Chapitre 10 - Changer
L'arrivée fut brutale. Elle roula au sol en gémissant de douleur. Un des tirs l'avait touchée au flanc droit.
Elle courut vers le cadran et s'accroupit derrière. Elle vit la porte se refermer avec soulagement.
Elle changea tout de suite de planète. Ils avaient vu l'adresse, ils allaient tenter de la composer. Elle appuya sur les symboles d'une autre planète inhabitée.
Elle connaissait un certain nombre d'adresses. Même si elle ne l'avait passée que de rares fois, la porte l'avait toujours fascinée et elle avait appris dès qu'elle avait pu différentes coordonnées. Quand ils se rendaient sur d'autres mondes pour faire des échanges, elle se débrouillait pour en apprendre de nouvelles. Elle interrogeait les gens de sa voix fluette d'enfant. Le charme avait toujours opéré. Amusés, les gens lui écrivaient une adresse dans le sol, sur un morceau de feuille ou tout ce qu'ils avaient sous la main, lui parlant de ce monde auquel elle correspondait. Avisant son intérêt, ceux de son peuple, qui faisaient du commerce, se débrouillaient toujours pour lui ramener une ou plusieurs adresses et lui décrire la planète. Pas une seule fois, ils n'avaient pu imaginer qu'elle les retenait.
Oh, elle ne pouvait pas toutes les apprendre d'un coup. Mais elle les mémorisait de façon à pouvoir les retranscrire et les étudier plus tard. Elle les avait toutes notées dans un carnet avec une description, plus ou moins succincte, du monde auxquels elles correspondaient. Elle avait donné un nom à chaque symbole pour les mémoriser plus facilement. Elle avait ainsi appris soixante-quatre adresses de planètes dans toute la galaxie, dont vingt-deux inhabitées. C'était énorme pour elle, mais infime à l'échelle de Pégase qui en contenait des milliers.
Le monde qu'elle avait choisi était très loin du sien, elle le savait car le ciel y était totalement différent. C'était un marchand qui lui en avait parlé. Elle l'affectionnait particulièrement car c'était la première planète inhabitée qu'elle avait apprise.
C'était un monde montagneux. La porte se trouvait sur le sommet de l'une des innombrables montagnes de la planète. Le soleil se couchait. Les forêts, les vallons se teintaient d'or. Le ciel était d'un bleu limpide et magnétique. On pouvait y voir une lune couleur argent et deux planètes, l'une aux multiples tons orangés et l'autre d'un vert éclatant. Le disque rouge de l'étoile disparaissant derrière les pics montagneux conférait au paysage une dimension fantastique. Elle le baptisa Elo.
Elle ne voulait pas s'attarder. Elle souhaitait trouver une autre planète que celle-ci pour s'arrêter. Elle voulait que ce monde magnifique conserve la paix qui était la sienne. C'était la raison pour laquelle personne n'y demeurait. Elle refusait d'y attirer les avaleurs de vie.
Elle se tourna vers le cadran est composa de nouveau. Elle embrassa du regard une dernière fois le havre de paix qu'elle venait de dénicher. Enfin, elle franchit la porte.
