Sara était déjà sur le trottoir en face de son appartement quand elle réalisa qu'elle avait oublié ses chaussures.
Elle leva les bras en signe de frustration. La pluie était torrentielle et ses cheveux étaient plaqués contre son visage et sa nuque. Elle fit volte-face pour retourner à l'intérieur, parce que quelque part au fond d'elle, elle savait qu'elle se montrait stupide. Derrière elle, un taxi se gara, ayant pris ses bras levés comme un appel.
Sara considéra cette option. Après tout, la stupidité était quelque chose de relatif. Ce n'était pas comme si elle avait tatoué un plan d'évasion sur ses fesses et s'était faite envoyée en prison. Comme un rappel, le bas de son dos se mit à vibrer.
Elle monta dans le taxi, non sans marcher dans une énorme flaque au creux de la chaussée. Ok, elle admettait qu'elle était stupide. Mais Michael n'était pas venu, et elle considérait que ça, c'était incroyablement stupide.
Le chauffeur jeta un coup d'œil à son haut trempé devenu transparent, à son jeans dégoulinant et à ses pieds nus. Puis, à son sac posé sur ses genoux. Il haussa les épaules et se retourna vers la route.
- Où je vous conduis?
- O'Hare.
Elle s'acheta des chaussures, parce que ça paraissait être la chose rationnelle à faire. Mais aussi parce qu'ils ne semblaient pas enclin à la laisser monter pieds nus dans l'avion.
Elle parvint à atteindre la porte d'embarquement au moment même où résonnait le dernier appel pour l'United 503. Elle s'assit lourdement à sa place, posa son sac sur ses genoux et laissa ses yeux se balader dans l'avion presque vide. Il était 2:03am. Génial.
- Le vol sera calme, ce soir, annonça une hôtesse en arrivant près d'elle. C'est votre premier voyage à Seattle?
- Oui, répondit Sara, distraite.
- Bien, j'espère que vous passerez un bon vol. Nous arriverons aux environs de six heures.
Sara acquiesça en attachant sa ceinture. Elle saisit le magazine de sécurité, tentant de ne pas penser qu'elle venait de traverser la ville pieds nus et d'acheter un billet d'avion à $400 pour voir…Michael?
Elle posa le magazine et observa les gens autour d'elle. La plupart dormait. Elle tenta de profiter du silence pour se calmer, mais ne fit que s'énerver d'avantage.
Un lapin. Elle s'était faite poser un lapin par un criminel. Elle s'était faite poser un lapin par l'homme censé être le plus fidèle et déterminé qu'elle ait jamais connu. Elle s'était faite poser un lapin…et elle aurait dû le voir venir. Oh, mais elle ne comptait pas prendre la responsabilité pour ça. Non. Elle l'avait attendu. Et ce, depuis le premier jour. Elle n'avait pas eu de rencart durant la chasse à l'homme, ni durant le procès, jamais. Elle avait refusé les propositions d'hommes tout à faire respectables (elle omit volontairement toute l'histoire avec Bellick). Elle avait mis sa vie de côté et attendu Michael.
Michael voulait l'entendre dire qu'elle le voulait? Qu'elle avait besoin de lui? Le moins qu'il puisse faire été au moins de venir l'écouter. Maintenant, elle comptait bien le forcer à entendre ce qu'elle avait à dire, elle avait déjà préparé tout un discours sur l'amour et l'honnêteté, alors il avait intérêt à se donner la peine de l'écouter…Et si il refusait?
Elle inspira profondément. S'il ne voulait pas l'écouter, elle se débrouillerait. Parce qu'elle le savait maintenant. S'il ne ressentait pas…Quoiqu'il doive ressentir pour vouloir être avec elle, si les choses qui les séparaient semblaient être devenues trop importantes pour lui: elle s'en remettrait. Bien sûr qu'elle le ferait. Certaines personnes perdaient bien un poumon et continuait à vivre. Elle pourrait s'en sortir, elle aussi.
C'est pour cela même qu'elle se sentait prête à tout lui dire. Parce que qu'importe ce qu'elle risquait de perdre, elle était maintenant sûre qu'elle ne se perdrait jamais elle-même. Peu importe à quel point un refus de sa part la ferait souffrir, elle survivrait.
Ce ne fut cependant pas des pensées heureuses qui hantaient Sara alors que l'avion approchait peu à peu de Seattle. Mais soudain, elle réalisa quelque chose. Elle réalisa qu'elle se trompait encore.
Elle continuait à se demander comment elle dirait à Michael qu'elle l'aimait et comment sa réponse influerait sur elle.
Mais et Michael dans tout ça? Qu'en était-il de l'homme qu'elle avait chassé et convaincu de ne jamais revenir? Est-ce que toutes ces fois où elle l'avait rejeté l'avaient blessé?
Y avait-elle songé ne serait-ce qu'une seule fois? Aurait-elle pris cet avion si elle savait que la réponse était non? Était-il possible d'être encore plus pathétique qu'elle? C'était le milieu de la nuit, elle était trempée, dans un avion qui la menait dans un endroit inconnu, à la recherche d'un homme….elle devait le reconnaître…Qu'elle ne connaissait pas réellement.
Elle inspira et songea qu'il valait mieux qu'elle se repose.
Vingt minutes plus tard, Sara abandonna l'idée de dormir. Chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle commençait à imaginer des dialogues. Les mots qu'elle devrait dire (ou, éventuellement, jeter à la figure de) Michael quand elle le verrait. Certaines conversations commençaient par « Je t'aime », beaucoup d'autre par « Comment as-tu osé? », mais aucune ne paraissait convenable. Elle redressa son siège pour être en position assise. Encore trois heures et elle arriverait. Elle chercha le magazine pour savoir quel film était diffusé.
« Nuit blanche à Seattle ».
Sara dut se retenir de ne pas envoyer le bouquin valser à l'autre bout de l'avion.
Quelqu'un avait un sens de l'humour vraiment étrange.
Elle fronça les sourcils en regardant le taxi devant elle. Ses nouvelles chaussures lui faisaient mal, et le lever du soleil confirmait qu'elle venait bel et bien de passer une seconde nuit blanche. Et où était la pluie? Elle avait imaginé déballer tout son speach à Michael sous la pluie, alors où était cette satanée pluie?
Le chauffeur de taxi ouvrit la fenêtre du côté passager et se pencha vers elle.
- La portière ne va pas s'ouvrir toute seule, princesse.
Sa main était figée sur la pognée.
- C'est pour aller où?, demanda le chauffeur à travers la fenêtre.
Elle lâcha la poignée et laissa retomber sa main.
- Je n'en ai strictement aucune idée.
Apparemment, les taxis de Seattle n'étaient pas très patient parce qu'il s'éloigna immédiatement pour embarquer un autre client. Lincoln, pensa-t-elle en regardant le taxi partir. Lincoln devait savoir. Elle fit demi-tour et retourna dans l'aéroport.
Il décrocha à la troisième sonnerie et Sara ne lui laissa pas le temps de répondre.
- Toi, espèce de sale fils de…Tu es venu à la clinique, m'a fait croire qu'il allait venir, mais il ne l'a pas fait et tu le savais! Tu le savais forcément! Tu sais toujours tout! Tu fais juste semblant d'être idiot pour que les gens te foutent la paix et je peux te dire que…
- Sara?
- LJ?
Elle connaissait sa voix pour avoir passer une grande partie de son temps avec son père et lui ces six derniers mois.
- J'aurais besoin de l'adresse de Michael.
- Tu avais éteint ton téléphone? Papa n'a pas arrêté de t'appeler la nuit dernière…
- Je…Je ne l'avais pas sur moi.
- Ah bah bravo. T'es où?
- Je peux parler à ton père?
- Il n'est pas là.
- Depuis quand ton père se trouve autre part que dans son lit à sept heures le matin? A vrai dire…Pourquoi tu n'es pas au lit, toi?
- Parce que le téléphone sonnait?
- Ta voix n'a rien de celle de quelqu'un qui vient de se réveiller.
- Parce que ce n'est pas le cas. Papa a passé la nuit à la recherche de ton « cadavre troué d'aiguille ». Il m'a chargé de rester à la maison au cas où t'appellerais.
- Je ne comprends pas.
- Moi non plus. Apparemment, il devait se passer quelque chose d'important hier soir, non? Papa a passé la journée à fixer le téléphone et sa montre toutes les deux secondes…Il n'a pas arrêter d'appeler Michael, mais il ne répondait pas non plus. A minuit, il était en train de péter un plomb quand on a toqué à la porte. C'était oncle Michael, complètement saoul. Papa a dit qu'il t'avait posé un lapin? Ce qui a été une erreur, moi je t'aurais jamais laissé tombé. Lâche le et épouse moi.
- Pas de doute, t'es bien le fils de ton père. Mais…Michael est là?
- Hum hum, il est étalé dans le lit de papa.
- Parce qu'il est saoul?
- Pour ça…Et parce que papa l'a frappé. Pour avoir fait le con, tu sais.
- Je ne…LJ, ça n'a aucun sens. Pourquoi Michael est à Chicago?
- Parce qu'il vit ici?
- Depuis quand?
- Un mois.
Sara se figea. Michael n'était jamais reparti de Chicago après l'avoir menacée de ne jamais revenir.
- Je croyais qu'il était censé rester à Seattle.
- Oui, mais il a fini son travail plus tôt.
Elle posa le téléphone contre sa poitrine et regarda autour d'elle. Ok, là ça craignait vraiment.
Ça faisait un mois qu'il était à Chicago, mais il n'était pas venu la voir? Elle faillit s'énerver, mais n'en n'eut pas la force. Qu'est ce que ça voulait dire? Que c'était de sa faute? Si elle ne l'avait pas chassé y a un mois, ils seraient tranquillement en train de faire la grasse matinée dans les bras l'un de l'autre. Elle lui avait demandé de partir, et maintenant elle osait se demander pourquoi il n'était plus là.
- Sara? Papa était vraiment inquiet que tu ne répondes pas au téléphone. Alors…Dis-moi où tu es que je le prévienne et qu'il vienne te chercher.
- Seattle.
- Rassure-moi, c'est le nom d'une rue?
Elle ne répondit pas et il se mit à rire.
- Et dire que c'est moi qui dois aller voir un psy deux fois par semaine. Tu vas être capable de rentrer? Enfin je veux dire, si tu ne comptes pas faire quelque chose de stupide…
- Je suis à Seattle, j'ai déjà fait quelque chose de stupide.
- Tu vas revenir?
- Oui. Et ton oncle a intérêt à être sobre quand j'arriverai.
- Tu pourrais me ramener une de ces plaques de chocolat aux grains de café?
- Quoi?
- Tu sais, ceux qu'ils vendent dans le bar sur la….Septième? Oncle Michael m'en ramène toujours.
- Non, LJ. Je rentre tout de suite.
- Mais ils n'en vendent que là haut et j'en veux!
- Quel âge t'as?
- Je dirai à Papa que tu m'as insulté quand j'ai décroché le téléphone, menaça-t-il, boudeur.
- Il est beaucoup plus vulgaire que moi, et tu n'as plus cinq ans.
- Mais Sara….
Elle raccrocha.
- Voilà!, dit-elle en collant la plaque de chocolat contre la poitrine de LJ avant de rentrer sans en attendre la permission.
Il était presque six heures du soir et il ne portait toujours qu'un boxer et un Tee-Shirt. Il sourit et déballa le papier.
- Merci!
Elle avança dans le salon, les yeux sans cesse en mouvement.
- Michael? Où est-il?
LJ fourra un gros bout de chocolat dans sa bouche avant de lui répondre.
- O'Hare.
- Qu'est ce qu'il fait là bas?
- Duh, grimaça-t-il.
- LJ, si tu ne me réponds pas sur le champ je dirai à ton père où tu cache tes joints.
- Et comment t'es censé le savoir?
- Parce que je les y aurai mis.
- Ok, ok. Il est allé au O'Hare te chercher.
- J'ai atterri à Midway.
- Apparemment.
Elle se planta devant le sofa, ferma les yeux un moment et s'y laissa finalement tomber, évitant de justesse le saladier plein de Pop-Corns qui s'y trouvait.
LJ vint s'asseoir à côté d'elle, les lèvres pincées à la recherche de quelque chose à dire. Certes les choses l'avaient forcé à être plus mature qu'un ado de son age, mais rien ne l'avait préparé à devoir jongler avec les émotions d'une femme.
- Ca va aller?
- Je suis épuisée. Je n'ai pas dormi durant les dernières quarante-huit heures et j'ai besoin…Je n'ai aucune idée de ce dont j'ai besoin.
Elle observa ses doigts s'entrelacer sur son ventre.
- Je veux juste voir Michael …et…trouver une solution quelle qu'elle soit.
- Wow. Est ce que tu viens de te confier? Je suis censé te demander ce que tu ressens ou un truc du genre?
Sara sourit et frappa son épaule.
- La ferme.
- Papa va péter un plomb s'il découvre qu'il t'a attendu là bas alors que tu étais ici. Michael aussi.
- Il y est vraiment allé pour me voir?
- Dés qu'il s'est réveillé…Et a arrêté de vomir.
- Je n'avais jamais…Je n'aurais jamais cru que Michael était du genre à boire.
- Il ne le fait jamais. Enfin…mis à part la nuit dernière. Papa a dit qu'il était censé te voir ou quelque chose comme ça?
- Et j'ai tout gâché.
- Un type accusé de meurtre m'a dit un jour que le fait qu'on saigne ne veut pas dire qu'on va mourir. Je crois que ça veut dire qu'il y a toujours une solution. Regarde papa, il serait mort si on n'avait pas eu le courage et la force de tout faire pour changer les choses.
- Dire que j'en suis réduit à écouter à un gamin de seize ans me parler de la vie…
- Hey, je te signale que c'est toi qu'on doit surveiller pour pas que tu fasses de bêtises!
- Bravo, tu viens de ruiner des mois de thérapie pour reprendre confiance en moi.
Elle soupira et releva ses manches pour lui montrer qu'il n'y avait rien.
- Je peux vérifier entre tes orteils?
Elle haussa un sourcil.
- Sur les cuisses?
Son second sourcil rejoint le premier.
- Tu n'es rien de plus qu'une version réduite de ton père.
Sara ferma les yeux, mais ne fut pas sûre que ça lui serait d'une grande aide. L'odeur du lit était réconfortant, il sentait Lincoln. Mais au delà de ça, elle ne pouvait ignorer un reste de la chaleur et de l'odeur de Michael. Elle connaissait cette flagrance, elle la portait sur elle. Elle avait imprégné ses draps tout comme elle l'avait fait avec ceux de Lincoln.
La fatigue l'avait convaincue de s'allonger un peu en attendant le retour de Michael. Elle commençait à peine à s'endormir quand elle sentit le matelas s'affaisser près d'elle.
- J'arrive finalement à te mettre dans mon lit…et c'est mon frère que tu attends.
Elle se redressa et passa une main dans ses cheveux.
- Où est-il?
- Dehors.
Elle jeta un coup d'œil par la fenêtre, la pluie était toujours torrentielle. Elle acquiesça et se leva, ne prenant pas la peine de mettre ses chaussures où de refermer le bouton de son pantalon. Elle ne voulait qu'une chose, être avec Michael.
- Sara?
Elle se tourna vers son grand frère.
- Si j'avais su qu'il ne comptait pas venir hier soir…Je lui aurais botté les fesses sur le champ. Pour son bien, autant que pour le tien.
Elle acquiesça de nouveau et lui sourit légèrement. Avant de sortir, elle s'avança vers lui se mit sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue.
- Merci.
A suivre…
