Un petit chapitre très court (3500 mots) pour vous souhaiter à tous une joyeuse Saint-Sylvestre et une excellente année 2015 !
Franchement, après un hiatus d'un an, je ne m'attendais pas à beaucoup de réactions. Et pourtant, le chapitre précédent a reçu plus de cent visiteurs ! (Et seulement cinq reviews : déshonneur ! Déshonneur sur vous ! Déshonneur sur vos familles ! Déshonneur sur vos vaches !)
Merci beaucoup aux revieweuses, c'est adorable de prendre la peine de m'écrire un petit - ou pas si petit - commentaire après une absence aussi longue 3 (Oui, je mets des coeurs, je suis un peu niaise comme ça).
lisou : comme tu peux le constater, il y a bien un cadeau de Nouvel An. J'espère qu'il te plaira et merci pour ta review !
Petite note : pour ceux d'entre vous qui jouent ou ont joué à Skyrim, j'ai commencé une fiction nommée L'éternité sur cet univers. Après plus de 60,000 mots du Choix d'Itachi, vous devez commencer à me connaître : attendez-vous donc à un point de vue, euh... assez différent de ceux que j'ai pu lire habituellement sur ce fandom. Vous la trouverez dans mes fictions, n'hésitez pas à aimer/suivre/laisser un commentaire !
L'idiotie humaine avait quelque chose de merveilleusement distrayant.
« Allez, fillette, nous fais pas attendre, grinça un homme à la bouche remplie de chicots. »
Certains bandits avaient été des gens bien. On sentait leur répugnance à détrousser les voyageurs ; ils se regardaient, jouaient les durs mais s'excusaient presque quand ils expliquaient qu'elle allait devoir leur donner son argent. Leur nervosité faisait peine à voir, et il était arrivé plus d'une fois à Sakura de les laisser partir avec sa bourse sans protester, surtout quand l'hiver approchait et qu'elle voyait des adolescents à peine sortis de l'enfance parmi eux.
Il y avait ceux-là, et puis il y avait les autres. Les vrais, les durs, les ordures, ceux qui ne faisaient pas naître le moindre dilemme moral en elle et qu'elle pouvait massacrer sans une once de culpabilité. Quand une troupe de cette espèce apparut, Sakura eut envie de les embrasser. Un peu de combat sans arrière-pensée, pile ce qu'il lui fallait.
- Peut-être qu'elle a pas de quoi payer le passage, boss, suggéra un énergumène aux longs cheveux sales.
- T'es con ou tu l'fais exprès, tête d'âne ? Evidemment qu'elle l'a, tiens. P't-être pas en pièces, mais j'peux te garantir qu'elle l'a…
Ah, le traditionnel reluquage vicieux. Tout changeait et rien ne changeait dans les campagnes des Cinq Pays.
- Allez, poupée, viens voir papa.
Maintenant, les rires gras. Si prévisible. Si méprisable. C'était rafraîchissant d'être celle qui regardait les autres de haut au lieu d'être celle qu'on traitait comme une enfant.
Bon. Elle avait assez admiré leur stupidité de compétition ; il était temps de passer aux choses sérieuses.
- Le banditisme est interdit par le Daimyô, déclara-t-elle. Vous êtes des criminels.
Une vague d'hilarité saisit la bande.
- Bien vu, poupée ! T'en as d'autres de c'type-là ? Parce que sinon, j'ai un autre truc qui s'rait plus sympa - t'aurais même pas besoin d'ouvrir ta jolie bouche…
- Pas pour parler en tout cas ! intervint un autre, démarrant une nouvelle cascade de rires.
Ils étaient parfaits. Sakura n'aurait pas pu rêver mieux. Elle sentait déjà la tension dans ses muscles, le chakra qui s'accumulait dans son système en prévision d'un combat. C'était jouissif.
Elle laissa tomber son masque de neutralité et sentit un sourire prédateur lui étirer les lèvres.
- Et si vous fermiez les vôtres ? suggéra-t-elle en faisant craquer ses jointures.
Un homme plus intelligent que les autres recula d'un pas, soudain méfiant. Les autres se contentèrent de continuer à rire. Trop vite pour que leurs yeux lisent ses gestes, elle enchaîna une série de sceaux.
- Dôton : Gaban Kyû !
Une muraille de terre s'éleva autour d'eux, emprisonnant les brigands dans une arène improvisée. Les rires cessèrent. Une peur abjecte vint se plaquer sur les visages des hommes alors qu'ils réalisaient que leurs couteaux et leurs protections de cuir ne les sauveraient pas.
Sakura se jeta vers l'avant.
Kami, ce que c'était bon. Esquiver, se pencher, frapper, poursuivre ceux qui essayaient stupidement de grimper le mur qui les entourait, faire face aux idiots qui imaginaient pouvoir la vaincre en l'attaquant de front, envoyer d'un coup de poing l'un d'eux s'écraser contre le rempart, frapper. En quelques minutes, il n'y avait plus que des corps sans vie dans l'arène et les doigts de Sakura étaient rouges du sang versé.
La médic s'essuya les mains sur les vêtements d'un des hommes, annula sa technique et repartit. Les cadavres serviraient d'avertissement aux bandes mal intentionnées. Le banditisme était presque inexistant dans l'est des Oro, là où les ninjas de Konoha et d'Iwa franchissaient la frontière ; quelques téméraires essayaient parfois de vivre en-dehors des lois, puis ils tentaient de s'en prendre à des shinobi en mission et on n'entendait plus parler d'eux. Dans l'Ouest moins fréquenté, en revanche, les brigands pullulaient comme de la vermine dans les placards de Naruto. Le Daimyô ne trouvait jamais le temps et les ressources d'envoyer plus de gardes protéger les cols, évidemment (et si certains bandits étaient sous le contrôle de dignitaires admis à la Cour et que des bourses d'or changeaient parfois de main, qu'est-ce qu'on y pouvait ?). Durant ses années d'errance, Shishou avait l'habitude de passer régulièrement par les cols pour « faire le ménage », comme elle le disait avec désinvolture. Même une soûlarde endettée avait un sens de justice, après tout : telle était la malédiction des médic-nins. Sakura ne faisait que perpétuer une tradition maître-élève.
Après cet interlude, le voyage fut calme. Le groupe avait probablement chassé les autres bandes qui auraient pu leur faire de l'ombre. Maintenant qu'ils étaient morts, les voyageurs auraient probablement une semaine ou deux de paix avant que la rumeur de leur fin tragique ne se répande et que d'autres viennent occuper la place fraîchement libérée. Ainsi allait le monde.
Elle entama la descente alors que la nuit tombait dans son dos. Les arbres d'ici était plus petits, leurs troncs plus épais ; la végétation du Feu laissait progressivement place à celle de la Pluie. Sakura frissonna en songeant au sinistre pays où Jiraiya avait perdu la vie. Elle pouvait presque le voir, sur la gauche, à l'extrémité de la chaîne de montagnes.
C'est là que se trouve la base de l'Akatsuki.
Pain et Konan étaient morts à présent, mais la Pluie restait contrôlée par la poigne de fer de l'organisation criminelle. Quel triste sort devait être celui des civils nés sur ces terres ravagées par les conflits…
Sakura secoua la tête. Elle n'y pouvait rien. Elle avait ses propres missions à mener, son propre village à protéger. Elle accéléra.
Suivre le chemin jusqu'à la fin de la forêt, avait dit Itachi. Nord-Nord-Ouest. Si elle avait estimé les distances correctement, la fin de la forêt ne devait pas être si loin : il était temps de faire une pause et de prendre un peu de repos. La médic-nin n'avait pas dormi depuis vingt-quatre heures, depuis son départ de Konoha, en fait, et la fatigue commençait à l'atteindre. Une chambre d'auberge aurait été plus confortable qu'un trou dans la terre arrangé à l'aide d'une technique Dôton, mais quand un membre de l'Akatsuki prenait la peine de préciser que vous ne deviez pas parler de ce que vous verriez là où il vous envoyait, il valait mieux éviter de se faire remarquer. Sakura s'introduirait dans la pension sans être vue et a priori, elle ne mettrait pas le nez dehors avant que son patient soit guéri. Si tout allait bien, elle quitterait le village dans une semaine sans que quiconque hors de la pension sache qu'elle était passée. Uchiha Itachi n'aurait aucune raison de douter de ses compétences de shinobi.
Ce fut sur cette pensée obstinée que Sakura plongea dans un demi-sommeil, son clone de Terre montant la garde à côté d'elle.
Murs en bois et toit de chaume, telle était la description qu'Itachi avait faite de la pension. A cet instant, Sakura ne savait pas si elle voulait l'étrangler lui pour avoir donné une description pareille ou s'étrangler elle-même pour n'avoir pas demandé plus de détails.
Parce qu'évidemment – évidemment, c'était tellement prévisible –, toutes les maisons de ce damné village étaient en bois avec un toit de chaume. Après tout, pourquoi un bâtiment en particulier se différencierait des autres ? C'était dans les grandes villes et les villages prospères que certaines maisons étaient en pierre et d'autres en bois, que les toits en ardoise passaient par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et que lanternes, blasons et gravures aidaient le voyageur à se repérer dans l'enchevêtrement de ruelles.
Mais dans les petits villages des frontières ? On prenait les matériaux disponibles, on faisait quatre murs et un toit et on réparait les trous en y fourrant de vieux chiffons déchirés. Quant aux écriteaux qui précisaient si on était en face d'une auberge, d'un magasin ou d'une maison, à quoi auraient-ils servi dans des régions où la majorité de la population ne savait pas lire ?
« Trouver la pension » devenait soudain un défi d'une toute autre ampleur.
Heureusement, être l'élève de Kakashi n'avait pas eu que des désavantages – bon, d'accord : ça avait eu en tout et pour tout un avantage, du point de vue de Sakura. L'homme était bourré de défauts, dont celui d'être un instructeur exécrable, mais même lui était conscient qu'un sensei devait transmettre des techniques à ses élèves. Quand un professeur possédait dix techniques perfectionnées, ses étudiants s'estimaient chanceux de pouvoir bénéficier de son expertise ; avec plusieurs centaines de techniques dûment répertoriées par Kakashi lui-même, Sakura s'estimait très chanceuse. Bien sûr, il y avait cette histoire comme quoi elle n'était pas supposée faire du chantage à son ancien professeur pour obtenir des heures d'enseignement supplémentaires, mais elle considérait que c'était une juste compensation pour la négligence dont il avait fait preuve quand elle était Genin.
« Dôton : Iwagakure no jutsu. »
Elle sentit le mur l'avaler.
C'était une technique très particulière que l'Iwagakure no jutsu, un produit du village du même nom que Kakashi avait… récupéré lors d'une mission quelconque. L'idée était d'entrer dans la terre sans provoquer de déplacement de matière, une première pour une technique Dôton.
D'ordinaire, quand on érigeait une muraille à partir du sol, ou même qu'on en faisait sortir un clone de terre, on prélevait de la matière dans le sol, qui lui était rendue à la fin de la technique. Quand Sakura avait entouré les bandits dans son arène improvisée, un observateur extérieur aurait vu un immense fossé autour des remparts : la terre que Sakura avait prélevée. A l'inverse, si on employait le chakra pour creuser un trou, il fallait bien que la matière qu'on ôtait aille quelque part : elle ne disparaissait pas dans un portail interdimensionnel (enfin, généralement pas, mais avec les ninjas, on ne savait jamais).
Evidemment, ça faisait de la terre un élément relativement… encombrant. Pénétrer dans un mur, c'était simple mais quand votre silhouette s'affichait en relief de l'autre côté du mur, au vu et au sus de toutes les personnes présentes dans la pièce, ça ne vous servait pas à grand-chose. L'Iwagakure remédiait à ce problème. La solution était aussi simple en théorie que délicate en pratique : le shinobi se mêlait à la terre, voilà tout. Pendant la durée de la technique, il passait à travers la matière. Si on avait mis une balance sous les pieds de Sakura à cet instant, on aurait trouvé le poids normal de la kunoichi et celui d'un volume de terre exactement égal au volume qu'occupait la médic (si Ino avait eu vent de ce détail, elle aurait eu une réserve de remarques perfides pour le reste de l'année ; Sakura le lui avait donc toujours soigneusement caché).
En contrepartie, si Sakura perdait le contrôle de sa technique, elle finirait étouffée par la terre qui lui envahirait les voies respiratoires. La technique n'était donc utile que pour les shinobi dotés d'un bon contrôle de leur chakra ; Sakura aurait dit qu'il fallait à peu près le contrôle du médic-nin moyen pour l'employer sans trop de problèmes. Evidemment, c'était pour elle une bagatelle.
Elle étendit son chakra à l'intérieur du mur et se concentra. Des voix, d'abord étouffés puis de plus en plus claires, lui parvinrent. Un couple parlait du temps et d'une vache malade ; elle raya mentalement cette maison et passa à la suivante.
Sakura comptait écouter les conversations dans chacune des habitations du village jusqu'à ce qu'elle entende quelqu'un interpeller la fameuse Cha Yun, la responsable qu'elle devait contacter ; elle attendrait alors que la femme soit seule et se montrerait. Comme les trois quarts des plans, celui-ci tomba à l'eau avant même de commencer.
Ce n'était qu'un mur : grisâtre, irrégulier, fait de ce mélange de boue et de terre graveleuse qui constituait la base des constructions de la frontière Est. Rien ne le distinguait des autres – rien, sauf un quelque chose qui ressemblait à une note de musique sans être un son et qui fit se dresser les poils sur la peau de la kunoichi. Chakra. Le bâtiment était protégé, et pas par un amateur, si le motif qu'elle sentait confusément était bien celui auquel elle pensait. Les sceaux devaient être dispersés à l'intérieur de la pension. Itachi avait dû consacrer une somme importante pour acquérir des protections aussi efficaces, à moins qu'il ne les ait tracées lui-même.
Il fallait voir le côté positif des choses : elle n'aurait pas à perdre de temps en recherches vaines, elle avait de toute évidence trouvé la pension. Le côté négatif, bien sûr, étant qu'elle allait devoir passer par une porte au lieu de se glisser subrepticement dans les murs ou de se téléporter à l'intérieur, comme elle avait prévu de le faire initialement. Si sa mémoire ne la trompait pas (elle envoya une pulsion de chakra médical parcourir les contours de la toile qui entourait le mur ; non, c'était bien ça), ce sceau absorbait tout chakra qui n'était pas à l'intérieur du ninja et le retournait contre lui. En d'autres termes, si un shinobi employait une technique pour entrer dans la pension, le chakra employé par la technique pourrait être récupéré par le sceau et renvoyé contre son propriétaire.
Le côté particulièrement vicieux du sceau était que l'organisme du shinobi reconnaîtrait ce chakra comme le sien et n'aurait donc pas de réaction de rejet ; le temps que le ninja réalise que quelque chose n'allait pas, il serait mort ou blessé gravement par sa propre énergie vitale. Le fonctionnement était analogue à celui d'une technique offensive utilisant du chakra médical : on profitait du fait que le chakra paraissait inoffensif à l'organisme pour attaquer rapidement et faire un maximum de dégâts. Et ça marchait – ça marchait terriblement bien. Sakura s'éloigna du mur piégé et sortit à l'air libre, annulant l'Iwagakure.
Comme beaucoup de petits villages proches des frontières, celui-ci était bâti autour d'une longue ruelle centrale qu'encadraient les lieux vaguement importants pour les autochtones : une auberge, un endroit où se soûler, une épicerie qui vivotait sur le dos des voyageurs, les maisons des deux ou trois familles un peu plus importantes que les autres, ainsi que les échoppes des indispensables artisans : forgeron, couturière, guérisseuse, potier… Puis s'étalaient de petits maisons au ras du sol avec leurs potagers plus ou moins bien entretenus, construites sans véritable planification urbaine et évoquant vaguement une invasion de gros champignons grisâtres. On était aux premières heures du jour, les lève-tôt étaient aux champs, les autres encore au lit. Sakura décida qu'elle pouvait se permettre d'examiner l'arrière de la pension à la recherche d'une porte ; il y avait peu de chances que quelqu'un la voit et vienne lui demander qui elle était (maudits soient les petits villages où tout le monde se connaissait !). Bien sûr, il faudrait pour cela qu'elle ne se démarque pas trop.
- Henge, murmura-t-elle.
Cela faisait des années qu'elle n'avait plus besoin de sceaux pour lancer la technique basique. Il n'y eut pas non plus le nuage de fumée qui accompagnait les transformations des Genins ; la jeune femme pâle et musclée aux cheveux roses fut remplacée sans transition par une paysanne châtain d'une trentaine d'années comme on en trouvait des dizaines dans cette région.
Sakura grimaça en sentant le léger drain sur ses réserves de chakra. Il faudrait qu'elle désactive la technique avant d'entrer dans la pension. Après tout, peut-être que les portes du bâtiment n'étaient pas protégées et qu'elle pourrait passer même sous un Henge, ou peut-être pas ; peut-être que le chakra qu'elle relâchait pour maintenir le déguisement serait trop faible pour déclencher le piège, ou peut-être pas ; peut-être qu'elle parviendrait à neutraliser son chakra avant qu'il ne la blesse, ou peut-être pas. Non, mieux valait arrêter le Henge quand elle aurait trouvé une entrée. Sakura regretta de ne pas avoir pu repasser par Konoha pour se faire colorer les cheveux, comme pour la mission Heshiboka. Changer d'apparence sans utiliser de chakra était vraiment très utile dans ce genre de missions.
La médic-nin décida en toute mauvaise foi de blâmer ses difficultés sur Itachi : après tout, c'était de sa faute si elle se retrouvait dans ce village perdu avec une limite de temps trop serrée pour repasser par son village (et il le paierait un jour, shannâro !).
Mais attribuer la responsabilité ne l'aiderait pas à accomplir la mission. Sakura inspira et se concentra en une fraction de secondes, elle redevint l'élève studieuse de la meilleure médic-nin du monde.
Entrer dans la pension, donc.
Allons-y.
Sakura ne pouvait pas nier qu'elle était curieuse de rencontrer Cha Yun, la gérante de la pension. A quoi pouvait bien ressembler une femme qu'Itachi avait jugé suffisamment digne de confiance pour lui confier « l'enfant » ? Etait-elle une cousine éloignée des Uchiha ? Une kunoichi d'une grande puissance qui s'était retirée de son village, insupportée par la mort et la souffrance ? Une ancienne élève d'Itachi, tout comme Pain et Konan avaient été, en un autre temps, les élèves du Sannin Jiraiya ?
Quand Sakura pénétra dans la pension, ses cheveux roses et son uniforme de Jounin bien visibles, et croisa pour la première fois le regard de la gérante, elle comprit qu'aucune de ses hypothèses n'étaient justes. Non, Cha Yun n'était pas surpuissante, emmêlée dans un complexe réseau de loyautés, ou même simplement redevable à Itachi. Elle était plus que ça, bien plus elle appartenait à un groupe rare et révéré que Sakura, kunoichi de Konoha, ne rencontrait pas souvent.
Cha Yun était quelqu'un de bien.
Et Sakura se sentit bizarrement intimidée par le sourire empli de chaleur qui se dessina sur les lèvres de la femme. Un instant, elle entrevit un monde meilleur où les shinobi n'existaient pas, où les enfants ne mouraient pas de maladie, où on ne demandait pas à un adolescent de massacrer son clan pour éviter une guerre civile. Mais c'était une chimère et elle la laissa partir.
- Êtes-vous une amie d'Itachi-san ?
La voix de la femme n'était pas belle. En fait, rien, chez elle, n'était beau : ses cheveux étaient d'un blond sale, son visage sans charme, ses yeux trop petits. Même sa silhouette n'avait rien d'attrayant. Elle avait moins de trente ans, Sakura en était sûre, et pourtant il ne lui restait rien du charme naturel de la jeunesse.
- Je… Je suis envoyée par lui, confirma-t-elle.
- Mais pas une amie, donc, remarqua la gérante.
- Pas exactement.
Un bel euphémisme.
- Je vais vous emmener la voir, dit Cha Yun. Avant tout, vous devriez changer votre apparence. Si les enfants vous aperçoivent, ils risquent de bavarder. Les plus jeunes ne comprennent pas l'importance des secrets, j'en ai peur.
- Les sceaux ne me blesseront pas si j'emploie mon chakra ?
Cha Yun secoua la tête.
- Pas maintenant que vous avez franchi les murs.
Sakura hésita un instant à lui faire confiance, mais l'aura de bonté qui entourait la femme apaisait même la paranoïa d'une ninja. Un Henge plus tard, elle était à nouveau une paysanne ordinaire de la frontière et suivait Cha Yun à l'étage.
- Cha-san, pouvez-vous m'en dire plus sur l'enfant ?
- Bien sûr. Que vous a appris Itachi-san ?
- Il m'a juste demandé de la soigner et m'a dit qu'elle était « une enfant qui n'aurait pas dû vivre ».
- Une description tristement appropriée, hélas. Sa chambre est juste là – je pense que vous comprendrez vite de quoi il retourne.
Des rires enfantins se firent entendre derrière le panneau de papier de riz qui séparait le couloir et les chambres. Cha Yun fit coulisser la porte.
- Fumi, Xiao, je croyais avoir été claire : Mikoto doit se reposer !
Les deux enfants pris en faute baissèrent la tête en essayant de contrôler leur fou rire.
- Pardon, Cha-san, entonnèrent-ils d'une même voix.
Ils jetèrent un coup d'œil surpris à Sakura et sortirent de la pièce. Cha Yun referma le panneau coulissant et se tourna vers le fûton au milieu de la pièce.
- Mikoto, tu dois suivre les conseils du médecin. Ne laisse pas ces deux-là venir t'embêter.
- Mais Cha-san, je m'ennuie toute seule !
- Alors tu devrais finir ton livre, répondit la gérante d'un ton sans appel.
- Oui, Cha-san…
La femme soupira d'un air attendri. Sakura observait la scène – le livre aux pages blanches ouvert sur le sol, la table aux coins arrondis au milieu de la pièce, la chevelure d'encre qui sortait des draps… On aurait dit un type bien spécifique de chambre d'hôpital. D'ailleurs…
Sakura comprit une demi-seconde avant que la fillette ne tourne ses yeux aveugles vers la porte.
- Je t'amène une visiteuse, Mikoto-chan. Elle est ici pour te soigner.
Une enfant qui n'aurait pas dû vivre. Les grands yeux sombres qui ne voyaient pas, les cheveux noirs, les traits si étrangement familiers… Et ce nom qu'elle n'avait entendu que dans un seul clan.
Sakura s'avança.
- Bonjour, Mikoto-chan. Ton cousin m'a demandé de venir te voir.
Le visage de l'enfant s'éclaira.
- Vous connaissez Itachi-nii-san ?
- Oui.
- Et… est-ce que vous connaissiez mon père ? Est-ce que vous connaissiez Shisui ?
Sakura inspira profondément.
Uchiha-san, dans quoi m'avez-vous embarquée ?
Les reviews sont la nourriture spirituelle de l'auteur !
Bonne année à tous, j'espère que vous n'êtes pas (comme moi) seuls dans une chambre étudiante parce que votre maison est envahie par des "amis de la famille" qui vous insupportent, et si c'est le cas... Bah, dites-vous que ce sera mieux l'année prochaine !
