Chapitre 10
"And I made her a promise I could not deliver
And the cry of the birds sends a terrible shiver
Through me and my sorrowful wife "
The Sorrowful Wife - Nick Cave & the Bad Seeds.
- No More Shall we Part (2001)-
«Est-ce qu'on pourrait me dire pourquoi je suis venu avec vous en fait ?! »
Roy regarda dans son rétroviseur pour narguer Ed d'un petit sourire. Riza, assise à côté de lui, regardait divers papiers – à propos de quoi, de qui, faits quand, il ne savait pas.
« - Parce que tu as encore des élans de gentillesse et de compassion envers ton prochain, Fullmetal ?
- Je n'ai pas envie d'avoir des élans de gentillesse et de compassions envers Kimblee ! Le mec qui m'a empalé sur une poutre comme une tomate sur une brochette ! J'ai sacrifié de l'espérance de vie à cause de lui ! J'ai pas envie de … Et ne m'appelez plus Fullmetal, conclut-il un peu tristement.
- Noté, Edward, répondit Hawkeye. Parfois, agir sur un coup de tête n'est pas forcément négatif, lui dit-elle gentiment. Vous verrez bien ce que vous pourrez faire de bon une fois sur place.
- Beth doit être en panique. Perdre sa fille de huit ans comme ça …
- Elle en a pas neuf ? Elle m'a dit qu'elle avait neuf ans, opposa Edward en se rappelant les menaces de Salomé.
- Salomé n'aime pas le chiffre huit. Elle trouve que le neuf est plus malin et classe. Oui, je sais, marmonna Roy après avoir vu son jeune collègue hausser les sourcils. Elle est un peu bizarre. »
« - C'est pas tout ça, mais j'ai quand même soif moi, ronchonna Salomé. J'ai même pas eu le temps de boire mon verre d'eau avant de partir.
- Eh ben moi aussi, j'ai soif. Et je saigne encore, râla Victoria en se tenant le bras et en boitant.
- De où .. ? Parce qu'en plus avec vos règles, euh … Je voudrais pas que vous vous vidiez de votre sang et que je doive vous porter. J'y arriverai pas, je suis trop petite. Une anémie, c'est si vite arrivé.
- Tu n'as pas franchement l'air de paniquer … nota la gendarme en s'asseyant sur une large souche d'arbre à côté de l'enfant, toutes deux au milieu des bois en pleine nuit.
- Je suppose que je devrais mais j'y arrive pas. On a réussi à semer le serpent et le chat chauve là. C'est teigneux mine de rien ces bestioles.
- On aurait pu tomber sur pire qu'eux. Comme … commença Victoria avant de s'arrêter net en voyant un animal s'approcher d'elles.
- Comme … ? répéta Salomé avant de voir aussi le nouveau venu. Comme … un orignal?
- Oui, un élan quoi.
- À trois ?
- Non. MAINTENANT ! »
Malgré son bras salement éraflé et sa cheville foulée, Victoria saisit la fillette sous son coude et détala comme le lapin qu'elle n'était pas à travers les arbres, l'énorme animal à ses trousses.
« - Ma fille est dans la nature avec la garde du corps de mon mari, mon chat a des vers, ma chienne est en panique, y'a plus de pain pour demain, faut changer la baie vitrée, et je me suis coupé sur les bris de verre, lista Betty une fois que la majorité des forces de l'ordre eut quitté sa maison en ayant mis encore de foin qu'il n'y en avait au départ (la faute à ne pas s'essuyer les pieds sur le paillasson alors qu'il pleuvait dehors).
- Et on a plus de désinfectant pour nos coupures non plus, ponctua Solf.
- Vous n'avez pas l'air exactement éploré, remarqua Ed d'une voix acide.
- Je n'ai pas à m'expliquer. Ma fille a disparu dans des circonstances plus que louches, je n'ai pas exactement envie de danser la carioca non plus.
- Je sais que vous vous attendez à ce que nous soyons éplorés et en train de crier tel Leeland Palmer dans le premier épisode de Twin Peaks mais... Les gens réagissent différemment aux nouvelles... plus qu'accablantes, lui apprit Beth qui avait une énorme boule dans la gorge qui manquait de l'étouffer à tout moment.
- Exact, les coupa Roy. Je vous promets que je ferai de mon mieux pour qu'elle vous revienne le plus vite possible, saine et sauve.
- Voilà qui me fait chaud au cœur. » approuva l'ancien Écarlate.
Mustang grinça des dents avant de serrer brièvement les poings. Self control, self control … Oh, puis merde.
« - Pas la peine de vous moquer de moi, Kimblee. J'essaie d'être gentil et de vous ramener Salomé, et vous me cinglez.
- Non. Pas du tout. Je suis vraiment reconnaissant de votre … effort, rétorqua Solf, qui était sincère.
- On dirait pas, dit Edward.
- Qu'est-ce que je dois faire de plus pour montrer ma reconnaissance ?
- Arrêtez ! s'exclamèrent Riza et Beth conjointement.
- Vous êtes puérils.
- Et fatigants.
- Vous ne vous êtes jamais entendus de toute manière.
- Mais c'est lui qui … commencèrent les trois hommes à l'unisson.
- Arrêtez ! lancèrent-elles un ton au-dessus.
- On a tout ce qu'il faut sur l'affaire.
- On sait que c'est entre de bonnes mains.
- On va s'assurer que les équipes sont en route.
- Et aller se recoucher.
- Et sans broncher.
- D'accord ? z'enquirent-elles sur un ton qui n'admettait pas la discussion.
Ce furent trois hommes bien penauds qui gagnèrent leur lit une heure plus tard, après avoir fait un peu de route ou de ménage. Pourquoi les policiers ne s'étaient pas essuyés les pieds, hein ? Il y avait de la boue partout sur le tapis. On avait pas idée d'être aussi mal élevés.
Salomé éternua pour la quatrième fois en moins de cinq minutes, la morve au nez. Elle avait froid, et pas qu'un peu. Elle était trempée jusqu'aux os et ses pantoufles étaient couvertes de boue. Ses cheveux collaient à son visage et cou. Elle leva la tête pour fixer Victoria, qui lui tenait toujours la main. Elle avait une sale tête. Oulaaaa. Une bonne douche et une grasse mat' lui feraient du bien. Elle avait des cernes jusqu'au menton, ou presque. Chaque petit bruit la faisait sursauter et presser le pas, ce qui aggravait l'état de sa cheville gonflée. Jusque là attentive à ne pas se faire remarquer de qui que ce soit, la petite demanda :
«- On va où maintenant ?
- Chez une amie à moi. On y est bientôt. Tu vois les maisons là-bas ? »
La lumière des lampadaires l'éblouissait et il fallut un petit moment pour que Salomé voie effectivement un petit lotissement qui lui fit froid dans le dos. Il n'y avait aucune voiture sur les trottoirs, aucune lumière ne filtrait des rideaux et volets fermés. Aucun vélo ni jouet sur les pelouses, toutes les niches étaient vides et alors qu'elle s'en approchait, elle sentait le froid s'infiltrer de plus en plus profondément en elle. Même les lampadaires étaient éteints, la forçant à prendre la main de Victoria pour ne pas s'emmêler les pieds dans le noir.
La demeure devant laquelle elle s'arrêtèrent ressemblait à toutes les autres : deux étages sans être bien grande, faite de briques rouges sales, avec de la peinture blanche écaillée aux fenêtres et sur la barrière qui séparait son jardin du trottoir. Ce dernier ressemblait plus à une jungle qu'autre chose, plein d'orties, de pissenlits, de touffes d'herbes aussi grandes que la fillette, ainsi que de détritus qui avaient volé jusque-là. De la boue plein les pieds – Salomé remarqua à ce moment-là que Victoria avait fait tout ce chemin pieds nus, sans avoir l'air d'avoir une seule égratignure-, la militaire frappa sur un rythme précis et mélodieux.
Après une poignée de secondes longue comme des siècles, une jeune femme leur ouvrit la porte. Après avoir jeté un coup d'œil rapide au dehors, elle les invita à entrer. À l'intérieur de la maison, l'ambiance n'était pas plus réconfortante : il y avait peu de meubles, les rares qui subsistaient semblant dater de bien avant la naissance de la petite fille. Une radio en piteux état était posée sur une petite table dans le salon (lequel ne contenait qu'un seul fauteuil qui avait connu des jours meilleurs, une bibliothèque bien maigre, ainsi qu'un tapis qui semblait curieusement neuf et la dite petite table).
Plongée dans son étude de la décoration, Salomé sursauta quand Victoria siffla :
«Ne me fais pas croire que tu n'étais pas au courant! Marshall et Shiro étaient là, juste dans le jardin, et ils m'ont sauté dessus alors que la gosse était là ! Si j'avais réagi une seconde plus tard, ils l'emmenaient avec eux ! »
Les deux « amies » (Drôle de façon de s'adresser à une copine, dis donc, songeait l'enfant) parlaient dans la cuisine, où la propriétaire (en fait, squatteuse) des lieux leur préparait à chacune un chocolat chaud et faisait couler un bain pour qu'elles n'attrapent pas un mauvais rhume. Celle-ci revint avec deux serviettes éponge et en tendit une à Victoria, et posa l'autre sur une chaise pour Salomé.
«- Puisque je te dis que je ne sais rien ! clama son interlocutrice. Ce n'était pas du tout ce qui était prévu ! Rien n'était prévu avant … On est quel jour ?
- Le 2 Mai.
- Rien n'était prévu avant la fin du mois ! La fête ne se fera pas avant le 23 Mai, et on a besoin de LUI.
- Merci, je sais, c'est pour ça que je … marmonna Victoria. Salomé ? s'inquiéta-t-elle soudain. Tu fais quoi ?
- J'arrive ! pépia-t-elle de sa voix la plus innocente. Me voilà ! »
La petite fille saisit la serviette et se sécha les cheveux alors que l'inconnue et Victoria semblaient se fusiller du regard. Puis, elle prit un bain rapide (sans bombe de bain à paillettes, NUL) et suivit Victoria dans une chambre qui leur avait été préparée.
Bon, bien sûr, elle avait peur. On lui avait toujours dit de se méfier des inconnu-e-s. Mais elle était avec Victoria ! Elle la connaissait ! Depuis peu, oui, mais elle la connaissait. Elle avait toujours été gentille avec elle, et c'était grâce à elle qu'elle avait pu éviter l'attaque de … qui déjà ? Marshall et Shiro. Drôles de noms. Et puis, est-ce que les méchants vous font des chocolat chauds et des bains et un lit tout propre ? Sûrement pas. Pourquoi ils feraient ça ? Pourquoi un méchant aurait de la lessive qui sent bon la fleur d'oranger ? … Mais un méchant n'aurait sûrement pas de boules de bain ! Voilà qui expliquait pas mal de choses ! Et cette conversation, hein ? C'était qui, LUI (en majuscules, oui) ? Et la fête là ?
Cette joute mentale dura un long moment, durant lequel Victoria s'endormit et se mit en boule comme un animal effrayé et épuisé. A bout de nerfs, Salomé décida de descendre boire un verre d'eau, en espérant que personne ne viendrait essayer de la kidnapper, cette fois. Si ça arrivait, elle aurait vraiment pas de veine. Mais mieux valait ne pas prendre de risque. Elle se glissa dans la salle de bains adjacente en s'apercevant une fois la porte passée que tiens, c'était allumé.
Les nerfs à fleur de peau, elle faillit crier quand elle tomba sur quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
En train de …
Se brosser les dents.
Et cette personne semblait tout aussi surprise qu'elle. Après avoir levé la main, elle cracha ce qu'elle avait dans la bouche et demanda doucement :
«- Tu es Salomé, c'est ça ?
- Oui M'dame, couina-t-elle, effrayée malgré tout.
- Tu ressembles beaucoup à ta mère, sourit-elle gentiment, montrant une fossette sur la joue droite.
- Vous connaissez ma mère ?
- Oui, pas mal. D'ailleurs … marmonna l'inconnue en sortant une petite boîte carrée d'un placard adjacent, veux-tu bien lui rendre ceci pour moi ? Je lui ai emprunté il y a bien longtemps et je n'ai jamais pu lui rendre. Bonne nuit, conclut-elle après un silence.
- Bonne nuit.
- Oh ! Et dis lui … hésita la femme devant elle, qu'elle peut garder mon bouton d'uniforme. Je n'en ai plus besoin.
- … D'accord. »
Une fois seule dans la salle d'eau, Salomé lâcha un long soupir. C'était vraiment une soirée palpitante. Ça allait lui en faire, des trucs à raconter en rentrant à la maison et à l'école !
Elle s'apprêtait à sortir quand Victoria lui rentra dedans, l'air défait. La petite remarqua une tache rouge sur le pyjama qu'on lui avait prêté. Bon, bah, ça allait pas toujours mieux, cette histoire de règles. Elle espérait vraiment qu'elle allait pas faire une anémie de là, en plus de sa sale griffure au bras droit.
La fillette sortit de la salle de bains et retourna au lit, où elle dormit comme une souche. Le lendemain matin très tôt, après avoir pris un petit-déjeuner frugal, elle se prépara à reprendre la route (vers la maison, elle l'espérait) et regarda Victoria mettre un pull, ou du moins, essayer. En la voyant lutter pour le mettre correctement, Salomé nota une chose incongrue : le bras droit de la militaire était intact.
« Solf ? »
Il leva la tête pour regarder Beth qui entrait dans la chambre de leur fille dans laquelle il se trouvait depuis déjà vingt bonnes minutes, assis sur son petit lit. Après avoir traversé la pièce, elle prit place à côté de lui, fixant le plafond couvert d'étoiles phosphorescentes. Un silence s'installa alors que chacun d'entre eux regrettait l'absence de Salomé, chaque objet sur lesquels ils posaient les yeux plongeant ce couteau plus loin dans leur chair.
« - Elle va revenir. C'est une gosse formidable. Tu l'as bien élevée, dit soudainement Solf en croisant les jambes.
- Je pense que tu as participé à la personne qu'elle est également.
- Pas autant que toi, sourit-il brièvement.
- Même si tu avais pu savoir que j'étais enceinte, tu n'aurais rien pu faire, raisonna Betty. Je n'étais pas sûre que tu aurais voulu faire quoique ce soit. Et ç'aurait pire que mieux que tu le saches. Je me serais sentie encore plus seule ce jour-là. Je ne l'ai pas été. Seigneur, j'avais tellement peur ! lâcha-t-elle, les yeux ronds. C'est Winthe qui m'a amenée à l'hôpital quand j'ai perdu les eaux parce que ma mère était coincée sur la route. Je leur ai broyé à chacune une main. C'était épuisant. »
Il la laissa parler et reprendre contenance avant qu'elle ne reprenne :
«- À Ishbal, ce qui m'avait marquée, c'était la facilité à tuer quelqu'un. C'est comme cela que j'ai pu être aussi productive et proche de toi. Tuer quelqu'un, ça salit plus ou moins, selon ce qu'on a sur la conscience. Au fil des semaines, je me sentais de moins en moins propre, sans pouvoir regretter mes actes. Quel autre choix avais-je ? J'avais signé pour être soldat et je m'étais engagée en sachant que je pouvais être envoyée au front. Ce sont nos consciences qui rendent l'acte de tuer difficile. En lui-même, il est d'une facilité déconcertante. Celui de mettre au monde une personne, en revanche … Il y a le même état de transe, cette connexion à quelque chose de bien plus grand que nous. Dieu, la Vérité, l'Ëtre Suprême, quel que soit son nom; c'est ce qu'on effleure à ce moment-là. Quand on tient la vie entre ses doigts, même pendant une seconde. Mais dans la cas de la naissance de Salomé, mon pouvoir était maigre. Je ne pouvais rien faire dès qu'elle sortait de moi et même quand elle était en moi, elle pouvait mourir. J'en cauchemardais. Très souvent. Je n'aurais jamais supporté … porter la mort à l'intérieur de moi. Je porte déjà assez d'âmes sur mon dos pour en avoir une autre dans ma matrice. La mort d'une personne que j'aurais tué, oui, mais la mort d'un être qui n'est même pas encore né … Bien sûr, elle n'aurait rien remarqué, alors. Mais elle était en vie, en moi, et j'étais son seul lien avec le monde. J'avais du pouvoir sur elle, aussi infime, aussi petite, a-t-elle été au cours des premiers mois. Quand elle est sortie, il y a eu ce moment … le plus long de mon existence... celui où toute la chambre a attendu qu'elle crie. Et elle ne criait pas, et elle ne pleurait pas, et je ne me sentais pas là. Je me sentais hors de mon corps et de ce qui se passait. J'avais presque renoncé à elle déjà. Mais elle a crié. Et la vie m'est revenue en même temps. Et ce son a été le plus beau que j'ai jamais entendu, avec ceux que tu pouvais faire sur le front. Elle était tellement fragile, tout petite et violette et rouge et … Vivante. Toute chaude contre moi. C'est seulement une fois qu'on me la prise pour la laver et faire des examens que j'ai réalisé grâce aux infirmières que mon accouchement aurait pu mal se passer. Je n'ai pas réussi à rester allongée malgré les recommandations et Winthe a volé une canne, ou des béquilles, pour qu'on aille la voir. On a vu Bela Roten là-bas. Trois vétérans d'Ishbal devant un bébé qui venait de là-bas, en un sens, sans jamais avoir vu ce qui s'y était passé. »
Cela expliquait ce qu'avait dit Roten lorsqu'il l'avait vu: que Salomé avait été un très joli bébé. Solf se tira de ses pensées pour regarder son épouse qui se courbait de plus en plus. Il passa la main sur sa colonne vertébrale jusqu'à l'enfouir dans ses cheveux et l'approcha de lui pour lui embrasser le front, doucement. Il sentit ses défenses se fendiller, puis tomber et la laissa pleurer contre lui. Il aurait aimé l'imiter, mais aucune larme ne venait. En revanche, Beth sanglota quelque chose qui lui perfora la poitrine.
«J'aimerais l'entendre crier une nouvelle fois.»
Après avoir survécu au Jour Promis et avoir échappé à la prison (une fois, pas deux), Solf avait revu Bethsabée et lui avait demandé si elle l'autorisait à revenir près d'elle. Elle s'en était étonnée et un peu moquée, ce pour quoi il ne lui en voulait pas. Sa conscience ne lui pesait pas, les âmes qu'il portait sur son dos non plus. Il avait fait son devoir et l'assumait totalement. Reconnaître et s'occuper de sa fille était aussi un de ses devoirs, il avait été normal pour lui de le faire. Il n'avait pas demandé à revenir près de Beth uniquement pour cela : elle lui avait vraiment manqué. La solitude ne le dérangeait pas, quand celle-ci était choisie et non subie. Son emprisonnement, sans être une sinécure, n'avait pas été une épreuve abominable. Quand il avait tué ces officiers, il savait à quoi il s'exposait. Mais, malgré tout, pendant ces années derrière les barreaux, le manque de la compagnie de Betty se faisait parfois cruellement sentir. Il aurait parfois aimé parler avec quelqu'un qui le comprenne ou du moins l'écoute.
Il n'aurait pas supporté forcer son retour. Ce n'avait pas été le cas, heureusement. Même si son nouveau rôle avait été difficile à assumer, il avait réussi (tant bien que mal) et en était heureux. Pas extatique comme il aurait pu l'être en pouvant continuer ses activités alchimiques, certes, ou avec une belle mort (être égorgé par une chimère-lion et mangé par un Homonculus n'en faisait pas partie), mais pas mécontent.
Sa fille lui manquait. S'il lui arrivait quoique ce soit, il trouverait qui en était à l'origine et lui ferait payer.
Très cher.
Avec ou sans alchimie.
Il était très imaginatif.
On sonna à la porte. Après avoir embrassé une dernière fois sa femme, Kimblee se dirigea vers la porte d'entrée pour tomber face-à-face avec une inconnue. C'était une femme pas bien grande, très menue, avec la peau dorée. Son petit nez, ses fines pommettes, ses cheveux courts et ses grands yeux chocolat la faisaient ressembler à un faon. Celle-ci lui offrit un grand sourire avec de lui présenter un fascicule vraisemblablement touristique.
«- Je ne suis pas … commença-t-il avant d'être interrompu.
- Bonjour Monsieur ! Ne soyez pas si expéditif, attendez au moins d'entendre nos nouvelles offres !
- Vraiment, Madame, je … Ce n'est pas le bon moment pour partir en vacances je-ne-sais-où.
- East City. Dans une nouvelle campagne lancée par l'Office du Tourisme de la Région, nous … continua la jeune femme avant d'être à son tour coupée.
- Cela ne nous intéresse pas. Bonne journée Madame.
- Prenez au moins notre catalogue ! offrit-elle.
- Non merci. Bonne journée, répéta-t-il plus sèchement.
- Prenez le catalogue , Monsieur, enfin ! clama-t-elle d'une voix moins enjouée.
- J'ai dit NON.
- Prenez le catalogue et je pars !
- Je n'en veux pas ! Ma femme n'en veut pas ! Et je suis sûr que ma chienne et mon chat non plus ! explosa-t-il (non, pas littéralement).
- Prenez-le, je vous dis ! éclata la démarcheuse.
- Et pourquoi ?
- Docteur Namnam. »
Sans ajouter mot, elle lui plaça son fascicule de force dans les bras avant de courir jusqu'à une voiture garée un peu plus loin. Encore sous le choc de ce « Rosebud » tout à fait personnel, Solf resta bêtement les bras ballants. Il ne put même pas relever la plaque d'immatriculation : le véhicule n'en avait pas.
Bien après que celui-ci ait disparu, il fit demi-tour, claqua la porte et s'assit dans le salon. L'ayant entendu rentrer, Beth descendit les escaliers , les yeux encore rougis et il lui proposa sans introduction :
« Tu ne voudrais pas visiter East City ?»
«- Vous êtes sûre, Betty ?
- Sommes-nous à une pièce de puzzle près ? attaqua Beth, assise près du téléphone.
- Vous devriez laisser la police faire son enquête. C'est leur travail, tenta de la convaincre Mustang.
- Solf est bien plus doué que la majorité d'entre eux, vous le savez aussi bien que moi, même si ça froisse votre ego - et le mien.
- Grmpf !
- Ont-ils des indices depuis hier ? Des pistes ? le poussa-t-elle.
- Rien du tout. La pluie d'hier a lavé toutes les traces de pas. On pense qu'elles sont passés par la forêt près de chez vous, mais rien ne peut l'affirmer.
- Est-ce que Salomé est blessée ? Le sang sur la clôture …
- Ce n'est pas son sang. Et ce n'est pas du sang … ordinaire, toussota Roy, mal à l'aise.
- Quoi, c'est du ketchup ? le nargua-t-elle, à bout de nerfs et une migraine approchant.
- Non. C'est du sang, mais …
- Ah, c'est du sang menstruel, comprit-elle en se rappelant l'état actuel de Victoria. Franchement, Roy, vous avez passé l'âge de ces gamineries ! Vous avez vu bien pire qu'un peu de sang sur les sous-vêtements d'une fille !
- … Je préfère essayer d'oublier ce que j'ai vu de « bien pire » Beth, dit-il froidement.
- Oh. Oui. Je suis désolée. Je … Je ne vis plus depuis hier soir.
- Je pense que je serais dans la même état dans votre situation. Je préviens Monsieur Ferkjoud pour plus de sécurité. Il contactera sans doute ses collègues en province. Faites comme si de rien n'était. Nous dirons officiellement que vous avez pris un congé pour raisons familiales -au vu des événements, tout le monde le croira, et il y a une grande part de vérité. Pour justifier votre voyage à East City, par contre ... »
Elle se mit à réfléchir à toute vapeur pour trouver une raison valide pour laquelle deux parents dont la fille a été enlevée quitteraient leur domicile, sans en trouver. De son côté, Mustang en faisait de même puis parla à quelqu'un – vraisemblablement Riza- avant de reprendre la conversation :
« - Beth ?
- Oui ?
- Je crois avoir trouvé un bon alibi ... »
« Vous êtes sérieux ?! »
Ed n'en revenait pas. Non mais je rêve ! Pincez-moi ! … Aïe. Aidez-moi ! Je refuse !
« - Je refuse ! clama-t-il justement.
- Edward, cesse de faire le gosse ! le réprimanda Roy, visiblement excédé.
- Vous n'avez pas d'autres alibis pour Kimblee et Betty que MES FIANÇAILLES ? hurla-t-il.
- Il est difficile de trouver une raison pour laquelle un couple dont la fille est portée disparue quitterait la ville. Prétendre qu'ils sont invités à vos fiançailles et votre mariage constitue une bonne raison, surtout en tant que …
- Que .. ? C'est quoi la suite du plan foireux .. ? grinça Ed.
- En tant que témoins. »
Le hurlement que poussa l'ancien Fullmetal aurait pu réveiller les morts.
Après lui avoir assuré que oui, Winry avait approuvé ce plan et que oui, elle était prête et que non, ça n'allait pas vraiment se faire et que non, Kimblee ne pouvait pas exploser la maison des Rockbell, Roy put enfin tirer de son ancien collègue un semblant d'approbation.
«- Solf, t'es sûr qu'on peut pas emmener le chien ?
- Non, Beth, on ne peut pas emmener Alaska, lui expliqua-t-il patiemment.
- Mais regarde la, elle est toute mignonne, tu lui brises le cœur ! argumenta sa femme.
- Les animaux resteront chez mon frère et Sumire. On ne va pas emmener un samoyède en voyage ! Ni un chat, d'ailleurs. Pourquoi des témoins de mariage prendraient leurs animaux avec eux ?
- Parce que ! contre-attaqua Betty.
- … Tu n'as aucun argument, n'est-ce pas ? sourit-il.
- … Non. Tu vas me manquer fifille, dit-elle à leur chienne. Tu es la plus belle, oui ! »
Beth avait passé sa journée avec Alaska et Raspoutine. Elle avait toujours adoré les animaux, leur présence l'apaisait. Devoir se séparer d'eux en ces moments difficiles s'ajoutait au poids qu'elle avait sur le cœur. Mais il fallait se montrer raisonnable. Elle sentait la dépression revenir. Cela faisait quelques mois qu'elle se sentait bien, et l'absence de Salomé avait rappuyé sur l'interrupteur, la faisant passer sur ce mode morose et stérile. Savoir qu'elle ne pouvait rien y faire la frustrait encore plus. N'avait-elle donc contrôle sur rien ? Sur sa fille, sur sa santé, sur son mari, sur toute sa vie ?!
Le pas lourd, elle se dirigea vers la cuisine emmener quelques anti-dépresseurs et stabilisateurs d'humeur, au cas où.
Edward n'était pas particulièrement heureux avec l'état actuel des choses, mais il les attendit tout de même à la gare. Il avait pensé leur faire faux bond, mais cela aurait été inutile. Et puis, tout ça, c'était pour Salomé et Beth. Pas pour Kimblee. Pour Salomé.
Il était hors de question qu'il la laisse en danger dans la nature. Il allait sauver cette petite fille. L'image de Nina, la joviale fille de Sho Tucker, passa devant ses yeux, puis celle de la triste chimère qu'elle était devenue. Il secoua la tête, un nœud à l'estomac.
Salomé. Il ne pourrait jamais se pardonner s'il ne faisait pas tout ce qui était en son pouvoir pour aider à la retrouver.
Il vit les Kimblee-Blood s'approcher, l'air digne malgré leur apparente tristesse. Oui, même Kimblee avait l'air abattu. Cela n'empêchait pas Solf et Beth d'être très polis envers lui et de le remercier d'avoir accepté ce plan. Après qu'ils eurent pris place et que le train eut démarré, tous se meublèrent dans le silence. Après plusieurs kilomètres, Beth s'endormit et son époux quitta leur wagon pour aller aux toilettes.
C'est donc ça qu'est devenu l'Écarlate ?
La terreur d'Ishbal ?
Le tueur d'Ishbals ?
Un papa qui s'inquiète pour sa fille parce qu'il n'a pas été fichu de la protéger ?
Parce qu'il est resté planqué chez lui au lieu de la chercher ?
Laissez moi rire !
C'est vraiment toi, l'homme qui a parcouru le pays pour traquer Scar, au péril de ta vie ? Mon œil !
Les yeux rivés sur son reflet, Solf avait le sentiment que ce dernier lui parlait. Les soubresauts du train étiraient ses traits de façon dantesque, l'espace d'un dixième de seconde. Mais le pire, c'était la voix qui remplissait sa tête.
Tu es pitoyable.
Tu es indigne de toi-même.
Tu n'es pas mieux que les autres.
Tu ne t'es jamais demandé pourquoi tu avais été tué près de Pride, ni avalé par lui ?
Parce que la fierté, l'orgueil Solf, c'est ce qui a causé ta perte. Tu as été avalé et tué par ton propre orgueil. Et tu as essayé de la foutre à la poubelle, cette fierté parfois trop encombrante.
Mais tu sais bien que tu n'es pas comme ça.
Tu sais ce que tu vaux.
Les journalistes de Pictures & People, les comploteurs qui rendent Beth et toi dingues, ceux qui ont enlevé Salomé …
Ceux-là vont payer.
Et ils verront que la terreur qu'inspirait l'Écarlate sur le front Ishbal ne tenait pas qu'aux tatouages sur ses paumes.
Et ils paieront.
Bonsoir ! Vous voulez fêter mon anniversaire avec moi ? C'est demain, le 26 Octobre !
J'ai pas mis mes fics à jour depuis un (long) moment. J'ai été occupée avec mon mémoire et tout le reste. Mais je m'étais promis de mettre celle-ci à jour avant mes 23 ans et c'est fait !
L'an dernier, je finissais Sable d'Ishbal. C'est fou comme ça passe vite. Rien que d'y penser, ça me rend triste. Aussi imparfaite soit cette fic (comme toutes les autres), c'était ma première et je m'y suis beaucoup impliquée.
En parlant de fanfiction, j'ai découvert cet aprem une superbe fic sur Kimblee, en anglais : Mirage, de Vyscaria. Elle a pour le moment huit chapitres et est déjà assez conséquente, donc il faut avoir un bon niveau dans cette langue et un peu de temps devant soi avant de vous y mettre, mais ça vaut franchement le coup ! Vous y retrouverez Miles et Scar, pour les intéressé-e-s.
Le dialogue de fin fait très Great Red Dragon. Francis Dolarhyde me rappelle un peu Solf. D'ailleurs, vous avez aussi pleuré devant la fin d'Hannibal ? Je l'ai vue il y a deux mois, j'en suis encore traumatisée et pleine de feels.
Je vous promets que tout va s'emboîter dans les prochains chapitres ! ... Du moins je vais essayer. Parce que je suis partie dans plein de directions et que ça va pas être de la tarte.
Bisous vanille-chocolat sur vous !
