Profitant d'un moment de calme, Federico décide de se rapprocher de Julia. Sauf que ça ne va pas sans un imprévu ...

Bonne lecture ^^


Federico se réveilla deux heures plus tard, avec la tête de Julia sur son épaule. Il sourit : voilà bien longtemps que cela n'était pas arrivé. Dans le couloir, un marin annonça l'arrivée en Romagne. L'Assassin réveilla doucement sa compagne, l'informant qu'ils étaient à quai. Julia s'étira, se leva et saisit sa valise. Le jeune homme lui proposa de la porter, elle accepta avec un sourire. Le duo trouva ensuite des chevaux pour se rendre à Monteriggioni.

« Voilà, on est arrivés.» fit Federico en descendant de cheval.

Ils passèrent la grande porte après avoir confié leur monture au palefrenier. Ils gravirent ensuite les marches menant à la villa.

« Tiens ! Mon neveu et le renardeau. Qu'est-ce qui vous ramène ?» lança Mario, qui assistait à un entraînement.

« Bonjour mon oncle. Je suis venu mettre Julia à l'abri quelque temps.» répondit Federico en s'avançant vers lui.

« Ah bon ? Qu'as-tu encore fais petit renard ?» questionna l'homme.

« Comment ça encore ?» rétorqua Julia.

« Juste un petit souci à Venise. Ezio est resté là-bas pour s'occuper du responsable.» reprit Federico.

« Bene, faites comme chez vous.» reprit Mario.

Federico escorta Julia à l'intérieur de la vaste demeure, puis déposa sa valise dans sa chambre. Il la laissa le temps de se changer et d'informer le reste de la famille de son retour. Mais il s'avéra que la famille Auditore était absente. Mario lui indiqua qu'ils étaient partis se promener à San Gimignano pour les femmes et Petruccio, pendant que Giovanni exécutait une mission. Federico retourna voir Julia. Il la trouva assise en tailleur au milieu de son lit.

« Est-ce que tout va bien ?» questionna-t-il en approchant.

« Moui. Je me disais juste que maintenant j'avais une idée de ce que tu as dû ressentir, il y a trois ans et des brouettes.»

« J'aurais préféré que tu ne le saches jamais.»

« Et moi donc.»

« Sinon tout le monde est dehors, à part l'oncle Mario.» informa Federico.

« Très bien. Je vais aller me chercher un bon livre, ça me changera les idées.»

Julia quitta sa chambre. Federico alla raconter les dernières nouvelles de son travail à son oncle. Il discuta également avec l'architecte à qui il remit un peu de l'argent gagné au cours de ses missions. Ces détails réglés, le jeune homme retrouva son chat. Il dénicha une petite balle qu'il lui lança, puis le regarda s'amuser avec. Ce faisant, il songea de quelle manière il allait bien pouvoir s'y prendre pour conquérir Julia. La brunette avait plus de caractère que ses précédentes conquêtes, s'il était incorrect il risquait probablement plus qu'une gifle. Hermès fit rouler sa balle jusqu'à lui. Federico la renvoya plus loin.

« C'était prévisible que je craque pour elle. Je l'avais déjà trouvée mignonne quand je l'ai vue pour la première fois, ensuite elle me sauve la vie, s'occupe de moi, m'apprends à me battre ...» songea-t-il.

Des bruits de pas dans le hall le tirèrent de ses réflexions. La porte du salon s'ouvrit sur sa sœur et sa mère.

« Federico ! Quelle bonne surprise !» fit Claudia.

« Buon giorno sorellina.» sourit Federico en l'étreignant.

Claudia s'écarta ensuite pour laisser la place à sa mère.

« Tu es tout seul mon fils ?» demanda Maria.

« Non je suis avec Julia. Je l'ai ramenée car elle a eu un gros ennui à Venise. Ezio est resté là-bas.»

« Un gros ennui ? De quel genre ?» questionna Claudia.

« Eh bien … une des cibles que l'on poursuivait l'a capturée et a failli la pendre. On a pu briser l'échafaud car il était mal entretenu. Donc là, on attends un peu que les choses se tassent.» raconta Federico.

« Dio mio.» commenta Maria.

« Et de votre côté, tout va bien ?»

« Oh oui, je gère toujours les rénovations de Monteriggioni avec père.» répondit Claudia.

Petruccio parut, et salua chaleureusement son grand-frère. Il fut aussi horrifié d'apprendre la raison de sa présence ici. Le jeune décida d'aller trouver son amie. Julia lisait sur la terrasse de sa chambre, quand elle entendit toquer.

« Oh c'est toi Petruccio.»

« Salute Julia. Je viens d'apprendre ton arrivée et … surtout pourquoi.» informa le jeune homme.

Il la rejoignit sur la terrasse, et prit un fauteuil.

« Oh ça. Ce n'est pas la première fois que je manque d'y passer tu sais.» sourit doucement la brune, en refermant son livre.

« Comment vous avez fait pour casser la potence ?» questionna-t-il.

« En envoyant les gardes contre. Tout comme moi tes frères ont remarqué que ce tas de bois était prêt à céder, il lui fallait juste un petit, enfin grand, coup de main.» expliqua Julia.

« Au moins, vous ne perdez pas votre sang-froid. Je me rappelle moi, c'est à se demander comment je ne me suis pas fait dessus.» reprit Petruccio.

« Notre sang-froid nous vient de la pratique, et rien d'autre. Je n'aurais pas été un Assassin j'aurais paniqué comme tout un chacun.»

« Sans doute. Bon, que diras-tu d'aller te balader dans le village ?» proposa Petruccio.

« Pourquoi pas. Je vais me désaltérer un peu d'abord.»

« Bonne idée.»

Tous deux descendirent à la cuisine réclamer un verre d'eau. Ceci fait, ils quittèrent la villa.


Un rien après, Federico apprit que son père était de retour. Il le trouva dans son sempiternel bureau. Giovanni l'accueillit d'une bonne accolade paternelle, puis l'écouta narrer les dernières aventures du trio.

« En effet, il vaut mieux que Julia reste cachée le temps que cette affaire soit oubliée.» approuva le patriarche.

Giovanni consulta ensuite le registre concernant l'avancement des travaux de Monteriggioni. Son fils aîné le fixa un instant.

« Père ?»

« Oui mon fils ?» répondit Giovanni sans lever le nez de son livre.

« Je me demandais euh ...»

« Je t'écoute.»

« Comment … comment avez-vous déclaré votre flamme à mère ?»

Pour le coup, Giovanni s'interrompit et regarda Federico les yeux ronds. Embarrassé, le jeune homme tritura ses vêtements.

« Je te demande pardon ?»

« Eh bien oui, comment vous y êtes-vous pris ?» répéta Federico.

Son père cligna des yeux, puis referma son registre. Quelle mouche avait donc piqué son aîné ?

« Ma … perché cette question ?» s'étonna le patriarche.

« Ben pour savoir.»

CQFD. Seulement le mentor n'était pas dupe. Il posa son livre sans quitter Federico des yeux, cherchant une réponse dans son attitude.

« Attends un peu que je comprenne bien : mon fils aîné, coureur de jupon invétéré me demande comment déclarer sa flamme à une femme ? Excuse-moi mais es-tu tombé sur la tête ?» reprit Giovanni.

« Non pas du tout. C'est juste que … comment dire ? Vous voyez c'est ... » bredouilla Federico.

« Pas évident à dire à ce que je constate. Ce qui voudrait dire … que tu es tombé amoureux. Mais pour autant que je sache, tu n'as jamais eu le moindre problème pour séduire une demoiselle. Une ou plusieurs à la fois.» reprit Giovanni en haussant les sourcils.

« Justement, ça n'a rien à voir cette fois. Toutes celles que j'ai connu n'étaient que des amourettes, des aventures d'un soir voir quelquefois un pari avec Ezio. Mais je ne les aimais pas. Pas comme maintenant. Vous avez raison je suis vraiment tombé amoureux. Et … enfin je ne sais pas trop comment m'y prendre.» avoua Federico.

« C'est donc sérieux ce coup-ci. Malheureusement, je ne suis pas sûr d'être le mieux indiqué pour t'aider. Vois-tu, j'ai avoué mes sentiments à ta mère un soir où nous étions allés au théâtre. Elle m'avait demandé mon avis sur la pièce, et j'ai répondu que je l'aimais. Sauf que ce n'était pas du tout ainsi que je prévoyais la chose.» raconta Giovanni.

« Toutefois elle y a répondu favorablement. Je doute que cela fonctionne avec Julia, je ne sais pas ce qu'elle ressent pour moi.» dit Federico.

« Oui, et il faut dire que je courtisais ta mère depuis un moment. Donc commence par là : si cela lui déplaît, sois assuré qu'elle te le dira.»

Rien de bien nouveau en fait. Lui faire la cour, c'est déjà ce qu'il avait prévu. Federico remercia son père, qui lui souhaita bonne chance. Le jeune homme décida de commencer dans la seconde. Il monta vers la chambre de la brunette.

« Qu'est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ?» s'interrogea-t-il devant sa porte.

Comment elle allait, ça il lui avait déjà demandé et il s'en doutait un peu. Le temps qu'il faisait, c'était trop bateau. Ou alors, il pouvait l'inviter à une balade et lui offrir une petite fleur en passant. Oui c'était bien ça, une gentille petite attention qui en disait long. Rassuré d'avoir trouvé une idée, Federico se redressa puis toqua. Pas de réponse. Tiens, était-elle sortie ? Ça commençait mal. L'Assassin se mit à sa recherche. Personne dans la maison, allons voir en extérieur. Julia se trouvait en compagnie de Petruccio, partageant avec lui un sachet de friandises. Federico leur lança un regard inquiet. Selon Ezio, le jeune l'avait simplement taquiné sur la relation qu'il avait avec la brunette.

« J'espère que c'est vrai.»

Être en compétition avec un de ses frères pour une fille ne lui disait rien. Federico prit une inspiration et marcha dans leur direction. Chacun l'accueillit avec un sourire. Julia lui offrit une friandise. Leurs doigts se touchèrent. Federico croisa son regard, le rouge aux joues. Il lui semblait que Julia prenait également une teinte. Cependant, elle baissa la tête puis passa à côté de lui, incitant les deux autres à la suivre. Federico la suivit, son bonbon en bouche, savourant le goût sucré qui se déversait sur sa langue. Il ne put s'empêcher de faire un parallèle avec la saveur que devait avoir la bouche de la jeune femme, ou sa peau. Le trio rentra à la villa. Soudain, Federico sentit qu'on lui crochetait le bras et qu'on l'entraînait.

Il découvrit l'expression malicieuse de Petruccio, qui le relâchait. Tous deux se fixèrent un instant.

« Quoi ?» demanda enfin l'aîné.

« Toi … comment ça se fait que tu rougisses devant Julia ?» lança le jeune sans ambages.

Federico sursauta légèrement, ses joues rosirent.

« En quoi ça te regarde ?» demanda-t-il.

« Je veux simplement que tu me dises la vérité. Pour être franc, je serais plutôt ravi qu'elle rentre dans la famille, donc si je peux te filer un coup de main.»

« D'accord -Federico regarda autour de lui- je suis amoureux de Julia.»

« T'en as donc pris conscience, à la bonne heure monseigneur.» sourit Petruccio.

Son grand-frère haussa un sourcil étonné.

« Tu le savais ?»

« Quand je t'ai vu rougir la fois où elle a fait tomber sa pomme et que vos mains se sont touchées, ça m'a mis la puce à l'oreille. Ezio s'en est douté aussi au passage. C'est la raison pour laquelle je t'ai charrié comme je l'ai fais.» expliqua Petruccio.

« Petit sacripant. Au moins, ça m'aura forcé à m'interroger.» sourit Federico.

« Si. Et sinon, tu comptes le lui dire quand ?» interrogea à nouveau l'ado.

« C'est justement ça le problème. Je ne sais pas trop comment en fait. C'est … c'est la première fois que je suis amoureux.» répondit Federico en rougissant.

« Ah. Ben j'ai quelques romans à l'eau de rose si tu as besoin.»

« Tu lis ça toi ?» s'étonna Federico.

« Je lisais, du temps où j'étais cloîtré. Je lisais tout ce qui me passait sous la main. Fallait bien s'occuper.» répondit Petruccio en croisant les bras.

Federico hocha la tête. En attendant, il décida de retrouver la jeune femme. Julia demandait une nouvelle boisson en cuisine, qui lui serait apportée au salon. Federico intercepta la domestique qui apportait le verre, annonçant qu'il s'en chargeait. Julia s'était appuyée contre un fauteuil.


« Voilà ton verre, bella mia.» dit-il à son oreille.

Julia sentit un frisson dévaler son dos. Elle tourna la tête pour découvrir Federico penché vers elle. Il lui tendit sa boisson avec un sourire, ses yeux noisette plantés dans les siens. Julia déglutit en prenant le verre.

« M … merci.»

« Mais de rien.» reprit-il.

Sa voix chaude résonnait agréablement aux oreilles de Julia. Bon par contre, sa présence la troublait quelque chose de gentil. Le phénomène devenait récurrent d'ailleurs.

« Dis-moi, tu es libre ce soir ?» reprit le brun.

« Ourgl !»

Julia toussa. Quoi qu'il a dit là ?

« Hein ?»

« Ce soir. Je me demandais si tu … eh bien si tu accepterais de sortir un peu. On pourrait aller prendre un verre, ou ce que tu voudras.» précisa Federico.

Il la regarda avec appréhension, priant pour qu'elle accepte. Julia de son côté, tâcha de se souvenir de quelle manière on pouvait baisser la pression avant que le cerveau ne pète. Vite, de préférence.

« Bon sang ressaisis-toi. Euh … oui pourquoi pas ?»

« Vrai ? Dans … dans ce cas après le dîner ça te convient ?» reprit Federico.

Elle hocha la tête. Le jeune homme quitta le salon, contenant mal sa joie. Il remonta dans sa chambre à toute allure. Un sourire menaçant de lui fendre le visage en deux se peignit sur ses traits alors qu'il restait dos à la porte. Une telle joie ne fut pas sans le surprendre : il n'en était pourtant pas à son premier rendez-vous. Mais en étant sincèrement amoureux si.

« Elle a dit oui Hermès elle a dit oui wooooouuuuuh !» s'exclama Federico en soulevant son chat de terre.

« Maaaaaaaaw !» s'exclama le minet pendant que son maître le faisait tournoyer.

Federico retomba sur son lit, les bras en croix et un Hermès sonné à côté. Le chat darda un regard apeuré vers l'homme, se disant qu'il était tombé chez un fou. Federico poussa un soupir enamouré. Il allait l'avoir pour lui tout seul tout une soirée. Pourvu que ça se passe bien, songea-t-il en roulant sur le côté. Et si jamais il restait muet ? Ou qu'il se mettait à bafouiller ? Ou lui renversait quelque chose ?

« Raaah mais calme-toi buon dio ! T'en es pas à ton premier rencard. Sois comme d'habitude et tout ira bien.» se tança-t-il.

Pourtant, le jeune homme se sentait nerveux comme à une première fois. Ce qui était le cas en un sens. Car cette fois, c'était lui qui aurait mal en cas de rejet. Federico soupira à nouveau. Il resta un moment allongé, avant de quitter sa chambre. Il devait se détendre.

Le temps passa plus vite qu'il ne l'aurait cru, et l'Assassin sentit sa nervosité le gagner à nouveau. Il avait plusieurs fois croisé le regard de Julia au dîner, et chaque fois il s'était senti rougir. Le repas s'acheva, et il quitta la table en ayant l'air aussi naturel que possible. Plus tard, il redescendit. Il avait revêtu une tenue plus élégante. Il décida d'attendre Julia au pied de l'escalier, espérant toutefois ne croiser personne de sa famille. Pas envie qu'ils le taquine. Du reste, la brunette apparut rapidement. Federico lui tendit le bras quand elle fut près de lui. Un peu plus loin, le reste du clan Auditore passa la tête à un angle de mur.

« Oh ? C'est donc de Julia dont il est amoureux ?» fit le père.

« Et ouais !» commenta Petruccio.

« Ma foi, c'est une bonne petite et il n'aura rien à lui cacher.» ajouta Maria.

« Bon ben y'a plus qu'à espérer que ça va bien se passer.» conclut Claudia.

« Ils forment un beau couple en tout cas.» fit Mario.

Tout le monde avait remarqué l'attitude nerveuse de l'aîné de la fratrie, et notamment les regards qu'il lançait souvent en direction de Julia. Petruccio avait tout expliqué quand son père lui avait demandé ce qu'il savait de l'affaire. De leur côté, les jeunes gens marchaient dans le village. Federico avait cueilli une jolie fleur en passant, qu'il avait offert à la brune. L'Assassine l'avait coincée dans ses cheveux. Federico poussa la porte d'une auberge, puis fit entrer la jeune fille. Il n'y avait pas grand monde. Après qu'ils eurent prit leur commande, chacun évita soigneusement de regarder l'autre. Federico ne put s'empêcher de tapoter des ongles sur le bois de la table, cherchant désespérément un sujet de conversation.


« Alors, qu'est-ce que tu penses des rénovations de Monteriggioni ?» demanda Julia.

« Oh ! J'en suis très content, la villa a quand même une autre allure ! Je me souviens de son état en arrivant ici, ça m'avait un peu catastrophé.» répondit Federico.

Eh bien le voilà le sujet de conversation. Le jeune homme renchérit aussitôt, soulagé d'avoir trouver comment meubler la gêne entre eux. Même si cela ne dura pas très longtemps. L'arrivée de leur boisson amena un petit intermède. Federico servit la jeune femme, tout en évitant son regard. Et il se maudissait, car ce n'était pas ainsi qu'il parviendrait à ses fins. Pourquoi fallait-il qu'elle le rende aussi nerveux ? Il se rappela que certaines de ses aventures d'un soir avaient réagi de la même manière. Quelle ironie. Julia pour sa part, vida rapidement son verre. Elle se sentait tout aussi intimidée que lui, et commençait à en comprendre la raison. Federico lui plaisait.

La jeune femme n'avait guère porté d'attention à l'autre sexe jusqu'à maintenant. Les sensations qu'il lui inspirait étaient toutes nouvelles pour elle. Elle se resservit un verre, se concentrant néanmoins sur la conversation. En dehors de ce stress, la brune passa un agréable moment. Il parvint même à la faire rire.

« Euh Julia, tu ne devrais peut-être pas boire autant. Tu vas être malade.» intervint Federico en constatant qu'elle en était au quatrième.

« Hiccup ! Nan je bien va !»

Trop tard on dirait. Federico se gratta la tête, perplexe. Alors ça, il ne l'avait pas prévu du tout. Il réclama l'addition. Son regard se porta sur Julia. Il fallait admettre que cette petite teinte rosée lui donnait un air adorable. Il régla la consommation, se leva et vint aider la jeune femme à se remettre sur ses cannes. Tant bien que mal, ils sortirent de l'auberge. Federico soutenait Julia. Ils parcoururent quelques mètres avant que mademoiselle ne s'emberlificote les pieds. Son compagnon la prit alors dans ses bras. Heureusement qu'ils n'étaient pas loin.

« C'tait ben marrant ! Hic ! Faut y retournir.» lança Julia en agitant les jambes.

Elle manqua de faire lâcher prise à Federico.

« Je ne crois pas non.» dit-il.

« Mais si, hic. C'ta bien gontil à toi de m'emmener.»

Federico esquissa un sourire. Excepté ce petit incident de parcours, la soirée avait été plaisante. Bouge pas, j'y mets mon grain de poivre. Ça devrait te plaire.

« Dis Roci.» reprit la brune.

« Quoi donc ?»

« Je peux avoir un hic bisou ?»

Federico stoppa net, et la regarda le teint vermeil.

« Perdono ?»

« Vi je veux un bis-hoc !»

Allons bon. Il tourna les yeux sur le côté, incertain.

« Alors ?» reprit Julia.

« Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.» répondit-il en reprenant son chemin.

Il arriva devant les escaliers de la villa. Ce fut le moment que choisit Julia pour se mettre à brailler comme un putois, tempêtant qu'elle voulait un bisou, que Federico n'était pas gentil et qu'elle irait se plaindre au doge. Federico la reposa rudement sur le sol puis plaqua une main sur sa bouche.

« D'accord, le v'là ton bisou !»

Il l'embrassa sur le front, puis la reprit dans ses bras.

« Maaaiiis naaaaaan-euuuuuh !»

« Santa madre, qu'est-ce qu'il y a encore ?» s'écria Federico.

« Spassa que je veux ! Je veux un bisou-hic sur la bouche !»

« Laisse-moi monter les escaliers d'abord.» répondit Federico pour gagner du temps.

Pourvu qu'elle ne se remette pas à crier une fois en haut.

« Ouh que c'est moche ici !» clama-t-elle.

« Shhh moins fort.»

« Et mon vient il bisou ?»

« Seulement si tu es sage.»

Sur cette fausse promesse Federico parvint à entrer dans la villa et à la mener dans sa chambre. Là, il reposa Julia sur le sol. La jeune femme enroula aussi sec ses bras autour de son cou.

« Mon sibou !» réclama-t-elle.

« Buon dio, tu peux pas me demander ça en étant sobre non ?» lança Federico.

« Bah quoi ?»

« Désolé mais c'est non. Tu n'es pas dans ton état normal.»

Il vit alors les yeux saphirs s'emplir de larmes. Oh miseria. Il eut la présence d'esprit de bâillonner sa bouche. Son cri fut étouffé par sa main.

« Julia, du calme, chut. Je ne voulais pas te faire de la peine. Seulement tu dois comprendre que ce serait profiter de ta faiblesse. Tu pourrais m'en vouloir par la suite.» répondit-il en lui caressant la tête.

Pour compenser, il l'embrassa sur la joue. Les sanglots de la jeune femme se calmèrent. Federico promena ses mains dans son dos. Il mourrait d'envie de l'embrasser, mais à la condition qu'elle soit lucide pour ça. Parce que si c'était pour tout oublier non merci.

« Bon. Je vais te laisser dormir.» annonça-t-il.

Aussitôt, les bras de Julia passèrent de son cou à sa taille et serrèrent. Federico fronça les sourcils dans une mine étonnée. Il essaya de reculer. La brune serra davantage.

« Julia ? Tu peux me lâcher s'il te plaît ?»

« Nan.»

Federico sourit. C'était mignon mine de rien.

« Julia il faut dormir maintenant.» reprit-il.

« Ben dors alors.»

« Si mais je vais pas dormir debout. Faut que j'aille dans ma chambre.» expliqua posément Federico.

« Nah tu restes là. Veux pas que tu t'en partes.» protesta Julia.

Et de l'agripper encore plus. Federico soupira doucement. Dormir avec elle ne devrait pas poser de problème en principe. Puis … ça lui avait manqué mine de rien. Le jeune homme accepta donc de rester. Il aida la brune à ôter ses chaussures, enleva ses bottes puis tira la couverture. Julia vint immédiatement se blottir contre lui. Federico ne put réprimer un sourire heureux.

« Bonne nuit, mon Rico.» lâcha-t-elle.

« Bonne nuit, mon ange.» répondit-il tendrement en fermant les yeux.

Il passa un bras autour de sa taille. Il tendit le bras pour ramener le chandelier et éteindre les bougies, quand soudain Julia se redressa et appliqua ses lèvres sur les siennes. Federico arrondit les yeux.

« Non mais.» fit Julia.

Federico ferma les yeux avec un soupir. Il attrapa le chandelier et souffla les cierges. Il garda un grand sourire jusqu'à ce que le sommeil ne le saisisse.