Chapitre 9 : Anxiety (*)

« C'est la réponse à ta question. Oui Athrun ! Je veux vivre à tes côtés sans plus jamais avoir besoin de me cacher. »

Elle quitta ma chambre sur cette dernière phrase, le sourire aux lèvres. Ce sourire là je le connaissais parfaitement, elle était fière d'elle et elle avait de quoi ! Jamais personne ne m'avait surpris autant qu'elle : sa déclaration m'avait réduit au silence tant je n'en revenais pas. Je ne m'attendais absolument pas à ce qu'elle me réponde si rapidement après tout ce qui s'était passé et encore moins que sa réponse soit celle-ci. J'avais l'impression d'être en train de rêver. J'avais tant attendu sa réponse que l'entendre maintenant me paraissait presque irréel.

Bien sûr que je voulais passer ma vie à ses côtés, l'épouser et fonder une famille. Je voulais plus que tout la rendre heureuse. Elle était toute ma vie, ce que j'avais de plus précieux au monde. Pour son bonheur, j'étais capable de faire n'importe quoi. S'il le fallait, c'était sans hésitation que je donnerais ma vie pour elle car je ne pouvais imaginer une seule seconde de vivre dans un monde où elle n'y était pas.

Je l'aimais à un tel point que savoir qu'en acceptant ma demande elle risquait sa vie et sa carrière me menait à me demander si j'avais pris la bonne décision. Que pouvais-je bien lui apporter si ce n'étaient que des problèmes ? J'étais un coordinateur, le fils d'un criminel de guerre, un déserteur et un traitre qui avait tout fui pour vivre auprès de celle qu'il aimait. Et moi, ce fugitif, elle l'avait hébergé chez elle pendant deux longues années, elle lui avait donné un nom, un passé, un foyer, un travail.

Si ses émirs apprenaient qu'elle avait falsifié de nombreux papiers administratifs pour me permettre de rester à ORB et d'avoir ce poste, elle perdrait leur respect et sa crédibilité.

S'ils apprenaient qu'en plus elle avait eu une liaison avec moi, son grade du corps, alors qu'elle était déjà fiancée à l'un d'entre eux, elle serait blâmée et subirait leur constante humiliation.

Malgré ça, je ne pouvais m'empêcher d'être heureux. La femme que j'aimais venait d'accepter de se fiancer avec moi !

Jamais je n'aurais crû qu'elle voudrait s'engager avec quelqu'un après tous les problèmes qu'elle avait eus avec Yuuna. J'en venais même à me demander si elle n'y avait pas pensé bien avant moi : elle n'avait opposé aucune objection, comme si elle avait déjà presque résolu le problème de son engagement avec la famille Seiran. Peut-être n'était ce qu'une fausse impression mais elle pouvait expliquer bien des choses.

D'abord Kira n'était pas du genre à m'encourager dans une voie qu'il savait être un échec probable. Or il m'avait poussé à lui faire ma demande et avait même été jusqu'à m'accompagner pour choisir la bague.

Puis elle était resté des fois jusque très tard au gouvernement pour travailler avec Ledonir et Akihio Sahaku, le seul émir dont elle proche, alors qu'elle n'avait aucune réunion le lendemain.

Et enfin, lorsque je venais la chercher, elle arborait toujours ce magnifique sourire qui me laissait deviner qu'elle avait réussi à faire ce qu'elle voulait. J'avais même trouvé qu'au fil des mois, elle s'était sentie plus libre.

Tous ces détails m'avaient marqué et intrigué mais je n'avais pas poussé plus loin mes interrogations. Elle était heureuse et c'était le principal pour moi.

Maintenant qu'elle m'avait donné sa réponse, je commençais à me douter qu'il devait y avoir quelque chose qu'elle m'avait caché et ce depuis un certain temps…

« …répondre à votre ultimatum. »

Je sursautais en entendant une voix connue s'échapper de l'écran en face de moi. Pourquoi la télévision s'était-elle rallumée ?

Je sentis un objet rectangulaire et dur contre la paume de ma main. J'avais appuyé sur la télécommande en déplaça un peu mon bras…

Je relevai la tête et découvrit l'identité de la personne qui venait tout juste de parler. Yuuna…La colère m'envahit en le voyant : il l'avait tant faite souffrir…

« L'individu dénommé Lord Djibril que vous nous sommez de vous livrer sans délai n'est tout simplement pas de notre pays.

Nous déplorons vivement votre recours à la force et vos odieuses tentatives d'intimidation qui ternissent notre réputation et qui sont une insulte à la souveraineté de notre nation. Cette fois, nous exigeons à notre tour que vous quittez nos eaux territoriales. »

Mais que lui était-il passé par la tête ?! Ils n'étaient absolument pas en position de force et voilà quel genre de déclaration il faisait ! Le Président n'était dupe…

« Tout dépendra de la réponse du gouvernement. »

Elle ne comptait tout de même pas …?! Elle allait forcément sortir, elle était incapable de regarder son pays sombrer sans rien faire. Non c'était trop risqué ! Je ne pouvais pas la laisser faire, il fallait que je l'empêche. Je devais la rattraper ! C'était beaucoup trop dangereux !

Je me détournai de l'écran, sans même prendre le temps de l'éteindre, et posai pied à terre. J'essayai de me lever mais mes jambes tremblèrent dés que je forçai un peu dessus. Je lui avais promis de ne pas faire de choses stupides mais je ne pouvais tout simplement pas la laisser sortir dehors et risquer de se faire tuer !

Je pris une grande inspiration et me relevai sans prêter garder aux avertissements de mon corps. J'étais encore trop faible pour espérer pouvoir marcher seul mais je devais y aller. Elle était toute ma vie…

Pourquoi l'avais-je laissé partir ? Je savais très bien que je n'avais pas le droit de la retenir alors que son pays comptait énormément pour elle. J'avais été si stupide de ne pas croire qu'une telle chose allait arriver : Yuuna avait pris sa place depuis que Kira l'avait enlevée et c'était forcément lui qui répondrait à cet ultimatum.

J'avançais lentement, manquant de tomber dés que je faisais un pas de plus. Je ne pouvais pas faiblir maintenant, pas avant de l'avoir empêché de quitter ce vaisseau ! Elle allait se faire tuer si une bataille éclatait !

Je continuai de longer le mur refusant d'écouter mon corps et parvins une éternité plus tard au pont. Lorsque la porte coulissa j'entrai et m'adossai au mur de la pièce. Juste le temps de reprendre ma respiration et de me tenir contre quelque chose pour ne pas tomber. Mes jambes tremblaient toujours et je me sentais au bord de l'évanouissement. Pas maintenant, je devais encore tenir un peu !

« Cagalli Yula Athha. Akatsuki. Lancement !

- NON ! »

J'avais hurlé si fort que tout l'équipage s'était retourné vers moi. Ils ne m'avaient pas entendu arriver : l'Archangel étant sur le point de décoller, tous étaient concentré sur la tâche qui leur avait été assignée. Miriallia fut la première à réagir et quitta son poste pour venir à ma rencontre.

« Athrun ! »

J'étais complètement figé sur place. Elle était déjà partie…Je n'avais pas pu arriver à temps…Je n'avais pas réussi à la rattraper…Tout ça parce que j'avais laissé la surprise prendre le dessus sur ma raison ! Si j'avais réagit plus tôt et l'avait retenue, j'aurais pu voir qu'elle ferait une chose pareille… Si je l'avais écouté au lieu de lui dire bêtement de partir…

« Que fais-tu debout ? me demanda Miriallia, une pointe de colère dans la voix

- Je vais bien maintenant, mentis-je. Puis-je au moins m'asseoir en tant que CIC ? »

Je ne pouvais pas repartir, pas en la sachant au front. Je voulais l'aider d'une manière ou d'une autre. Je devais la prévenir de ne pas s'approcher du Minerva, elle n'était pas de taille affronter Shinn et Rey.

Je me décollai du mur et m'avançai un peu pour venir m'appuyer au dossier du siège de Miriallia. Mettre un pied devant l'autre devenait de plus en plus difficile mais je me forçai. Je devais le faire, pour elle, pour la protéger.

« Tu es sûr que ça va ? Tu tiens à peine debout…

- Je vous en supplie… »

J'étais désespéré. Je n'avais pas pu l'empêcher de partir et personne ne voulait me laisser la prévenir du danger qu'elle encourait.

La porte coulissa une seconde fois et j'entendis Murrue se précipiter vers moi en s'exclamant :

« Athrun-kun ! Que faîtes-vous là ?

- Capitaine… Je ne peux rester à ne rien faire alors qu'elle… »

Je ne pus même pas finir ma phrase tant penser à la possibilité de ne jamais la revoir m'était insupportable. A cause de ses fichues blessures, je ne pouvais même pas sortir pour la protéger. Pourquoi faillait-il que je suis si faible au seul moment où ma force pouvait la sauver ? Si seulement j'avais réfléchis une minute de plus avant de m'enfuir sans prévenir personne, je ne serais pas dans cet état !

J'avais envie de hurler, de frapper tout ce qui m'entourait. J'étais coincé là à la regarder risquer sa vie tout ça à quoi ! De ma stupidité et de ma faiblesse !

« Je comprends… mais ne vous forcez pas trop, d'accord ? »

Je hochai la tête et la remerciai d'un sourire.

Tout le monde retourna à son poste et je m'installai au mien en soupirant de soulagement. J'étais assis et ne risquais plus de m'évanouir au moindre mouvement. Ma poitrine me faisait toujours un peu mal mais la position assise atténuait la douleur. Mes mains tremblaient légèrement et ce fût non sans difficulté que je parvins à mettre le casque sur mes oreilles.

Je fermai les yeux un instant et appuyai mon dos contre le siège. Je me calmai lentement et mes tremblements cessèrent. Je devais rester le plus concentré possible et ne surtout pas céder à la panique. Tout allait bien se passer si l'Archangel allait leur prêter main forte et j'allais bientôt pouvoir la prévenir.

Je rouvris les yeux et observai les deux écrans en face de moi. Pour l'instant, le premier était noir car nous n'avions toujours aucun contact visuel avec la zone de combat et le second était une carte de la zone où n'apparaissait qu'un seul point : notre vaisseau. Le point ne bougeait pas et la carte était tout aussi fixe que lui.

« Ouverture de la porte principale, ordonna Murrue.

- Ouverture de la porte principale, répéta Neumann.

- Libérer les bras de maintient. Moteur à 20%. Avancez doucement »

Ses ordres furent tout de suite exécutés et le vaisseau reprit un peu d'altitude avant de progresser lentement. Mon pouls s'accéléra un peu lorsque le point et la carte commencèrent tous deux à bouger. J'étais effrayé à l'idée de rejoindre le front et d'assister impuissant à ses combats. Tout ce que j'allais pouvoir faire était de surveiller ses mouvements et de la prévenir en cas de tir de notre part.

L'Archangel s'inclina légèrement vers le haut et sans m'en rendre compte je retins mon souffle. Nous nous approchions de plus en plus de la zone d'affrontement et la panique repris petit à petit le dessus sur mon calme. Je soufflai dans l'espoir de me détendre. Je devais rester concentré, elle avait besoin que je sois attentif. Il n'allait rien lui arriver, elle savait piloter une unité et se défendre.

Nous continuâmes notre montée et mon cœur continua de battre à tout rompre. De nouveaux points apparurent. Verts. L'armée d'ORB que Cagalli avait réussi à réorganiser.

« Position 2-0. Archangel, vitesse maximum ! »

Notre point se déplaça de plus en plus vite et d'autres points, rouges cette fois-ci, s'ajoutèrent à ceux déjà présents sur ma carte. ZAFT avait déployé beaucoup d'unités et nous étions si peu nombreux…

« Visuel disponible de l'île d'Onogoro ! s'écria Miriallia »

Mon écran s'alluma et je découvris l'ampleur des dégâts. Toute la côté nord-ouest était attaquée et plusieurs nuages de fumées noirs s'élevaient de la zone militaire. Des combats se déroulaient juste au dessus de la ville qui se trouvait à proximité de la base. Mon cœur se serra dans ma poitrine. Le pays qu'elle aimait tant était assaillit par l'armée de ZAFT tout ça à cause d'un seul homme…

« Signature thermique de la ligne ennemie analysée : deux classes Bosgorov, quatre classes Wellenberg, huit classes Isarco… et… le Minerva »

Le Minerva ! Comment avait-il fait pour terminer aussi rapidement les réparations ? Elles étaient à peine commencées lorsque je m'étais enfui. Et comment avait-il pu se déplacer aussi vite ? ORB se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres de la base de Gibraltar…

L'angoisse monta en moi, si le Minerva était là alors Shinn et Rey ne devaient pas être très loin. Je priais de toutes mes forces pour qu'elle ne se retrouve pas face à l'un d'entre eux.

« Il n'était pas à Gibraltar ?

- Sont-ils venus pour Djibril ? »

Les interrogations commençaient aussi à fuser du côté de l'équipage mais contrairement à moi, ils semblaient beaucoup plus calmes et maîtres d'eux. J'essayer de rester serein, seulement plus la distance entre le front et notre vaisseau diminuait et plus j'angoissais.

« L'Akatsuki mène actuellement un combat contre l'armure mobile ennemie à deux heures ! »

L'annonce de Miriallia supprima le peu de calme que j'avais réussi à récupérer et je cédai à la panique. Elle se battait !

L'image de deux armures mobiles s'affrontant remplaça celle de l'île et je paniquai encore plus quand je découvris l'identité de l'unité qu'elle affrontait. Le Destiny ! Shinn ! Elle avait dégainé son sabre et dressé contre l'épée de Shinn pour se défendre. Leurs deux boucliers étaient collés l'un à l'autre et une boule d'énergie électrique se créa entre eux.

Je pianotai sur mon clavier pour rentrer en contact avec elle lorsque son unité se retrouva projeter au loin par l'énergie qui s'était accumulée entre eux. Je l'entendis laisser échapper un petit cri au moment de l'impact et je restai complètement aphone au moment ou le Destiny s'élança vers elle, l'épée levée. Je vivais un véritable cauchemar !

L'épée trancha son bouclier et elle se retrouva projeter de nouveau en arrière. Elle cria et je sentis dans sa voix qu'elle commençait, elle aussi, à paniquer. J'essayai de me reprendre mais la peur m'empêchait de prononcer le moindre mot.

Il lança l'un de sabres vers l'Akatsuki et elle parvint tout juste à l'éviter. Son bras gauche fut coupé et l'impact la secoua une fois plus. Shinn lança son second sabre vers elle et j'entendis son alarme résonner dans mon casque. Ils arrivaient chacun d'un côté et elle n'avait aucune chance de les éviter tous les deux. Elle devait bouger, prendre ou perdre de l'altitude ca n'avait aucune importance mais bouger !

« Cagalli ! Hurlais-je dans l'espoir de la faire reprendre ses esprits »

Son alarme continua de sonner et elle laissa échapper deux cris de surprise. Son unité n'avait toujours pas bougé, elle devait être pétrifiée. Les sabres continuèrent de sa rapprocher d'elle et je commençai à perdre espoir. Pourquoi ne bougeait-elle pas ?! Je sentis des larmes me monter aux yeux et essayai de nouveau de la faire réagir mais aucun son de ne sortait de ma gorge. J'étais tout aussi pétrifiée qu'elle...

Les sabres n'étaient plus qu'à quelques centimètres d'elle et j'avais l'impression que mon cœur allait cesser de battre. Je me sentais déjà mort. Elle n'avait plus aucune chance de s'en sortir. Il était trop tard pour qu'elle puisse éviter un coup mortel et je ne pouvais pas m'enlever cette idée de la tête. Je voulais espérer qu'elle soit encore suffisamment rapidement pour bouger son unité mais mon expérience me disait que c'était impossible. Elle allait mourir juste là devant mes yeux parce que je n'avais pu pas l'empêcher de partir. Je comprenais maintenant pourquoi elle m'avait répondu avant de partir…

Deux éclairs dorés m'aveuglèrent quelques secondes et j'entendis Cagalli hurler, comme si elle accusait un puissant choc. Je rouvris les yeux pour constater que son unité était intacte et qu'une autre se dressait devait elle. C'était le Freedom !

« Kira… ? Kira, c'est toi ? »

Sa douce voix me fit sortir de ma stupéfaction. Elle était en vie et Kira la protégeait. Mon cœur repris petit à petit un rythme normal et mon angoisse se dissipa. Elle ne risquait plus rien maintenant que Kira était de retour.

« Murrue-san, veuillez prendre soin de Lacus ! Je vais m'occuper de la situation »

Sa voix avait résonné dans toute la pièce et j'eus l'écho de son message à travers le canal de communication que j'avais établi avec Cagalli. Il continua de parler uniquement à Cagalli et j'eus du mal à comprendre l'ordre qu'il lui donna tant la connexion était mauvaise. La seule chose que j'entendis parfaitement fut sa réponse :

« Compris ! »

En regardant sur la carte, je vis un point se diriger dans notre direction. D'après les dires de Kira, le pilote de l'unité qui venait à notre rencontre n'était autre que Lacus et je décidai de quitter mon poste lorsque Murrue ordonna aux membres de l'équipe technique de se préparer à l'atterrissage de son unité.

Me relever ne fût pas chose facile et je dus me rattraper au dossier de ma chaise pour ne pas tomber. La douleur, bien que beaucoup plus diffuse, était revenue d'un coup et m'avait cloué sur place. Je la laissai s'atténuer et sortit de la pièce d'un pas chancelant.

Atteindre le hangar se révéla encore plus dur que je ne l'avais imaginé et je dus m'arrêter un bon nombre de fois pour reprendre un peu de force. Lorsque j'arrivai, elle me tournait le dos et parlait avec quelqu'un que je supposai être Murrue. Elle était vêtue d'une combinaison rose et ses longs cheveux étaient détachés.

Je l'appelai :

« Lacus ! »

Elle se retourna vers moi et vint à ma rencontre, d'un pas pressé. Elle posa ses yeux sur mes bandages et j'ignorai son regard sombre et réprobateur. Je ne lui laissai pas le temps de commencer le moindre reproche et m'étonnai :

« Penser que tu voyageais dans ça… Tu vas bien ?

- J'étais juste assis à l'intérieur, Kira a fait tout le reste ! »

Sa remarque me fit sourire et je me sentis stupide d'avoir imaginé qu'elle l'avait piloté tout le chemin.

« Et toi, Athrun, tu vas bien ? me demanda-t-elle, subitement sérieuse.

- Oui, je vais mieux, mentis-je »

Je n'aimais pas qu'on se préoccupe de ma santé. En fait, je n'aimais tout simplement pas être le centre d'attention de quelqu'un.

« Je ne parle pas que de ton état physique, Athrun. »

Elle m'avait rétorqué ceci d'une voix si douce et si consternée que je m'en voulus de l'avoir repoussée. Elle était mon amie et pourtant je me sentais incapable d'aborder le sujet qu'elle voulait. C'était encore trop récent pour moi et me souvenir de ce que j'avais fait me dégoutait de moi-même. La voir là, en face de moi, me faisait penser à Meer et je me sentais mal à l'aise rien qu'en me rendant compte que j'avais permis au Président d'utiliser l'image de mon amie à des fins personnelles contraires à tous ses idéaux et les miens. Je détournai la tête et elle m'annonça, d'un ton monocorde :

« Je vais me changer, je ne me sens pas très à l'aise dans cette tenue. »

Elle commença à s'éloigner de moi puis s'arrêta pour ajouter :

« Si tu as besoin de parler, je suis là. »

Je sentais dans sa voix qu'elle était attristée. Ce n'était pas que je ne voulais pas mais que je ne savais pas moi-même par où commencer. Je voulais lui dire la vérité, m'excuser d'avoir laissé une telle chose se produire. Je ne trouvais pas les mots, ni le courage de le faire. Comment pourrais-je un jour me faire pardonne pour tout ce que j'avais fait ? Je m'étais opposé une fois de plus à mon meilleur ami, j'avais blessé la femme que j'aimais et ma plus chère amie…

Je relevai la tête vers l'unité dans laquelle elle avait voyagé et fus surpris. Elle ressemblait exactement au Justice, elle était même la réplique parfaite ! Quand avait-il été reconstruit ?

Quelqu'un s'arrêta à ma gauche et sursautai en reconnaissant Lacus. J'étais vraiment plus fatigué que je ne le croyais…

« C'est le Justice ? Lui demandai-je pour avoir la confirmation de ma pensée.

- Oui.

- Pour moi ?

- Tu es le seul qui puisse en prendre la décision. »

Pourquoi même mes proches ne voyaient-ils qu'en moi qu'un simple pilote ?

« Quelle qu'elle soit, ajouta-t-elle quelques secondes plus tard. »

J'écarquillai les yeux de surprise. Qu'entendait-elle par ça ? Que je pouvais refuser de prendre les armes ? Que j'avais le droit de rester ici à ne rien faire pendant que mon meilleur ami se retrouvait confronté à mes anciens camarades ?

« Alors toi aussi, tu me dis que je ne suis rien d'autre qu'un soldat ? »

Ma question la laissa impassible, comme si elle s'était attendue et déjà préparée à ma réaction.

« Pour ça aussi, c'est à toi de décider. »

Elle me lança un sourire franc et je me sentis perdu. Je ne savais plus quoi faire. Si je reprenais les armes, je redevenais de nouveau le pilote écervelé, qui ne faisait que suivre les ordres, que le Président avait voulu me faire devenir. Et si je restais là, je n'étais rien d'autre qu'un trouillard incapable de protéger ce en que quoi il croyait et ceux qu'il aimait. J'avais fuit ZAFT pour ne pas devenir l'un de ces deux personnages et maintenant on me redemandait de faire un choix, qui n'en était pas vraiment un…

« Je suis désolée que tu te sois renfermé sur toi-même. Je sais que c'est dur, que c'est bientôt la fin…que tu voudrais abandonner. Je me rends bien compte que c'est cruel pour tes blessures… mais Kira… Il croit en toi. Il m'a demandé de descendre avec le Justice parce qu'il savait que tu voudrais pouvoir faire.

- Kira… »

Mon meilleur ami me connaissait vraiment bien. Bien sûr que je ne pouvais pas rester là à ne rien faire alors que même Cagalli combattait. Bien sûr que je voulais aussi protéger le pays qui m'avait accueillit et qui croyait au même idéaux que moi. Seulement, je ne pouvais pas, je ne voulais pas redevenir celui que j'avais faillit devenir. Je ne voulais pas être juste un soldat, un pilote d'armure mobile…

« La force seule n'est rien, c'est ce en quoi tu crois qui fait de toi celui que tu es. Même si tu es un soldat, tu es avant tout Athrun, non ? »

Ce en quoi je crois… Je ne savais pas où j'en étais moi-même. Mes idéaux n'avaient pas changé, c'étaient toujours ceux que Cagalli et ce vaisseau défendaient. Mais c'était aussi ceux que le Président m'avait fait croire qu'il défendait. Je ne voulais plus être utilisé, ni manipulé. Je voulais choisir et j'avais peur de faire le mauvais choix. J'étais parti pour faire quelque chose par mes propres moyens et je n'avais rien pu faire. Je n'avais qu'aggravé les choses. N'allais-je pas continuant en reprenant les armes ? En pilotant l'unité que Lacus m'offrait ?

Le Président avait fait de même, avait employé ces mêmes mots pour me persuader de réintégrer l'armée qui m'avait considéré comme un traitre pendant deux longues années. Lacus et Kira étaient mes amis, pourquoi voudraient-ils me manipuler ? Cagalli était la personne la plus chère à mes yeux et son pays était attaqué par ceux qui m'avaient abattu sans la moindre considération.

ORB était mon pays et j'étais un soldat d'ORB. En tant que tel, j'avais pour devoir de le protéger ainsi que les idéaux qu'il défendait. Mes idéaux.

« J'ai pris ma décision. »

Elle me regarda surprise puis je lus de la satisfaction dans ses yeux. J'avais pris la bonne décision, j'en étais certain maintenant. C'était mon choix, je n'allais me battre pour personne mais juste pour ce que en quoi j'avais toujours cru. On m'offrait une force que je savais maitriser et je l'acceptais parce que je l'avais décidé et non parce qu'on me l'avait imposé. J'étais Athrun et j'allais me battre pour protéger ceux que j'aimais.

Lorsque je sortis de mes pensées, j'étais installé aux commandes du Justice, qui progressait sur la piste de décollage. J'avais ma combinaison sur le dos et ma détermination était inébranlable. J'étais un soldat, un pilote mais j'étais avant tout…

« Athrun Zala. Justice. Décollage, lançai à l'intention de l'équipe de maintenance. »

Moi-même.

« STOP !! » Hurlai-je comme un fou en lançant l'un des sabres du Justice sur le Destiny.

Shinn stoppa son mouvement ce qui permit à Kira de se stabiliser. Il s'était retrouvé seul face à lui et Rey et avait bien faillit y passer une nouvelle fois. Il était complètement inconscient de s'opposer à eux deux ! Shinn l'avait déjà abattu une fois et il était seul. Là, il s'était retrouvé contre eux deux, certes avec le Freedom et plus le Strike… mais ca n'en restait pas moins de l'inconscience !

La surprise que j'avais provoquée chez mes anciens camarades s'estompa rapidement et Shin repoussa mon sabre de son bouclier. Je me jetai vers lui, le mien en avant. Il fallait que je l'empêche de tenter quoi que ce soit : Kira n'avait pas du encore reprendre totalement ses esprits !

Le choc de nos deux unités l'une contre l'autre réveilla ma douleur à la poitrine et je serrai les dents. Elle était supportable, elle avait été pire.

« Arrête ca, Shinn ! Ordonnai-je. »

Son image apparut sur l'écran, en haut à droite de mon écran, et je le vis cligner plusieurs fois des yeux. Il était complètement stupéfait et je pouvais le concevoir. Mon unité avait explosé, il y avait très peu de chance de s'en sortir vivant. Et pourtant, j'étais là en face de lui, en chair et en os

« Athrun… Mais…C'est… ! Bafouilla-t-il.

- Arrête ça maintenant ! »

Mon ton était sec et autoritaire. J'avais essayé la première fois de lui faire comprendre gentiment que la voie dans laquelle il s'engageait n'était pas celle qu'il pensait être mais il ne m'avait pas écouté. Le Président avait réussi à le transformer en une véritable machine à tuer. Il ne réfléchissait même plus par lui-même !

Je devais le ramener à la raison avant qu'il ne soit trop tard, avant qu'il ne puisse plus faire marche arrière. La partie était perdue d'avance, je n'avais jamais eu d'influence sur lui mais je devais au moins essayer.

« As-tu vraiment une idée de…de ce que tu tentes de détruire. Détruire Logos afin de faire cesser toutes les guerres… »

J'avais été comme lui, aveuglé par la colère. J'avais pris les armes pensant que je protégeais mon pays. J'avais suivi les ordres et tué de nombreuses personnes parce que j'avais cru que c'était la meilleure solution…

« C'est pourquoi OBR doit être détruit. »

Détruire pour les empêcher de nous attaquer. Détruire avant qu'ils ne nous tuent. J'avais détruit, tué, sans réfléchir à mes actions. Eux aussi protégeaient leur pays, se défendaient. Lutter, toujours lutter sans jamais se demander si cela menait à quelque chose.

« Est-ce vraiment ce que tu désires ? »

Elle m'avait ouvert les yeux ce jour-là. Elle m'avait fait réfléchir, m'avait montré une autre vision du conflit, une autre facette de la guerre. Elle m'avait fait comprendre qu'il n'y avait pas qu'une seule solution, que se battre sans savoir pourquoi ne menait à rien.

« Ils n'ont pas écouté. C'est pourquoi ils doivent être détruits ! »

Je m'étais battu à mort avec Kira parce qu'il avait refusé de m'écouter mais je ne l'avais pas non plus essayé de le comprendre. J'étais resté sur mes positions sans jamais essayer de discuter avec lui, de parler avec eux. J'avais été comme lui, manipulé par les belles paroles de mes supérieurs.

Seulement j'avais réussi à me rendre compte que le monde qu'il voulait faire n'était pas celui que je souhaitais. Elle me l'avait fait comprendre. Et lui aussi avait besoin de quelqu'un pour espérer s'en sortir. Je ne perdais pas espoir, il y avait toujours une chance.

« Pour montrer tes crocs contre cette nation...Souviens-toi, Shin ! Qu'est ce que tu veux vraiment ? »

J'avais choisi de fuir, de m'opposer à mon père. J'avais fais un choix et il m'avait mené à ce que j'avais souhaité. J'avais fais mon choix alors que lui non !

Le Legend se précipita vers moi et me tira dessus. J'évitai ses tirs du mieux que je pouvais. Kira s'interposa entre lui et moi, et s'opposa à Rey. Tout se passa ensuite si vite. Shinn commença à se diriger vers Kira et je m'interposai à mon tour. Je savais que tenter de le raisonner était peine perdue, Rey et le Président avait trop d'emprise sur lui. Dans son état, je ne pouvais plus rien faire.

Il allait attaquer Sa nation et je n'allais pas le laisser faire. J'allais La protéger de lui.

« Je ne te laisserai pas détruire OBR ! »

(*) Angoisse