En rentrant ce soir-là, Cuddy faillit pousser un cri de frayeur.
« Je me suis permis de ranger tes affaires et de décorer le studio un peu plus à ton gout », annonça House fièrement.
Elle tourna un regard horrifié vers lui et remarqua son sourire victorieux. Il fit un geste pour désigner la pièce autour de lui.
« Ca te plait ? », défia-t-il.
Elle se contenta de cligner des yeux, analysant le décor qui l'entourait. Une guirlande de ses soutien-gorge accrochés les uns aux autres traversait la pièce d'un bout à l'autre, alors que ses strings était exposés ça et là au mur. S'il était une chose à laquelle elle ne s'attendait pas, c'était bien à cela. Il était plus imaginatif que ce qu'elle pensait. Il avait même recouvert le lustre d'une de ses chemises de nuits roses, la lampe diffusant ainsi une lumière tamisée à travers la pièce. Elle inspira profondément et il en profita pour réattaquer.
« Je trouve ça très cosy personnellement. Très stimulant pour l'imagination », ajouta-t-il rêveusement en glissant un string rose entre ses doigts. « Par contre, il faudrait que tu fasse quelque chose, c'est pas naturel d'avoir autant de rose. Je n'ai aucun doute sur le fait que tu sois une fille, pas besoin de te déguiser en Barbie. »
« J'aime le rose », fut tout ce qu'elle put dire, sous le choc.
« On aime le rose quand on a un ou deux hauts de cette couleur. Quand on a plus de huit strings roses, ça devient une obsession », affirma-t-il.
Elle décida de l'ignorer et fila à la cuisine…ou ce qui était censé faire office de cuisine dans les chambres étudiants, soit : un évier, un mini frigo, un placard et une plaque chauffante. L'espace d'une minute, elle regretta le confort du F3 de Daniel, mais elle n'était pas prête de partir. Elle était loin d'avoir dit son dernier mot et, surtout, elle savait que réagir aux tentatives d'énervement de House ne ferait que l'encourager. L'ignorer le rendrait fou…c'était définitivement ce qu'il fallait qu'elle fasse.
Elle sentit quelque chose contre sa jambe et se tourna juste attend pour voir un de ses strings tomber par terre. Elle se tourna vers lui et il s'apprêtait déjà à lui en envoyer un autre en lance pierre. Elle n'afficha aucune réaction et ouvrit le frigo à la recherche de nourriture. Le second string ne décolla même pas.
Elle sortit une salade toute faite du réfrigérateur et scanna la pièce, ne prêtant même pas attention à l'homme qui n'était maintenant plus qu'à un mètre d'elle, la regardant avec méfiance. Elle soupira en remarquant qu'il n'y avait même pas une chaise dans le studio, encore moins une table.
« Où est ce que tu mange ? »
« Sur le lit », répondit-il en haussant les sourcils.
« Où est ce que tu fais tes devoirs ? »
« Sur le lit. Où est ce que tu compte dormir ? »
« Dans le lit. »
« Où est ce que je suis censé dormir ? »
« Dans la baignoire » tenta-t-elle sans espoir.
Elle comprit à son visage son désaccord et s'avança vers le coin de la pièce où un gros sac plastique était posé. Elle en sortit trois coussins avant de se diriger vers le lit. D'un geste, elle releva les couvertures, et mit ses coussins du côté opposé à ceux de l'homme.
« Si t'as tellement envie de coucher avec moi, y a qu'à demander. «
« Pas de contact, pas de mains baladeuses. Tu dors sous ta couverture », déclara-t-elle en sortant une couverture du sachet. Je dors sous la mienne.
« Et si je refuse ? »
Elle lâcha un rire ironique et haussa les épaules.
« Tu vas faire quoi, me traîner dehors en me tirant par les cheveux ? »
Il fronça les sourcils. S'il avait un principe, c'était bien de ne jamais violenter les femmes. Visiblement elle l'avait compris et n'hésitait pas à s'en servir contre lui. Elle lui sourit triomphalement et s'installa de son côté du lit, sa petite salade en main. Il grogna avant de s'asseoir à côté d'elle, attrapant la télécommande, au passage. D'une main il alluma la télé. De l'autre il lui piqua sa salade. Il ignora le regard meurtrier de la jeune femme et engloutit la moitié du bol d'une seule bouchée.
« Tu vas faire quoi, m'obliger à recracher ? », dit-il ouvrant grand la bouche pour lui montrer la nourriture à moitié mâchée qui s'y trouvait.
Elle grimaça et leva les yeux au ciel. Elle n'avait plus faim de toute façon.
Il mit un match de Hockey et elle se demanda s'il aimait le Hockey ou s'il mettait juste du sport en partant du principe que les femmes n'aimaient pas ça. Elle soupira, faisant mine d'être agacée. Elle pouvait bien lui accorder ce petit plaisir…En même temps qu'à elle.
A vrai dire, le Hockey était un des seul sport qu'elle appréciait de regarder. Pas qu'observer des hommes recouverts de plastique se tapant dessus pour un palet l'excitait particulièrement, mais chaque fois qu'elle voyait un match, elle pensait à son père.
Enfant, elle passait ses samedis après-midis, assise sur les genoux de son père, sursautant à chacun de ses cris et engouffrant des tonnes de pop-corn. Elle avait toujours été fascinée par les émotions qu'un simple jeu pouvait provoquer chez un homme et petit à petit, elle avait elle aussi été emportée par l'excitation des matchs. A huit ans, elle avait supplié sa mère de lui acheter une panoplie de hockeyeur. Elle revoyait encore le regard meurtrier que sa mère avait envoyé à son père, l'accusant silencieusement de transformer sa petite fille en garçon manqué. Un jour, il était venue la voir dans sa chambre et lui avait offert des patins à glace.
« Mais y a pas de palet ! », s'était-elle alors exclamée.
« Avant de frapper, il faut d'abord apprendre à patiner », lui avait-il dicté en passant une main dans ses cheveux.
« Tu vas m'apprendre ?! », avait-elle demandé, excitée à cette idée.
Il hocha la tête et elle se revit sautillée sur place avant d'être coupée dans son élan par une main posée sur son épaule.
« Mais attention, il faudra t'appliquer. Tu ne dois pas juste apprendre à glisser sur la glace, tu dois apprendre à y flotter, à y être aussi à l'aise que sur la terre ferme. Tu crois que tu vas pouvoir faire ça ? »
Elle avait hoché frénétiquement la tête et il avait souri.
Le week-end qui suivit, ils
allèrent à la patinoire tous les deux et elle se figea
en voyant plusieurs personnes chuter. Tout à coup, elle
n'était plus tellement sûre de vouloir y aller.
Elle se mordit la lèvre et tenta de poser un pied sur la glace. Son pied glissa immédiatement et elle manqua de tomber, se rattrapant de justesse au rebord. Elle se tourna vers son père juste à temps pour le voir s'élancer sur la glace. Il fit un tour sur lui même et revint vers sa petite fille, figée sur la terre ferme. Il lui tendit la main pour l'inciter à venir, mais elle fit un pas en arrière, cachant une partie de son visage dans son col roulé.
« Ca glisse trop ! »
« C'est le principe, ma puce », ria-t-il.
« Mais je vais tomber ! »
« Ca n'arrivera pas », affirma-t-il.
« Comment tu sais ça ? »
« Parce que je serais toujours derrière toi pour te rattraper ».
Après quelques secondes de réflexion et une énième vérification de la bonne fixation de ses genouillères, elle fixa son bonnet sur ses tresses ébènes et se décida. Elle agrippa les mains de son père et fit un pas sur la glace. Elle faillit glisser, mais, comme promis, il la rattrapa. Plus confiante, elle tenta d'avancer un peu plus. Ils passèrent des heures sur la glace, Lisa insistant pour ne pas partir tant qu'elle ne saurait pas se débrouiller toute seule. Son père avait sourit devant son obstination et, comme toujours, il l'avait laissé faire. Ils ne quittèrent la patinoire qu'après ses premières glissades en solo.
Ce fut la première et la dernière fois qu'elle patina.
Une semaine plus tard, son père faisait un infarctus et elle entra pour la première fois dans un hôpital. Lui, n'en sortit jamais.
« Non mais c'est pas vrai, quel crétin celui-là !, cria une voix à côté d'elle, la ramenant à la réalité. »
Elle s'attendit presque à voir son père à côté d'elle, mais sourit tristement en voyant House. Il lui jeta un regard en biais.
« Qu'est ce qu'il y a ? »
« Hum ? », demanda-t-elle, rêveuse.
« Tu me regarde avec un drôle d'air et tu…souris », déclara-t-il, suspicieux.
Elle remarqua son coup d'œil inquiet à la salade et ne put s'empêcher de rire légèrement.
« Quoi ? », réitéra-t-il, agacé de ne pas comprendre.
« Rien », sourit-elle.
Elle attrapa un coussin qu'elle serra contre elle, se concentrant sur la télévision. Il grogna à côté d'elle, mais elle n'était plus vraiment d'humeur à le taquiner.
Au bout d'un moment, elle finit par rentrer dans le jeu et sans vraiment s'en rendre compte une protestation lui échappa :
« Eh mais y a faute là ! », cria-t-elle
Remarquant son erreur, elle se tourna vers House. Il avait la bouche ouverte sous la surprise, et fronça les sourcils en constatant qu'il avait encore échoué à agacer la jeune femme. Elle éclata de rire sous sa moue boudeuse.
Le match terminé, ils baillèrent à l'unisson et échangèrent un sourire. Il était l'heure tant redoutée, celle de se coucher. Elle alla vers le placard chercher son pyjama et fut surprise de remarquer qu'à part ses sous-vêtements, tout était rangé correctement. Elle préféra cependant ne pas faire de remarque à ce propos et vérifia l'éventuelle présence de poil à gratter. Elle opta pour son pyjama le moins seyant, jugeant qu'il valait mieux ne pas tenter le diable. Elle fila se préparer à la salle de bain et quand elle sortit elle fut satisfaite de la grimace du jeune homme en voyant son énorme pantalon à carreaux rouges et blancs et son tee-shirt définitivement masculin et absolument pas décolleté. Il alla se changer en se plaignant et elle se glissa stratégiquement sous la couverture. Quand il revint, elle était plongée sous sa couverture rose et couchée sur la sienne, de manière à ce que leurs corps n'entrent pas en contact. Elle avait trois fois trop de coussins et les avait entassé du côté gauche du lit…enfin de sa droite à elle dans la mesure où elle était couchée dans le sens contraire du lit. Il se glissa sous la couverture et mit volontairement ses pieds juste à côté de la figure de la jeune femme. Elle râla et les rejeta le plus loin possible. Il sourit et songea à de nouvelles idées pour la rendre folle.
De son côté du lit, Lisa réalisa qu'elle ne semblait pas le déranger autant qu'elle ne l'aurait espéré…et ne sut pas vraiment comment interpréter cela. Se sentait-il coupable ou n'était-il réellement que si peu gêné de sa présence ? Elle s'était attendue à un harcèlement massif visant à la faire partir, mais il l'avait à peine asticoter, lâchant volontairement quelques remarques sexistes durant le match de Hockey. C'était loin de la réaction qu'elle attendait. Et ça la contrariait presque autant que ça la troublait. Il était donc impossible d'énerver cet homme ?
Jusqu'ici, elle avait semblé subir cette colocation bien plus que lui ! Il l'avait même devancé en « redécorant » le studio. Elle avait prévu de passer la journée du lendemain à réarranger la chambre de la façon la plus féminine possible, mais à présent l'idée manquerait totalement d'originalité. Bien sûr, elle pouvait toujours remplir sa salle de bain de tampons et autres produits totalement féminin, ce qu'elle comptait toujours faire, mais ça n'aurait pas la même ampleur sans les petits napperons et tapis qu'elle avait prévu.
Un ronflement interrompit ses pensées et elle maudit son idée stupide d'emménager. Non seulement elle ne le dérangeait pas, mais en plus elle n'arriverait pas fermer l'œil de la nuit. Son plan sensé être diabolique se retournait définitivement contre elle. Sans parler qu'à présent, partir serait signe d'échec et était donc impossible. Bon sang, ce qu'elle pouvait détester Gregory House !
Finalement, la fatigue prit le pas sur l'agacement et elle s'endormit.
TBC…..
