Coucou !
Désolée pour le retard, mais avec le bac, je me suis retrouvée un petit peu débordée. Mais ne vous inquiétez pas, je n'abandonne pas.
Un gros bisou à ma bêta qui m'a corrigée malgré le bac.
Bonne lecture !
-J'ai peur, j'ai trop peur.
- Mais de quoi ? Il n'y a aucune raison d'avoir peur Melly, nous sommes tous les deux à l'abri dans mon cabinet.
- Du monstre. Il va venir. Quand je dors il vient toujours. Et parfois, je ne sais pas si c'est réel ou non.
- Ecoute-moi bien Melly, on va faire un jeu un peu difficile. Comme ça, quand tu le feras, tu seras tellement concentrée que tu sauras tout de suite ce qui est réel et ce qui ne l'est pas. Regarde. Avec ton pouce, touche d'abord ton auriculaire, puis ton index, l'annulaire et enfin le majeur. Puis recommence de plus en plus vite. Tu as vu comment je fais ? A ton tour.
- Comme ça ?
- Oui, tout à fait comme ça. Tu n'as qu'à faire ça dès que tu as peur du monstre Melly.
Extrait de l'enregistrement 7902. John Graham, Docteur en psychiatrie.
Dossier Melly Amanda Harnet. Données strictement confidentielles.
La porte s'ouvrit en laissant échapper un mince filet de lumière dans le couloir. Mel passa la tête dans l'entrebâillement et finit par se glisser à l'extérieur de sa chambre en s'emmitouflant dans sa robe de chambre.
Il était à peine trois heures du matin et elle ne dormait déjà plus. Son sommeil se faisait de plus en plus agité depuis sa dernière sortie. Ou depuis un certain passage aux toilettes.
Très nerveuse, elle se réveillait plusieurs fois dans la nuit en sueur, l'esprit embrumé dans la fumée d'un cauchemar qui lui échappait dans l'instant.
Quand elle croisa la glace du couloir, elle l'évita très soigneusement du regard. Elle passa devant le chien de Misa assoupi dans son panier et celui-ci leva une paupière pour finir par la suivre en trottinant. Son instinct de chasseur vorace avait déjà deviné qu'elle se dirigeait vers la cuisine.
Lorsqu'elle y parvint, elle mit la cafetière à chauffer en baillant. Amener une tasse de café à Ryûzaki lui donnerait une excuse pour avoir de la compagnie.
Elle ne voulait absolument pas rester seule depuis qu'elle avait cru voir un message s'inscrire sur la glace des toilettes de la Yotsuba. Elle avait eu le plus grand mal à faire bonne figure en en sortant.
A présent, elle n'était plus bien sure de ce qu'elle avait vu, de pouvoir faire la part des choses entre ce qui était réel dans cette affaire et ce qui était le fruit d'une imagination envahissante stimulée par un brin de panique.
Mais elle s'était tout de même mise à éviter comme la peste les miroirs dont la vision lui inspirait une crainte dévorante.
Elle avait beau tourner le problème sa tête, le démonter, le décortiquer pour l'autopsier, elle ne parvenait pas à trouver d'explication raisonnable au phénomène dont elle avait été témoin.
Elle en était venue à se demander si le lien n'était pas à l'origine de tout ce chambardement. Cette chose avait très clairement une influence sur elle. Mais jusqu'où ? Peut-être que la mise en place forcée d'une telle attache avait plus d'effets secondaires qu'on ne voulait le croire.
Si elle devenait vraiment folle, peut-être fallait-il contacter Near en retirant de l'argent pour signaler le problème. C'était peut-être dangereux, non seulement pour elle-même, mais aussi pour L. Elle était à peu près sure que si le détective finissait par sombrer dans la démence, Near ne lui pardonnerait jamais et, mieux, le lui ferait payer de la plus horrible des façons qu'il trouverait.
La cafetière se mit doucement à siffler. En entendant le petit bruit strident, Trevs releva la tête et se mit à battre de la queue.
« Inutile, jeune homme », lui dit-elle, « Tu n'auras rien. »
Elle plaça la tasse de café sur un plateau, auquel elle ajouta un bol de sucres en morceaux et quelques petits gâteaux de la veille, ceux qui avaient légèrement brûlé. Saisissant le tout, qui tanguait légèrement, elle se mit en route vers le bureau principal du l'immeuble.
Le chien, en passant entre ses jambes, tenta perfidement de la faire tomber pour chaparder un scone. Le plateau vacilla dangereusement, la tasse s'ébranla, mais elle réussit à maintenir le tout en équilibre en déplaçant tout son poids sur un de ses pieds.
« Inutile j'ai dit ! »
Le chien s'assit sur son arrière train et la dévisagea de ses petits yeux noirs transpirant le machiavélisme.
« Sac à puces, grogna-t-elle en poussant la porte du dos,
- Vous êtes venue tout m'avouer ? »
A peine était-elle entrée que la voix de L suintait déjà l'orgueil. Elle lui jeta un regard mauvais et posa le plateau à ses côtés. Le mouvement d'humeur qui accompagna ce geste le fit claquer sur le bois de la table.
La fille de ferme t'emmerde, connard. Ça te va comme vocabulaire ?
« Vous avez pu vérifier par vous-même que tout ce que je vous avais dit était vrai.
- Certes. C'est pourquoi j'aimerai vraiment en entendre d'avantage. »
En effet, la pose récente des caméras dans la salle de réunion de la Yotsuba avait permis de révéler l'implication de ses hauts-dirigeants dans l'affaire Kira. Par un heureux hasard, tous les noms qu'elle avait donnés trouvaient leurs possesseurs autour de la table, ce qui aurait dû la placer dans les bonnes grâces du détective. Aurait.
Mel l'observa du coin de l'œil. Il n'avait pas l'air d'être anxieux, ni de craindre quoi que ce soit et de toute évidence, il était toujours aussi insupportable. Il avait le visage certes fatigué, mais elle savait que c'était habituel. Il n'y avait aucun signe chez lui de l'apparition d'une possible démence.
Peut-être était-ce elle qui se faisait des idées. Peut-être avait-elle cristallisé sa crainte de Kira ce jour-là, dans cette salle de bain.
« Alors Rosie, allez-vous enfin vous décider à me raconter toute l'histoire ? Je ne sais pas si vous réalisez que votre mutisme plaide de moins en moins en votre faveur.
- Je suis désolée mais je ne peux pas vous le dire. Cela ne dépend pas que de moi, mais aussi de la sécurité de mes amis. Mais je vous jure que vous le saurez en temps voulu, dit-elle, faites-moi confiance.
- Je ne peux pas vous faire confiance si vous mentez.
- Mais je ne vous mens pas ! soupira-t-elle, excédée, Les informations que je vous ai données n'étaient-elles pas exactes ? »
Il s'acharnerait sur ce point avec l'entêtement d'un chien sur un os, jusqu'à vider le problème de sa moelle. C'était dans son caractère après tout. Elle le savait. Intimement. Peut-être même avec trop de certitude, trop d'assurance pour que cela soit naturel.
« Rosie, vous ne parlez pas japonais.
- Et alors ? Ai-je un jour prétendu le contraire ?
- Toutes les réunions secrètes enregistrées à la Yotsuba étaient en japonais. Toutes. »
Il recommença à touiller son café avec un soin clinique. Mel ouvrit la bouche. La referma. Comme elle ne disait rien, il se leva et, la dépassant, se pencha sur son cou. Un long frisson remonta le long de sa colonne vertébrale.
« Rare silence ne fut plus éloquent Rosie. » murmura-t-il.
Elle rampe désespérément sur le sol et la douleur lui tourne la tête. L'ombre sur son dos s'étend et la suit avec lenteur et délectation.
Elle se traine, enfonçant les phalanges le plus profondément possible dans le sol. Ses ongles se retournent, cassent, blessent la pulpe de ses doigts mais elle tire, tire encore sur sa peau écorchée.
La main lui tombe dessus en serre, crochète ses cheveux.
On l'agrippe, la tire en arrière, la retourne. Elle se débat, donne des coups, griffe, mord, sa bouche s'ouvre béante pour hurler…
La douleur frappe et lui lacère le ventre.
Une fois. Deux fois. Trois fois.
Elle hurle, hurle à en perdre la voix.
Quatre, cinq, six.
Faites que ça s'arrête !
Le hurlement de Mel continua de résonner. La froideur lancinante du fer vibrait encore dans son flanc. Elle rua, en proie à la panique, mais un fin cocon de tissu l'entravait qu'elle se mit à griffer furieusement. Enfin, une de ses mains trouva l'air et elle émergea la bouche écumante comme une noyée.
Sa tête partit sur le côté sous l'impact de la gifle qu'elle reçut.
Pendant quelques étranges secondes, aucune pensée ne fusa dans son esprit. Seule sa respiration et son cœur continuaient leurs œuvres, réglés comme de bons métronomes.
Devant elle, un jeune homme brun et pâle avait le bras levé, apparemment prêt à la frapper une nouvelle fois si nécessaire.
Derrière lui un autre garçon ouvrait de grands yeux ronds.
Ce n'était pas sa chambre.
Ce n'était pas son père.
« Rosie ? »
L'inconnu gardait la main en l'air comme s'il brandissait un bouclier.
« Qui est Rosie ? »
Il fronça les sourcils.
L. C'était L. Elle était à Tokyo. Elle avait fait un nouveau cauchemar. L'autre c'était… C'était Light. Ses cris les avaient alertés et ils avaient couru.
« Ah… Oui », dit-elle, « Oui. C'est moi. »
Puis elle eut un petit rire incrédule. Les sourcils de L se joignirent tout à fait.
« Rosie, je crois que vous n'êtes pas vous-même. »
Et derrière lui, le contour d'un pantin affreux tacha d'ébène la pâleur lunaire du mur. L'ombre s'élevait en volutes sur la peinture blanche.
Elle la pointa précipitamment du doigt.
« Là ! Je… »
La phalange qu'elle venait de dresser était écarlate.
Elle baissa les yeux. Une rose vermeille fleurissait sur le blanc immaculé de sa chemise de nuit, imbibant le tissu. La lumière de la lune qui tombait comme un lac à travers la baie vitrée lui donnait des reflets noirs.
Elle ramena sa main gantée de rouge devant son visage.
« Oh… Oh mon Dieu ! » s'exclama-t-elle la voix vibrante d'hystérie, « Je saigne ! »
Light écarquilla les yeux et esquissa un mouvement paniqué vers elle. L le retint en levant le bras. Puis, terriblement lentement, avec d'infinies précautions, il se pencha vers elle.
« Rosie », dit-il en posant une main sur son épaule, et c'était la première fois qu'elle l'entendait prendre une voix aussi douce, « Rosie, il n'y a rien. »
Mel était blottie dans le fond du fauteuil que L lui avait désigné avant d'aller s'asseoir lui-même un peu plus loin. Il lui avait également tendu une couverture et un grande tasse de thé fumante dans laquelle fondaient quelques pastilles, qu'elle devinait être des calmants.
Il l'avait conduit jusqu'ici en soufflant quelques « Tout va bien Rosie » et « Ce n'est qu'un cauchemar » qu'il avait certainement voulu gentils, mais qui sonnaient faux dans sa bouche.
Light s'était allongé dans un canapé après que le plus gros de la tempête fut passé. Il recommençait doucement à somnoler, quoiqu'en lui jetant de petits coups d'œil dès qu'un sursaut de conscience le parcourait. Elle s'en voulait légèrement de l'avoir réveillé de cette façon, trainé brutalement par une chaîne pour courir après des hurlements. Elle savait qu'il ne dormait pas beaucoup.
Sa crise d'hystérie revêtait apparemment assez d'importance pour que L juge bon de la surveiller. Peut-être craignait-il de sa part un acte malheureux dicté par la panique.
Il ne l'avait quitté des yeux que pour lui permettre de prendre une douche, et elle se doutait qu'il l'avait observée par les caméras.
Mel s'était débarrassée en toute hâte de sa chemise de nuit pour en sortir une propre. Malgré qu'on lui ait dit qu'elle rêvait encore, elle voyait toujours le sang qui la tâchait.
Elle s'était ensuite examinée sous toutes les coutures et avait dû se rendre à l'évidence : la peau de son ventre, quoique un peu douloureuse, était intacte, preuve criarde de ses visions.
Elle avait alors fourré précipitamment le vêtement rougi dans la machine à laver comme s'il avait été de feu.
Mel porta la tasse à sa bouche.
Le thé lui brûla violemment la langue mais elle continua de le boire avec une grimace. La chaleur douloureuse qu'il répandait sur ses lèvres la maintenait comme une ancre dans la réalité. Elle ne parviendrait certainement pas à se rendormir cette nuit-là, mais elle se sentait tout de même bien mieux qu'un peu plus tôt.
Il fallait absolument qu'elle garde son calme. Elle avait déjà entendu parler de telles choses.
Comment appelait-on ça déjà ? Terreurs nocturnes.
« Est-ce que vous avez peur ? demanda-t-elle en resserrant la couverture autour d'elle,
- De quoi ?
- De mourir.
- Je connais les risques. Je les connaissais en m'engageant. Quelles que puissent être mes peurs, je les ai dépassées depuis longtemps. »
Mel resserra ses doigts dans la maille épaisse de la laine.
« Moi si.
- Pourquoi ?
- Je pense à la douleur qui monte, monte avec la morsure du fer qui transcende la chair, et qui s'élève, encore, encore et encore comme un ongle que l'on passe sur une vitre… »
Elle se tut lorsqu'elle réalisa que le regard de L s'était fait de plus en plus insistant au fil de l'écoulement précipité de ses paroles.
Il te regarde comme si tu étais folle.
L'était-elle ?
Ryûzaki se pencha à son niveau.
« Il n'y a aucune raison d'avoir peur. Vous êtes en sécurité ici et, de toute façon, Kira tue par crise cardiaque, pas à l'arme blanche. »
S'il savait. S'il savait. Elle passerait devant lui par la planche. Les femmes d'abord.
Parce qu'après, « les requins n'ont plus faim », aurait dit Tom le flûtiste.
Je suis Melly Amanda Harnet. J'ai des hallucinations. Je vois des choses que je suis la seule à voir. Auriculaire, index, annulaire, majeur. Ce n'était pas réel. Auriculaire, index, annulaire, majeur. Maintenant, je suis réveillée.
« Que faites-vous avec vos doigts ? »
Elle battit des paupières.
« Oh, c'est un tic que j'avais plus jeune après un cauchemar », elle plissa les yeux, « Cela doit faire des années que je ne l'ai pas fait »
« Miss Viala refuse de retourner dormir dans sa chambre. Je lui en ai fait changer. »
Il tenait entre ses bras l'édredon blanc du lit qu'il venait de défaire.
« Très bien. Trop de pression sans doute. Les hallucinations sont typiques de certains débuts de névroses. Les étudier nous permettrait de mieux cerner son implication dans cette affaire.
- Nous avons trouvé quelque chose en fouillant la chambre comme demandé. C'est assez… Inexplicable.
- Qu'y a-t-il Watari ? »
Alors il déplia le drap blanc pour dévoiler l'immense tache rouge qui s'y étendait.
« Bien matérielles, les hallucinations. »
Merci d'avoir lu !
Pour ce qui est du sang sur le drap, je vais donner l'explication à la fin je pense, car au niveau du scénario, Mel ne saura jamais ce qui s'est passé réellement cette nuit-là. Pour indice, le sang a toujours été là, il a bien coulé à un moment, et le fait qu'il n'y a à l'initial que Mel qui le voit à bien rapport avec son immunité.
Réponses aux reviews (merci, vous avez été nombreux) :
Daaku : Merci beaucoup ! Effectivement, L me donne du fil à retorde, j'essaye de faire de mon mieux pour qu'il soit réaliste. Pour la scène du miroir, il n'y avait pas encore de caméras à ce moment-là, Mel ne se fera pas coincer à cette occasion mais… Ça pourrait venir héhéhé.
Tomi : Ah, si tu savais ! Je suis trop contente que tu trouves ça glauque, parce que c'est mon but ultime pour cette fic. Merci beaucoup. Pour la romance, je ne veux de toute façon pas qu'elle soit totalement au centre de la fic même si elle sera présente. Je préfère essayer de privilégier une atmosphère de mystère, qui je l'espère ne se désagrègera pas.
Nicciola : Haha pas de panique, la suite est là =p Merci, je suis contente que ça te plaise.
