Plus de 1000 vues... Là c'est moi qui vais faire un arrêt cardiaque!


Chapitre 10: Code bleu en réa

Point de vue du Geek :

Je vois des gens en blouse blanche, pour la plupart, courir dans le couloir en passant devant ma chambre, sans un regard. Ils ont l'air inquiet. « Code bleu en salle de réanimation » « L'inconnu en hypothermie » C'est tout ce que j'entends... Non... Patron... Je me lève très difficilement, m'accroche au porte-perfusion... Mes jambes sont tellement molles... J'inspire un grand coup, il faut que j'aille le voir. Patron... Les larmes montent... Je ne les sens même pas couler sur mes joues. J'avance dans le couloir, je vois une dernière blouse blanche disparaître par une porte qui donne sur une salle avec une grande baie vitrée. Il est là-bas... Il est forcément là... Encore dix mètres... Il y a plusieurs personnes qui entourent un lit, je ne vois pas le patient. L'une d'elles relève la tête vers moi, c'est l'interne en médecine de tout à l'heure. Ses yeux brillent et sont beaucoup trop expressifs. Elle fait signe à une autre de fermer les rideaux alors que j'étais sur le point de le voir, et sort me rejoindre.

- « Mais vous êtes fou de vous lever comme ça, vous n'êtes pas en état !

- C'est lui ? Répondez ! C'est lui ? Qu'est-ce qu'il se passe ? » ma voix se perd dans les sanglots.

Elle m'assoit dans une chaise roulante. Et s'accroupit devant moi.

- « Oui... oui c'est lui. Mais calmez-vous, on s'occupe de lui !

- Vous mentez ! Il... Il... Il faut que je le voie avant que...

- Vous ne pouvez pas entrer ! »

D'un geste souple et ferme, elle entraîne le fauteuil à l'écart, retournant vers ma chambre. Cramponné à mon porte-perfusion, je m'en sers pour taper dans les roues de cette maudite chaise, les bloquant totalement, je manque de tomber et elle... elle chute de tout son long sur le sol...

- « Je vous en supplie, il faut que je le voie...

- Ce n'est pas... »

Elle se relève, les larmes aux yeux et me dit à voix basse.

- « Geek, ce n'est pas une bonne idée, et même si je voulais mes collègues ne vous laisseront jamais entrer dans cette salle, c'est contre-protocolaire...

- Qu'est-ce qu'il lui arrive ? Tout a l'heure, il allait bien, je l'ai entendu... »

Elle soupire... Oui avant qu'il ne fasse une crise, il allait bien...

- « Il a voulu savoir comment vous alliez... Je ne savais pas qu'il ignorait pour votre trauma et... il a fait une sorte de crise d'angoisse assez forte. En temps normal ce n'est pas grave mais combiné à son hypothermie... l'accélération des battements de son cœur... a dû déplacer un thrombus... un caillot de sang probablement formé à cause du froid dans lequel il était... c'est ce qu'on appelle une thrombose...

- Une... »

Je peine à respirer... Elle se relève et semble régler quelque chose sur ma perfusion.

- « Respirer calmement, je viens d'augmenter légèrement la dose de morphine. Avant de sortir vous rejoindre, je venais d'injecter ce qu'on appelle un thrombolytique au Patron, de l'urokinase. Ça a pour effet de dissoudre le thrombus... enfin, le caillot. Ça paraît effrayant, surtout quand beaucoup de monde débarque comme ça a été le cas, mais il n'y a pas de raison de s'inquiéter. Regardez mon bipper. Le code est levé. Ça veut dire que son rythme cardiaque est redevenu normal. Le caillot n'était visiblement pas très gros et se désagrège rapidement, nous n'aurons pas besoin d'intervenir chirurgicalement.»

Je ne comprends pas tout, mais je tourne la tête vers la salle. Les étudiants et infirmières ressortent en effet.

- « Il est certainement inconscient, c'est normal. Il serait préférable que vous attendiez pour aller le voir mais... »

Je lève des yeux suppliant vers elle. Le genre de regard que je lance à Mathieu ou au Panda quand je veux un nouveau jeu vidéo, ou que je veux que l'un d'eux fasse une partie de Mario Kart avec moi. Le genre de regard qui me fait ressembler au Chat-potté. Elle soupire, son regard s'attendrit. Gagné!

- «Bon... la voix est libre, ne faites pas de bruit. Je vais vous emmener le voir maintenant. Restez assis là-dedans et de grâce, donnez-moi ce porte-perfusion... »

Elle me conduit à la salle. Il est là. Sur ce lit blanc. Inconscient, comme elle l'avait prévu... J'avance de moi-même, apprivoisant les déplacements avec ce fauteuil roulant. Elle me suit avec la perfusion. En silence. Son visage est crispé. Il est encore pâle... mais ses lèvres ne sont plus bleues et... J'attrape sa main... Sa peau est tiède maintenant. Je sens sa main se fermer par à-coups sur la mienne et son visage semble se détendre légèrement.

- « Est-ce que... est-ce qu'il peut savoir que je suis là ?

- Il est juste inconscient, pas dans le coma. Oui, il est probable qu'il sent votre présence.

- Je... je peux rester avec lui ? »

Elle soupire.

- « Après tout, tant que son état est stable... Mais s'il se passe quoi que ce soit, on est d'accord que je devrais vous faire sortir !

- Oui...

- Lorsqu'il se réveillera et que ses constantes seront satisfaisantes, je le ferai transférer dans votre chambre. Si ça ne va pas, appuyez sur ce bouton rouge, ici.»

J'acquiesce de la tête sans le quitter des yeux. L'étudiante en médecine s'en va, laissant les rideaux fermés pour plus de tranquillité. Ou peut-être pour éviter que les infirmières ne me voient ici... Le lit n'est pas très large mais, doucement, pour ne pas tomber ou lui faire mal, je me glisse contre lui et pose la tête et un bras sur son torse. La fatigue, ou la morphine, je ne sais pas, me prends et je m'endors tel quel...

Point de vue du Patron :

Ahhh... Ma poitrine... Toujours ce poids... Mais... Ce n'est pas douloureux... C'est... chaud?... Je suis bien... J'ai l'impression de ne pas m'être senti comme ça depuis trop longtemps... Ce poids... Il n'est pas juste sur ma poitrine ? Et cette odeur... Mon cœur se serre... ma gorge aussi... Et je sers mes bras autour de lui. J'ouvre un œil pour être sûr. Oui. A cet instant, mon bordel pourrait bien brûler, je m'en branle.

Quelques heures s'écoulent. La jeune femme de tout à l'heure revient me voir. Elle s'immobilise un instant, et sourit discrètement. Je la surveille d'un œil mi-clos. Elle parle à voix basse.

- « Comment vous sentez-vous ?

- D'habitude je réponds que j'ai connu pire mais quelque chose me dit que cette fois je reviens de loin...

- En effet... »

J'ouvre un œil interrogateur tandis qu'elle, je suppose, relève mes constantes. Elle paraît surprise.

- « Eh bien! Je n'ai jamais vu quelqu'un récupérer aussi vite. Tout va bien, vous êtes stable. Votre cœur a repris un rythme régulier, le thrombolytique a été efficace. A votre place je ralentirais quand même la cigarette, et même la supprimerais mais je pense que vous n'en ferez qu'à votre tête... Votre température est redevenue normale. »

Elle sourit en regardant le Geek encore endormi contre moi.

- « Vous avez une bonne bouillotte.

- Je n'aime pas quand on en sait trop sur moi... Qui êtes-vous ? »

Elle rit. Elle me prend pour un con ou quoi ?

- « Je pensais que c'était évident. Je m'appelle Gwenn, je suis interne en médecine dans cet hôpital.

- Ça n'explique pas que vous nous connaissiez... »

Elle soupire.

- « C'est logique. Je connais SLG. Quand j'ai entendu l'arrivée de deux jumeaux inconnus en hypothermie, j'ai été poussé à venir voir votre état de santé. Ce n'est pas tous les jours que quelqu'un arrive ici à 28°C ! Curiosité professionnelle. D'abord j'ai vu le geek, j'ai reconnu son visage mais avec la chemise noire qu'il portait j'ai cru que c'était vous. Je suis vite venue vers vous, me demandant lequel vous pouviez bien être, et j'ai compris, que le Patron c'était vous et l'autre le Geek. Quelqu'un est venu voir le Geek tout à l'heure, juste avant que j'aille lui parler, après qu'il ait repris connaissance. Mais caché sous son costume, je n'ai pas su le reconnaître...

- Alors... Ils savent qu'on est ici...

- Ça n'a pas l'air de vous ravir...

- C'est... compliqué... Mais de quoi je me mêle? Il faut qu'on se tire d'ici.

- Chaque chose en son temps. Vous êtes peut-être tiré d'affaire mais il vous faut encore du repos. A tous les deux. Nous verrons cette nuit, pendant la garde. Pour l'heure, puisque vous avez repris connaissance, vous n'avez plus besoin de rester en salle de réanimation. Je vais vous transférer en chambre.»

Juste avant de s'exécuter, elle attrapa un grand drap dont elle nous recouvrit. Cachant ainsi le Geek, en dessous, en me faisant un clin d'œil. Je lève un sourcil interrogateur.

- « Les chemises d'hôpital ne sont pas ce qu'on fait de mieux concernant la pudeur. »

Intrigué, je passe la main sous le drap, le long du dos du Geek... Qui n'était absolument pas couvert... Ni son dos, ni... Je ne peux étouffer un rire. La morphine a vraiment dû le shooter, sinon il serait mort de honte, s'il s'en était rendu compte ! Je reste installé ainsi, son p'tit cul m'avait manqué. Je ferme les yeux et laisse la jeune femme faire son travail. Elle débranche ce qu'il faut, fixe la perfusion du Geek sur un montant de mon lit, déverrouille les freins et nous emmène vers une chambre, non loin de là, refermant la porte derrière elle, avec un sourire non dissimuler sur les lèvres.