Le lendemain, Hermione se leva d'excellente humeur. La veille, ils avaient passés la soirée à rire de bon cœur. Il n'avait fallu finalement qu'un fou rire pour que les choses reviennent à la normale. C'est donc avec un large sourire qu'elle descendit les marches et se rendit dans la cuisine. Tout le monde était déjà attablé et des visages souriants se tournèrent vers elle.
- Bon anniversaire, Hermione, dirent-ils d'une même voix.
Sa journée n'aurait pas pu mieux commencer ! Remerciant tout le monde l'un après l'autre, elle s'assit finalement à table où elle mangea avec joie le gâteau aux meringues que Molly avait cuisiné.
- J'ai essayé les méthodes moldues pour te faire plaisir, expliqua-t-elle, mais je n'ai pas réussi. Ils se compliquent parfois vraiment trop la vie, je t'assure !
- C'est parfait, répondit Hermione.
Ce matin-là, rien n'aurait pu la faire descendre de son nuage. Ses amis la couvrirent de cadeaux enrichissant sa bibliothèque personnelle qu'elle ouvrit avec joie. Ils s'installèrent ensuite tous dans le salon où les discussions fusaient de toute part. Assise entre Fred et Ginny, Hermione parlait joyeusement des légendes portant sur les sirènes, le dernier livre en date qu'elle avait lu, et enchainait avec la protection des elfes, sous le regard amusé du rouquin et très sérieux de sa meilleure amie. Elle était aux anges. Parler de la S.A.L.E lui faisait toujours plaisir, d'autant plus quand elle avait des oreilles attentives car quand c'était Ron ou Harry, elle se rendait vite compte qu'ils partaient dans leurs songes alors que là, même Fred lui posait des questions. Heureuse de pouvoir s'exprimer sur son sujet favori, Hermione déblatérait donc à une vitesse ahurissante les raisons pour lesquelles les elfes devaient être libres. En grande explication sur le problème des vêtements de ces petites créatures, elle ne vit même pas Dumbledore transplaner dans la pièce, accompagné de Rogue.
Ce ne fut que quand elle l'entendit prononcer son nom qu'elle réalisa sa présence. Honteuse, elle se confondit en excuses alors que le vieil homme la regardait d'un air espiègle.
- Nous aimerions vous parler, dit-il en souriant, pointant du doigt le visage froid de Severus.
Surprise, elle les suivit jusqu'à la pièce où se trouvait l'arbre généalogique des Black.
- Je vais chercher Drago, lança Rogue avant de sortir.
Hermione fronça les sourcils. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle se retrouve dans des situations pareilles ? Était-il vraiment nécessaire d'aller chercher Malefoy pour ce qu'ils voulaient d'elle, quoique ce fut ? Elle poussa un léger soupir de mécontentement avant de se reprendre. Non ! Aujourd'hui, rien ne viendrait gâcher sa journée. Sa réflexion ayant duré plus longtemps qu'elle l'avait cru, elle vit réapparaitre le professeur de potions, suivi du blond, trainant des pieds, les mains dans les poches. Il lui lança un regard vide de toute expression avant de se tourner vers Dumbledore.
- J'espère que vous avez une bonne raison pour me faire sortir de ma chambre.
Sa voix glaciale arracha un frisson à Hermione mais la colère qu'elle ressentit à cet instant fut bien plus forte. Comment osait-il parler ainsi à Dumbledore, ce petit crétin de Serpentard ? s'entendit-elle penser. Il avait essayé de le tuer, trois mois plus tôt, et il se permettait ce genre de familiarités avec lui. Pourquoi ne pas le tutoyer pendant qu'il y était ? Ou lui donner une bonne accolade dans le dos ?
Elle serra les poings pour contenir sa colère et leva les yeux vers le directeur de Poudlard, qui souriait franchement. Elle leva les yeux au ciel : lui arrivait-il parfois de s'emporter ? Probablement pas, se répondit-elle mentalement.
- Bien, dit-il finalement. Vous êtes ici parce que le professeur Rogue vous a conseillés à moi.
Surprise, Hermione lança un regard en biais à son ancien enseignant, qui l'évita soigneusement.
- Il m'a dit que, de ceux qui étaient dans cette maison, vous étiez probablement ses deux meilleurs élèves à l'époque où il vous avait en cours, ce qui ne me surprend pas, ajouta-t-il avec une voie guillerette.
Hermione sentit un sentiment de fierté immense submerger sa poitrine et faire rosir ses joues. A ses côtés, Malefoy était impassible.
- Voldemort attaquera bientôt, continua le vieil homme.
- Quand ? ne put-elle s'empêcher de demander. Où ?
- Si tu le laissais finir, peut-être que tu aurais ta réponse, Granger, lança le blond d'une voix glaciale.
Elle fut bien trop surprise qu'il lui parle directement pour rétorquer quoique ce soit.
- Je ne connais ni la date exacte, ni le lieu, mais c'est imminent, répondit Rogue en lançant un regard polaire à son filleul.
- Et quel est le rapport avec nous ? demanda Hermione, remise de ses émotions.
- Puisque vous étiez les deux meilleurs étudiants de Severus en potions, vos talents vont être mis à contribution.
- C'est-à-dire ? souffla Drago, visiblement ennuyé.
- Si tu le laissais finir, peut-être que tu aurais ta réponse, Malefoy, affirma la brune avec un sourire non dissimulé.
Le dit sourire disparut quand elle croisa le regard hostile de l'intéressé. Elle avala difficilement sa salive et baissa les yeux, se giflant mentalement de réagir de la sorte.
- Voldemort compte faire des prisonniers, expliqua Rogue. Si une telle chose arrive, il nous faut être sûrs que personne ne révèlera le lieu du quartier général de l'Ordre. Les méthodes des Mangemorts ne sont pas les plus douces au départ, mais ils finissent pas utiliser le Veritaserum.
- C'est là que vous intervenez, reprit Dumbledore avec un tel sourire que Hermione crut qu'il allait taper dans ses mains d'enthousiasme. Vous allez réaliser une potion pour contrer les effets du Veritaserum.
Ils ne répondirent pas, éberlués qu'une telle mission leur soit confiée.
- Le professeur Rogue vous donnera la recette. Il en faudra une quantité assez importante pour qu'à la prochaine bataille, chaque membre de l'Ordre en dispose, dans le cas tragique où il se ferait attrapé.
- Mais il y a d'autres techniques pour contrer les effets du Veritaserum, protesta Drago, peu enclin à travailler avec telle partenaire.
- Mais tout le monde ici ne les maitrisera pas à temps, Monsieur Malefoy. Tout le monde n'a pas votre talent en occlumancie. Votre potion nécessitera une semaine de préparation, c'est donc la meilleure solution. Vous irez faire les achats nécessaires cet après-midi. Le professeur Rogue vous a préparé la liste des ingrédients. Voilà, je crois que c'est tout !
- On ne peut pas se rendre sur le Chemin de Traverse, dit Drago d'une voix plus humaine qu'auparavant. On nous reconnaîtrait trop facilement.
- Ah oui, j'oubliais ! sourit Dumbledore.
Il leur tendit deux fioles qu'il sortit de sa cape. Celle d'Hermione était d'un violet pâle alors que celle de son voisin d'un bleu clair, se rapprochant un peu de la couleur des yeux d'Harry.
- C'est du Polynectar, dit le vieil homme en réponse à leurs questions silencieuses. Deux de mes amis ont accepté de vous prêter leur identité pour l'après-midi. C'est un couple charmant, vous verrez !
- Un couple ? s'écrièrent Drago et Hermione d'une même voix.
- Oui, répondit-il en souriant. Vraiment charmant.
Il semblait déjà reparti vers une autre planète. Les yeux rêveurs, il quitta la pièce, suivi d'un Rogue imperturbable.
Drago se tourna vers elle :
- Sois prête à quatorze heures.
Et sans un mot de plus, il quitta la pièce. Elle le suivit, oubliant que le matin-même, elle s'était promis qu'elle passerait une superbe journée.
A quatorze heures précise, Hermione se dirigea vers le salon, où elle attendit Malefoy avec un air résigné sur le visage. Pourquoi diable Dumbledore avait-il voulu leur confier cette mission à eux ? L'âge lui faisait-il perdre la tête au point qu'il n'était plus capable de voir à quel point ils se détestaient ?
Elle poussa un profond soupir, quand il apparut devant elle. Il avait vêtu la cape fournie par Dumbledore, elle semblait un peu trop petite pour lui. Quant à elle, elle était justement trop grande. La femme à qui elle appartenait devait mesurer dix centimètres de plus qu'elle. Ils se regardèrent en chien de faïence un moment, puis Drago but sa potion d'une traite et elle fit de même. Elle grimaça en sentant le liquide désagréable couler au fond de sa gorge, puis elle observa son propre corps se transformer jusqu'à s'ajuster parfaitement à la taille des vêtements.
Elle se regarda un instant dans le miroir au mur. Elle était à présent plus grande d'une bonne tête et ses yeux étaient d'un violet clair qu'elle n'avait jamais vu ailleurs. Ses longs cheveux étaient d'un brun plus clair, parsemés de quelques reflets roux. Son nez était légèrement plus gros, mais clairement parfait pour le reste du visage qui se présentait face à elle. Des pommettes roses affinaient le sourire doux que lui donnait les fines lèvres de cette femme qu'elle ne connaissait pas. A ses côtés, Drago s'observait également. Ses cheveux impeccablement coiffés étaient également bruns et ses yeux avaient tournés au vert. Même ainsi métamorphosé, il la dépassait d'une demi-tête. Son visage était carré, sa mâchoire puissante. Elle dut reconnaître qu'il était assez bel homme, prenant compte du fait qu'il ne s'agissait pas là de Drago Malefoy, et que le couple dans le miroir se complétait parfaitement.
- On y va ? dit-il.
Sa voix était plus grave qu'à l'origine et elle se demanda si le manque d'agressivité dans sa voix était du aux effets secondaires de la potion.
- Oui.
La sienne était bien plus douce, dans des tons presque mielleux. Elle haussa les épaules et le suivit dans l'âtre de la cheminée. Prenant une poignée de poudre de cheminette, ils lancèrent d'une voix forte et claire :
- Chemin de Traverse.
A peine quelques secondes plus tard, ils étaient sur l'avenue sorcière londonienne.
Hermione inspira une grande bouffée d'air frais et elle surprit Malefoy faire la même chose à ses côtés. Elle n'était pas sortie du Square Grimmaurd depuis le mois de juillet, et il était maintenant le 20 septembre. Heureusement, la maison des Black était pourvue d'un jardin sans quoi elle serait probablement devenue folle.
Mais là, ses pieds touchant un sol qu'elle avait rêvé fouler depuis trois mois, elle se sentit revivre de façon curieuse. Elle oublia un instant qu'elle était là avec son pire ennemi et dans le corps d'une autre et un large sourire s'empara de ses lèvres tandis que d'imperceptible larmes obstruaient sa vue. Finalement, si elle omettait le fait qu'elle était avec la dernière personne avec qui elle aurait voulu être, son anniversaire n'était pas si catastrophique que ça.
Drago finit par réagir et il la saisit par la manche pour la faire avancer, ce qui eut le don de lui faire perdre son sourire.
- La liste est longue, dit-il simplement. Ne trainons pas.
Elle se dégagea de sa poigne, surprise qu'il ait osé la toucher, elle, une Sang-de-Bourbe et le suivit à grandes enjambées. Quelques passants les dévisagèrent et elle réalisa vite que c'était parce qu'il formait un couple rayonnant de beauté, quand elle en entendit certains murmurer après leur passage. Jamais dans sa vie elle n'aurait cru entendre dire à propos d'elle qu'elle était d'une beauté renversante et ce sentiment nouveau l'emplit d'une fierté phénoménale, avant de vite chuter en se rappelant que cette beauté n'était pas la sienne.
Drago la fit entrer dans un premier magasin où ils trouvèrent gingembre, jus de goyave, bézoard et livèche. Hermione soupira en apercevant que la liste de Rogue était longue d'une trentaine de lignes. Combien de temps allait-il leur falloir pour préparer une telle potion pour autant de personnes ? Un court instant, elle douta de ses capacités avant de se reprendre. Si ce corps avait la beauté, le sien avait l'intelligence nécessaire pour fabriquer n'importe quelle potion dans les délais impartis ! Elle y arriverait, c'était certain !
Dans la boutique suivante, Drago demanda au commerçant du sang de salamandre et des crochets de serpent qui lui furent apportés à une vitesse surprenante. Ne faisant aucun commentaire, ils sortirent du magasin pour entrer dans le voisin.
- Monsieur et Madame Gorvive ! s'exclama le propriétaire. Quel plaisir de vous voir ! Que puis-je faire pour vous ?
Hermione et Drago mirent quelques instants à se rendre compte que c'était à eux qu'il s'adressait.
- Bonjour, répondit la jeune femme en s'éclaircissant la gorge. Nous souhaiterions voir vos essences. Nous n'en avons plus.
- Bien sûr Miss, suivez-moi !
Lançant un regard surpris à son époux, Miss Gorvive emboîta le pas à ce petit homme singulier, légèrement trapu et cachant un large sourire derrière une moustache mal rasée.
- Quel type d'essence voulez-vous ?
- De l'essence d'ellébore et de l'essence de rose, répondit Drago en jetant un coup d'œil à sa liste.
Trois secondes plus tard, l'homme lui avait fourré deux flacons dans les mains et ils réglèrent avant de quitter la boutique.
- Suis-je le seul à trouver étrange que tout le monde nous parle sur ce ton ? demanda Drago d'une voix qu'elle surprit sans animosité.
- O-O-Oui, c'est étrange, répondit Hermione, frappée par l'étonnement du à cette nouvelle attitude.
- Je me demande ce que le vieux fou a bien pu nous cacher.
Elle acquiesça silencieusement, ignorant la remarque sur Dumbledore mais serrant les dents pour ne pas répliquer. Qu'il pouvait être agaçant ! Vaguant à travers les boutiques du Chemin de Traverse, ils passèrent devant la boutique de farces et attrapes de Fred et George et Hermione eut un pincement au cœur en la voyant fermée.
Ils avaient décidé de ne plus ouvrir tant que Voldemort n'aurait pas été battu, de peur de subir des attaques de Mangemorts comme ça avait été le cas au Terrier l'année précédente. Elle poussa un soupir résigné. Quand cette guerre finirait-elle ?
Drago, qui n'avait rien dit depuis qu'elle s'était arrêtée pour observer le bâtiment, finit par perdre patience. Il passa une main devant ses yeux et elle sursauta, sortant de ses pensées.
- Il ne nous reste que trois ingrédients, dit-il. Mais il faut qu'on aille dans l'Allée des Embrumes.
Elle haussa les épaules et le suivit. Il ne lui avait quasiment rien dit depuis qu'il était parti. Il ne lui parlait que lorsque c'était nécessaire et, bien qu'ils doivent faire semblant d'être un couple, ils se maintenaient à une distance respectable l'un de l'autre. Dumbledore ne pouvait pas trop leur en demander non plus ! Cela étant, depuis qu'ils étaient partis, il n'avait pas eu une parole blessante à son égard et elle s'interrogea : combien de temps allait-il tenir ?
Elle paria avec elle-même qu'il ne tarderait pas à craquer. Elle voyait déjà ses traits se crisper d'impatience à chaque fois qu'il se retournait pour la voir marcher derrière lui à grandes enjambées pour le rattraper.
Ils entrèrent dans une boutique qu'elle reconnut au premier coup d'œil : Barjow et Beurk. Elle se souvenait très bien l'avoir suivi jusqu'ici l'année précédente, avec Harry et Ron.
Elle lança un regard circulaire à l'intérieur et dut réprimer un frisson. La magie noire pullulait autour d'eux comme les ennuis autour d'Harry. Mal à l'aise, elle saisit bien malgré elle la manche de la robe de sorcier de Malefoy qui sursauta de manière imperceptible avant de lui jeter un regard glacial. Elle le lâcha. Finalement, cela lui semblait bien peu à côté du sentiment de malaise qu'elle ressentait quand il lui lançait de tels regards. Ne pouvait-il vraiment pas supporter qu'une née-moldus le touche? Il s'apprêtait à faire un pas en avant quand il la tira vivement par le bras et la plaqua au mur, étouffant son gémissement de douleur de sa main. Surprise, elle voulut le repousser mais il la maintenait fermement. Prête à se débattre comme la lionne qu'elle était, elle lui jeta un regard noir qui ne sembla pas le perturber. Il mima simplement avec ses lèvres : « Ferme-la Granger ». Outrée, elle fut de toute façon trop choquée pour protester. Cessant de se débattre, elle perçut enfin ce qui avait provoqué cette réaction chez le Serpentard.
Devant le comptoir, à quelques mètres d'eux, se tenait Lucius Malefoy.
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Voilà, j'espère que ce chapitre vous aura plu !
Merci d'avoir lu et encore merci pour les reviews.
Je vous embrasse,
L.
