et encore un chapitre avec un titre trop long. encore pire que pour le 8. déjà que cet ordi m'a enlevé le "nt" de la fin du dit chapitre et qu'on croit que je sais pas écrire (ce qui est vrai mais on (moi et mon double skizophrène) essaye de le cacher!). bref, je vais peut-être arrêter de raconter des anneries et vaquer à d'autres occupations plus saines et intéressantes, comme recoudre mes chaussettes.

Chapitre 10:

Où les folles idées d'Ambre peuvent emporter de respectables pirates.

Roberts fulminait. Cela faisait dix minutes qu'il tournait en rond autour du pauvre homme de barre qui ne savait plus où se mettre.

"- Pourquoi est-il comme ça, chuchota Ambre d'une toute petite voix.

- Ce n'est pas parce que l'atmosphère est légèrement tendue que tu dois murmurer, répondit George sur le même ton, avec son éternel sourire qui racontait mieux que des mots le "j'adore dire n'importe quoi."qui lui était si familier.

- Pour ce qui est de ta question, intervint Fred, le problème est qu'on est loin de cette frégate, avec un vent de coté. On peut la rattraper si elle ne change pas sa route. Mais… si elle voit que des pirates la prennent en chasse, elle peut dévier et filer vent arrière. L'Ecumeur a beau filer comme le vent, ça nous prendrait des jours pour la rejoindre. Sans compter les chances qu'elle arrive à se tirer, qui sont assez élevées…

- Je vois. Et comment vous faites d'habitude?

- D'habitude… on tente la poursuite mais dès qu'on est repéré, c'est peine perdue. C'est pour ça que Roberts se tâte.

- Ah. Faudrait se faire reconnaître au dernier moment… fit remarquer Ambre.

- Ça, on le sait mais… on voit pas comment.

- Changer de pavillon.

- Déjà fait.

- C'est la figure de proue?

- Pas forcément. Comme elle est cachée sous le beaupré, on ne la voit que quand on est assez proche. C'est l'état du navire surtout qui joue.

- Ah bon?

- Eh oui. On voit tout de suite que ce n'est pas un navire marchand.

- Vous avez essayer d'y remédier?

- Un peu, mais ça n'a pas marché.

- Hum… laissez moi réfléchir, déclara Ambre.

- C'est ça. Quand tu auras trouver la solution miracle, tu nous fais signe," répliqua George en éclatant de rire.

Cela lui valut des regards noirs d'un peu tout le monde. Comment pouvait-il rire dans un moment pareil? Une frégate pointait le bout de sa proue avec l'espoir d'un beau butin inaccessible et lui se permettait de rire. Pour sa défense, George désigna instantanément Ambre, qui ne réagit même pas, trop plongée dans ses pensées pour l'envoyer paître. Un haussement d'épaule général accueillit cette désignation de coupable et les forbans se retournèrent vers leur capitaine, toujours à tourner en rond comme un fauve en cage.

Vas-y, cogite ma petite. Cogite, cogite…

Tilt.

Euréka! J'ai trouvé!

"- Fred! George!

- Quoi? T'as déjà trouvé? fit George ironiquement.

- On a encore les vêtements des bonhommes qu'on a pillé la semaine dernière?

- Le "Méchant Tonton Dog"?

- Oui, ce bateau là.

- Je crois, oui. Pourquoi?

- Vous avez déjà eu l'idée de vous déguiser?

- Non, mais je vois pas…" Fred s'interrompit un instant, le temps que l'idée germe et prenne racines dans son cerveau tordu. Il reprit enfin, un sourire pervers sur le visage. "Si si en fait je vois. Très bien même. C'est… diabolique comme idée.

- Merci, répondit Ambre, toute fière d'elle.

- Moi j'ai rien compris, râla George.

- Pendant que je lui explique, reprit Fred, va en toucher deux mots au capitaine.

- Ok."

La jeune fille s'en fut prestement, ses longs cheveux blancs voltigeant dans son dos. Elle fendit la foule de marins et arriva enfin au pied de l'escalier menant au gaillard d'arrière. Elle commença à monter mais Korp l'en empêcha d'une main ferme.

"- Qu'est-ce que tu veux?

- On a eu une idée avec les jumeaux et je viens la soumettre à notre estimé capitaine.

- Encore une de vos idée tordue et loufoque?

- Elle est tordue et loufoque, mais ça peut marcher.

- C'est ça. Toutes vos trouvailles tournent à la rigolade. Je doute que ça puisse marcher.

- Laisse-moi au moins lui soumettre la question, le supplia-t-elle, la bouche en cœur et les yeux larmoyants.

- Tutut. Pas de ça avec moi.

J'ai encore des progrès à faire.

- De plus, il réfléchit. Et le capitaine a horreur d'être dérangé quand il réfléchit.

- Je sais mais…

- Il n'y a pas de mais.

- Monsieur Korp. Laissez-la monter. Leurs idées folles ont au moins l'avantage d'être originales. Notre proie ne pourra jamais si attendre…

- Bien mon capitaine, capitula l'énorme second avec un soupir à fendre l'âme.

- Merci, fit la jeune fille en lui tirant la langue.

Nananananère!

- Alors jeune fille. Qu'as-tu à me dire?

- Eh bien…" murmura-t-elle.

Roberts fut obligé de se pencher pour l'entendre tellement elle parlait doucement, et Ambre lui chuchota son idée à l'oreille.

"- C'est'y pas malheureux de voir ça. Le plus terrible forban de ce siècle, obligé de se pencher pour écouter les conseils d'un mousse, remarqua Fred, feignant l'indignation.

- Je trouve aussi."

Quand Ambre commença à décrire son idée dans les grandes lignes, le capitaine émit une objection.

"- Tu oublies ma figure de proue. Elle est aussi connue que moi. Ces rascasses auront pris la tangente avant qu'ils aient pu nous voir.

- Mais Fred et George m'ont dit que ce n'était pas la première chose qu'ils voyaient, que le plus important était l'état du navire. Et je pense que ce que vous avez oublié dans vos précédentes tentatives, c'était votre équipage.

- Ce n'est pas entièrement faux ce que tu me dis là, mais pas entièrement juste non plus. Ils verront la figure de proue avant qu'on soit en mesure de les rattraper.

- Peut-être pas si on arrive avec le soleil dans le dos et tard le soir. Elle sera dans l'ombre…

- C'est vrai ce que tu me dis là…

- Et pour ce qui est du dragon sur la voile, on peut en déplier une par-dessus et la laisser tomber au moment d'aborder…

- Pas bête, on y avait déjà penser mais comme ils se barraient avant qu'ils puissent voir le dessin… vas-y, continue, je suis toute ouie."

Au fur et à mesure qu'elle dévoilait son plan, un large sourire étira les lèvres du terrible pirate Roberts et, quand elle eut finit, il éclata de rire.

"- Là, reprit Fred, c'est le comble! Quand je pense que sa fierté et son mystère reposaient sur sa capacité à ne montrer aucun sentiment, et le voilà qui rigole bêtement comme un gosse qui prépare un mauvais coup.

- Il n'a aucun respect pour nous. Il pourrait respecter l'image qu'on s'efforce de lui donner. C'est vachement pratique quand on arrive dans un port: on n'a absolument personne qui nous cherche des crosses…

- Messieurs, fit Roberts, retenant l'attention de tout le monde. Je crois que nous tenons le bon bout."

Des acclamations enthousiastes suivirent cette déclaration. Il en faut vraiment peu pour faire leur bonheur…

"- Ambre, toi qui t'y connais un peu mieux que la moyenne pour ce genre de choses, va voir dans les cales si tu trouves ton bonheur pour… habiller l'équipage.

- Bien mon capitaine."

La jeune fille disparut dans les entrailles du vaisseau pendant que Roberts expliquait le plan à ses hommes. Le temps qu'ils percutent ce que leur capitaine leur ordonnait de faire, Ambre avait eut le temps de remonter sur le pont. Elle fut surprise de voir du mécontentement, pour utiliser un euphémisme, sur le visage des pirates. Elle s'approcha des jumeaux et leur jeta un regard interrogateur, après avoir retenu leur attention avec un coup de coude dans les cotes.

"- Comme tu peux le constater, dit George, ils ne sont pas… emballés par ta proposition.

- Ils ne protestent que pour la forme, la rassura Fred.

- Si ce n'est que ça… répondit Ambre avec un haussement d'épaules. De toute façon, il n'oseront pas désobéir à Roberts, n'est-ce pas?

- Non, en effet.

- Vous venez m'aider à amener ce qu'il faut? Je peux pas porter les coffres toute seule… moi et ma force de mouche…

- On arrive, répondirent les jumeaux sans enthousiasme.

- Vous n'allez rien manquer, assura la jeune fille. Le temps qu'on remonte et Roberts les aura convaincus.

- Je sais. Il est bien là le problème, gémit Fred.

- Pourquoi? fit Ambre, surprise.

- J'essaie désespérément de comprendre son truc pour persuader tout son monde de le suivre et de lui obéir…

- C'est pas compliqué, expliqua Ambre. Tu expliques les différents avantages, tu menaces si ça marche pas, tu rugis, fais les gros yeux et, en dernier recours, tu supplies. Mais je ne crois pas que Roberts ait besoin de la dernière étape…

- Comment t'as fait pour comprendre? Ça fait des lustres que j'essaie de piger la technique et toi… paf pastèque et tu me sors ça comme ça!

- Simple, je connaissais déjà. Fallait bien ça pour convaincre mes parents et mon oncle. Avec les frères, ça marchait moins bien… ce qui est fort dommage d'ailleurs.

- Tu m'étonneras toujours, dit George, en prenant sa suite pour descendre dans les cales. Allez viens, cher frère.

- Bien. Je me résous à descendre avec vous dans ces cales obscures et humides, sans admirer le spectacle que donne notre capitaine…

- Arrête de râler et viens."

En effet, le temps qu'ils remontent avec les caisses, les forbans s'étaient dispersés et vaquaient à d'autres occupations, l'air morose. Fred était profondément déçu.

"- Et moi qui espérait qu'il aurait pas fini!

- Arrête de te plaindre et aide-nous, s'exclamèrent Ambre et George.

- Vous ne me comprendrez jamais, se plaignit Fred.

- Je crois qu'on a jamais essayé, répondit Ambre.

- Sans cœur.

- Merci du compliment.

- Mais de rien, ça m'a fait plaisir," répliqua-t-il, sarcastique.

Ils se mirent à la tâche, triant ce qui pouvait être utilisable et ce qui ne l'était pas. Ils firent deux tas et allèrent prévenir Trévor qu'ils avaient fini. Celui-ci grogna pour leur signifier que l'information était assimilée, et s'en fut prévenir le capitaine. Sa démarche était plus claudicante que jamais et son visage était rouge de fureur.

"- Je crois qu'il n'apprécie cette idée qu'à moitié," remarqua Ambre.

Ayant terminé de ranger leurs trouvailles, ils allèrent aider les autres à ranger le navire pour qu'il ait plus l'air d'un navire marchand qu'à un navire transportant des pirates assoiffés de sang (et de rhum). Certains leur lançaient des regards noirs et les jumeaux désignaient la jeune fille, l'air de dire, "c'est pas nous, c'est elle", mais elle n'en avait strictement rien à cirer.

L'idée qu'Ambre leur avait soumises ne leur plaisait vraiment pas, mais alors pas du tout. Et quand vint le moment où ils devaient appliquer son plan, les jurons et les protestations se firent plus nombreuses et violentes. Le capitaine les fit taire d'un simple regard, mais demeuraient les regards énervés et haineux.

Quand le dragon rouge brodé sur le grand perroquet fut recouvert d'un drap blanc, le pont débarrassé de tous objets insolites pour un navire marchand et la voile de foc dépliée au maximum pour tenter de cacher la figure de proue, Roberts donna l'ordre à ses hommes de mettre la "dernière couche" à leur mise en scène. Les forbans émirent une dernière plainte, vite ravalée devant la tête de leur capitaine. Quand le silence se fut installé sur le navire, Roberts donna ses ordres.

"- Comme c'est Ambre qui a eu cette merveilleuse idée, c'est son quart qui va devoir se déguiser."

Le pont croula sous les grognements outragés des hommes concernés. Ambre eut de nouveau droit à des superbes regards noirs qui la firent se recroqueviller derrière les jumeaux. Ceux-ci, pas courageux pour deux sous, s'écartèrent vivement et regardèrent ailleurs pour ne pas voir les deux yeux dorés qui les regardaient avec mépris et rancune. Sans se soucier de la réaction de ses hommes, le capitaine poursuivit:

"- S'il en manque, je piocherais au hasard dans les autres groupes de quart. Pour les autres, déguisez-vous en marins normaux. Je ne veux voir sur vous qu'un couteau de marin. On placera les armes là-bas, dit-il en indiquant le bout du pont, juste avant l'escalier menant au gaillard d'avant. Vous ne les prendrez que quand je vous en donnerais l'ordre. C'est compris?"

Pour changer, il n'eut droit qu'à des grognements vaguement affirmatifs comme réponse.

"- Les autres, commencez à revêtir vos… costumes, reprit-il avec un sourire pervers. Les canonniers, à vos pièces et n'ouvrez les sabords quand dernier moment. Veillez-y monsieur Korp.

- Bien mon capitaine."

Ayant fini son petit discours, Roberts s'apprêta à rentrer dans sa cabine pour y prendre un petit verre de rhum en solo quand Vincent et quelques autres l'en empêchèrent.

"- Capitaine, commença Vincent, on veut pas vous manquer de respect mais… on refuse de mettre ça, fit-il en indiquant les tas qu'avaient préparés Ambre et les jumeaux. On ne veut pas vous désobéir mais là… vous poussez le bouchon un peu trop loin.

- Mon petit Vincent, tu as de la chance que je ne me sois pas énervé devant de tels propos, sinon je pense que ta tête aurait déjà valser dans l'eau, après une magnifique parabole dont je ne parlerais pas de la portée." Roberts s'interrompit un instant et regarda Vincent dans les yeux pendant un instant. Celui-ci déglutit difficilement tandis que son capitaine reprenait.

"- Vous avez envie d'un carnage, mon petit Vincent?

- Oui mon capitaine.

- J'essaie de vous en offrir un. Je l'admet, les moyens que nous employons en ce moment ne sont pas très orthodoxes, mais ça devrait vous fournir l'occasion de vous amuser un peu.

- Mais, mon capitaine. Ca?

- Que diable, Vincent! Apprenez à vous amuser!

- On accepte de revêtir ces choses si…

- Si?

- Si vous le faites également.

- Sachez jeune homme, que je tiens à mon image. Je n'ai pas passé vingt ans à me la forger pour la réduire à néant pour le caprice de mes hommes!

- On comprend très bien mais… vous remonterez dans notre estime. Un capitaine qui partage la vie de son équipage, ça coure pas l'océan et c'est bien vu."

Roberts se tritura la moustache, signe qu'il réfléchissait intensément, avant de lâcher froidement:

"- D'accord, mais je ne mettrais pas une robe."

L'Ecumeur avançait bon train vers sa proie qui n'avait pas l'air de prendre la fuite. Du moins, pas pour le moment. Les hommes du quart d'Ambre se pavanaient ostensiblement sur le pont à l'intention des hommes de la frégate. Ils râlaient comme des poux, dégoûtés d'avoir été choisis pour cette basse besogne, surtout ceux en robes. Ambre et les jumeaux rigolaient bien. Ils portaient tous les trois une robe avec jupons, dentelle et ombrelle. Et pendant qu'Ambre donnait ses directives sur la façon de se comporter (c'était de loin la plus douée dans ce domaine), Fred et George s'amusaient avec leurs ombrelles.

Vincent et Wesley portaient également des robes, vert d'eau pour l'un et rose bonbon pour l'autre. Les deux ensemble juraient affreusement. Mais ce qui faisait le plus rire Ambre étaient les pirates en robe et pas rasés. Ils devaient rester dans le fond et se cacher le nez derrière leurs éventails. Le capitaine se promenait également sur le pont, très élégant dans son complet noir. Il portait également un haut-de-forme et une canne.

La classe.

Roberts s'approcha d'eux, pour voir comment le trio s'en sortait.

Pas comme son fils.

"- Tu t'en sors? demanda-t-il à Ambre.

- Ca peut aller. Quand ils ne bougent pas, ça va mais, pour la moitié, il faut éviter qu'ils se retournent vu que les robes sont trop étroites.

- Heureusement qu'on est resté grands et minces, remarqua Fred en faisant semblant de se recoiffer, ce qui fit rire les autres.

- Ils nous ont repérés? s'enquit George.

- Je ne crois pas, répondit Roberts. J'espère que ça va durer.

- Vous avez bien hisser un pavillon? demanda Ambre.

- Un belge. Les anglais supportent les belges. Enfin, je crois.

- Je reviens, dit Ambre, je vais leur dire de faire semblant de glousser, ça fait plus vrai.

- Tu vas dire ça à qui?

- A la pouffe en rose, quelle question!

- Je t'ai entendu, rugit Wesley, profondément vexé.

- Tais-toi et obéis, répliqua la jeune fille en retournant s'asseoir. C'est agréable de donner des ordres.

- Je sais, répondit Roberts. Mais n'y prend pas trop goût. Ça n'arrivera pas tous les jours."

Ambre soupira.

Roberts s'en fut peu après vaquer à d'autres occupations, faire semblant d'être un gentleman qui drague les poules en rose, entre autres. La jeune fille continua de donner ses conseils à qui ne se conduisait pas comme elle voulait, pendant que les jumeaux tenaient une discussion civilisée. C'est comme une conversation normale, mais en robe, talon haut et ombrelle.

L'Ecumeur s'approchait de plus en plus de sa proie, qui n'avait toujours pas calculé que ce qu'elle prenait pour un paisible navire transportant d'innocents et stupides petits belges était en fin de compte le bateau du terrible pirate Roberts. L'Ecumeur allait bientôt la rattraper. Un peu moins d'une heure et les canons pourraient cracher leur feu et percer de jolis petits trous dans la coque de la frégate.

L'équipage jouait son rôle à merveille et, à la surprise d'Ambre, y prenait goût. Certains faisaient des yeux doux derrière leurs éventails à leurs collègues déguisés en marins ou bien prenaient une voix haut perchée pour parler de la pluie et du beau temps. Ce qui était vraiment ridicule, mais ça devait être convaincant de loin.

Alors que l'assaut n'allait plus tarder, une vingtaine de minutes au plus, Roberts annonça à ses hommes qu'ils allaient pouvoir enlever leurs frusques d'ici quelques instants, quand ils seraient sûrs de rattraper la frégate. Des soupirs de contentement saluèrent cette déclaration. Les jumeaux échangèrent un regard et, d'un commun accord, annoncèrent à la ronde qu'ils allaient aborder comme ça. Tant qu'à être ridicule, autant l'être jusqu'au bout. Et quand vint le moment de troquer les éventails et les ombrelles contre les épées, plusieurs hommes décidèrent de faire comme les jumeaux.

"- Personne n'a une poêle à frire ou un rouleau à pâtisserie, demanda George d'une voix suraiguë. Je n'ai pas l'habitude de me battre avec ce genre de chose, ajouta-t-il en gloussant.

- Très convaincant dans ton rôle de mégère, répliqua Ambre.

- Je suis du même avis," renchérit Fred.

Ils arrêtèrent leur très enrichissante conversation lorsqu'un tumulte invraisemblable leur parvint de la frégate. Ils abandonnèrent ce qu'ils étaient en train de faire pour se précipiter à tribord, pour voir ce qui se passait. Ce qu'ils identifièrent comme le capitaine de la frégate se tenait sur le gaillard d'arrière de son bâtiment et hurlait des invectives.

"- Capitaine, je crois que c'est pour vous, déclara Fred.

- J'avais compris. Demande-lui ce qu'il veut.

- Dans cette tenue? s'exclama Fred.

- C'est toi qui la voulut.

- Certes."

Fred se rendit à la proue pour tenter de communiquer avec l'anglais.

"- Vous désirez quelque chose? demanda-t-il poliment.

- Nous savons qui vous êtes!

- C'est vrai? je suis flatté.

- Nous n'avons pas peur de vous, pirate!

- Je suis vraiment content pour vous. Avez-vous d'autres choses passionnantes à nous dire ou pouvons-nous vous éventrer joyeusement?

- Nous nous battrons jusqu'aux derniers, chiens!

- Ouah! Quelle insulte! J'en suis tout retourné. Autre chose?

- Déguerpissez! Vous n'avez aucune chance, cria le capitaine de la frégate, n'ayant toujours pas d'arguments convaincants pour éviter de se faire aborder. Il faut dire que les réponses de Fred le laissait quelque peu pantois, ce qui l'empêchait de réfléchir correctement.

- J'en prend note. Vous voulez des frites avec ça?" conclut Fred avec un sourire carnassier.

Fred se détourna du bonhomme désespéré et alla chercher son épée.

"- Pas mal, lui dit Roberts. Je ne lui aurait certainement pas dit ça comme ça mais l'idée y était.

- Merci mon capitaine.

- Vous n'allez pas trop avoir de mal à vous battre avec ça? demanda le capitaine en désignant la robe que Fred portait.

- Broaf, on verra bien. Ambre y est bien arrivée la première fois…

- Elle avait plus d'entraînement. Bon, à plus tard mesdames, j'ai un abordage à préparer…"

La frégate n'ayant compris que trop tard qu'elle était poursuivie par des pirates, elle n'avait rien préparé pour faire face à l'attaque. Ses occupants s'activaient désespérément dans tous les sens: les passagers étaient enfermés dans les cabine, des armes étaient rapidement distribuées aux marins terrifiés, les canons étaient chargés à la va-vite. Pendant ce temps, l'Ecumeur finissait de gagner du terrain. Les pirates étaient tous prêts à l'assaut. Ils brandissaient leurs armes, gesticulaient et hurlaient des obscénités.

Crier des trucs pareils dans cette tenue… les dames du monde ne sont plus ce qu'elles étaient.

Ambre rejoignit Roberts au poste de pilotage, d'où il contrôlait toutes les opérations. Elle agrippa la rambarde de tribord pour ne pas valser lorsque les canons commenceraient à cracher.

Puis le moment de l'attaque arriva. Le terrible pirate Roberts donna l'ordre de tirer. Les boulets volèrent et percèrent des petits trous dans la coque d'en face. La frégate ne riposta pas beaucoup étant donné qu'elle n'avait pas eu le temps de charger tous ses canons. Les coups de feu pleuvaient et les hommes s'écroulaient, d'un côté comme de l'autre. La fumée s'était à peine dissipée qu'Ambre entendit le sifflement caractéristique des grappins voltigeant dans l'air saturé de poudre. Ils retombèrent avec fracas sur le pont de la frégate. Il y eut ensuite les raclements des grappins sur le bois et le choc sourd quand ils se fichaient dans le bastingage ou ailleurs. Les pirates tirèrent fortement sur les cordes et les deux coques se rentrèrent dedans, faisant trembler les deux navires.

C'était le moment. Les pirates se jetèrent à l'assaut. Ambre vit les jumeaux, toujours en robe à froufrou et l'épée tirée, qui se jetèrent avidement sur leurs proies. L'épée de Fred s'abattit très vite, dans la nette intention de couper la tête de l'homme qui se dressait devant lui. Elle descendait vite, vers la gorge de l'homme. Elle trancherait d'abord la peau, puis les muscles et les tendons. Arrivée à mi-chemin, la lame rencontrerait la jugulaire, tout en défonçant la carotide, et les os, puis elle repasserait par les muscles, tendons et peau. Sans oublier la couche de gras qui recouvrait les muscles… L'épée continuait sa course et soudain…

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En effet, des scènes violentes peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.

"- AIEUH! Eh! Attention, ma sensibilité!

- Excuse-moi, j't'avais pas vu.

- Ouais bah ça va hein!

- D'une seconde à l'autre, vous allez être plongés dans un monde sans pitié où règne la terreur et… eh eh eeeeh! le micro!"

Désolée pour cette interruption pourrie. Je reprend mon récit…

Spartch sploutch strastch… aaaargl!

Le sang giclait à flot de la gorge tranchée, s'imbibant dans la chemise rayée de l'homme et dégouttant par terre. Il s'effondra mollement. Sans autre forme de cérémonie, Fred marcha sur le cadavre pour se jeter sur quelqu'un d'autre, un peu encombré dans toutes ses robes.

George le suivit de peu, dans sa superbe robe rose à pois verts, et ses victimes n'eurent pas un sort enviable. Les bras tranchés tombaient et s'agitaient quelques instants avant de demeurer inertes. Le sang giclait de partout, d'une simple estafilade à la blessure mortelle. Les pirates qui sautaient désormais de l'Ecumeur pour venir prendre part au carnage pataugeaient dans la tripaille et le sang. Ceux restés en tenues mondaines avaient un mal fou à se battre. Un grand moulinet de l'épée entraînait un flot de dentelle qui déstabilisait aussi bien le pirate que son adversaire.

Ambre en avait mal au cœur et Roberts, à côté, exultait. Il exhortait ses hommes à ne laisser aucun survivant, mis à part le capitaine, le second et le quartier-maître. Un des forbans lui demanda s'ils devaient également éventrer les passagers. Roberts réfléchit une minute avant de répondre:

"- Non, gardons-les en vie. Ils auront peut-être des nouvelles intéressantes à raconter. Enfermez-les dans la cale en attendant.

- Bien mon capitaine, cria le pirate pour se faire entendre par-dessus le vacarme de la bataille, avant de retourner trancher quelques gorges.

- Ça va Ambre? tu ne t'ennuies pas trop?

- Heeeuuuk. Non, non, ça va très bien, dit-elle avec un haut-le-cœur.

- Ça a l'air.

Est-ce que le "je fais juste semblant" marche comme excuse?

- Si tu te sens vraiment pas bien, tu peux redescendre.

- Je vous assure que…

- Je ne tiens absolument pas à avoir du vomi partout. Même si tu nettoies après, l'odeur s'incruste et…

- Je vois. Promis, ça passera par dessus bord.

- T'as intérêt sinon c'est… disons cinquante coups de fouet."

Ambre pâlit brusquement, son écœurement instantanément oublié.

"- Tu a l'air d'aller beaucoup mieux," remarqua Roberts.

La jeune fille lui adressa le regard le plus noir de son répertoire.

"- Attention ma petite, pas de ça avec moi. Si tu avais de quoi assurer après m'avoir provoqué, je dis pas, mais comme ce n'est pas le cas, je te déconseille fortement de recommencer.

- Je vais faire attention."

Roberts émit un petit ricanement et reporta son attention sur les combats. Ambre fit de même, histoire de montrer qu'elle faisait de son mieux pour s'adapter à sa nouvelle vie, plus que pour un réel intérêt. Rien ne ressemble plus à un abordage qu'un autre abordage. Mais il faut remarquer que celui-ci était plus original. Dans les costumes comme dans les couleurs…

L'Ecumeur avait abordé par la proue et celle-ci était maintenant entièrement entre leurs mains ensanglantées. Les forbans remontaient pouce par pouce vers la poupe, laissant une ligne sanglante derrière eux. Elle chercha ses amis des yeux. Vincent n'avait pas une égratignure et faisait un carnage. Wesley, quant à lui, se battait avec style et avançait à son rythme, laissant sur le pont son comptant de cadavres. Ken et James se battaient ensemble, l'un avec son éternel air niais et l'autre, très sérieux, comme s'il allait sauver le monde.

Même dans leur façon de se battre, on les reconnaît.

La fillette qui ne faisait plus si gamine que ça depuis qu'elle vivait avec des pirates continua son examen, à la recherche des jumeaux. George se battait férocement, sa robe maintenant tachée de points rouges, ce qui faisait assez moche avec le rose et les pois verts.

Enfin… ce n'est que mon humble avis.

Il s'en sortait plutôt bien. Du coup, elle chercha son frère. Elle le trouva rapidement, aux prises avec trois marins. Il arrivait à les repousser mais ils revenaient toujours. Sa robe l'empêchait de faire tous les mouvements qu'il souhaitait et il avait beaucoup de mal à se défaire de ses adversaires un peu trop collants. Ambre s'inquiéta un peu. Le fait que ses jumeaux préférés puissent se faire tuer lors d'un assaut de l'Ecumeur ne lui avait pas traversé l'esprit.

Ils sont bien trop chiants. Même la mort ne voudrait pas d'eux…

Fred enfonça son épée jusqu'à la garde dans le corps d'un des bonshommes et rejeta le cadavre violemment sur les deux autres. Les deux compères essayèrent de se débarrasser de leur camarade devenu inutile. Fred profita de ce laps de temps pour reculer et trouver un coin plus tranquille pour récupérer un peu avant de repartir à l'attaque.

Ah, je le savais. Il ne peut pas mourir.

Les deux hommes réussir à se dégager de l'étreinte du mort en le balançant joyeusement à la flotte. Il était un rien trop tard pour qu'ils puissent rejoindre Fred, sans se faire étriper avant par d'autres forbans. Ambre soupira de soulagement. Mais soudain, comme Fred ne voyait pas où il mettait les pieds à cause de ses froufrous imbibés de sang, il glissa sur un bras amputé très récemment, un petit peu au niveau du coude. Le jeune homme essaya de reprendre son équilibre, mais il patina dans une flaque de sang visqueux et s'étala de tout son long avec élégance. Les deux marins eurent un sourire sinistre et s'approchèrent de leur victime en fâcheuse posture. Comme d'habitude, Ambre ne réfléchit pas avant d'agir. Elle abandonna lâchement Roberts tout seul et se précipita sur le pont. Elle se saisit d'une épée et regarda autour d'elle, pour repérer le meilleur endroit d'où elle pourrait passer sur la frégate. Quand elle l'eut trouvé, elle se jeta sur la corde, se lança dans le vide, tenant la corde d'une main et l'épée dans l'autre. Elle atterrit comme une fleur au milieu d'un combat, glissa habilement entre les épées quasiment immobiles, les combattants étant trop choqués de voir une gamine tomber du ciel pour continuer à s'étriper. Elle poursuivit sa route entre les différents adversaires. Sa petite taille lui sauva de nombreuses fois la vie: quand elle bousculait quelqu'un et qu'il se retournait pour attaquer, il frappait souvent dans le vide, voulant toucher son adversaire à la gorge (celle d'Ambre se trouvant au moins trente bons centimètres en dessous). Le temps que l'homme réalise qu'il avait affaire à un pirate nain, Ambre s'était déjà esquivée.

Fred tentait de reculer pour fuir les lieux des combats et retrouver le calme à la proue du navire sous le contrôle des forbans. Mais reculer en rampant et en essayant de parer les coups des deux énergumènes, tout en s'emmêlant dans ses robes, ça n'a rien d'une mince affaire. Les deux hommes ricanaient, sûrs de leur coup. Fred chercha son frère des yeux et hurla sa détresse:

"- GEORGE !"

Il continua à crier après son jumeau. La peur de la mort et l'angoisse se lisait dans ses yeux. Il dévia un coup qui aurait été fatal mais la lame l'entailla profondément à l'épaule. Fred poussa un cri de douleur. Il para un nouveau coup mais son geste lui arracha une grimace de douleur. Son épaule le cuisait douloureusement et Fred savait qu'il ne tiendrait plus longtemps. Il cria une nouvelle fois le nom de son frère, en désespoir de cause. Un nouveau coup lui laissa une longue entaille sur la joue. Le mince jeune homme fit reculer ses adversaires d'un large moulinet de son épée et tenta de se relever. Mais c'était sans compter sur ses robes et ses multiples blessures: les deux hommes revinrent à la charge en un instant et le rejetèrent à terre d'un coup de botte en pleine figure. Son sang commençait à coaguler, coulant sur ses yeux et l'aveuglant à moitié. Fred gémit une dernière fois le nom de son frère.

Soudain, alors qu'un des deux hommes s'apprêtait à lui porter le coup fatal, George surgit soudain de nulle part. Un coup de botte très bien placé et l'homme fut mis hors d'état de nuire pour quelques instants. Il engagea le combat immédiatement, férocement comme s'il avait le diable au corps. Son visage était rouge de fureur et en disant long sur son état d'esprit immédiat. Les deux combattants s'enfoncèrent dans la masse humaine qui ferraillait de partout. Le marin reculait sous ses attaques de forcené mais il vit son confrère se rapprocher de Fred, qui luttait encore faiblement. Un sourire sadique étira ses lèvres lorsqu'il échangea un regard avec son camarade. Cela n'échappa pas à George qui en profita pour éventrer son adversaire comme un porc. Il lui plongea sa lame dans l'abdomen et remonta doucement, le visage indéchiffrable mais les yeux brûlant de haine. Le marin le regarda avec des yeux ronds. Ses lèvres remuèrent mais aucun son n'en sortit, hormis un flot de sang sombre. Il agrippa l'épée de George dans les derniers sursauts de l'agonie, sans quitter des yeux son meurtrier. George lui retira brutalement l'épée du corps et le laissa s'effondrer à ses pieds. Il se retourna juste à temps pour voir le deuxième marin repousser d'un mouvement négligent la pauvre attaque de Fred. Le marin lança à George un regard triomphant et abaissa son arme, vers le cou de Fred qui ne pouvait plus parer. George hurla un NON désespéré et se précipita vers son frère en fermant les yeux pour ne pas voir la lame tuer son autre moitié.

Un fracas de métal fendit l'air. George rouvrit les yeux et les agrandit de surprise.

"- Pas touché," cracha Ambre, le visage déformé par un rictus haineux.

Le marin recula devant d'un pas devant ce nabot aux cheveux blancs. Il se ressaisit rapidement et eut un sourire sadique en lorgnant la jeune fille.

"- Ma petite, siffla-t-il, si tu le veux, il va falloir que tu m'empêches de passer.

- A ton avis, pourquoi crois-tu que je suis ici, crétin! répliqua-t-elle sur le même ton, le mépris en plus.

- Parce que tu crois que tu peux m'en empêcher? Ton arrogance me sidère."

Ambre se plaça entre l'homme et Fred qui la regardait, incrédule, à travers ses paupières mi-closes à cause du sang. Le sourire du marin s'accentua. Il se mit en garde et se prépara à attaquer. Ambre fit de même, non sans jeter un regard par-dessus l'épaule de l'homme, pour voir si George s'en était sorti avec l'autre et s'il pouvait venir l'aider dans l'immédiat.

S'il arrive à retraverser la foule sans se faire tuer en peu de temps, il peut m'aider. Autant dire que je suis toute seule. Bravo Ambre. Sur ce coup là, tu as encore été géniale. Mon aptitude à me mettre dans des situations impossibles m'étonnera toujours.

L'homme chargea sans qu'elle si attende. Il faut dire que ce n'était pas du tout prévisible…

Nan mais j'attendais quoi? le thé?

Heureusement, la jeune fille put esquiver aisément et lui flanqua un revers de son épée sur son arrière train assez dodu. Le marin porta la main à son postérieur et la retira pleine de sang.

"- La garce, grogna-t-il. Tu vas me le payer.

Leçon numéro seize: toujours faire croire qu'on est le meilleur, c'est déstabilisant.

- J'attend de voir, minable."

Le marin se jeta sur elle férocement. Elle para son coup d'estoc, mais la force du coup lui engourdit tout le bras. Ambre réussit néanmoins à placer un coup. Elle tenta de lui planter sa lame dans le torse mais lui entailla le bras.

Leçon numéro dix-sept: vise!

Elle recula de quelques pas et jeta un nouveau regard en direction de George qui se démenait pour revenir vers eux.

"- Alors comme ça tu attends de l'aide? Tu fais moins ta maligne…

Note pour moi-même: apprendre et respecter la leçon numéro seize.

- Cause toujours, mon bonhomme, tu m'intéresses."

La jeune fille s'avança vers le marin, doucement, prête à parer le moindre coup.

"- Surveille ton jeu de jambes, lui souffla Fred en se redressant péniblement sur un coude.

- Alors comme ça tu ne bouges pas bien? Merci de me donner ton point faible…"

Le marin se relança à l'attaque et fit mine de lui donner un coup de taille, se ravisa au dernier moment, fit un pas de côté et donna un coup d'estoc. Ambre le para facilement et, vive comme l'éclair, sa lame trancha l'air pour lui entailler profondément le flanc droit. L'homme accusa difficilement le coup et Ambre en profita pour enchaîner les attaques. Elle tournait autour de lui et le lardait de coups avant qu'il ait pu en placer un.

"- Même à moitié crevé, il arrive à me bluffer. Votre capitaine est un démon.

- Hein? répondit Ambre, interloquée. Mais c'est pas notre capitaine!

- Pourtant c'est bien lui qui est venu parler tout à l'heure," répliqua-t-il en faisant un grand moulinet avec son épée. Ambre para le coup mais la force du choc la fit suffoquer. Elle recula jusqu'à buter dans les jambes de Fred. Elle réussit quand même à articuler.

"- Vous croyez quand même pas que notre capitaine va s'abaisser à traiter avec de la vermine comme vous?

- Sale enfant de putain! Et c'est toi qui ose me dire ça? je vais t'égorger comme on saigne un porc, c'est tout ce que tu mérites."

Le marin se jeta sur elle avec la hargne du désespoir et fit pleuvoir les coups. Ambre paraît tant bien que mal mais les vibrations dues aux chocs traversaient chacun de ses muscles. Elle n'arrivait quasiment plus à lever son épée tellement cela lui engourdissait les bras. Le marin recula pour porter le coup fatal avec plus de force. Ambre sut alors avec certitude qu'elle allait mourir. L'homme leva son épée pour frapper et, dans un dernier espoir, Ambre fit un moulinet avec son épée. Sa lame rentra dans la gorge de l'homme, tranchant net muscles et tendons. La force de la jeune fille ne lui permit pas de trancher la tête en entier: celle-ci resta accrochée par un reste de muscles et de peau en charpie. Ambre abaissa son épée, n'enregistrant pas encore qu'elle venait de lui couper la tête. Ou presque.

Après le cavalier sans tête, le marin quasi-sans tête. Je vais l'appeler Nick. Nick quasi-sans tête. Ça sonne plutôt bien non?

C'est alors qu'elle aperçut l'épée qui sortait du corps de l'homme. Il y avait vingt bons centimètres qui dépassaient de la grosse bedaine de l'homme. Puis la tête de George apparut de derrière l'épaule du cadavre. Il retira sa lame et poussa le cadavre par-dessus bord.

Son visage perdit toute trace d'inquiétude excessive quand il vit que son frère et Ambre étaient encore en vie.

"- Ca va? demanda-t-il d'une voix tremblante.

- Je crois, répondit Ambre d'une voix atone.

- Reste ici avec Fred, je me charge de faire sécuriser le périmètre. Ils ont perdu et ne devraient pas tarder à se rendre.

- D'accord," fit la jeune fille, toujours sur le même ton, les yeux dans le vague.

George disparut éventrer d'autres pirates. Fred appela sa sauveuse d'une faible voix:

"- Tu peux m'aider?

- Hum? répondit Ambre, distraite. Oh, oui. Bien sûr.

- Ne pense à rien pour le moment. Tu auras tout le temps de te plonger dans de sombres pensées quand on sera de retour sur l'Ecumeur. Pour le moment, mon corps d'Apollon a besoin de tes soins…"

Ambre sourit tendrement et s'approcha du blessé.

"- Tu ne changeras jamais, le réprimanda-t-elle gentiment.

- Dieu m'en garde."

Ambre se chargea de bander ses plaies du mieux qu'elle pouvait avec les moyens du bord, c'est à dire avec des bouts de tissus arrachés à la robe. La blessure au visage lui donna plus de mal: elle se voyait mal lui entourer la tête de bandelettes et le présenter après comme un œuf de Pâques.

"- C'est malin ça! T'auras pu faire attention, quand même! dit-elle en râlant.

- Quoi donc?

- Tu vas avoir une cicatrice sur la même pommette que George. je ne vais plus pouvoir vous reconnaître…

- Cool… on va pouvoir s'amuser…. Aieuh! Mais ça fait mal!

- Désolée, j'ai vraiment pas fait exprès, répliqua-t-elle avec un sourire malicieux.

- S'attaquer à un homme à terre c'est vraiment indigne.

- La la la, chantonna-t-elle en réponse. Je ne t'entend pas!

- Je disais que c'était indigne de toi!

- Je n'entend toujours pas!

- Va au diable.

- Non, pas envie. Fait trop chaud là-bas. Je ne supporte pas les grandes chaleurs."

Les hommes de la frégate rendirent finalement les armes. Les blessés furent ramenés sur l'Ecumeur pendant que les marins étaient passés sur le fil de l'épée. Les pirates firent sortir les voyageurs, tous terrifiés, et commencèrent à les dévaliser. Bagues, colliers et autres bijoux disparurent rapidement dans de grands coffres qui furent envoyés au fond des cales de l'Ecumeur après un rapide inventaire.

Ambre et George aidèrent à ramener les blessés et les installèrent comme ils purent sur le pont, sans que cela gêne les pirates qui travaillaient au pillage de la frégate. Cet assaut était le plus meurtrier de tous ceux qu'elle avait déjà put voir. Il y avait beaucoup plus de blessés que d'ordinaire et il y avait également de nombreux morts à déplorer. Fred avait été chanceux de ne pas avoir été jeté par dessus bord comme les nombreux cadavres.

"- Ambre, appela George. Tu peux veiller sur lui? Je vais voir si je peux pas aider un peu…

- Pas de problème.

- Lâcheur! râla Fred.

- Tu ne me croiras jamais, lui souffla son frère, mais j'aime pas la vue du sang.

- Et?

- Et je sais pas si tu avais remarqué, mais… tu en es couvert.

- Raah! j'le savais! s'écria Fred avec des airs de martyrs.

- Quoi encore?

- Je vieilli!

- Tu m'excuseras mais je vois pas le rapport.

- Même plein de sang, on ne voyais que moi! Mon charme super puissant a disparu! Ça doit être les rides…

- Mon petit Fred, lui dit gentiment Ambre. On ne t'as jamais rien dit mais… nous avons toujours été insensibles à ton charme. C'est juste qu'on ne voulait pas te vexer.

- Je suis un homme brisé, se lamenta-t-il.

- Mais non. Juste un peu cabossé, rétorqua George.

- J'vous déteste.

- C'est ça. Pendant que tu nous détestes, je vais aller piller un peu et Ambre supportera patiemment tes jérémiades."

George s'esquiva rapidement sous le regard courroucé de son jumeau pendant qu'Ambre s'étouffait de rire.

Les pirates eurent vite fait de dépouiller navire et passagers. De l'or et des marchandises rares telles que les épices et les soieries furent trouvées, pour le plus grand bonheur des forbans, et particulièrement pour ceux qui s'étaient déguisés. En effet, il leur fallait bien une petite récompense pour être passés pour des imbéciles la majeure partie de la journée.

Le capitaine de l'Ecumeur alla voir ce que donnaient les prisonniers. Il les interrogea, avec certains moyens de persuasion qui les rendaient fort loquaces. Il eut ainsi droit à quelques nouvelles de l'Europe, dont il se foutait pas mal en fait, c'était juste pour être au courant. Quand il en eut fini avec les passagers, il passa au capitaine de la frégate, au second et au quartier-maître. Il fallut beaucoup plus de temps à Roberts pour obtenir des informations intéressantes.

Puis il fut temps de repartir écumer les mers. Pour rester en tradition avec les coutumes des pirates, le capitaine de la frégate eut les quatre membres tranchés et le navire brûlé. Ambre regarda les corps se consumer et se rétracter dans les flammes avec dégoût. Elle se retourna vers George.

"- Pourquoi se sent-il obligé de les mutiler comme ça alors qu'il brûle bateau après. Personne n'en saura rien…

- Je te rappelle que notre capitaine est jugé par tout son équipage. De retour dans un port, ses faits et gestes sont connus de toute la ville en moins d'une heure.

- Mais pourquoi?

- Pourquoi? Imagine si on disait à tous vents que Roberts perd la boule, qu'il ne supporte plus la vue du sang ou qu'il répugne à tuer. Ça fait mal pour un pirate, surtout si ce pirate est un capitaine hautement estimé.

- Je ne vois toujours pas ce que se réputation a à voir là-dedans. Il peut bien traîner son nom dans la boue s'il veut. Je vois pas en quoi…

- Si la rumeur circule qu'un capitaine est faible, ça pousse à la mutinerie. D'autres pirates pourraient bien se dire qu'ils pourraient aisément remplacer Roberts.

- Aaah, je commence à comprendre.

- Eh ben, il t'en a fallu du temps.

- Tu peux garder tes commentaires minables?"

Sur ces entrefaites, ils retombèrent dans le silence. Ils contemplèrent un moment le spectacle de la carcasse enflammée qui fut il n'y a pas si longtemps encore un noble vaisseau faisant la fierté de la marine anglaise. Amère, Ambre s'en détourna.

"- Je vais voir Fred."

George acquiesça et replongea le regard dans les flammes ardentes. La jeune fille traversa le pont et descendit les escaliers menant aux quartiers des marins. Elle trouva rapidement Fred à la lumière vacillante des lampes à huile accrochées au plafond bas. Elle gagna la couchette du blessé et s'assit à côté de lui.

"- Ca va?

- Ca pourrait aller mieux.

- Je m'en doute. Tu n'es toujours pas soigné, remarqua-t-elle après coup.

- Mouais, grogna-t-il. C'est Jean-Baptiste qui s'occupe généralement de recoudre les plaies mais cet abruti s'est fait blessé à l'épaule et à la main. Autant dire qu'il est inutilisable.

- Et quelqu'un le remplace?

- Korp cherche désespérément depuis tout à l'heure.

- Et personne ne se propose?

- D'une, c'est pas ragoûtant du tout de recoudre les plaies ou d'amputer mais encore faut-il savoir coudre.

- Je sais coudre, moi.

- Certainement, mais je ne suis pas sûr que tu ais les tripes…

- On peut toujours essayer non?

- Tu t'en sens vraiment capable? risqua Fred avec une mine plus que septique.

- Non mais…

- Si tu me dis que tu veux te changer les idées parce que tu as encore tué quelqu'un, je t'étripe.

- Ça va être dur, étant donné que tu viens de dire que je n'avais pas de tripes, répliqua-t-elle le visage fermé.

- Evite les plaisanteries de mauvais goût, s'il te plait.

- Et c'est toi qui dis ça? enchaîna Korp qui venait d'arriver silencieusement derrière eux.

- Gnagnagna, fit Fred en se renfrognant.

- Oh qu'il est susceptible! soupira Ambre.

- Alors comme ça tu te portes volontaires pour les blessés… c'est vrai que tu te débrouilles bien avec les voiles, mais la peau… c'est une toute autre paire de manches.

- On peut essayer. On a rien à perdre de toute façon.

- Si, mon bras, les coupa Fred. Je refuse catégoriquement."

Un quart d'heure plus tard, on avait posé devant Ambre tout le matériel nécessaire. Jean-Baptiste était debout derrière elle pour lui donner des conseils. Il était tout pâle mais ne râlait pas contre son sort, contrairement à Fred qui jurait comme c'était pas permis. Il gueulait à qui voulait l'entendre qu'il préférait encore qu'on lui coupe le bras plutôt que de se faire charcuter par une apprentie médecin. Korp, qui ne supportait plus ses gémissements décidé que ça allait être le premier à passer. En apprenant la nouvelle, Fred perdit le peu de couleur qui lui restait.

"- Allons, c'est pas si terrible, tenta de le rassurer George.

- Je voudrais bien t'y voir," gronda Fred, profondément énervé.

Ambre demanda plus de lumière et Korp s'empressa d'amener une lampe supplémentaire. Jean-Baptiste lui rappela une nouvelle fois comment elle devait opérer.

"- Je pourrais avoir du rhum? demanda Fred.

- Encore? s'étonna Ambre. Mais tu viens d'en prendre!"

Les pirates autour d'elle se mirent à rire.

"- Sache ma petite, répliqua Fred, qu'un pirate trouve toujours une bonne raison pour boire du rhum et que se faire recoudre par toi est une excellente raison. D'autant que sa diminue la douleur.

- Baliverne, dit-elle entre ses dents.

- Tut tut… tu ne diras plus ça quand tu seras devenue aussi alcoolique que nous.

- Rassure-toi, je ne deviendrais pas alcoolo.

- On parie?

- Tais-toi et prend ça, lui intima-t-elle en lui tendant un bout de bois.

- Si j'ai mal, je me vengerais.

- Tu auras tout le temps de penser à ta vengeance pendant que je ferais mumuse avec ton bras. Maintenant, tais-toi."

Fred obtempéra. Il plaça le bâton entre ses dents de sa main valide et tourna la tête pour ne pas voir ce qu'Ambre faisait à son pauvre bras. La jeune fille repoussa ses cheveux qui lui tombaient devant le nez, prit un chiffon humide et commença à nettoyer la blessure. Elle vit Fred serrer les mâchoires et froncer les sourcils. Une fois nettoyée, Ambre rapprocha les deux lèvres de la plaie et entreprit de les relier avec le fil. Elle attendait d'être sûre de son coup avant de percer d'un coup sec et de tirer le fil désormais rouge. Elle faisait des points serrés, le plus espacés possibles, mais suffisamment proches pour que son travail ne serve pas à rien.

Les muscles se crispaient à chaque morsure de l'aiguille et du sang continuait à s'écouler, masquant ce qu'elle était en train de faire. La sueur gouttait sur son front, imbibant ses mèches blanches, à cause de l'atmosphère surchauffée par le nombre de personnes accumulées.

Fred mordait son morceau de bois de toutes ses forces et retenait des cris de douleur, tandis que Ambre se retenait de s'excuser à chaque nouveau gémissement.

Jean-Baptiste l'encourageait en disant qu'elle faisait du bon boulot et débitant toutes les absurdités auxquelles on peut s'attendre à un moment pareil.

Comment lui dire qu'il m'empêche de me concentrer?

Vint enfin le moment du dernier point. Elle fit un nœud serré et trancha le fil.

"- Voilà."

Fred continuait à serrer son bâton. Elle le secoua un peu et il daigna ouvrir un œil.

"- C'est fini.

- Quoi? déjà?

- Bah oui, pourquoi?

- Ça m'a parut rapide, comparé aux dernières fois…

- C'est qu'elle doit faire moins mal, supposa Jean-Baptiste. Bien travaillé ma petite.

- Merci.

- Mais de rien. Maintenant, l'emplâtre.

- Hein? Quel emplâtre?

- Un truc à base de bananier. Ça aide à la guérison."

Jean-Baptiste lui expliqua rapidement comment faire, et pendant qu'Ambre préparait la mixture, il examina l'entaille que Fred arborait au visage.

"- Je ne crois pas qu'on ai besoin de te couturer. On nettoie, on te met ce truc visqueux et voilà."

Fred opina du chef.

Ambre arriva avec le mélange et une spatule. Elle en recouvrit la plaie à l'épaule, nettoya celle sur la pommette et la badigeonna avec le liquide vraiment peu appétissant. Elle reposa le bol, toute fière d'elle.

"- Bon, aux autres maintenant, lui dit Jean-Baptiste.

- Hein? Les autres? s'étonna-t-elle.

- Bah oui, les autres, fit Fred en ricanant. Tu ne pensais quand même pas t'en tirer avec un seul patient?"

Si.

Avec un soupir, Ambre se résigna à remplir sa nouvelle fonction. Elle remit dans la boîte tous les instruments et la prit sous le bras.

"- N'oublie pas la bouteille de rhum," s'écria le pirate vers qui elle se dirigeait.

Elle posa la boîte sur la couchette du forban et retourna chercher la bouteille de rhum que Fred avait déjà bien descendu. En voyant ce qui restait, elle jeta un regard chargé de reproches au coupable qui se contenta de lever les bras en signe d'impuissance avec un petit sourire, l'air de dire "qu'est-ce tu veux, on se refait pas…". Ambre poussa un nouveau soupir, mais d'exaspération cette fois, et s'en fut soigner les blessés.

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