La salle de bain
Lorsque vint l'heure de se mettre au lit, la nuit était déjà tombée depuis un long moment. Dehors, un voile de neige recouvrait le parc et le froid formait des cristaux de glace sur les fenêtres de la tour des Gryffondor. Quelques élèves avaient profité de leur soirée pour faire fleurir des bonshommes de neige que d'autres s'étaient activement employés à détruire. Remus ne comprenait définitivement pas cette capacité de l'être humain de vouloir spontanément détruire ce qu'il avait lui-même bâti. Pourquoi tout ravager ? Pourquoi ne pas simplement laisser les choses telles qu'elles étaient ? Il avait entendu dire que si quelqu'un détruisait quelque chose alors il s'en rendait maître. Mais à quoi bon maîtriser des ruines ou des restes devenus inutilisables ? Il avait beau réfléchir, il ne comprenait pas l'intérêt.
Ce soir-là, il se mit au lit avec des questions plein la tête. Malgré l'obscurité et le silence ambiant, il ne parvint pas à trouver le sommeil. Le devenir de la carte du Maraudeur l'inquiétait. Il savait que ce ne serait pas très grave si quelqu'un l'avait détruite mais ils avaient passé tellement de temps à la confectionner qu'il trouvait dommage de ne pas pouvoir la conserver. Toutes ces choses tournaient sans arrêt dans son esprit au point de l'accaparer complètement, il n'arrivait pas à s'endormir.
Et puis quelque chose était différent ce soir mais Remus ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce qui clochait. Il se retourna, entraînant avec lui ses draps qui cherchèrent à s'enrouler autour de lui. Il soupira, se débattit et finit par s'énerver, il repoussa le tout et s'assit sur son lit. Immédiatement le froid vint se saisir de lui. Le poêle qui occupait le centre de la pièce était éteint. Seules quelques braises rougeoyaient encore dans son ventre mais c'était loin d'être suffisant pour réchauffer l'atmosphère.
Il tâtonna sur sa table de nuit à la recherche de sa montre et jeta un œil. Il était presque trois heures du matin et tout le monde dormait…
Voilà ce qui clochait.
Il leva subitement la tête vers le lit de Sirius mais l'obscurité était trop épaisse et il ne pouvait que deviner les contours.
Au sein de leur petit groupe, Sirius avait obtenu la mention du plus gros ronfleur bien qu'il s'en soit défendu : « je suis trop beau et trop parfait pour ronfler, vous vous rendez compte ? Je vais devenir un tue l'amour ! » Ce à quoi Peter avait répondu que de toute façon, les filles qu'il voulait inviter dans son lit ne l'étaient pas pour dormir. Quoi qu'il en soit, Sirius n'avait jamais « invité » qui que ce soit dans son lit pour la nuit, il risquait bien trop et même s'il était du genre à faire des tas de bêtises, il n'était quand même jamais allé jusque-là. Poudlard était une école, pas une agence matrimoniale et tous connaissaient l'histoire de ces deux élèves qui avaient été expulsés pour avoir passé trop de nuits ensemble. On racontait même que la fille était enceinte. Personnellement, Remus pensait qu'il s'agissait d'une histoire inventée par quelqu'un en manque de scandale mais elle avait au moins le mérite de tenir à l'écart les ardeurs de Sirius.
Il se laissa glisser au bas de son lit, tentant d'ignorer le froid alors qu'un frisson glacé remontait le long de son échine. A Londres, la météo n'était jamais très clémente mais il ne faisait pas spécialement froid non plus l'hiver mais ici, en Ecosse, si haut dans le pays, lorsque l'hiver tombait, le gel et la neige devenaient un sérieux problème.
Sur la pointe des pieds, il s'avança vers le lit de Sirius en priant mentalement pour que ni James ni Peter ne se réveillent. Il n'avait pas très envie que l'on dise de lui qu'il venait rendre des visites nocturnes à son ami. Connaissant les deux autres zouaves, il allait certainement avoir une réputation plus que déplaisante qui lui collerait à la peau jusqu'à la fin de sa scolarité. Il aurait beau clamer qu'il aimait les filles et que la baguette de Sirius était beaucoup trop présente pour être à son goût, il n'était pas sûr de réussir à se dépatouiller de ses deux camarades.
Le lit était vide.
En tout cas, Remus eut beau tâtonner – il n'osa pas allumer sa baguette, à nouveau de peur de réveiller James et Peter – il ne sentit aucun corps sous les couvertures. Et même pire, si les draps étaient bien défaits, le matelas, lui, était froid. Sirius était donc levé depuis un bon moment. Ceci dit, avec le froid ambiant, il pouvait très bien n'être parti que dix minutes plus tôt.
Remus poussa un juron aussi silencieux que possible. Sans la carte, il lui était impossible de vérifier où se trouvait son ami et, pourtant, il était sûr d'une chose, il s'était encore mis dans une situation périlleuse.
Il enfila ses chaussons et sa robe de chambre et descendit silencieusement hors de son dortoir, emmitouflé dans ses vêtements pour ne pas prendre froid.
En bas, tout était calme. Un élève avait laissé un parchemin traîner sur une table. Par acquis de conscience, le garçon y jeter un œil, histoire de vérifier qu'il ne s'agissait pas de la carte du Maraudeur abandonnée là sous leurs yeux mais ce qu'il y lut le déçut : un hibou, un balai de course, des gants de Quidditch, des chaussures qui font courir plus vite… il devait probablement s'agir de la liste de Noël d'un première année. Lui n'en avait plus jamais écrite depuis que Greyback l'avait mordu. A quoi bon de toute façon ? Chaque année, il aurait toujours inscrit la même chose : cher Père-Merlin, je voudrais qu'un médicomage trouve un remède contre la lycanthropie.
Autant demander la paix dans le monde, c'était quelque chose qui n'arriverait jamais.
Il sursauta lorsque le portrait de la Grosse Dame s'ouvrit subitement et que toutes les lumières s'allumèrent. Rusard fit irruption dans la salle en tenant Sirius par l'oreille. Celui-ci se débattait comme un lutin de Cornouailles prisonnier.
« Et que je ne vous revois plus ! hurla le concierge en le lâchant. Et vous ! (il désigna Remus) Au lit !
_ Je suis dans ma salle commune, répondit ce dernier calmement. Je ne suis pas en-dehors des règles. Mais je vais retourner me coucher. »
Il attendit néanmoins que le portrait ne se referme sur lui. Les lumières déclinèrent alors.
« Qu'est-ce que tu fiches ici ? demanda Sirius.
_ C'est plutôt à moi de te poser la question. J'ai la sensation qu'on a encore perdu des points cette nuit. »
L'expression de Sirius était indéchiffrable. Remus ne savait pas s'il s'agissait de joie ou de déception. Connaissant l'énergumène, il optait plus facilement pour la première option.
« Je suis allé dans la salle de bain des préfets. Enfin j'ai essayé d'y rentrer.
_ Mais… mais pour quoi faire ? »
En réalité, Remus se demandait s'il avait vraiment envie de connaître la réponse mais maintenant que la question était posée, autant écouter l'explication qui allait avec.
« Parce que j'ai une théorie.
_ Ah oui ? A quel sujet ? Celui de la provenance des gels douches ?
_ Ce que tu peux être cynique. A propos de la carte évidemment. Je suis sûr que Regulus l'a volée et l'a cachée dans la salle de bain des préfets.
_ Mais pourquoi là ?
_ Parce que très peu d'élèves y ont accès et qu'on ne peut pas y rentrer sans avoir le mot de passe, crois-moi. J'ai essayé. »
Remus soupira.
« Sirius…
_ J'ai pourtant usé tous les sorts que je connais et…
_ Sirius…
_ J'ai même essayé de défoncer la porte à coups de pieds mais évidemment tu imagines que ça ne pouvait pas être si simple et…
_ Sirius !
_ Oui ?
_ Je suis préfet, tu te souviens ? Tous les jours je prends ma douche dans cette salle de bain. »
Il y eut un silence entre eux.
« Mince…
_ Comme tu dis.
_ Tu connais le mot de passe alors.
_ Ben ouais. Et je peux t'assurer que la carte ne s'y trouve pas. »
Durant quelques secondes, ils se regardèrent sans parler puis Sirius reprit.
« C'est quoi le mot de passe ?
_ Si tu crois que je vais te le dire, tu peux toujours rêver. »
Décidant qu'il ne trouverait de toute façon rien de plus ce soir et surtout pas dans la salle commune, Remus se dirigea vers son dortoir. Maintenant qu'il savait où était Sirius, il se sentait fatigué.
« Allez, ne me force pas à te torturer, lui envoya son ami dans son dos.
_ Tu peux toujours essayer, j'ai une bonne résistance à la douleur. Bonne nuit. »
Il monta les marches et posa la main sur la poignée de la porte lorsqu'il entendit Sirius dire :
« J'ai perdu trente points au fait. »
Il entra dans le dortoir. Inutile de traîner plus longtemps ici.
