Mission 9
16 ème jour du mois des Clans
Le Maître espion Daud
Corvo s'approcha lentement de Daud et du pauvre tyvien qui était encore chaud, l'assassin lui semblait à bout de souffle et quelques goutte de sang glissaient sur son ventre.
« -Daud...Mais qu'as-tu fais ?
Le meurtrier garda le silence, son regard braqué sur Tabby.
-Pourquoi tu l'as tué ! S'énerva Corvo. Ça ne t'as pas suffit le combat de tout à l'heure ?
Le serkonien blessé ne s'ouvrait pas, se contentant de regarder le cadavre sans le voir.
-Tu sais quoi tu as raison ! Ne dis rien ! Cria le Protecteur en se détournant. Qui ne dit non consent, c'est se qu'on dit ! J'aurais dû me douter que ça arriverait ! »
Le garde du corps se téléporta dans la nuit. Daud esquissa deux pas sur le côté appuyant son épaule sur le mur. Les coups de Tabby l'avaient plus amoché qu'il ne l'avait cru, plusieurs de ses sutures avaient lâchés et quelques un de ses organes le faisaient souffrir. L'épaule toujours appuyé contre le mur, Daud glissa vers la petite rue voisine avant de se téléporter plus loin. La douleur accentua, son souffle manquait, il tâta ses poches à la recherche d'un remède de Sokolov mais un vertige l'a prit. Il tomba à genou voyant trouble, le sang qui tachait lentement les bords de sa nouvelle chemise. Il s'appuya difficilement contre le mur pour se relever. Le meurtrier aurait dû laisser à Corvo le soin de s'occuper du combat, il aurait dû parler à Corvo et il aurait dû retenir Corvo.
« -Corvo, marmonna Daud. Pardonne-moi. »
Serrant le poing une dernière fois, Daud se téléporta plus loin, laissant sa piste ensanglanté derrière lui.
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Corvo s'en voulait d'avoir réagi aussi violemment, il n'aurai pas dû partir comme ça et laisser Daud blessé. Un frisson désagréable lui parcouru les entrailles, et si il lui était arrivé quelque chose ? Non, l'assassin avait dû en voir d'autres et des bien pire que ça. Pourtant, la sensation de nausée était tenace. Au détour d'une rue, Corvo aperçu dans les ténèbres une lueur, en regardant de plus près, une paire d'yeux brillants le fixait intensément. Sortant du néant, un superbe loups au pelage d'un noir profond grognait en montrant les crocs, l'animal était grand et massif, sûrement le meneur de la troupe. Mais le prédateur était bien loin de son habitat naturel. S'approchant menaçant, le canidé garda son regard planté dans celui du Protecteur. Mais au lieu d'attaquer l'homme, le loup semblait montrer une direction, là où Corvo avait abandonné Daud, l'animal jappa et s'échappa dans le même direction. Perplexe, le serkonien s'interrogea pendant plusieurs secondes avant de le suivre.
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La première chose que Daud senti fut l'odeur acre des herbes médicinales et le tiraillement familier dans le ventre. Il ouvrit lentement les yeux et observa les lieux alentour. La chambre était occupée par un lit aux draps propres et frais, des livres bien organisés sur une étagère brillante de propreté, une médaille de militaire étincelait sur une petite commode briquée. L'assassin se redressa lentement tirant les draps regardant les bandelettes aux senteurs de baume médical courir sur son torse avant de s'extirper du lit. Il marcha vers la sortie passa devant une chambre d'enfant tout aussi propre et rangée que celle que le serkonien venait de quitter, hormis quelques dessins qui traînaient par terre, comme si l'enfant les avaient laissés là pour les retrouver quand il rentrerait. Il passa aussi devant une petite salle de bain tout aussi bien nettoyée avant de descendre gentiment les escaliers. Il tomba dans un salon qui était à l'exact opposé des pièces à l'étage, des livres ouverts un peu partout dans la pièce, des potions et des poudres disséminés dans les coins, un sac de couchage au sol, un plan de travail qui disparaissait sous divers condiments et Éva qui faisait des allés retour entre sa cuisinière et ses bocaux.
« -Bonjour Daud, fit la sorcière sans tourner le regard vers lui. Tu te sens mieux ?
-Comment... ?
-Je ne te le fais pas dire ! Pouffa la femme. Tu es arrivé ici couvert de sang à moitié conscient en marmonnant avant de t'effondrer. Je t'ai recousu comme j'ai pu avant de te faire un cataplasme.
Éva se tourna vers lui, le forçant à s'asseoir par terre avant de reposer son dos sur le sac de couchage et de lui donner un élixir de Sokolov et Joplin.
-Prends ça, tu guériras plus vite.
L'assassin accepta le breuvage avec un hochement de tête de remerciement.
-Il s'est passé quelque chose avec Corvo ? Demanda la femme qui s'était assise à côté de lui.
-Pourquoi tu dis ça ?
-Tu n'arrêtais pas de lui demander pardon.
Daud inspira et lui raconta toute l'histoire.
-Je vois...Soupira la sorcière en allumant une cigarette. Et tu n'as pas cherché à lui expliquer que ce n'était pas toi qui avais tué Tabby et que tu l'avais trouvé comme ça ?
-À quoi bon. Grinça Daud. Je suis un tueur, tuer est dans ma nature, il est normal qu'il pense que c'est moi qui l'ai tué.
-Pourquoi avoir fait ça Daud ? Tu aurais dû lui parler. Se n'est pas si compliqué, tu y es arrivé avec moi ! S'indigna la femme.
-Parce que... Souffla le serkonien. Parce qu'il faut mieux que cela se passe comme ça. Cet homme en a après les possesseurs de la marque, et tant que Corvo se tien loin de moi, il serra en sécurité.
-Ce n'est pas en l'éloignant de toi que ça le sauvera Daud.
-Peut-être, mais si il réussi à nous trouver tout les deux, il aura plus de chances de le tuer et...l'idée de perdre Corvo m'aie insupportable. Je l'aime, tu comprends !
-Alors, pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Demanda Corvo qui rentra dans la pièce depuis une loggia que Daud n'avait pas vu.
Éva se leva et laissa sa place au Protecteur qui avait retrouvé ses habits.
-Corvo... Comment tu m'as trouvé ?
-...J'ai suivi ta piste de sang jusqu'ici.
Le garde du corps glissa sa main droite dans la main gauche de Daud. Les humains étaient tous aussi chauds et doux que Corvo ? Il ne s'en souvenait plus. Du moins, il a tenté de l'oublier, quand on tue quelqu'un, on ne fait plus attention à ce genre de détails. Sauf quand il avait tué l'Impératrice. Il avait senti la chaleur de son sang sur ses gants, la tiédeur de son dernier souffle dans sa nuque, il ne devait plus y penser...
-Je suis désolé d'avoir réagi comme ça Daud. J'aurais dû te faire confiance.
-Je ne te le fais pas dire !
-Je sais que se n'est pas dans tes habitudes, mais tu dois te confier à moi toi aussi ! Grincha Corvo. Il faut qu'on apprenne à communiquer.
Daud attrapa le menton et le tourna délicatement vers lui, déposa doucement ses lèvres sur les siennes, papillonnant un temps avec avant d'explorer sa bouche avec sa langue, les doigts de Corvo se resserrèrent sur sa main gauche alors que la droite glissa amoureusement sur la mâchoire de Daud. Ils fermèrent les yeux, appréciant chaque mouvements, chaque secondes qui passaient entre eux. Se fut Corvo qui brisa le premier l'échange, Daud ouvrit ses yeux azur, rencontrant ceux couleur rhum brun de son partenaire.
-C'est déjà un début... Ricana Corvo.
Daud grinça un petit rire en redressant la tête. Corvo posa sa tête sur l'épaule de Daud et celui-ci cala sa joue contre son crâne.
-Je ne veux pas qu'on se sépare Daud. Tu me l'as promis.
-Je sais...Souffla le blessé. Je t'aime trop maintenant, je ne peux plus faire machine arrière.
-Je veux vivre avec toi.
Daud garda quelque secondes de silence.
-Tu veux...fonder une famille...avec moi ? Répéta Daud incrédule.
-Oui, souffla Corvo. J'ai réfléchi à nous deux, à tout ça. Et je veux que tu viennes vivre avec nous à la Tour.
-Mais Emily...
-Elle demande où tu es. Je crois qu'elle t'a adopté, compléta Corvo avec un petit rire.
-Tu es sûr de toi, ce genre de relation est considéré comme un crime ?
-Il va rejoindre les nombreux autres, pouffa Corvo. Tu aurais dû y réfléchir avant d'être avec moi.
-Comment tu comptes justifier que je reste en permanence au palais ?
-Je ne sais pas...J'y réfléchis.
-Mes hommes, mon QG, que vont-ils devenir ?
-Tes hommes restent avec toi quoi qu'il arrive. Quant à ton QG, on peut lui trouver une place près de la Tour.
-Tu es vraiment prêt à tout ! Siffla Daud. En parlant de mes hommes, je me demande se qu'ils ont pu découvrir.
Le Maître invoqua Habson, Jenkis et Vladko sans quitter la main de Corvo, le Protecteur senti le fourmillement familier du Vide à travers les fibres de sa peau. Daud tira une cigarette de son paquet et alluma pendant que Vladko faisait une synthèse de se qu'ils avaient découvert.
-Ils ont tous été approché par la même personne, un dénommé Frisky Corkovan, un tyvien très petit aux cheveux blanc, la quarantaine.
-C'est l'homme qui a emmené Tabby hors du Dumbliner, constata Daud.
-Nous nous sommes renseigné sur cet homme, il travaille pour un certain Dick Roper, mais nous n'avons rien pu tirer sur lui.
-Roper...Réfléchi Corvo. J'ai déjà vu ce nom quelque part.
-Son vrai nom est Richard Roper, il était financier au Central Rudshore. Intervint Éva. Un homme intelligent et habile qui a détourné des fonds avant et pendant la peste. Un soutien de premier choix pour Burrows, c'est lui qui a alloué la flotte qui est partie à Pandyssia pour rapporter les rats porteurs de la maladie. Hélas, tout son équipage est mort. Il a investi dans beaucoup de choses, dont certaines pas nettes. Marine marchande, alcools, tabacs, drogues, outils agricoles, armes, contrebande, gang, acier et j'en passe.
-Comment vous le connaissez ? Demanda le garde du corps.
-Mon mari était chargé d'enquêter sur les hommes comme Roper et de les faire tomber. Il n'a pas pu faire quoi que soit contre lui à cause de ses nombreux contacts. Il est mort quelques jours après avoir découvert quelque chose sur lui.
-Qu'est-ce que c'était ? Interrogea Daud.
-Liam n'a pas voulu me le dire, souffla la femme. Mais c'était quelque chose de grave, vu la panique qui régnait dans ses yeux.
-Essayez de trouver Roper ou Corkovan et faites passer le message aux autres. Fit Daud à l'intention de ses hommes.
Les recrues de l'assassin s'inclinèrent et se téléportèrent hors de la maison. Le Maître se leva, Corvo le soutenait un peu.
-Emily nous attend Daud, elle aimerait te parler.
-Mes affaires sont à l'étage.
-Je vais te les chercher.
Pendant que Corvo s'employait à sa tache, le regard de Daud glissa vers la femme.
-J'aurai dû être présent pour toi après la mort de ton fils et de ton mari.
Le visage de la sorcière se peignit d'une grande tristesse.
-Daud, tu n'as pas à t'en vouloir. Tu étais occupé à former tes Harponneurs et à devenir quelqu'un. Nous avons tracé nos chemins, expliqua la femme.
-Tu étais là pourtant quand je suis arrivé ici, tu m'as aidé à me relever.
-Je sais...Se n'est pas grave Daud, ils avaient plus besoin de toi que moi. Et puis se n'est pas toi qui dis se qui est fait est fait ? Fit la femme en levant un sourcil.
L'assassin pouffa en jetant sa cigarette.
-Tu vas construire quelque chose de grand, très grand avec lui. Fonce.
Corvo choisi de redescendre à se moment là et tendit les vêtements à Daud qui les enfila.
-Daud, j'ai trouvé la solution à tous nos problèmes. Tu dois devenir Maître Espion !
Une petite ride se forma sur le front de l'assassin.
-Si tu deviens Maître Espion, tu auras accès à la Tour comme tu le souhaite, tu pourras chercher des indices dans la salle sécurisée de Burrows sur Roper, tu n'auras pas à retourner au quartier inondé, tu pourras engager tes hommes en tant qu'espions, tu...
-Calme toi Corvo, j'ai compris. Rassura Daud. Mais tu semble oublier une chose : Emily. C'est l'Impératrice qui choisi son Maître Espion, pas son Protecteur. Et puis, tu oublies que mes hommes ont eux aussi ont leurs mots à dire dans cette histoire.
-Je comprends. Je te laisse parler à tes recrues. Corvo attrapa les mains de Daud. Je suis sûr qu'elle n'y verra aucun inconvénient à attendre encore un peu.
-Je vais les voir. Tu viens avec moi Corvo ?
-Avec plaisir.
Daud enfila sa chemise et son manteau.
-Mais avant ça...
Daud se tourna vers Éva.
-Je dois savoir une chose. Quel est ton lien dans cette histoire ? L'Outsider qui nous envoie vers toi, tu étais avec Delilah et maintenant tu as un lien avec Roper. Je te fais confiance Éva, mais la dernière personne en qui j'avais confiance m'a trahis.
L'assassin s'approcha très près de la sorcière, menaçant et tendu, Corvo juste derrière lui le regard sombre.
-Tu comprendras que j'ai quelque suspicions, compléta Daud.
La femme déglutie lentement.
-L'Outsider m'a contacté la nuit dernière, avoua l'ensorceleuse. Il m'a dit que nous n'étions plus que quatre, mais aussi que j'avais un rôle à jouer dans cette histoire et que je comprendrais en temps voulu. Tu sais comment il est...mais si Roper à la marque et qu'il élimine les autres, ça explique certaines choses. Le tout est de comprendre le lien avec Delilah.
-Bien, acquiesça Daud. Corvo et moi allons tacher de trouver et d'éliminer Roper.
-Je me charge de trouver le rapport avec Delilah, s'engagea la femme. »
Daud hocha la tête appuyé par Corvo et tout trois se téléportèrent hors de la maison de la sorcière.
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Les trois élus de l'Outsider étaient au quartier inondé, Daud avait réuni tout ses hommes, laissant le temps aux recrues de finir leurs contrats, se qui amenait à une bonne vingtaine de personnes devant le Maître. Il était au centre de son bureau, Corvo à ses côtés et la veuve juste derrière. L'assassin était calme et confiant quand il prit la parole.
« -Messieurs, je vais parler sans détour. Je sais que ces derniers mois ont été marquants, étranges et longs. Je sais que nous avons fait bien des choses ensembles, des choses dont nous sommes fiers, d'autres moins. Je sais que durant ces mois, vous m'avez vu affaibli, changé, vieillit. Et je ne peux qu'aller dans votre sens. Tout ça à cause d'un événement particulier : l'assassina de l'Impératrice Jessamine Kaldwin et l'enlèvement de sa fille Emily Kaldwin. Se qui a amené à la trahison de Billy et à l'avènement de Delilah, mais aussi à la partie de chasse qui en a suivit. Aujourd'hui, il y a une autre menace, un homme cherche à éliminer les personnes marquées par l'Outsider. Grâce aux enquêtes menées avec Corvo et Éva, nous pensons qu'il s'agit de Richard Roper appelé Dick ainsi que de son homme de main Frisky Corkovan, des tyviens qui ont beaucoup de contacts dans beaucoup d'endroits. Nous l'avons découvert car je voulais continuer à rattraper les fautes que j'ai pu commettre, parce que je me suis rendu compte de certaines choses concernant ma vie privé. Je me souviens de se que je vous ai dit à tous quand je vous ai recruté : « Pas de vie privé. » et je suis le premier à l'enfreindre. Je compte aller jusqu'au bout avec Corvo. Je comprend qu'après tout se qu'il s'est passé, certains d'entre vous ne voudront pas me suivre, mais je veux que vous restiez avec nous pour tenter d'éliminer cette menace. Si vous partez, je couperais le lien avec vous comme avec Billy. Si vous restez, vous devrez continuer à m'obéir, mais aussi à obéir à Corvo ainsi que Emily. Alors si l'un d'entre vous ne souhaite pas se lancer dans cette aventure, c'est le moment ou jamais.
Le silence régnait dans la pièce après l'éloquence de Daud qui maniait sa langue comme sa lame, justesse, précision et efficacité. Il parlait peu mais comme toujours, ces paroles portaient. Alors qu'aucun assassin ne bougeait, l'un d'entre eux s'avança et retira son masque. Thomas arborait un sourire confiant et répondit d'une voix sûre à son Maître.
-Monsieur, quoi qu'il arrive, nous resterons à vos côté ainsi que ceux de Corvo. Nous l'avons juré sur notre vie et ceux depuis longtemps.
Les autres assassins acquiescèrent aux paroles du petit blond.
-Vous recevrez une solde pour votre travail, nous allons aménager la caserne devant la Tour en dortoir pour vous ainsi que l'ancien bureau du général Tobias pour Daud, expliqua Corvo. En tant qu'espions, vos activités et identités doivent rester secrètes. Vous pouvez accepter des missions pour votre compte si ça peut nous être utile.
-Rien qui ne change de l'ordinaire, pouffa un des assassins suivit d'un petit rire nerveux de quelques collègues.
-Je vous laisse faire vos baluchons le temps que nous allions expliquer la situation à l'Impératrice, répliqua le Maître calmant les recrues. Je vous invoquerais quand ça sera fait.
Les hommes s'inclinèrent et Corvo s'approcha de Daud.
-Ça c'est bien passé, murmura le Protecteur. Allons voir Emily.
-Oui. »
Les trois élus s'envolèrent pour le palais royal.
