Chapitre 9
J'ouvre les yeux et observe la pièce. Il fait encore sombre. Je ne sais pas quelle heure il peut être, mais je n'ai pas la force de me lever tout de suite.
Je referme les yeux et me tourne sur le côté. Tous mes souvenirs repassent devant mes yeux sans que je puisse rien y faire. L'homme, sa langue rugueuse et répugnante sur mon visage. Daryl, son baiser, sa façon de passer sa colère sur cet homme. Mais le pire reste Merle. Merle et le dégoût que j'ai lu dans ses yeux.
J'essaye de chasser cette pensée, mais rien n'y fait. Sa voix me revient toujours en tête. Je ne peux pas l'oublier.
« - Et tu voudrais qu'on continue, comme si rien ne s'était passé ?
- Bien sûr que oui !
- Je peux pas, Beth, je suis désolé, mais je peux pas. Et tu ne peux pas me demander de rester sans rien dire après ça.
- Et qu'est-ce que tu vas faire ? Le tabasser ? Le tuer ? »
Je me souviens de l'expression de dégoût de Merle et ça me donne presque envie de mourir. Je sais que je ne peux pas revenir en arrière, que je ne peux pas changer les choses. Mais j'aime Merle et je veux me battre pour lui.
Je me lève et enfile mon pull. Je ne prends même pas la peine de passer par les sanitaires. J'ai besoin de le voir. Tout de suite.
Je vais jusqu'à sa cellule, mais il n'y est pas. Il fait encore nuit et je me demande où est-ce qu'il pourrait être.
Je sors dans la cour et je le vois. Il est adossé à une de nos voitures et fume une cigarette. Il ne me voit pas puisqu'il me tourne le dos.
Je m'avance vers lui, lentement. Arrivée derrière lui, j'ai peur de sa réaction et me demande si c'est une bonne idée.
Soit. Si je veux me battre, c'est maintenant que je dois commencer.
Je passe mes mains autour de sa taille et pose ma tête contre son dos. Je m'attends à une réaction violente, à un sursaut, au moins, mais Merle ne fait rien de tout ça. Il se contente de poser sa main sur les deux miennes.
Nous restons ainsi quelques minutes et je profite de la chaleur de son corps. Puis je finis par le lâcher et je tire légèrement sur son bras pour l'obliger à se retourner.
- Merle, écoute, je suis désolée pour hier. Mais je voudrais qu'on puisse avancer sans que ça ne change rien. Je suis folle de toi, et ça me tuerait si on devait se séparer… Enfin, si on peut considérer qu'on est vraiment ensemble…
Il me prend la main.
- Evidemment... Mais, Beth ?
Je le regarde d'un air inquiet.
- Qu'est-ce qu'on fait pour Daryl ? me dit-il.
- Je n'en sais rien…, dis-je, ennuyée. Peut-être qu'on pourrait juste… faire comme si de rien n'était ?
Merle ne semble pas convaincu mais je n'ai pas de meilleure idée pour le moment.
- Pour l'instant, termine-je. Le temps qu'on trouve la meilleure solution.
Il acquiesce et se penche vers moi pour m'embrasser. Son baiser est doux et j'ai du mal à m'en lasser.
...
Je fais une pause et lâche la barre de fer que j'utilisais pour tuer les rôdeurs à travers le grillage. Sacha, Maggie, Carl et Carol me lancent un regard.
- Ça va ? me demande ma sœur.
- Oui, oui, ne t'inquiète pas, lui dis-je. Je m'arrête juste une minute.
Je m'éloigne un peu et regarde en direction de la forêt.
Daryl est parti.
Il a dit qu'il reviendrait, mais que ça pouvait prendre du temps, il a dit que personne ne devait venir le chercher, jamais, sous aucun prétexte.
Sauf que ça va faire six jours qu'il est parti.
Je crois que Merle est inquiet, même s'il ne le dit pas. Et moi aussi, je commence à flipper. On ne s'est pratiquement pas parlé depuis ce jour-là, dans la forêt, et j'ai peur d'être une des raisons de son départ soudain.
Et puis, il me manque. Nos parties de chasses me manquent. J'ai peur qu'il lui soit arrivé quelque chose.
Carol s'approche de moi et me tire de mes pensées. Elle a les mains couvertes de sang de rôdeurs.
- Beth, tu peux venir ? me demande-t-elle. Rick a demandé à nous voir tous.
- Maintenant ? dis-je.
- Oui, maintenant.
Sa mine est grave et elle semble préoccupée. Mais je ne lui demande pas pourquoi. C'est inutile, je connais déjà la réponse.
...
- Je sais que Daryl nous avait demandé de ne pas aller le chercher, mais la situation m'inquiète, explique Rick à l'assemblée.
- On doit aller le chercher, dit Carol. Si c'était lui, il n'hésiterait pas.
- Ce n'est pas seulement à nous deux d'en décider, répond Rick.
- Je suis pour ! s'exclame Carl. Sans Daryl, on est plus faibles, il est indispensable ici.
- Attendez, intervient Maggie. Il a peut-être besoin d'être seul un moment. Ici, on manque d'intimité. Et Daryl est de loin le plus pudique de nous tous. S'il a besoin de temps, on devrait lui en laisser.
- Elle a raison, approuve Tyreese. Mais je sais pas comment ce mec arrive à survivre tout seul dehors pendant aussi longtemps.
- Merle ? demande Rick.
L'intéressé émet un petit rire sarcastique avant de répondre.
- S'il veut vraiment être seul et que vous allez le chercher, il va fuir. C'est un solitaire, mon frangin.
- Je comprends pas qu'il nous abandonne comme ça ! s'écrie Sacha.
Je ne dis rien mais j'écoute les arguments de chacun. Je m'étonne qu'aucun n'émette l'hypothèse qu'il puisse être en danger. Bon, d'accord, c'est Daryl, mais tout de même ! Il pourrait avoir besoin d'aide. Au lieu de ça, les gens crient presque, comme s'ils étaient indignés qu'il soit parti.
Ce brouhaha me donne mal de tête et je décide de sortir rapidement pour qu'ils ne puissent pas me retenir.
Je cours jusqu'à la grille, attrape ma barre de fer et défonce la tête à quelques rôdeurs. Je sens la colère monter en moi. J'ai envie de crier, de frapper.
Je tue un autre rôdeur, encore un autre, je les zigouille tous un par un.
Quand tout à coup, j'entends un bruit de moto.
Je lâche ma barre qui tombe à terre. Je saute, je hurle de joie. Je ris sans même savoir pourquoi, et je cours jusqu'à la grille.
Daryl est là, juste devant, une paire de lunettes de soleil devant les yeux et son éternelle arbalète sur le dos.
J'ouvre rapidement la grille et il rentre à l'intérieur. Il s'arrête juste après l'entrée et je referme la grille avant de me précipiter vers lui.
- Daryl ! crie-je.
Je ne sais pas pourquoi je suis heureuse. Je sais juste que je le suis.
Je m'arrête devant lui, alors qu'il vient tout juste de descendre de sa moto. Il retire ses lunettes et je remarque sa mine fatigué. Mais il est en vie !
Sans pouvoir me contrôler, je lui saute dans les bras. Il n'a pas le temps de réagir et accepte mon étreinte maladroitement.
Je le libère et le regarde.
- Ça va ? demande-je.
Il met deux minutes à me répondre, mais il finit tout de même par me sourire.
- Ça va, dit-il.
J'entends un cri derrière moi et je vois Carol qui arrive en trottinant. Les autres sont derrière et arrivent aussi, avec le sourire aux lèvres. Tout au loin, j'aperçois Merle. Lui ne sourit pas. Il est appuyé contre le béton d'un des murs de la prison et fume une cigarette.
Papa arrive plus lentement et s'approche de moi.
- Comment tu as su, ma chérie ? me dit-il.
- C'est le hasard, j'étais sortie parce que je ne me sentais pas très bien, lui réponds-je.
- Et bien, on dirait que ton intuition t'as menée jusque Daryl.
Son sourire doux m'attendri et je lui fais un câlin.
Je le libère puis me retourne et observe la moto de Daryl. J'aperçois une grosse dizaine de lapins qui pendent.
- Je crois que Daryl nous a rapporté le dîner, dis-je à l'assemblée.
Des exclamations de joies retentissent et nous rentrons pour préparer tout ça.
...
Après le repas, je vois Daryl se faufiler en douce hors de la prison.
Je le suis le plus discrètement possible et l'interpelle lorsqu'on se retrouve dehors à deux.
- Attends ! dis-je.
Il se retourne et je le rattrape.
- Qu'est-ce que tu as fait, tout ce temps ? demande-je.
Daryl continue à marcher en direction de la grande cour et je marche à côté de lui.
- J'ai chassé, me dit-il.
- Uniquement ça ? insiste-je.
Il ne répond rien et se contente d'avancer.
Je me poste alors devant lui et il lit sur mon visage que j'attends une réponse.
- J'ai aussi remonté les traces des hommes qui nous avaient attaqués.
- Tu as trouvé quelque chose ? demande-je.
- Les ruines d'un campement et des rôdeurs. Il n'y avait plus personne.
- Tu penses que ce campement peut avoir un lien avec le Gouverneur ?
- J'en sais rien, me répond-il en me contournant pour continuer sa route.
Je me retourne et le regarde. J'ai besoin de réponses.
- Pourquoi tu es parti ?
Il fait mine de m'ignorer et continue à marcher en me tournant le dos.
- Daryl ! m'écrie-je.
Il s'arrête mais ne se retourne pas.
- Pourquoi tu es parti ? répète-je d'un ton brisé.
Il finit par se retourner lentement et s'approcher de moi.
- J'en pouvais plus de te voir. Voilà pourquoi je suis parti, crache-t-il en donnant un coup de poing dans le vide.
Il s'apprête à repartir, mais je suis plus rapide que lui.
- Pourquoi tu es revenu, alors ?
Il me lance un regard dur et me tourne le dos pour de bon. Je le regarde s'éloigner mais je ne le suis pas.
Je rentre à la prison et tombe sur Merle.
- Qu'est-ce que tu fais là ? dis-je, étonnée.
- Qu'est-ce que toi, tu fais là ? demande-t-il en évitant ma question.
- Je discutais avec Daryl. Tu lui as parlé depuis qu'il est revenu ?
Merle se contente de secouer la tête lentement et soufflant de la fumée de cigarette.
- Va lui parler ! dis-je. Et arrête de fumer autant. Ce serait con que tu survives à l'apocalypse pour mourir d'un cancer du poumon.
Je m'approche de lui et dépose un baiser sur sa joue. Puis je rentre à l'intérieur.
Merle se comporte de plus en plus étrangement et Daryl part à l'autre bout de la forêt parce qu'il ne souhaite plus me voir. J'essaye de chasser toutes ces pensées de ma tête mais je n'y parviens pas. Je crois que la nuit va être longue.
