Note : Hello :) Suite à un remaniement du dernier chapitre (et avouons-le, l'écriture de nouvelles scènes) sachez qu'il y aura un épilogue qui sera publié bientôt. Du coup je ferai ma big déclaration de love de fin d'histoire à ce moment là.

Bêta : Maya Holmes et Mugen mes supers nanas ! Merci pour TOUT les filles !


Dans le Westchester, l'été s'installe avec autant de paresse qu'il repart. Hank n'est pas pressé de retrouver le froid de l'automne, les feuilles mortes qui envahissent le parc. Enfin, c'était vrai avant, quand Charles se fichait éperdument de la demeure, mais cette année, Hank est assez sûr qu'ils feront appel à un jardinier.

Ils. Charles et lui.

Parce que même si Tonio a fait suivre le courrier des quatre étudiants à la demeure, Hank n'a pas encore révélé à Charles le contenu de la lettre signée de la main de Mr. Salvadore. Charles est en train de totalement perdre l'usage de ses jambes et ils ont déjà assez de choses à gérer pour le moment. Dani était avec lui quand ils ont ouvert les enveloppes. Elle l'a embrassé sur la joue et a montré plus d'enthousiasme que lui en voyant le classement : Henry McCoy major de promotion. C'est une consécration, bien sûr, il en est très satisfait. Mais le choix est fait et il a déjà répondu à Mr. Salvadore qu'il le remerciait pour tout mais qu'il ne finirait pas son master. Ce n'est pas seulement l'état de Charles qui lui a fait prendre sa décision. Ce semestre a été extraordinaire, il a rencontré des gens fantastiques et évoluer dans un environnement éducatif lui a rappelé combien cela lui avait manqué. Mais il a passé trop d'heures à lire des livres qu'il connaissait déjà par cœur et à attendre la fin des cours pour poser aux professeurs des questions auxquelles ils n'avaient parfois pas la réponse, pour comprendre que Charles Xavier a raison. Hank est peut-être réellement doué.

Le reste du groupe quittera la demeure en début de semaine prochaine. Ils sont tous tristes de ce départ mais Warren veut aller voir ses parents et Stephanie va retrouver Tonio. Elle a échoué à ses examens et n'en est pas vraiment étonnée, selon ses dires. Elle veut se concentrer sur la danse maintenant et Hank a retrouvé dans les papiers de Charles les références d'une école d'expression corporelle à New York qui pourrait l'intéresser. Il va la chercher dans le jardin d'hiver pour lui donner, mais il n'y rencontre que Charles, assis sur son fauteuil en osier et Warren et Dani qui lui font face. Warren a les yeux rouges et il se masse durement les poings tandis que Charles tient dans sa main celle de Dani dans un geste plein de compassion. Hank les regarde et demande sans attendre.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? »

« Rien… », se défend Warren en se levant d'un bond pour quitter la pièce.

« Warren. », appelle Charles d'une voix ferme.

Le jeune homme se retourne et regarde le professeur qui le rassure en fermant lentement les yeux.

« Hank aussi. »

C'est tout ce que le professeur dit et ça semble choquer Warren et Dani au plus profond de leur âme. Warren se recule d'un pas et Hank comprend une demie-seconde avant que Charles ne lui confirme :

« Hank, tes deux meilleurs amis sont mutants eux aussi. Je suis à la fois émerveillé et abasourdi que tu ne t'en sois jamais rendu compte avant ! », rit Charles qui semble trouver tout ça absolument fantastique.

« Merde, vous cachez bien votre jeu. », rit Hank, tout aussi choqué qu'heureux d'apprendre qu'il y en a d'autres, comme eux et de son âge, qui ne sont pas morts au Viet-Nam.

« Pour ma défense, ce n'est pas quelque chose dont je suis particulièrement fier… », s'excuse Warren en détournant le regard.

Hank ouvre les lèvres mais les referme en souriant, parce qu'il sait qu'ils se tiennent dans la pièce où il y a l'unique homme au monde qui peut expliquer avec une simplicité géniale la fierté d'être né mutant.

« Oh, ce n'est pas quelque chose que j'aime entendre… », sourit Charles.

Il attrape sa canne et se lève avec beaucoup de peine. Il se rapproche pour poser sa main libre sur l'épaule de Warren (pour retenir son attention et pour se tenir aussi) et reprend :

« Vous savez, ici, ce n'est pas que ma maison. C'est beaucoup trop grand pour moi tout seul de toute façon et je ne suis pas si mégalomane. I peu près dix ans, j'ai fondé une école qui s'appelait l'École Xavier pour jeunes surdoués. Oh, détrompez-vous, ce n'était pas pour des étudiants particulièrement doués avec les maths ou les langues ; c'était un lieu de formation pour les jeunes mutants qui n'avaient pas conscience de leurs leurs capacités. J'ai traversé les Etats-Unis pour trouver des jeunes, comme vous. C'est comme ça que j'ai rencontré Hank d'ailleurs. Et puis, le bouche à oreille s'est occupé du reste et un jour il y avait ici-même plus de soixante adolescents et jeunes adultes qui courraient dans ces couloirs. Ce n'est pas une expression, ils courraient réellement, c'était assez... bruyant, » sourit Charles en leur lançant un regard entendu. « Vous savez ce qui, quotidiennement, me poussait à maintenir cette école debout ? C'était la façon dont ces jeunes se battaient pour leurs droits. Regardez ce qu'il se passe en ce moment dans le pays tout entier, le peuple noir se soulève et s'unit, pourquoi ? Pour l'égalité. Alors, oui les mutants sont différents des humains, et les hommes différents des femmes, et j'en passe, et il serait idiot d'essayer de prouver le contraire. Mais cela ne veut pas dire, à aucun moment, que nous ne sommes pas égaux. Si je me suis battu toutes ces années, Warren, c'est précisément pour que, plus jamais, un jeune homme mutant ne dise « qu'il n'en est pas particulièrement fier ». Tu es né comme ça, tu es différent et tu es un être unique. »

Les sourcils de Warren se froncent légèrement. Ses lèvres s'ouvrent, il cherche des mots qui ne sortent pas et c'est finalement Dani qui demande :

« Pourquoi est-ce que vous avez fermé l'école, alors ? »

Hank regarde discrètement la réaction de Charles, qui n'est rien de plus qu'un sourire triste.

« Parce que j'ai été égoïste. Ça a été une erreur et je ne peux même pas reporter la faute sur… la guerre ou je ne sais quoi. Il faut que tu saches que des généraux sont venus pendant près d'un an pour enrôler les jeunes d'ici. Parfois, par groupe de dix. J'étais à l'époque cloué dans ma chaise roulante et j'ai crié la première fois. La deuxième fois, je ne suis même pas sorti de ma chambre. Il se passait dans ma propre maison, quelque chose qui allait contre tous mes principes, quelque chose de si injuste et je n'ai pensé qu'à moi, qu'à mes jambes. Et j'ai laissé tomber… tellement de choses et de gens… tellement de fois. Si vous saviez, il n'y a pas un jour où je ne regrette pas certaines décisions… », il s'arrête, regarde discrètement son avant-bras. Hank sait.

« Alors, même si vous devez être les dernier élèves auquel le professeur Xavier prodigue une leçon, je me dois de vous dire : soyez fier de qui vous êtes. Quelques soient vos pouvoirs. Soyez fier. »

Dani prend une grande inspiration et Hank fait de même en réalisant qu'il ne respirait plus, absorbé par le discours de Charles. Warren hoche la tête une fois et murmure un Merci qui fait sourire le professeur qui lui tapote le bras.

« Bien, maintenant que mon petit laïus a fait son effet, est-ce que je peux vous demander un aperçu de vos pouvoirs, s'il vous plaît ? »

Dani et Warren se regardent à la fois visiblement excités et gênés. Dani secoue sa tête à la négative dans une moue désolée et Hank comprend à ses joues rouges qu'elle est timide. Charles la rassure d'un sourire tendre et se retourne vers Warren qui se lève en commençant à déboutonner sa chemise.

« Faut qu'je retire mon haut… Mais ma mutation, c'est pas que je maîtrise l'art du strip-tease, hein. »

Ils explosent tous de rire et Warren, une fois torse nu, sort du jardin d'hiver. Dani leur fait signe de la tête de le suivre et Hank comprend qu'elle a déjà assisté à une démonstration de ses pouvoirs. Charles, malgré la canne, arrive à accélérer le pas et les trois avancent sur l'immense terrasse en pierre. Au milieu du jardin, Warren étend les bras, baisse la tête et se concentre. Dans son dos se développe deux protubérances d'un rose très pâle qui blanchit sous les rayons du soleil. La membrane se rétracte et dévoile petit à petit des centaines de plumes qui forment deux ailes. Dépliées, elles doivent atteindre près de trois mètres et Hank remet par réflexe ses lunettes sur le bout de son nez pour vérifier qu'il voit bien. Warren les regarde, hoche une fois la tête et bondit à peine avant de battre des ailes et de s'envoler. Du coin de l'oeil, Hank voit la main de Charles se refermer sur le pommeau en bois de sa canne mais il est trop absorbé par les mouvements de Warren dans le ciel pour réussir à se concentrer sur autre chose. Et même si c'est beau, même si la mutation de Warren est tout simplement incroyable, il ne peut empêcher son coeur de se tendre en pensant à Sean. Il suspecte Charles d'avoir la même pensée mais le professeur continue de sourire en hochant la tête et oui, c'est ce qu'il faut faire, se concentrer sur l'espoir qu'il y a encore tellement de mutants à découvrir, à protéger, plutôt que de se morfondre dans ceux qui les ont quittés trop tôt.

Warren passe près de deux minutes dans le ciel et finit par se reposer avec grâce sur le sol. Il s'approche et ils le découvrent à bout de souffle, les joues très rouges et les cheveux en arrière dans une coupe assez comique à cause du vent.

« Magnifique. », inspire profondément Charles en le regardant dans son entier et Hank n'empêche pas sa curiosité scientifique de regarder le dos de son ami pour vérifier comment ses ailes sont rattachées à son corps.

« J'étais sûr que ça t'intriguerait. », rit Warren en regardant son ami.

« Désolé, déformation professionnelle… »

Ils parlent encore une dizaine de minutes, le temps que le corps de Warren renveloppe les immenses ailes qui disparaissent intégralement, comme si elles n'avaient jamais existées et Dani tend sa chemise au jeune homme qui se rhabille. Ils remontent ensemble les premiers vers la demeure et Charles et Hank les regardent faire, en rapprochant leurs épaules.

« Charles, il faut que tu rouvres cette école. »

Ils tournent leurs visages l'un vers l'autre avant que le plus vieux ne lui offre un sourire rayonnant.

« Je sais. »


Dans la tête de Hank il y a des formules pour essayer de réparer les condensateurs d'alimentation du Cerebro. C'était à prévoir, puisqu'ils n'ont pas utilisé son bébé depuis ce qui s'apparente à des siècles. Il arrive à sa chambre et s'apprête à y dormir d'une traite pour les huit heures à venir quand le sourire de Dani se dévoile dans le couloir. Elle est déjà en pyjama, une longue robe blanche avec de la dentelle qui retombe dans des arabesques sur ses épaules à la peau sombre. Elle s'est fait une natte lâche et a démaquillé les deux traits de crayon noir qui étirent toujours beaucoup ses yeux. Hank garde sa porte fermée, pour ne pas lui faire peur avec le bazar qui se cache derrière.

« Tu as réussi à allumer ta machine ? »

« Pas encore, il faut encore un peu de bricolage. Si tu veux, je te montrerai comment ça marche… quand ça marchera. »

« Avec plaisir. »

Elle a marché jusqu'à lui et a posé son épaule gauche contre le mur. Elle le regarde et semble attendre quelque chose. Hank, lui, ne se retient plus :

« Dani, je voulais te dire... merci. Merci pour tout. Je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. Et pour Charles. »

« C'est normal, tu avais besoin de nous. Et il avait besoin de toi. »

Il hoche faiblement la tête et se surprend à se demander où ils en seraient, elle et lui, si Charles ne lui avait jamais envoyé la lettre lui demandant de revenir mais, comme il ne saura jamais la réponse, il préfère ne pas y penser trop longtemps. Il sourit :

« Au fait, je me demandais, est-ce que Stéphanie est une mutante elle aussi ? »

« Ah… non. Elle sait pour Warren et moi, mais elle est humaine. D'ailleurs, elle va faire une crise de jalousie en sachant que toi aussi tu as des pouvoirs. », rit affectueusement la jeune femme.

« Alors, c'est quoi les tiens ? Si ça te gène trop de me les montrer, tu peux juste m'expliquer... », demande Hank dont l'excitation reprend toute son ampleur, maintenant que la demeure Xavier abrite à nouveau des gens comme Charles et lui.

Elle mord sa lèvre inférieure, toujours aussi timide, et se redresse, en remettant sa tresse dans son dos pour se préparer.

« Je peux créer des illusions. Tu veux essayer ? »

« Carrément. »

« Tu veux la version peur ou désir ? »

« Comment ça ? »

« En fait, je ne peux créer des illusions que si les pensées sont déjà ancrées dans la personne. Je ne peux pas, par exemple, te donner l'illusion que tu voles comme Warren, si ce n'est pas quelque chose que tu souhaites particulièrement. »

« Wow, okay, tu dois être redoutable au combat alors ! »

« Je n'utilise pas mes pouvoirs pour combattre, Hank. », corrige-t-elle, légèrement confuse qu'il ait proposé une telle idée.

Il s'excuse, et tait ce qu'il s'est passé à Cuba il y a dix ans. Il lui dit qu'il aimerait tester avec une de ses peurs. Il déteste les araignées et le feu, alors il la prévient et elle lui promet de ne pas faire durer l'illusion plus de cinq secondes. Elle lui demande de s'appuyer contre le mur, pour ne pas qu'il tombe en arrière s'il se retrouve face à une araignée fictive et lui fait fermer les yeux. Sa voix est douce, elle lui répète que c'est simplement pour lui montrer, que ce n'est pas réel et il hoche la tête, impatient de voir ce dont elle est capable.

Il fait froid sans qu'il n'ait senti le changement de température et il est dehors. Il fait nuit et ses pieds, bleus, sont emprisonnés sous des pierres. Ses jambes aussi. Ses bras également. Il tourne la tête et reconnaît un amas de bois taillé qu'il assimile au double escalier ; il est couvert sous les ruines de la demeure Xavier et il y a des cris au loin. Ça sent le bois brûlé et la mort. Et Hank n'arrive toujours pas à se relever.

« Hank, c'est fini. Tu m'entends ? C'est Dani. »

Il doit ouvrir deux fois les yeux avant de reconnaître son visage fin face au sien qui le picote. Il regarde ses mains et les voit grossies, bleutées. Il a commencé à se transformer par réflexe et il relève rapidement son regard vers elle pour être sûr qu'il ne lui fait pas peur mais elle lui sourit tendrement et caresse ses épaules comme si elle lui passait un baume et le froid le quitte. Il est dans le couloir de la demeure est comme avant. Normal. La vraie vie.

« Je… ne m'attendais pas à ça. Tu as vu aussi… ? »

« J'ai vu, » elle confirme, le regard rassurant. « Tu es très attaché à cet endroit. »

« Oui… Ce serait un peu long à expliquer. »

« Ne t'en donne pas la peine. A vrai dire, et même si je n'ai pas vécu ici aussi longtemps que toi, je te comprends. Le professeur Xavier m'a proposé de venir donner des cours, quand j'aurais fini mon Master. »

Il se redresse en massant son visage à moitié transformé et sent ses canines qui frôlent sa langue. Il a fini les sérums qu'il avait pris avec lui à Bucknell et avec son laboratoire hors de service, il n'a plus rien pour empêcher ses transformations qui se déclenchent de plus en plus facilement. Il essaye de ne pas trop penser à l'état dans lequel il est - qui doit être assez monstrueux mais qui ne semble absolument pas choquer Dani - et lui demande :

« Est-ce que tu voudrais venir travailler ici ? »

« Je ne sais pas… Je pense. Je reviens en septembre pour donner ma réponse au professeur. Peut-être que nous… pourrions aller boire un verre toi et moi, à ce moment là ? »

Il inspire et dans sa tête il y a les rendez-vous, la discothèque où ils se sont enlacés plusieurs fois, l'unique baiser auquel Hank pense parfois. Mais la voilà qui se tient à nouveau contre le mur et son regard ne transmet que l'affection qui les unit. La distance entre leurs corps n'est plus celle qui réclamait plus, elle définit à elle seule l'amitié dans laquelle ils retrouvent leur marque. Hank sourit.

« Ça me parait être une très bonne idée. »


Hank s'étire et fait craquer sa nuque. Il s'en veut d'avoir proposé à Charles de l'aider pour ranger sa chambre parce qu'il se retrouve coincé en train de jeter des journaux des années 60 alors que dehors il fait un soleil radieux. Charles s'extasie sur chaque petite découverte qu'il fait (« Oh, tu sais, cette boîte d'allumette vient d'un hôtel où Raven et moi avions dormi à Madrid, il y a des années de ça. », « J'adore cette photo, c'est un chien à qui il manquait une patte, que j'avais croisé à Washington. Je me suis toujours demandé s'il pouvait y avoir des chiens ou des chats mutants. ») alors tout prend encore plus de temps que prévu. Sans doute que la bonne humeur du professeur est là pour cacher la vraie raison de ce remue-ménage : quand il sera obligé de reprendre son fauteuil, il ne pourra plus circuler avec la même facilité. C'est une question de jours, de semaines peut-être. La douleur commence à se faire moins forte mais ses jambes ne sont plus vraiment stables. Il s'aide plus que jamais de sa canne et s'assoit dès qu'il le peut. Installé sur un de ses fauteuils, il jette à sa droite les papiers qu'il veut garder et à gauche ceux qu'ils peuvent jeter.

Hank prépare dans un carton tous les bibelots qui couvrent le petit bureau qu'ils vont mettre dans une autre pièce puisque Charles ne pourra jamais passer entre le meuble et le mur avec sa chaise roulante. Il se réjouit de pouvoir retirer de leurs vues les sculptures en fil de fer qu'il a toujours trouvé un peu flippantes et s'arrête quand ses doigts se posent sur une petite statue cylindrique.

« Tu ne veux pas garder ici le cadeau d'Alex ? »

Charles lève la tête et son sourire se fait plus crispé. Il cherche manifestement quelque chose à répondre mais Hank comprend, sans pouvoir l'expliquer.

« ... C'était Erik ? »

C'est la première fois que ce nom résonne dans la maison depuis que Hank est revenu et sa simple évocation est suffisante pour ramener avec elle une série de souvenirs qu'aucun des deux ne pourra jamais oublier. Charles soupire lourdement, absolument pas prêt à avoir cette discussion, mais les poils sur la main d'Hank se teintent déjà de bleu, alors, ils vont finir par en parler.

« Le soir où tu étais venu dans ma chambre… tu n'étais pas tombé dans les marches, c'est ça ? C'est lui qui t'avait frappé ? C'était à cause de lui que tu voulais que je te coupe les cheveux ? »

« On s'est battus, il ne m'a pas frappé. », impose Charles d'une voix ferme en éludant la dernière question.

« Et quand je t'ai retrouvé à moitié mort dans mon laboratoire, ce n'était pas par sa faute peut-être ? », se met à hurler Hank d'une voix animale.

Les mains d'Hank sont maintenant complètement bleues et il le sait, il va un jour tuer Erik, déjà parce qu'il a mille raisons de le faire, mais celle que lui donne Charles en ce moment même est la plus importante. Il se rappelle de l'état désastreux dans lequel il a trouvé la maison quand il est rentré il y a presque deux mois de ça. Il revoit la table à terre dans l'entrée, imagine le corps de Charles s'y écraser et croit entendre leurs corps se battre dans le salon, comme ça a dû se passer. Et dire que Charles n'avait pas ses pouvoirs à ce moment-là alors qu'Erik… Hank pince sa lèvre inférieure entre ses dents et sent ses canines. Il secoue la tête et sa peau se fissure : la bleue apparaît. Il se tient à la commode, respire de plus en plus fort et gémit tout bas quand il sent que tout son corps s'est déchiré pour laisser place au Fauve.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé… ? », réussit-il à demander d'un ton guttural. Il se retourne et Charles le découvre entièrement transformé.

L'image lui fait un choc car il ne l'a pas vu dans cet état depuis au moins cinq ans. Même s'il remet petit à petit son laboratoire en place, puisque Charles n'a plus accès au traitement, Hank n'en prépare plus pour lui non plus. Il manque de se transformer presque une fois par semaine ces temps-ci, pour des choses futiles (la dernière fois, c'est quand il avait mis trop de dentifrice sur sa brosse à dents). Mais avec la conversation qu'ils vont enfin avoir, il n'a pas pu se contrôler.

« Ce soir-là, je lui ai dit que je n'avais plus mes pouvoirs à cause du sérum. Quand tu es parti, Hank, j'ai… j'en prenais tout le temps. Au début, il suivait ce que tu lui avais dit de faire, il ne m'en proposait que quand j'avais mal, mais ensuite… Mon Dieu je lui ai fait croire tellement de fois que mon dos me faisait souffrir, juste pour qu'il me fasse mes injections. C'était devenu… nécessaire ? »

« Est-ce qu'il t'a frappé ? »

« Hank, non, arrête de penser des choses comme ça. Erik ne m'a jamais frappé. J'ai cru qu'il allait le faire, je… Mon Dieu j'ai réellement cru qu'il allait me briser les os, mais il ne l'a pas fait. Ce soir-là nous avons… nous avons passés la nuit ensemble et quand je me suis réveillé le lendemain… Je ne sais même pas comment j'ai pu écrire la lettre dont tu m'as parlée. Je ne me rappelle de rien, juste de m'être rendu compte qu'il était parti et… », Charles ne finit pas sa phrase parce qu'on dirait qu'il n'y a aucun mot qui pourrait expliquer ce matin précis. « J'étais tellement seul. Il me fallait une dose alors je suis allé dans ton laboratoire et il avait tout renversé, absolument tout détruit. Il y avait un peu de sérum par terre, alors j'ai essayé de le lécher. Je me souviens du goût atroce et d'avoir énormément regretté mon geste et après… Après la seule chose dont je me souvienne c'est d'avoir face à mon lit une jeune femme qui parlait de laitue en regardant tes fesses à chaque fois que tu te penchais à la fenêtre. »

Hank cligne des yeux, pas bien sûr s'il doit rire ou laisser exploser sa rage, et se retrouve à se défendre :

« Stéphanie ne regarde pas mes fesses. »

« Plus maintenant, mais avant, oui. »

« Ce n'est absolument pas la conversation que je veux avoir en ce moment. »

Les dents de Charles se révèlent pour mordiller sa lèvre inférieure quelques secondes avant qu'il ne rit. Hank soupire en levant les yeux au ciel, parce que c'est impossible de rester en colère contre cet homme quand il s'amuse de la sorte, même s'il vient de lui raconter la fin d'une histoire qu'il sait tout sauf simple.

« Hank, je sais que ce n'est pas une chose facile que je te demande mais… ne sois pas trop dur envers Erik. »

« Ce n'est effectivement pas quelque chose que je pense pouvoir faire. »

« Je suis autant responsable que lui. »

« Non. », aboie Hank.

« Tu n'étais pas là. Crois-moi, Hank. Je ne suis pas le petit professeur irréprochable et innocent que tout le monde pense. »

« Je sais, » dit Hank en hochant une fois la tête.

Ils se regardent droit dans les yeux et ne parlent plus. Quand Charles prend une grande inspiration, Hank cligne des yeux et fait un tour sur lui-même pour trouver quelque chose à faire. Il récupère le carton avec les affaires à monter au grenier (il le trouve soudain beaucoup plus léger maintenant qu'il est transformé), y dépose la statuette cylindrique et s'apprête à quitter la chambre du professeur mais il se retourne avant de passer la porte :

« Je suis désolé d'être parti. »

Assis sur le sofa, Charles pivote pour lui faire face, en posant son coude sur le dossier.

« Je suis heureux que tu l'aies fait. »

Et bien sûr, Charles a raison. Parce que c'était ce qu'il leur fallait. Hank apprend tous les jours de la vie et parfois les chemins les plus douloureux sont ceux qu'on ne peut pas détourner. Il regarde la chambre qu'ils ont libérée pour le fauteuil, Charles assis dans une position qu'il ne quittera bientôt plus et bien sûr qu'il sait qu'il n'est pas irréprochable et innocent. Mais ça ne change pas ce qu'il ressent pour lui puisque Hank l'a toujours su.


« C'est la meilleure assurance que nous proposons, monsieur Xavier, vous avez fait un bon choix. », se réjouit Mrs. Lambert, assise à côté de Suppe qui savoure bruyamment la tasse de thé que Hank leur a servi.

Ils sont tous installés dans le bureau vert, celui où Charles fait entrer les promoteurs et son banquier. Ils avaient rendez-vous à quinze heures à New Rochelle, mais Hank a téléphoné à Suppe et Lambert pour leur dire que l'état de Charles ne le permettait pas de se déplacer si loin, et les deux collègues, aussi professionnels et attirés par l'idée de signer ce contrat à un million de dollar, ont acceptés de venir. La vérité est que Charles marche encore, mais ça le fatigue, et il y a une soixantaine de marches pour arriver au bureau de Suppe qu'il n'aurait jamais pu grimper – ni descendre. Il sourit quand Hank lui tend son stylo plume et demande avec une simplicité attendrissante :

« Je suis donc assuré aussi contre les explosions ? »

« Euh, oui. », confirme Mme. Lambert en fronçant légèrement des sourcils.

« La demeure, et les dix-huit hectares, ainsi que les écuries et les sous-sols ? »

« Bien sûr… »

« Sans oublier tous les membres résidant à la demeure, que ce soit en cas de blessure par brûlure, lacération, noyade ou radiation ? »

Hank doit mordre discrètement son poing pour ne pas rire devant l'air effaré de Lambert qui manque de faire une syncope.

« Vous comptez recevoir des jeunes délinquants dans votre école, professeur Xavier ? », demande Suppe, pas vraiment rassuré mais plus habitué que sa collègue aux excentricités du millionnaire.

« Oh oui, j'adore les sales gosses. », répond Charles en adressant un large sourire à Hank qui le lui rend avec autant de plaisir.

Charles doit estimer avoir assez torturé Suppe et Lambert puisqu'il ne rajoute rien et paraphe les feuilles qu'on lui tend, avant de finir par sa majestueuse signature – à la hauteur de sa fortune, il faut l'admettre. Suppe jubile littéralement derrière ses petites lunettes carrées et Lambert se lève la première en répétant combien la demeure est splendide. Hank se lève à son tour et ils regardent tous Charles qui leur adresse un sourire poli mais désolé.

« Je ne vous raccompagne pas. »

« Bien sûr, ne vous dérangez pas. Bonne fin d'après-midi, monsieur Xavier, et à très vite j'espère ! »

Hank les raccompagne et serre leurs mains. Il attend sur le perron que la voiture disparaisse derrière les pins avant de revenir en arrière. Il explose de rire quand il revient dans la pièce qui a abrité la signature de contrats la plus drôle qu'il soit et commence à empiler les tasses de thé vides.

« A très vite j'espère, tu m'étonnes ! Avec un contrat à ce prix-là, ils vont vouloir venir te faire signer des choses de plus en plus souvent. Tu as vu la tête de Lambert quand tu as parlé de lacération ? »

Charles lui adresse un petit sourire, les deux bras posés sur les accoudoirs en bois. Il ne bouge toujours pas et Hank se demande quelle blague il va encore sortir.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

« Je ne peux plus bouger mes jambes, Hank. », dit simplement Charles avec une voix très douce.

Il repose le plateau et regarde le corps, assis, de l'autre côté de la table. Il perd son sourire et fait le tour et ça n'est pas une blague, il le sait. Il inspire et colle à sa face un sourire qui sera leur baume à tous les deux.

« Bien… Okay. »

Il s'approche et tire légèrement la chaise de Charles en arrière. Il se concentre à peine et se transforme en quelques secondes. Il aura besoin de sa force pour porter Charles à l'étage.

« Heureusement que ça n'est pas arrivé à New Rochelle… Tu m'imagines ? Bloqué dans le bureau de Suppe ! », rit le professeur.

« Tu parles, tu aurais adoré que je te porte comme une princesse devant tout le monde, jusqu'à la voiture. », il le taquine en retour, avant de s'approcher pour le soulever, un bras sous ses genoux, l'autre dans son dos.

« Un peu de respect, jeune homme, tu t'adresses au directeur Xavier. »

Ils se sourient et Charles prend dans ses bras le dossier qu'ils viennent de signer, puis Hank les amène à l'étage. Ils ne parlent pas des jambes immobiles mais des appartements qu'il va falloir aménager et de deux professeurs que Charles veut rencontrer, pour leur proposer de venir enseigner à l'institut Xavier. Ils arrivent dans la chambre et continuent d'occuper leurs esprits et le silence par l'organisation qu'ils mettent en place. Hank pose Charles sur son lit et va chercher dans le petit salon du fond le fauteuil roulant. Quand il le pousse jusqu'à Charles, il inspecte son visage mais n'y discerne qu'un sourire un peu forcé.

« Sacré bolide, » Charles feint l'admiration la plus totale.

« On devrait peut-être te trouver un casque, au cas où tu dépasses les 100km/h. »

« Très juste. »

Hank se rapproche encore un peu et Charles s'aide de ses bras pour se passer du lit au fauteuil roulant. Il le touche de toute sa curiosité, tâte les roues et se retourne pour faire face à Hank.

« C'est presque mieux qu'une Aston Martin. »

« Presque. », confirme Hank en hochant la tête.

« Ne sois pas trop jaloux. »

« Je vais essayer. »

Ils se sourient.


« Une fois par jour maintenant ! Ça va me rendre folle ! »

« Je laisse tomber… »

« C'est peut-être la ligne téléphonique qui déconne… »

« Je ne vois pas pourquoi, mes parents m'ont appelée y'a une heure et ça marchait très bien. »

Hank s'arrête devant la porte du petit salon, intrigué.

« Qu'est-ce qu'il se passe… ? »

Warren a décroché le téléphone qui sonnait et répète Allô ? sans qu'on ne semble lui répondre. Dani et Stéphanie sont assises sur le canapé rouge et expliquent à Hank :

« C'est toujours la même chose : quelqu'un appelle et dès qu'on décroche, ça coupe. »

« Ça a pas l'air d'avoir raccroché pour Warren… »

« Super, c'est quoi alors, un espèce de canular téléphonique sexiste ? », peste Stéphanie en levant les yeux au ciel.

Hank regarde Warren, le combiné toujours collé à l'oreille, et il se rappelle la première fois que c'est arrivé, deux jours après qu'il soit rentré à la demeure. Il est souvent avec Charles quand ce genre d'appel arrive et il réalise que ce n'est peut-être pas si anodin. Il entre dans la pièce et s'approche rapidement de son ami en tendant la main pour lui demander le téléphone. Warren fronce les sourcils mais s'exécute et Hank se dépêche de répondre :

« C'est moi. C'est Hank. »

A l'autre bout du fil, il entend une inspiration.

Erik.

Il se retourne et fait signe à ses amis de quitter la pièce. Ils le regardent, étonnés et il insiste, le regard dur pour leur faire comprendre qu'il ne plaisante pas. Les femmes se lèvent et sortent les premières, accompagnées de Warren qui referme la porte derrière lui. Hank se retourne pour attraper la base du téléphone et l'emporte avec lui en marchant lentement dans la pièce.

« Je suis arrivé quelques jours après que vous soyez parti. Charles était… Je suis arrivé à temps. »

Il ne finit pas sa phrase et espère de manière assez cruelle qu'Erik imaginera le pire et que ça le hantera toutes les nuits où il essayera de trouver le sommeil. De toute façon, même le pire ne sera pas aussi fort que ce qu'a vécu Hank le jour où il est rentré à la maison.

« Charles va… Charles va bien, maintenant. Il a repris sa chaise il y a deux jours. Il prépare la réouverture de l'école. »

Pas de réponse. Hank a très envie de faire un commentaire sur l'état de son laboratoire mais il ne veut pas qu'Erik raccroche si vite.

« Il va mieux, » rajoute-t-il sans trop savoir pourquoi. Il rit amèrement, « il va même mieux qu'avant que vous ne reveniez vivre ici… »

Il s'arrête devant la fenêtre, regarde le parc, l'herbe coupée, la fontaine dont il ne perçoit pas les bruits. Il parle sans réfléchir, à un homme qui ne lui répond même pas, et, dans sa tête, se mélangent les souvenirs de Charles tenant pourtant sur ses jambes mais titubant à cause de tout l'alcool qu'il pouvait boire la première année qui a suivi la fermeture de l'école. Derrière lui, sur le bureau en acajou, il y a les dossiers d'inscription pour l'école, qu'ils sont en train d'écrire alors qu'il y a un an, il en était hors de question. Il y a maintenant le rire de Charles Xavier qui remplit la maison, que ce soit suite à une de ses blagues incompréhensibles pour qui n'est pas généticien ou quand ils regardent Happy Days dans la salle télé. Et c'est sa voix qui motive les jeunes mutants qui s'acceptent chaque jour un peu plus. Et Hank comprend.

« C'est vous qui m'avez envoyé la lettre. »

Il inspire, passe son avant-bras sur son front et se mord la lèvre inférieure. Ça fait sens maintenant, parce que jamais Charles n'aurait pas écrit « reviens à la demeure » mais « reviens à la maison », comme il l'a toujours appelée. Il a mis tellement de temps à le comprendre, tout ça parce qu'il ne pensait pas Erik capable d'une telle action. Si désintéressée. Il rassemble tout son courage, tait avec toute la bonne volonté du monde la haine qu'il a toujours ressenti pour Magneto et avoue pour la seule et unique fois :

« Ça a marché… Qu'importe ce que vous avez fait, mais ça a marché. Charles est… redevenu Charles Xavier. Charles va bien. »

Parce qu'il a commencé par ça et finira par ça. C'est tout ce qui leur importe, finalement, à tous les deux. A l'autre bout du fil, il entend une nouvelle inspiration et en fait de même.

« Au revoir, Erik. »

« Au revoir, Hank. »

Ils raccrochent. Hank reste encore un peu debout devant la fenêtre même s'il ne regarde rien de précis. Puis il ramène le téléphone à cadran jusqu'à la petite table avec du marbre dessus. Il rapproche les câbles pour que personne ne se prenne les pieds dedans et se dirige vers la double porte qu'il ouvre en grand. Il fait à peine un pas et s'arrête en voyant Charles, dans son fauteuil, devant lui. Il le regarde droit dans les yeux. Ils sont seuls dans le couloir et Hank ne pourra pas vraiment éviter cette conversation.

« Qui a appelé ? », demande Charles et dans sa voix il est clair qu'il sait.

Hank relâche les clenches et cherche quoi dire, comment le dire, mais Charles ne semble pas vouloir être protégé. Plus maintenant.

« C'était Erik. Il voulait savoir comment tu vas. »

Charles le regarde pour l'inciter à continuer.

« Je lui ai dit que l'école allait réouvrir. Et que tu allais bien. »

Cette fois, Charles inspire et hoche la tête. Ses lèvres s'étirent dans un petit sourire.

« ... Bien. Est-ce que tu viens te promener avec nous ? »

Hank le regarde encore quelques secondes pour essayer de déceler la moindre faiblesse dans ce visage qui semble, pour la première fois depuis bien longtemps, apaisé, mais rien ne vient le perturber. Il hoche la tête à son tour et referme la double-porte du salon derrière lui. En marchant à côté du professeur, il ne peut pas s'empêcher de le regarder. Ça fait sourire Charles qui relève les yeux vers lui pour lui avouer, de sa voix la plus honnête :

« Ça va, Hank. »