et l'assurance.

« Vous permettez ? » demanda-t-il. Cassandra acquiesça lentement, intriguée. L'homme lui adressa un chaleureux sourire et entra dans la pièce.

« C'est le père Clarence, » souffla une infirmière indiscrète, « un curé catholique. Il est d'une patience d'ange, avec les malades. Il réconforte beaucoup votre pauvre maman. »

Cassandra eut le sentiment qu'un poids supplémentaire s'abattait sur ses épaules. Ainsi donc, elle serait la seule damnée de la famille ?

§§§

De retour à Medenham Hall, Cassandra déambula sans joie dans les jardins. La puissante demeure lui semblait plus sinistre que jamais. Alors que l'après-midi touchait à sa fin, elle se décida à regagner l'habitation. Après tout, c'était assez ironique, mais que lui restait-il d'autre ?

Perdue dans ses pensées, la jeune fille faillit heurter son amie Ella.

« Tu n'as pas l'air réjoui. » diagnostiqua celle-ci. « Accompagne-moi à la bibliothèque ! Ca te changera les idées. »

Trop triste pour rester seule, Cassandra lui emboîta le pas. Au moment où les jeunes filles empruntaient le dernier couloir, elle croisèrent Gemma et Leon, suivi par Troy… et Thimothy Wlengster.

« Je croyais que tu ne voulais plus me voir ? » susurra ce dernier en frôlant Cassandra. Avec la voix d'Azel Nox.


Sur ces bonnes paroles, j'espère que vous aurez apprécié ce chapitre. Mais dans un cas comme dans l'autre, n'hésitez pas à laisser vos remarques ! Les critiques sont encore le meilleur moyen de progresser !

Bisous à tous et à bientôt (j'espère)

Votre Catyline.