Reply anonymes :
MySweetDream : C'est toi qui me donne de la motivation, et je t'en remercie! Juste parce que j'aime voir de l'enthousiasme comme ça :) j'espère que la suite te plaira!
Ayu : Merci à toi! Fidèle au poste! Bonne lecture :D
Auteur : Crazyitachi-la-malade-de-Shaka~
Un grand merci à vous MySweetDream, Ayu, Darkmoonlady, N'Evoli, Rinkachirikitateku, Nao Amatsuki Blak et surtout toi Walloo, vos reviews sont les seules raisons pour laquelle je continuerai d'écrire cette fic.
Bonne lecture!
Luka
Chapitre 10
Demons
(de Imagine Dragons)
Durant le trajet en voiture qui les menèrent jusqu'au manoir, le silence était oppressant. Aizen envoyait des messages et des mails à la douzaine depuis son BlackBerry pour ordonner Dieu seul savait quoi. Il était pourtant parfaitement calme et Ichigo se demandait sincèrement s'il n'avait pas rêvé les instants où il avait vu son père si inquiet. Le masque que portait Sôsuke était cruellement efficace, songea-t-il sombrement.
Grimmjow était l'exemple même du guerrier prêt à en découdre : sur la défensive et trépignant. Il n'aimait pas beaucoup la police et n'avait pas manqué de manifester son opinion depuis qu'Ichigo était petit. Ce que l'enfant avait eu du mal à comprendre. En grandissant il avait découvert que la police venait souvent chez Grimmjow quand il vivait encore avec son père et que malgré les preuves évidentes, elle n'avait jamais rien fait pour le sauver d'un homme violent. Tout ça parce que l'homme en question était ex-flic.
Ichigo avait compris d'où pouvait venir la haine profonde de son garde du corps pour les formes d'autorité. Surtout qu'il avait cru saisir un nom qui revenait souvent : Kisuke Urahara. Le Capitaine de police semblait-il. En pianotant sur son smartphone il avait vite découvert que l'homme n'était pas une petite pointure et qu'il avait grandement participé à faire tomber le mafieux qu'avait été son grand-père…
« Berry, tu fais quoi ? »
Le jeune homme leva les yeux. Grimmjow entamait la conversation ?
« J'essayais de me détendre un peu en regardant les nouveaux films sortis… »
Le garde du corps acquiesça et, pensant sans doute que se changer les idées ne serait pas stupide, il renchérit :
« J'aimerais bien qu'on aille au ciné un de ces quatre. Y'a quoi à voir ? »
Ichigo esquissa un sourire. Cela faisait depuis longtemps que lui et Grimmjow ne s'étaient pas offert un peu de temps ensemble en effet. Depuis son retour le plus âgé disait toujours qu'il avait trop de travail et quand il n'en avait plus c'était Ichigo qui en avait.
« Hé bien dans la série blockbusters sympa il pourrait y avoir Edge of Tomorrow, The Amazing Spider-man… ou X-men tiens. »
Le fauve haussa tendit l'oreille.
« J'aime bien X-men.
-Parce que y'a Wolverine et que c'est le seul personnage que tu aimes, Grimm.
-Ouais bah c'est l'meilleur.
-Même pas.
-Ah ouais ? »
Aizen leva un sourcil en écoutant son subalterne et son fils se disputer gaiement. Sans s'en rendre compte, cela l'avait détendu et il posa enfin son BlackBerry. Les deux hommes s'attendaient à prendre un regard froid, celui qui vous signifie que vos conversations sont triviales, mais contre toute attente, Sôsuke déclara sérieusement :
« Je pense que c'est Charles Xavier le plus puissant. »
Grimmjow ouvrit des yeux énormes, laissé comme deux ronds de flan. Ichigo ne put s'empêcher d'échapper un rire et ajouta :
« Pourquoi ça m'étonne pas ? Hein, Grimm ? ajouta Ichigo moqueur. Grosse brute sans rien dans le crâne !
-T'as un problème, Berry ? T'veux t'battre pour régler ça ?
-Même avec une béquille je te prends quand tu veux ! »
Le plus âgé fit bonne figure mais l'expression le laissa quand même gêné un court instant. En arrivait-il au stade où il voyait des signes partout ?
Ils continuèrent ensuite à parler sur des sujets plus légers mais cela fut de courte durée. Une fois devant le manoir, la réalité se rappela à eux et Ichigo se demanda un instant si son père allait vouloir l'empêcher d'entrer à cause du corps qui devait se trouver dans la maison…
Le chef de famille entra d'un pas assuré chez lui, sachant pertinemment à quoi s'attendre. Il avait dit à Hinamori de ne rien toucher. Ils auraient pu se débarrasser du cadavre sans soucis mais d'après l'indicateur de Gin, il était très possible que la présence de l'inconnu au sac de drogue ait été télescopée. D'une manière extrêmement grossière certes.
Il valait mieux jouer l'innocence.
« Momo ? »
Aizen était dans le hall d'entrée, Grimmjow et son fils derrière.
Ichigo n'avait pas encore vu où avait eu lieu l'accident mais quand Grimmjow s'écarta d'eux, il sut que c'était pour voir le corps. Le jeune homme suivit sans réfléchir vraiment et ne put s'empêcher de se sentir mal en voyant, allongé, le cadavre avec une balle dans la tête. Il n'aurait su dire ce qu'il ressentait à ce moment-là. Tout ce qu'il vit fut l'image de lui enfant, se prenant une balle dans la tempe. Encore.
Le garde du corps regardait la scène de crime avec un regard désabusé. Son côté professionnel cependant lui signifiait que la légitime défense ne serait absolument pas délicate à faire avaler. Il allait s'adresser à Sôsuke quand il avisa Ichigo, raide comme la justice, figé devant la scène. Il eut un pincement au cœur. Comment pouvait-il, comment devait-il réagir ?
« Berry ? »
Le jeune homme ne réagit pas.
« Hey, Berry… »
Grimmjow s'approcha de son protégé et, sans demander quoique que ce soit, le prit dans ses bras et posa une main dans les mèches orange, les frottant avec une douceur maladroite.
« Berry, tu t'souviens de ce que je t'ai dit le premier jour où on s'est rencontré ? »
Ichigo fit non de la tête.
« C'quoi pour toi, « être en sécurité » ? »
Le plus jeune soupira et se dégagea un court instant pour regarder le héros de son enfance.
« C'est être dans tes bras. »
Le fauve se força à sourire et, rasséréné, Ichigo s'écarta en gardant simplement la main de son interlocuteur dans la sienne. Ils observèrent ensuite où en était Aizen avec Hinamori. La domestique était toute tremblante dans un coin, du sang couvrait son visage de petites étoiles écarlates.
« Tu t'en es très bien tirée, Momo, murmurait Aizen, c'est très bien. »
Ichigo tressaillit en entendant cette voix. C'était la voix la plus manipulatrice que son père pouvait utiliser. Elle débordait d'hypocrisie. C'était la voix du Aizen qui prend le déguisement de l'homme modèle, gentleman, doux et compréhensif. Celui qui allait à ses réunions de parents d'élèves et qu'Ichigo avait toujours dénigré.
« Je… Je suis désolée, Monsieur Aizen, je suis…
-Non, Momo, c'est très bien. Tout va bien… »
Grimmjow sentit quand Ichigo se crispa. Il pouvait comprendre pourquoi. Voir son père sous ce jour ne devait pas être agréable.
« Aizen, j'appelle la poli… »
Le garde du corps aurait fini sa phrase si les sirènes n'avaient pas retenties en même temps dans la rue. Il jeta un coup d'œil agacé à la porte d'entrée grande ouverte. Au moins ils pourraient faire croire qu'ils venaient tout juste de rentrer.
En entendant la police à l'extérieur, Sôsuke ne put retenir son regard affolé vers son fils. Urahara ne devait surtout pas voir Ichigo. Tout était une manigance !
« Ichigo, viens près de moi. »
Le jeune homme ne se fit pas prier. Il n'était pas à l'aise et il avait bien besoin de la présence de son père. Sôsuke, lui, avait vite réagi. S'il ne pouvait mettre son fils à l'abri, il montrerait à ce capitaine agaçant qu'on ne touchait pas à sa famille.
« Police ! »
Le déferlement ne tarda absolument pas. Bientôt, une dizaine de policiers était dans le hall d'entrée à boucler la scène de crime.
« Monsieur Aizen, c'est un plaisir de vous revoir !~ »
Ichigo dressa l'oreille, alerte. Son père haussa un sourcil.
« Il est fort dommage que je ne puisse retourner ce sentiment, Capitaine, répondit-il avec un sourire avant d'ajouter, avec un air ingénu. Je ne sais pas encore très bien ce qui s'est passé mais Hinamori pourra tout vous dire.
-Hinamori ?
-La pauvre femme était là quand cet homme est entré. J'ai bien peur qu'elle ne soit en état de choc. J'étais en train de lui demander de m'expliquer quand vous êtes arrivés.
-Je vois. »
Urahara darda un regard rapide sur le jeune homme aux côtés d'Aizen.
« Je ne me suis pas présenté, jeune homme. Je suis le Capitaine de Police Kisuke Urahara, croyez bien que je vais tout faire pour comprendre ce qui s'est passé.
-Je suis Ichigo Aizen et je… merci. »
Ils se serrèrent la main poliment, le capitaine avisa les blessures.
« Une vilaine bagarre ? »
Ichigo se renfrogna.
« Oui, mais rien de grave heureusement, intervint Aizen. Ces voyous ne sont pas prêts d'y revenir.
-Je n'en doute pas, Monsieur Aizen, je n'en doute pas… »
Après quelques mots échangés avec son subalterne, le policier envoya son second récupérer la déposition d'Hinamori. Il jeta un coup d'œil à la scène de crime tandis que les trois autres habitants du manoir allaient s'asseoir.
Sur son siège, Grimmjow trépignait. Il avait horreur qu'on s'infiltre dans son espace vital, son territoire. Et c'était pire encore si c'était des flics du calibre de ce foutu capitaine de police.
« On ne pourra pas dormir ici, non ? demanda finalement Ichigo.
-Non, ils vont prendre nos dépositions et on quittera le manoir pour quelques jours je pense. »
Le père et le fils étaient côte à côte sur le canapé. Aizen élaborait déjà toutes sortes de stratégies pour qu'Ichigo soit plus à l'abri dans le futur, Grimmjow ruminait sa haine des flics dans son coin tandis que dans la tête d'Ichigo tournait en boucle la scène de lui enfant se prenant une balle dans la tête.
Il était tellement absorbé dans ses pensées qu'il ne réalisa pas de suite qu'un autre policier était arrivé. C'était une grande femme à la peau brune et aux longs cheveux violets, ses grands yeux jaunes brillaient d'une intelligence farouche.
« Yoruichi Shihoin, lança-t-elle, je vais prendre votre déposition, Monsieur Aizen. Si vous voulez bien me suivre. »
Ichigo ne reconnut pas la femme mais s'inquiéta brièvement de voir son père partir. Ce dernier le rassura d'un regard et d'un autre, intima à Grimmjow de ne pas lâcher son fils d'une semelle. Le garde du corps se déplaça auprès du jeune homme alors que le chef de famille s'écartait.
Une fois tous les deux, Ichigo se concentra plus sur son environnement. Il y avait deux policiers avec Hinamori, deux autres avec son père et le plus gros des effectifs se concentrait autour du corps. Des bandes de plastique jaunes avaient déjà été déroulées pour isoler la portion du hall. De sa maison.
« Pourquoi Papa ne peut pas faire sa déposition avec nous à côté ? demanda soudain Ichigo méfiant.
-Parce que ces connards sont sûrs qu'il est responsable et espèrent l'emmerder. Au moins ils ont la décence de pas l'faire devant toi. »
Le jeune homme fronça les sourcils et reporta son attention autour de lui. Les policiers étaient sûrs que son père était capable de meurtre ? Avaient-ils de solides raisons de le croire… ?
Un autre policier, inconnu, vint vers eux et leur demanda leur déposition. Ichigo laissa Grimmjow parler. Ce dernier évita de parler de l'intervention de Gin à Aizen Corp. Et cela l'étonna. Pourquoi mentir sur quelque chose de si anodins ? Quand on lui demanda de faire sa déposition également, il déclara simplement que c'était pareil que son voisin. Le policier les quitta ensuite pour être bientôt remplacé par Kisuke Urahara.
« Je suis désolé pour le remue-ménage, s'exprima tout à coup Urahara. En pleine nuit surtout… »
Ichigo prit enfin le temps d'observer le capitaine de police. Les articles qu'il avait lus un peu plus tôt dans la soirée n'étaient pas dans le faux. L'homme en face de lui avait un certain charisme. Quelque chose de magnétique, à la fois sombre et curieusement attirant. Son sourire jurait avec l'expression de ses yeux à demi-cachés par ses cheveux blonds cendrés.
« Genre vous en avez que'que chose à foutre, grogna Grimmjow. Ça vous amuse trop de mettre le bordel chez Aizen et surtout, d'avoir l'occasion d'jeter un coup d'œil dans son antre. »
Le plus jeune tiqua. Donc la police cherchait à s'immiscer dans les affaires de son père depuis longtemps. Voilà qui permettait de déduire que son père n'était sûrement pas tout blanc.
« Monsieur Jaggerjaaaack, chantonna Urahara, vous exagérez un peu le sens de nos actions !
-Ah ouais ?
-Grimm, soupira Ichigo amusé pour couper court à la tension naissante, je sais que tu es fatigué mais évitons la bagarre hein ? »
Le garde du corps haussa un sourcil devant l'expression terriblement 'aizenesque' du jeune homme. Il demeura silencieux un court instant, comme pour le jauger, et finalement détourna la tête en jurant.
« J'espère que vous trouverez vite pourquoi il s'est passé ça, reprit Ichigo poliment à l'adresse du Capitaine. C'est… assez horrible de se dire que quelqu'un est mort dans sa maison. »
Kisuke ne répondit pas de suite, guettant dans les yeux du plus jeune un indice qui lui indiquerait s'il était de la même trempe que son père.
« Il ne faut pas trop vous en faire, l'homme était vraisemblablement un récidiviste, dealer et agresseur, au moins. Pas une réelle perte. »
Le ton était presque enjoué mais Kisuke cherchait à savoir où était la morale de son vis-à-vis.
« Cela n'en est pas moins tragique, rétorqua Ichigo sèchement. Une personne est morte, Hinamori est traumatisée et vous accusez mon père qui est innocent… »
Jaggerjack dressa l'oreille, prêt à intervenir. Le capitaine de police afficha un sourire amusé.
« Innocent n'est pas le premier mot que j'utiliserais pour décrire votre père.
-Fais gaffe à c'que tu dis, l'flic ! s'interposa Grimmjow.
-Sinon quoi, Jaggerjack ? Vous ferez comme feu son père ? Vous me ferez muter à l'autre bout du monde dans le meilleur des cas ? »
Kisuke Urahara jouait avec le feu, Ichigo le voyait, mais cela sembla l'amuser. Il avait l'air d'être dans son élément.
« Toujours à attaquer sur son père, c'trop facile ! lâcha Grimmjow avec dégoût. C'est vot' bouc émissaire parce que le vieux était un mafieux.
-Monsieur Aizen Senior n'était pas un mafieux, mais le mafieux. »
Le jeune homme observait attentivement l'échange. Grimmjow s'était redressé face à l'homme, les poings crispés, il était prêt à frapper à tout moment. Dire du mal du vieux Aizen ne le dérangeait pas, mais en face d'Ichigo, c'était cruel !
« Et vous n'êtes pas sans savoir, mon cher Jaggerjack, que la pomme ne tombe jamais très loin de l'arbre. »
Ichigo pâlit à l'insinuation. Grimmjow était déjà sur le point de frapper mais le plus jeune lui prit la main pour l'arrêter.
« Grimm, je sais qui est mon père. Je sais qui tu es. Je n'ai que faire de ce qu'ils peuvent insinuer. »
Le fauve se calma soudain et se rassit près de son protégé. Il jeta un dernier regard furibond au policier qui leva les mains en signe de paix.
« Je reconnais que c'était déplacé de ma part, Monsieur Ichigo~ »
Le concerné haussa un sourcil.
« Je vous présente mes excuses. Votre père ne devrait plus tarder maintenant. Vous allez pouvoir vous reposer, hélas pas ici. Nous vous recontacterons quand vous pourrez revenir. En attendant, ne partez pas trop loin. »
Le capitaine était déjà parti. Les deux hommes ne prononcèrent pas un mot, assimilant encore ce qui venait de se passer. Ichigo n'était pas dupe et la petite intervention d'Urahara lui était directement destinée. Il était venu parler juste pour le jauger lui, pas Grimmjow. Et il finissait par se demander si cela avait finalement un rapport avec son père.
« Berry, merci. »
Le plus jeune leva la tête.
« Bah pourquoi ?
-Si tu m'avais pas ret'nu, j'lui aurais explosé la tête, grogna-t-il. Et j'ai pas envie de tester les nouvelles prisons. »
Ichigo admit un sourire bienveillant et donna une tape sur l'épaule du plus âgé.
« Tu vois que je suis capable de prendre des responsabilités ! lança-t-il joueur, avant d'ajouter sur un ton plus bas, je sais dompter les fauves ! »
Grimmjow afficha un sourire carnassier.
« Ah ouais ? T'crois que tu peux me dominer comme ça ?
-Je ne crois pas, grosse brute. J'en suis sûr ! »
L'air faussement supérieur du plus jeune eut le mérite de détendre l'atmosphère tandis que le garde du corps peinait à garder une interprétation premier degré de leur échange.
« Allons-y, trancha soudain la voix d'Aizen enfin de retour. Hinamori va devoir rester avec eux.
-Tu as appelé un avocat ?
-Starrk s'en charge.
-Bien.
-Et préviens Nnoitra, ajouta Sôsuke gravement. Vite. »
Grimmjow acquiesça mais il l'avait déjà fait. Il avait envoyé un sms codé à Nnoitra pour lui dire de redoubler de prudence mais surtout ne pas arrêter. Car arrêter les meurtres maintenant serait prouver qu'ils étaient responsables. Continuer n'était pas moins dangereux.
Alors qu'ils quittaient le manoir, Ichigo ne savait plus quoi penser. Entre ce qu'il avait entendu et ce que le policier avait laissé entendre… Son père était-il vraiment responsable de meurtre ? Est-ce qu'il était un mafieux qui faisait semblant d'être passé du bon côté ? Plus que jamais, il avait besoin que Sôsuke lui parle et lui dise la vérité.
xOxOx
A l'hôtel, un de grand luxe, Ichigo n'en était même pas étonné, l'ambiance était toujours tendue entre les trois hommes. Ils avaient pris une suite et, se doutant que son fils serait sans doute inquiet, Sôsuke avait préféré prendre une autre chambre à deux lits pour qu'il reste avec Grimmjow.
Quand il les avait vus s'enlacer dans le manoir, il avait compris que les deux hommes, malgré leurs différends momentanés, étaient toujours extrêmement proches.
Pendant une bonne partie de la nuit, il était maintenant minuit passé, Sôsuke avait discuté avec Grimmjow, et Gin en visioconférence, des évènements du soir. Ce qui arrivait était le tapis rouge pour les médias peu scrupuleux de la vérité ou friands de scoops faciles.
Après avoir été libéré, Grimmjow rejoignit directement la suite qu'il partageait avec son protégé. Il s'était attendu à le voir dormir ou à regarder la télé, pas à le voir travailler penché sur un livre d'économie.
« Berry, l'est presque une heure du mat' et demain…
-Je n'irai pas en cours. Je n'arriverai pas à me concentrer avec ma jambe et puis ce ne sont que des maths, de l'anglais ou de la physique. Je suis fort dans les deux premiers, le troisième m'indiffère. »
Grimmjow haussa un sourcil devant tant de froideur.
« T'fais un concours avec ton père ?
-Il va dormir ?
-Non, travailler un peu encore aussi j'suppose. Vous êtes dingues. »
Sur ces mots le fauve se laissa tomber comme une masse sur le lit. Il se demandait bien comment Ichigo faisait pour tenir avec les blessures qu'il avait eu plus tôt dans la journée. Avec tous les médicaments qu'il avait dans le sang il restait éveillé. Et malgré ses mains qui devaient tout de même le lanciner vu la violence des coups, il continuait d'écrire…
« Je vais le voir, lâcha Ichigo déterminé.
-Le voir ? »
Grimmjow espérait que ça soit une simple conversation du genre « j'ai eu peur, maintenant tout va bien », mais en observant la gestuelle du plus jeune…
« J'te dirais bien que c'est pas une bonne idée, qu'il est énervé mais t'en aurais rien à battre. Donc bonne chance et reviens vivant s'il te plaît. »
La remarque arracha un sourire amusé au jeune homme avant qu'il ne quitte la chambre.
xOxOx
Aizen regardait silencieusement la photo d'Ichigo enfant sur son BlackBerry. Le jour de la sortie au parc où le petit garçon avait trouvé une peluche et où il lui avait tenu tête rageusement. Cela le fit sourire. Il se sentait apaisé quand il regardait ce visage rond et lumineux à la tignasse orange.
« Papa ? »
L'homme leva la tête. Il invita son fils à s'asseoir sur un fauteuil. Ce dernier s'exécuta avec une grimace douloureuse, sa jambe tirait de plus en plus, il était temps qu'il la repose.
« Qu'y a-t-il, Ichigo ? »
Le plus jeune prit un air contrit et soupira avant de déclarer d'une traite :
« Avec les évènements de ce soir, Papa, je ne peux plus rester ignorant. Tu dois me parler de ce qui se passe. Il n'y a plus de 'je veux te protéger' qui tienne, tu dois me dire. »
Le premier pavé était dans la mare et la réaction de Sôsuke ne se fit pas prier. Il se raidit et son visage se ferma complètement.
« Rien ne m'y oblige.
-Si, Papa. Je ne fais pas une crise d'adolescence là. Les flics ont débarqué chez nous parce qu'il y a eu un meurtre. Et les mêmes flics ont laissé entendre qu'il y avait de forte chance que tu sois mêlé à ça. Et aussi à d'autres biens plus anciens. »
Ichigo soupira.
« Même si je ne peux les croire, il y a beaucoup de coïncidences, ils ne balanceraient pas des trucs pareils sans qu'il y ait quelque chose d'assez suspicieux pour leur faire croire ! Je ne demande que la vérité, Papa. S'il te plaît. Si tu as un peu de respect pour moi, si tu veux vraiment me protéger, tu dois me dire de quoi je dois me méfier. »
Aizen demeurait silencieux.
« Rien que ce soir, imagine si on m'avait demandé ma déposition à part ? J'aurais répondu bêtement la vérité et quoi ? Ça aurait corroboré leur hypothèse ? Imagine le problème, je… J'aurais été mortifié d'avoir commis une réelle erreur en disant juste la vérité. Et toi ? Pourquoi avoir menti ? Que doit-on cacher ? Je suis perdu. »
Le jeune homme n'ajouta rien pendant un moment, jaugeant la réaction de son père. Il s'attendait à un rejet. Sôsuke était presque aussi borné que lui.
« Non, Ichigo, je ne dois rien te dire. La situation est assez tendue comme ça pour que tu ne viennes pas ajouter ton grain de sel. »
Le ton était si condescendant qu'Ichigo n'en crut pas ses oreilles. Son grain de sel ?
« Tu te fous de moi ? »
Même Sôsuke haussa un sourcil. Personne au monde ne lui avait jamais parlé ainsi.
« Ouais, j'ai demandé si tu te foutais de moi, Papa. »
Ichigo avait décidé de laisser tomber la diplomatie. Visiblement, ça ne menait à rien avec son père.
« J'ai été agressé, j'ai failli me faire tuer et je mets mon grain de sel ? Un flic débarque à la maison, un flic intègre et super réputé, il laisse croire que t'es un connard de mafieux qui fait exécuter des gens et j'dois la fermer et surtout pas m'inquiéter ?! »
Le ton était encore maîtrisé mais la colère tremblait déjà.
« Qu'est-ce que je dois penser devant tant de secrets ? Qu'est-ce que je dois déduire lorsque tu mens pendant la déposition ? Quand Grimm et toi dites qu'on venait de découvrir le cadavre alors qu'on savait déjà en partant ce qu'on trouverait ? Je dois penser quoi quand tu manipules Momo d'une manière aussi grossière juste sous mes yeux ?! Je dois la fermer et faire comme elle ? Je dois pleurnicher en appelant des 'Monsieur Aizen' à la pelle ? Papa ! »
Sôsuke était réellement étonné d'un tel débordement et ne savait que répondre pour le moment.
« J'sais que t'es pas un monstre insensible qui a un putain de bloc de glace à la place du cœur. Je sais que tu es mon père et que tu serais prêt à tuer des gens pour moi ! Alors dis-moi ! Ces meurtres dont ils parlent tous, c'est pour moi ? C'est pour toi ? C'est pour ta société ?! Et quand tu me demandes de la fermer, quand tu me traites comme un gosse, je déduis quoi ?! Bah je déduis qu'ils ont raison ces flics. Parce que faire des secrets c'est la porte ouverte à la discorde ! Parce que tu ne veux rien me dire je vais déduire que c'est illégal, je vais imaginer le pire ! Et le pire serait d'apprendre que mon papa, celui qui m'a sauvé des foyers d'accueil, qui m'a élevé comme un parfait gentleman, qui m'a offert tout ce dont un enfant peut rêver, qui m'a même offert un peu de liberté quand j'en avais besoin, le pire serait d'imaginer que tout n'était qu'un mensonge. Et ça serait con ! Tellement con, parce que ce qui se passe aujourd'hui n'a rien à voir avec le passé, ce que tu as fait pour moi ou l'amour que tu m'as donné ! Mais tes conneries et ton silence aujourd'hui me font jusqu'à douter de ce dont j'étais sûr jusqu'à présent ! »
L'air étonné d'Aizen encouragea Ichigo.
« J'étais sûr que sur Terre j'étais la seule personne à qui tu dévoilais un peu tes sentiments ! J'étais sûr que j'étais la personne que tu aimais le plus au monde et que j'étais l'enfant le plus heureux parce que mon père était parfait ! Tellement parfait qu'il avait peur de montrer qui il était alors il mentait au reste du monde. »
Il marqua une pause.
« Et aujourd'hui, je me demande si j'étais con de croire que j'étais privilégié, ou si toi, tu es trop con pour me faire confiance. Ou si t'as été trop blessé et que tu préfères que je te haïsse plutôt que de me dire en face une vérité qui te fait croire que je ne t'aimerai plus. »
Ichigo secouait la tête, dépité. Il était triste d'avoir à en venir là. Et il savait que son père ne prendrait pas bien ce genre de discours. Jamais le grand Sôsuke Aizen n'avait eu quelqu'un pour le rembarrer, il en était presque certain.
« Je ne sais pas ce qui te donne le droit de me parler ainsi, s'éleva finalement la voix de Sôsuke. Mais sois sûr que cela ne me convainc pas plus de te dire quoique ce soit. Tu te prends pour un adulte alors que tu n'es qu'un enfant sans expérience. »
Ichigo afficha un sourire blessé. Lui l'enfant qui avait appris à gérer une maison, à survivre dans les milieux les plus hostiles alors qu'il n'avait que sept ans ?
« Tu me dis ça à moi, Papa ? Sérieusement ? la voix était presque cassée.
-Sors d'ici immédiatement, Ichigo, gronda soudain la voix de Sôsuke. Dehors ! »
Jamais le jeune homme n'avait vu son père crier ou perdre de son sang-froid. Il avait dû toucher juste avec ses paroles et il regrettait de l'avoir blessé. Le jeune homme se redressa silencieusement, sachant que son père avait d'abord besoin de temps pour digérer, et il rejoignit la sortie. Avant de partir cependant, il se retourna.
Rassemblant tout son courage, il se dressa fièrement. Et, avec ce regard et cette aura qui le caractérisait, cette bienveillance inhérente à lui-même, il ajouta avec douceur :
« Je suis peut-être jeune, Papa, et je n'ai peut-être pas la même expérience que toi. Mais je suis bien la seule personne encore vivante qui sait que tu es ainsi pour te protéger. Et je veux que tu saches que je suis aussi la seule personne sur cette putain de planète qui ne t'abandonnera jamais quoique tu aies fait ou quoique tu fasses. Parce que je sais que toi, tu ne m'abandonneras pas même si je te décevais. »
Ichigo quitta alors enfin la pièce en laissant son père.
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Grimmjow regardait distraitement le plafond, perdu dans ses pensées, quand la porte se rouvrit. Il avisa la démarche peinée de son protégé et se retint de se jeter sur lui pour l'aider. Assis sur son lit, Ichigo se passa une main sur le visage et soupira.
« Je crois que même toi, tu ne l'as jamais autant énervé, lâcha-t-il finalement. Je ne l'ai jamais vu crier sur quelqu'un.
-Il… t'a crié dessus ? »
Le garde du corps ne pouvait y croire. Il se redressa, assis sur son lit.
« Je suis un sale gosse sans expérience, visiblement. »
La voix sombre et le regard triste juraient avec le sourire forcé du jeune homme. Grimmjow s'approcha de lui doucement, ne sachant si Ichigo voudrait de lui à cet instant.
« Tu veux m'en parler ?
-Tu veux me dire pourquoi ces cachotteries ? » rétorqua Ichigo.
Le plus âgé se rabroua.
« Je m'en doutais bien, Grimm. T'inquiète pas, je finirai par savoir de toutes manières. »
Il écarta son interlocuteur sans brutalité, signalant qu'il voulait se coucher. Grimmjow rejoignit son lit et s'allongea. Une fois les lumières éteintes, il continuait de cogiter. Il voyait l'air dévasté d'Ichigo. Il ne voulait pas voir ça. Il voulait l'aider, il voulait le voir toujours heureux. Mais comment une brute telle que lui pouvait faire quoique ce soit ?
« Berry… je suis désolé. Je peux pas te dire beaucoup mais, mais j'peux au moins te dire que c'est grâce à toi… T'as changé beaucoup d'choses. Beaucoup. »
Les yeux grands ouverts, Ichigo écoutait patiemment. Comment interpréter cette phrase ?
« Bonne nuit, Berry. »
Le fauve croyait que son protégé allait l'ignorer.
« Toi aussi, Grimm. » vint la réponse quelques minutes plus tard.
xOxOx
Le lendemain midi, Ichigo Aizen marchait péniblement vers un café huppé dans le centre-ville. Chaque pas était douloureux, sans doute parce qu'il avait négligé de prendre ses médicaments, mais il préférait ressentir cette douleur pour se prouver, peut-être, qu'il n'avait pas pris cette balle dans la tempe.
Cette image de lui, enfant, qui se prend cette fichue balle…
Il aurait tellement de choses à dire à son psy mais le psy en question semblait bien parti pour l'ignorer pendant quelques jours. Aizen n'avait même pas daigné prendre le petit-déjeuner avec lui et Grimmjow, c'était un signe plus qu'évident.
Plus tôt dans la matinée, il avait contacté la police et demandé à parler au Capitaine Kisuke Urahara. On lui répondit d'abord que c'était impossible puis il prononça son nom. Les portes s'ouvrirent miraculeusement. Il demanda une entrevue avec l'homme pour parler. Quand il accepta sans trop se faire prier, Ichigo comprit qu'il y avait eu plus que le meurtre d'une mule la veille.
Dans quoi mettait-il les pieds ? Il n'en avait qu'une vague idée mais jamais il ne se laisserait mettre sur la touche.
« Vous voilà ! chantonna la voix de Kisuke.
-Bonjour, Capitaine, déclara Ichigo juste assez poliment.
-Bonjour bonjour, oui~ »
Le jeune homme avait bien du mal à jauger son interlocuteur. Il alternait les voix chantantes et la gestuelle puérile avec des airs sombres et des phrases sérieuses. Mais il était loin d'être un imbécile. Ichigo se devait de rester maître de ses réactions, prendre exemple sur son père plus que sur Grimmjow.
« Vous prendrez bien quelque chose, Capitaine ?
-Appelez-moi Urahara, ou Kisuke ! lança-t-il en agitant la main. Et oui, je prendrais bien un café. »
Ichigo acquiesça et fit signe au serveur.
« Ichigo. Vous pouvez m'appeler par mon prénom et me tutoyer, Urahara.
-Bien bien bien~ »
L'héritier Aizen hocha la tête, intrigué malgré toute sa méfiance.
« Je serai direct, commença le jeune homme. Mon père ne sait pas que je suis ici, et je tiens bien à le garder dans l'ignorance. J'ai mis un somnifère dans le café de mon garde du corps.
-Donc juste nous deux discutant autour d'un café dans une des enseignes les plus chères de la ville ? Presque romantique, mon cher Ichigo. »
Le plus jeune haussa un sourcil.
« J'aurais pensé que vous seriez plus sur la défensive, déclara-t-il honnêtement.
-Et je ne m'attendais pas à autant de franchise de la part d'un Aizen. »
Touché, pensa Ichigo. Il était clair que la vérité était une notion très particulière dans sa famille.
« Je ne peux pas nier que mon père ait quelques soucis… de communication, accorda-t-il finalement. Je vous demanderai seulement de rester respectueux malgré ce que vous pensez de lui, Urahara.
-Je prends note, Ichigo. »
Leurs cafés arrivèrent mais ils n'y touchèrent pas.
« Et si on en venait à la raison de cette entrevue ? »
Le jeune homme se permit un léger sourire malgré son air terriblement sérieux.
« Je voudrais un avis extérieur, pour être clair. La situation n'est pas optimale avec mon père et je suis soucieux de ce qui se passe.
-Mais l'on vous écarte à cause de votre âge ?
-Exact, concéda finalement Ichigo. Je voudrais donc savoir exactement ce que vous reprochez à mon père, à ma famille. Mais je ne veux que des faits, et dans la mesure de ce que vous pouvez me dire sans enfreindre les règlements de la police, bien entendu. »
Kisuke Urahara se serait attendu à beaucoup mais pas à ça. Comment un enfant élevé par Aizen Sôsuke, lui-même fils du roi de la pègre, pouvait croire un instant que ce genre de tactiques fonctionneraient ?
« J'espère que vous comprenez ma position, Ichigo.
-Je ne souhaite que la vérité, déclara Ichigo déterminé. Mon père refuse de parler. Je me suis renseigné sur vous, vous êtes intègre, décoré pour vos services. Vous êtes l'homme dont j'ai besoin, Urahara, parce que nous désirons la même chose. »
Le capitaine de police recula dans sa chaise. Comme si cela pouvait lui permettre de prendre de l'objectivité sur cette situation délirante. Le fils de son pire ennemi venait vers lui pour avoir un avis extérieur ? Pour trouver la vérité ?
« Vous réalisez qu'Aizen Sôsuke n'est pas mon ami ni quelqu'un que je porte dans mon cœur.
-Justement, j'espère ainsi avoir un avis plus objectif que celui que j'ai à portée. »
Ce n'était pas stupide. Kisuke soupira.
« Que savez-vous des racines de votre famille ?
-Seulement ce qu'internet a pu m'apprendre. Mon père est très secret. »
Urahara plissa les yeux. Il sentait qu'il avait en face un jeune homme hors du commun. Alors pourquoi pas ? Et puis il l'aimait bien curieusement, pourquoi ne pas se fier à son instinct, encore une fois ?
« Je vais tenter de garder les faits et seulement les faits.
-Bien.
-Pour commencer, il y a toujours eu, dans cette ville, des problèmes avec les organisations illégales.
-Gangs ?
-On peut même parler de Clan pour certains, mais aucun n'était assez puissants pour être vraiment inquiétant même s'ils donnaient du fil à retordre.
-Donnaient ?
-Est arrivé Monsieur Aizen Senior, un homme très très intelligent, appuya Urahara. Il est parvenu, avec l'aide d'un Clan en particulier, à avoir la mainmise sur tout le commerce souterrain. De ça je suis certain grâce aux preuves. »
Ichigo acquiesça et but une gorgée de son café.
« C'était Ginjou, non ? supposa-t-il.
-Comment savez… »
Kisuke afficha un sourire amusé.
« Non ne répondez pas, vous risqueriez de mettre votre père en danger. »
C'était incroyablement honorable de la part du capitaine et Ichigo s'en étonna.
« D'une certaine manière, votre grand-père a établi un ordre particulier. Ginjou contrôlait les gangs, les racailles, la pègre et Aizen le contrôlait lui. Et étant donné qu'Aizen dirigeait déjà une entreprise florissante, cela lui a permis de s'étendre jusqu'à devenir la Aizen Corporation que vous connaissez aujourd'hui.
-Un contrôle quasi-total sur la ville, murmura Ichigo. Je ne savais pas que c'était aussi important.
-Et dangereux parce qu'Aizen Senior était loin d'être un homme bon. Moi et mon équipe avons travaillé d'arrache-pied pour le faire tomber.
-Comment la police a-t-elle pu s'élever contre une telle puissance financière qu'Aizen Corporation ?
-Une excellente question à laquelle je ne peux hélas pas répondre.
-Serait-ce un Clan plus soucieux des choses morales ? tenta Ichigo malgré tout.
-Ichigo, s'il vous plaît. »
L'air amusé de Kisuke détendit l'atmosphère. Il touilla son café avant d'en boire une longue gorgée.
« Il est excellent, tiens~
-Le meilleur de la ville, indiqua Ichigo.
-Je veux bien le croire, soupira-t-il.
-Donc vous êtes parvenus à le faire tomber ?
-Ce fut plus compliqué. Nous avons d'abord fait tomber Ginjou.
-Comment ?
-Il a commis une erreur et fait assassiner la mauvaise personne.
-Qui ?
-Classé confidentiel, mes excuses.
-Non non, se rabroua Ichigo. Continuez.
-Ce meurtre affreux nous offrit une opportunité en or. Visiblement, il y avait des tensions chez Aizen et ce meurtre n'a pas été cautionné ni étouffé par le grand chef.
-Vous voulez dire que mon grand-père a laissé Ginjou la responsabilité entière de ce meurtre ?
-Oui. Mais avec ou sans protection, c'était le meurtre qu'il ne fallait pas commettre. Ginjou s'est retrouvé en prison et Aizen Senior était donc seul pour gérer une économie souterraine avec laquelle il jurait ne pas avoir de liens.
-Soit une position délicate.
-Mais favorable pour la police. Nous avons pu profiter de Ginjou qui a révélé beaucoup de choses dans l'espoir de voir sa peine réduite. Avec ses informations et un peu d'investigations, nous étions sûrs de pouvoir enfermer Aizen pour de très longues années.
-Mais ? »
Urahara prit un air sombre.
« Il a été assassiné avant. »
Ichigo écarquilla les yeux. Il avait vu sur internet que c'était une crise cardiaque ! Et son père ne lui avait jamais rien dit de tel. Mais quand il y réfléchissait, Sôsuke n'avait jamais parlé de son père. Il avait laissé entendre qu'il n'était pas vraiment un père et qu'il n'était pas très gentil mais…
« Ce n'était donc pas une crise cardiaque ?
-C'est la version que votre père et moi-même avons officialisés. »
Le second pavé était dans la mare et Ichigo avait du mal à le réceptionner.
« C'est la première fois que je rencontrai Sôsuke Aizen et je dois dire qu'il m'a fait une très forte impression. Il était à peine plus âgé que vous mais le meurtre de son père n'avait pas l'air de l'avoir ému plus que ça.
-Les faits, s'il vous plaît. » recentra poliment Ichigo.
Il n'aimait pas qu'on dise de son père qu'il était sans cœur.
« Certes certes, milles excuses~ Bien bien, où en étais-je ?
-La véritable version du meurtre de mon grand-père.
-Oui oui. Il a été retrouvé par votre père lui-même, une balle dans la tête. C'était une exécution sommaire et propre si j'ose dire le mot. Professionnel en tous cas. Il était dans son jardin quand c'est arrivé.
-Pouvez-vous me parler du déroulement de l'enquête, Urahara ? »
Le policier sembla hésiter.
« Dans les faits, c'est le responsable de sécurité Barragan Luisenbarn, qui a été arrêté et emprisonné pour ce meurtre. Tout concordait parfaitement.
-Mais ?
-Mais le fait qu'il ait clamé son innocence jusqu'au jour où il est mort en prison me fait penser que ce n'est pas aussi simple. »
Les épaules d'Ichigo s'affaissèrent. Si son grand-père avait été aussi affreux que le policier le disait, comment était-il dans la vie privée ? Avait-il été assez monstrueux pour conduire… pour conduire Sôsuke à le faire tuer ?
« Là s'arrête les faits dont je peux vous parler.
-Le Clan de Ginjou est encore actif pourtant.
-Oui, dirigé par le fils de Ginjou.
-Et vous le soupçonnez d'être en affaire avec mon père ? ajouta Ichigo. Vous ne vous êtes pas demandé s'il n'était pas là pour réclamer vengeance face à mon grand-père qui a laissé croupir le précédent chef en prison ? »
Urahara fronça les sourcils. Il avait pensé à cette possibilité bien entendu, mais il ne s'attendait pas à ce que le jeune homme soit encore aussi prompt à défendre l'honneur de sa famille après tout ce qu'il venait d'entendre. Loyauté mal placée ?
« Nous étudions les pistes, Ichigo, déclara-t-il calmement.
-Oui… Oui je vois. »
L'héritier Aizen demeura silencieux un moment.
« Merci beaucoup de votre coopération Capitaine. Cela signifie beaucoup pour moi.
-De rien ? tenta Kisuke. Je reste quand même étonné de votre démarche.
-Moi aussi, sachez-le, lança Ichigo soudain.
-Ma démarche ? répéta Urahara incertain.
-Oui. »
Ichigo avait pris une attitude toute différente et le policier crut voir en lui l'ombre de son père. Le jeune homme adoptait un air sûr de lui, presque supérieur, mais qui, curieusement, n'était pas médisant.
« Oui, j'aimerais comprendre pourquoi vous vous intéressez à moi. »
Kisuke Urahara dut se forcer à ne pas trahir ses émotions. Comment le jeune homme avait-il pu avoir vent d'une information à ce sujet ? A moins qu'il ne bluffe ? Etait-il envoyé par son père finalement ? S'était-il fourvoyé en lui accordant le bénéfice du doute ?
« Allons, Urahara. Avec ce que vous venez de dire, même moi je ne peux plus être aussi naïf. Un homme, une mule de Ginjou avec je-ne-sais combien de kilos de drogue, assassiné chez mon père ? En légitime défense soit peu ou pas de peine pour notre domestique ?
-La situation est certes…
-Vous êtes sûrs que vous n'avez pas aidé ce pauvre hère à trouver le chemin du manoir ? Et votre partenaire que je croise au supermarché, qui me suit dans la rue et que je retrouve au manoir, pur hasard ? » coupa Ichigo avec un air amusé terriblement aizen.
Le Capitaine de police demeura impassible un long moment avant d'afficher un large sourire, très amusé. Il avait visé juste, Ichigo était un garçon hors-norme et très intelligent. Et aussi diablement doué s'il avait pu repérer Yoruichi alors qu'elle était en filature.
« Rappelez-moi pourquoi votre père ne veut pas vous tenir au courant, déjà ?
-Parce que je suis un enfant sans expérience, Urahara. »
Le policier se redressa et replaça sa chaise.
« Il a terriblement tort, Ichigo. »
Leur conversation s'acheva ainsi.
xOxOx
Retourner à l'hôtel s'avéra plus difficile que le jeune homme ne l'avait pensé. A chaque pas il imaginait la réaction de Grimmjow ou de Sôsuke. Quoiqu'il se demandait si son père daignerait lui parler dans les jours à venir. Il avait hésité à lui envoyer un message pour lui demander comment était mort son grand-père mais c'était bien trop belliqueux pour son tempérament.
Ichigo s'inquiétait plus de la colère de Grimmjow quand il réaliserait qu'il avait été drogué.
Quand il passa le hall d'accueil tout semblait normal, dans l'ascenseur, c'était son rythme cardiaque qui était moins normal… Pourtant il n'allait pas se défiler. Il frappa à la porte et passa la carte avant d'entrer. Assis face à la fenêtre, Grimmjow était immobile. Et si l'ambiance tendue ne suffisait pas à faire comprendre que ça allait barder, la tension dans les épaules du garde du corps était palpable.
Ichigo vint s'asseoir devant l'homme et posa la béquille sur le sol. Il le regarda droit dans les yeux sans ciller. Il ne regrettait pas ce qu'il avait fait, il regrettait d'avoir dû employer de telles extrémités et potentiellement abîmer la confiance qui le liait à Grimmjow.
« J'suis pas aussi chiant qu'Illforte, non ? »
Drôle de manière de commencer la conversation mais au moins, il voyait où ça allait mener.
« Non, Grimm. Tu es meilleur en tous points.
-Alors pourquoi tu m'as faussé compagnie comme ça ? »
Pour le moment Ichigo ne sentait pas trop de colère dans la voix.
« Parce que vous ne vouliez rien me dire. Et dans ce cas, comment vous croire ?
-Tu m'as filé un putain de somnifère, Ichi. C'est pas juste te glisser dans la foule pour qu'on t'voit pas ! »
Le regard du jeune homme s'assombrit.
« J'ai failli me faire tuer hier, Grimm. C'est pas juste me dire qu'il faut pas que je m'inquiète qui va me faire taire, parodia-t-il.
-Tu déconnes ?! T'es sorti tout seul en ayant conscience de ça ?! »
Ça y est, le fauve perdait son sang-froid. Ichigo serra les poings, hésitant un moment à rester diplomate mais après tout, est-ce que son père et Grimmjow avaient mérité sa clémence ? Non. Ils le prenaient pour un enfant et il en avait assez de ne pas être entendu en répondant en adulte responsable.
« Ouais ! Ouais j'suis sorti tout seul et tu sais quoi, j'ai survécu !
-T'es inconscient ! Imagine s'il t'était arrivé quelque chose ?!
-Grimm, est-ce que tu t'entends seulement ? »
Ichigo secoua la tête.
« Vous vous attendez à ce que je reste caché derrière vous à pleurnicher ? Tu veux quoi ?! Que je redevienne le gosse qui se cachait derrière un rideau pour ne pas être vu ? Le gosse qui lève les bras à chaque geste brusque pour se protéger le visage ? Le gosse qui ne parle pas et qui préfèrera mourir de faim plutôt que de dire ce qu'il ressent… ?
-Que…
-Non ! Non tu ne veux pas ça. Mais quand tu me traites comme un gosse, c'est exactement ça ! Tu veux me rappeler que je suis ce gosse-là ? »
Grimmjow se redressa et tourna rageusement les talons. Dos tourné à Ichigo, il sembla prendre son souffle pour se calmer et grommela finalement :
« Non, non, non, je te considère pas comme un gosse ! NON ! »
Il fit volte-face.
« Je veux pas te protéger autant parce que j'vois un gosse en toi ! Je t'aime, Ichi, putain ! Je veux pas qu'il t'arrive un sale truc !
-Y compris que je ne sache pas la vérité ? C'est vraiment très adulte de ta part, Grimm ! Merde quoi, je suis pas fragile. J'ai enduré bien pire que de savoir que je suis dans une famille de mafieux !
-Quoi ? s'étonna Grimmjow.
-Oui, Grimm, je sais des choses. J'ai trouvé le moyen de savoir. »
Ichigo le fusillait du regard.
« Mon grand-père était un grand pote de l'ancien chef du Clan de Ginjou ? Cool ! Vous comptiez me le dire où je devais me contenter d'internet ? Et mon père qui fait assassiner son père ? J'dois voir une sorte de schéma ? Hein parce que si je dois le tuer pour prendre sa place, dis-moi que je sois au courant !
-Qui t'as dit ces conneries ?! »
Grimmjow craignait de savoir qui était ladite personne. Il fit quelques pas vers son protégé.
« Qui ?
-Le Capitaine Kisuke Urahara. »
La bombe était lâchée.
« Putain de bordel de merde ?! cria Grimmjow, incapable d'assimiler ça. De toutes les personnes t'as été voir celui qui veut la peau de ton père depuis des années ?!
-Et ça m'a réussi parce que j'en ai appris de belles !
-Il te ment !
-Au moins il parle, lui ! Et j'ai pas dit que je le croyais mais on fait difficilement mentir un alignement de faits. J'ai fait ma propre théorie ou non, attends, j'en ai deux. »
Ichigo sortit son téléphone et montra brièvement un encart de journal.
« Là ça dit qu'une bande de voyous, une dizaine environ, ont été retrouvés morts dans le fleuve. Enfin, y'en a un qui était mal lesté et en plongeant on a trouvé les autres. Et c'est curieux mais leurs tatouages… ça me rappelle un peu ceux des mecs d'hier ? »
Le jeune homme leva la main pour empêcher d'être coupé.
« Certes, concéda-t-il, coïncidence possible. Mais tiens… j'ai appelé Illforte ce matin pour savoir s'il allait bien mais c'est bizarre, il ne répond pas.
-Peut-être occupé. »
L'héritier Aizen secoua la tête, attristé.
« Non, Grimm. S'il était occupé tu m'aurais dit que tu n'avais rien à foutre de ce qu'il faisait. Ta réponse me prouve que son téléphone de service a été déconnecté et qu'il va probablement subir le même sort que les autres.
-Tu bluffais ?!
-Oui, Grimm. Oui, je bluffe. Parce que je ne suis pas con, parce que je suis capable de comprendre des choses. »
Le garde du corps garda le silence un long moment. Finalement, il déclara :
« Tu avais deux théories ? »
Ichigo acquiesça et expliqua.
D'un côté, il y avait la théorie soutenue par la police.
Ginjou Kuugo était revenu en tant que nouveau chef et était allié avec Aizen. Ils travaillaient tous les deux de concert, d'où la montée soudaine de Aizen Corp. Mais Kuugo n'est pas infaillible, il est jeune, il commet une erreur en engageant la mule qui est, de toute évidence, trop droguée pour réaliser qu'il commet une bourde. Et ça marche parce que depuis quelques temps Aizen faisait tout pour avoir l'image d'un bon samaritain, trop parfaite pour être vraiment crédible. C'est pour cela qu'il n'a pas étouffé l'affaire et planqué le cadavre, pour faire bonne figure. Et en parallèle, on repêche des cadavres de voyous des rues. Et on a un garde du corps ayant commis une faute professionnelle qui a disparu, mais ça, la police ne le sait pas encore.
Plutôt crédible non ?
Et si Ichigo avait su pour les secteurs abandonnés suite à l'emprisonnement de Ginjou père et récupéré par le fils qui dit à ses hommes de parler d'Aizen… Autant lancer une action en justice de suite.
« De l'extérieur… avoue qu'on y croit facilement non ? lança Ichigo amer. On ajoute le passif lourd de mon père avec mon cher grand-père et après ? Les soupçons de meurtre qui pèsent sur lui depuis des années ? Les magouilles sombres et les manigances tordues ?
-Ichi, non… non…
-Mais il y a également la seconde version. La théorie où Papa a juste eu une vie assez mouvementée jusqu'à ce que son père soit miraculeusement assassiné par un chef de sécurité qui voulait une promotion. Soit. »
C'était la version où Aizen avait fait beaucoup d'efforts pour se séparer des traces de son père. Ginjou père meurt et, saisissant la chance de reformer sa gloire, Kuugo récupère le commerce souterrain laissé à la dérive. Mais tout seul, en faisant exprès de répandre des rumeurs à propos d'une alliance avec Aizen. Déjà ça, ce n'est pas très agréable. Alors Aizen contre-attaque. D'abord légalement, en se fabriquant une plus belle image plus rapidement. Parce que les amendes honorables, ça prend trop de temps.
Mais Kuugo est intelligent et pour enfoncer le clou, il essaie de piéger Aizen avec la mule pour attirer la police. Si la police commence à creuser, elle verra les voyous morts dans la rivière. Parce que ces voyous sont envoyés par Ginjou depuis des semaines pour attaquer l'unique héritier de l'empire Aizen. Et oui, c'est une tactique assez efficace pour déclencher la colère de l'empereur et aussi… ses erreurs.
Suite à ce discours, un long et lourd silence s'installa. Grimmjow était bouche-bée, ne sachant comment réagir. Fallait-il qu'il avoue ? Ichigo était vraiment très intelligent s'il avait pu comprendre tout ça alors qu'ils avaient tout fait pour l'écarter.
« Ichi… je peux pas, je… »
Ichigo plissa les yeux et se leva. Il détestait être plus petit que Grimmjow mais assis, c'était encore pire.
« Après tout ce que je viens de te dire, tu ne veux toujours pas faire un effort ? »
Malgré lui le venin commençait à couler dans ses paroles.
« Je suis perdu entre deux possibilités toutes deux extrêmement crédibles et tu ne veux même pas faire un effort pour que la balance penche du bon côté ? insista-t-il. Dis-moi pourquoi ! Pourquoi être borné à ce point ?! »
Le soudain éclat surprit Grimmjow qui se plaça d'emblée sur la défensive.
« Putain tu d'mandes encore ?! Si fallait pas que tu saches c'était pour éviter ce genre de scénarios !
-Non mais sérieusement ?! »
Ichigo crut qu'il allait s'arracher les cheveux. On se marchait sur la tête ! C'était impossible que Grimmjow soit aussi borné, ça en devenait ridicule ! A moins que…
« En fait, ça n'a aucun rapport avec Papa ! Ichigo s'exclama soudain. C'est moi ! »
Le jeune homme secoua la tête. Même Urahara avait été étonné quand il l'avait dit !
« Kisuke Urahara est sur ma piste depuis des semaines ! Son acolyte me suit ! »
Grimmjow blêmit, il n'aimait pas la direction que les choses prenaient.
« Et Papa qui me gardait près de lui quand les flics étaient là ! Qui te lançait ces regards insistants pour que tu me lâches pas ! Putain c'était évident ! »
Le garde du corps eut peur de demander pourquoi. Ichigo ferma tout à coup les yeux comme pour se rappeler de quelque chose, il fronçait beaucoup les sourcils. Quels étaient les papiers qui étaient sur le bureau de son père quand il était petit ? Ceux qui lui donnaient un air triste quand il les regardait. Il s'en souvenait, son père l'avait même repris sur la concordance des temps…
« Le Tribunal d'Instance ! souffla-t-il sous le choc. Ça a un rapport avec moi ! Parce qu'Aizen a adopté de manière plénière un gosse sorti de nulle part mais pas tant que ça ! Il savait qui j'étais avant ! »
Grimmjow serra les poings, il ne savait pas quoi faire, quoi dire. Ichigo tirait ses conclusions tout seul et il était diablement doué !
« Vous vous en fichez que je sache pour Ginjou et tout ! Vous voulez pas que je m'en mêle pour qu'ils ne sachent pas que j'existe et qu'ils ne m'utilisent pas contre Papa ! Parce que je suis sa faiblesse à cause de son amour pour moi mais aussi parce que derrière mon adoption se cache un autre putain de secret ! Et que Papa serait prêt à ce que je le HAISSE plutôt que de parler ! Je me trompe, Grimm ? »
Le garde du corps ne put rien dire.
« JE ME TROMPE ?! »
Grimmjow voulait bien passer beaucoup de choses mais il ne pouvait supporter quelqu'un qui criait sur lui. La seule personne qui le faisait tout le temps était son père. Quand il ôtait sa ceinture pour le frapper.
« PUTAIN J'EN SAIS RIEN ! J'ai dit à Aizen de pas t'adopter comme ça ! cria-t-il finalement. Je sais pas pourquoi il l'a fait mais il se foutait bien que j'ai un avis ! Et oui t'as raison pour le reste ! Oui on te dit rien pour pas qu'ils te voient, pour pas qu'ils t'utilisent et te fourrent dans la tête toutes les idées que tu me balances sur la tronche ! »
Ichigo serra les dents, outré que Grimmjow ose encore lui dire ça. Il prit sa béquille, son sac à dos toujours prêt, mais Grimmjow l'attrapa au bras dans le couloir.
« Lâche-moi, Grimm !
-Non, pas dans cet état, pas maintenant ! Tu restes, c'est tout ! »
Ichigo vit rouge. Il se dégagea violemment et se mit à hurler sur son héros d'antan. Il déversa toute sa tristesse sous la forme d'une colère agressive qui attaquait là où ça blessait. Et à chaque insulte, Grimmjow revoyait la ceinture qui frappait, entendait le sifflement du cuir dans l'air. Les cris. La violence. Sa vie était faite de violence de toutes manières, non ? Il avait appris à aimer en détruisant.
« Tu es un imbécile si tu le crois ! Papa te manipule comme il manipule tout le monde ! TU ES UN IMBECILE GRIMMJOW JAGGERJACK !
-TAIS-TOI ! »
Quand Ichigo reprit ses esprits, il était par terre, la main sur sa joue. En face de lui, Grimmjow haletait. Il avait l'air sur une autre planète, revoyant sous ses yeux son enfance ô combien joyeuse. Assis sur le sol, Ichigo eut aussi une réminiscence d'un autre type.
« Je te promets que quoique tu fasses, jamais personne ne te frappera ici. Et surtout pas moi. »
Le jeune homme se redressa en se massant la joue, absolument perdu. Il n'y avait plus aucune colère pour masquer sa douleur maintenant et il se sentait terriblement exposé. Pire encore, trahi.
« Ichi ? »
Grimmjow semblait revenir à lui et quand il avisa la marque rouge sur le visage de celui qui était tout son univers, il réalisa qu'il avait commis la pire faute.
« Tu avais promis, murmura finalement Ichigo d'une voix brisée. Tu avais promis que… que quoiqu'il arriverait… tu ne me frapperais jamais… »
Le fauve voulut s'approcher du plus jeune pour le prendre dans ses bras, lui assurer qu'il ne le referait pas, qu'il s'était emballé et qu'il avait perdu la raison. Il aurait voulu être capable de parler, lui assurer qu'il l'aimait, lui assurer qu'il ne recommencerait jamais.
Exactement le discours de son père après chaque passage à tabac.
Le temps qu'il réalise la profondeur du gouffre dans lequel il était, Ichigo s'était enfui en soufflant tout bas qu'il ne reviendrait plus jamais.
Hé hé hé :) y'a du grabuge~
