Bonsoir lecteurs de mon cœur. Vous survivez, vous, dans toute cette neige ? J'avoue que je demanderais volontiers un voyage sous les palmiers au Père Noël ...

Enfin au moins je vous ai vous, c'est déjà trop chouette :)

Albus

J'ai fini par céder aux insistances de Lysander. Et – il ne faudra jamais le lui répéter mais je dois bien l'avouer – j'en suis maintenant ravi. Albus Potter était effectivement LA recrue qui manquait pour rendre inégalable la perfection de notre projet.

La première raison pour cela, c'est qu'il nous ouvre l'accès à la plus belle mine d'or en matière de ragots : le réseau de la famille Weasley. En prenant en compte les trois Potter qui sont Weasley par leur mère, cette famille rassemble au moins onze représentants répartis dans toutes les Maisons de Poudlard – et encore, je n'ai même pas rajouté les cousins éloignés. Le meilleur, c'est qu'étant tous cousins ils s'adorent mutuellement et se racontent à peu près tout, que ce soit sur eux ou bien sur ceux et celles qui partagent leur dortoir. Bref, une mine d'or.

Je pense qu'Albus a été tellement ravi par la mine que je tirais en allant, bien à contrecœur, lui présenter notre affaire qu'il n'a pas fait de difficultés pour accepter nos conditions : ne révéler à âme qui vive l'existence de cette Gazette et le nom de ses auteurs. Tant que nous ne sommes pas au point, ce projet doit rester top-secret. Et pour commencer, nous avons besoin d'une première bonne moisson de rumeurs fraîches.

— Potter, il faut bien que tu comprennes que ta famille sera loin d'être épargnée par tout ça.

Penché au-dessus du chaudron sur lequel nous travaillons tous les deux comme cela nous arrive souvent, Albus effeuille une branche de laurier sans sourciller.

— Je m'en doute bien, sinon vous ne m'auriez pas recruté.

— Tu seras capable d'assumer ça ?

— Oui, je pense. Enfin ... Est-ce que mon frère et ma sœur seront jetés aux lions, eux aussi ?

Avec un coup d'œil à l'adresse de Lysander qui travaille un peu plus loin, je hausse les épaules avec un soupir grandiloquent.

— Potter, est-ce que tu as seulement conscience de qui est ton frère aîné ? James Potter ! Un 7ème année arrogant, brillant, joueur de Quidditch, insolent, tombeur de ces dames, farceur parfois à nos dépens ... Comment espères-tu me convaincre de renoncer à un filon pareil ?

Albus ne peut s'empêcher de sourire à ce portrait qu'il aurait pu tracer lui-même, à quelques nuances près.

— Oui, bon, je tentais juste le coup en espérant un miracle, finit-il par admettre. D'ailleurs à bien y repenser, peut-être que ça ne lui fera pas de mal de se prendre quelques piques de temps en temps.

— Je suis ravi que nous soyons parvenus à un accord.

Nous interrompons nos chuchotements alors que le professeur Broadbent passe entre les tables pour donner quelques conseils sur la préparation de la Solution de Force. Jeune encore mais déjà grisonnant, maigre et voûté, il ressemble à un genre de grand oiseau aux yeux écarquillés. Même sa voix flûtée à quelque chose de curieusement chantonnant.

— Bien, bien, messieurs ! N'oubliez pas le sang de salamandre à présent. C'est ça, une bonne lampée mais pas plus. Excellent, conclut-il d'un ton rêveur en s'en allant plus loin.

— En ce qui concerne ta sœur, Potter, dis-je l'air de rien tandis qu'Albus remue la potion, on pourra peut-être envisager une petite exception. Si elle ne fait rien de trop monumental, ou si elle se fait remarquer à un moment où on aura déjà du pain sur la planche, on pourra envisager de jeter l'éponge. Mais pas systématiquement.

— Ma sœur est très sage, de toute façon, assure Albus.

Je réprime un ricanement en pensant au nombre de « sœurs de » que j'ai pu connaître au fil de mes années à Poudlard.

— Les frères disent tous ça.