Chapitre X

Je poussai un gémissement, haletante de désir. Les doigts d'Artyom me parcouraient, ainsi que ses lèvres fines traçant un chemin brûlant le long de mon ventre. Sa bouche embrassa la courbe de mes seins puis, s'empara de la pointe érigée de l'un d'eux le mordillant et le suçotant avec ardeur. Je ne pu retenir un cri de délice, m'arc-boutant contre Artyom dont le sexe frotta avec lascivité contre mes chaires moites. Il grogna contre ma peau, sa main caressant la courbe de ma hanche libre. Je sentais la tension et le vide dans le bas de mon ventre s'accroître douloureusement. J'en voulais plus, plus que des caresses et des baisés.

« Fais-moi l'amour, Artyom, murmurai-je d'une voix rendue rauque par le désir. »

Il abandonna mon sein, soufflant doucement dessus. Ses yeux se vrillèrent aux miens, fiévreux et rempli de promesses de luxures me faisant sourire. Artyom se hissa jusqu'à moi, ses longs cheveux tombant en rideau autour de mon visage. Ses lèvres capturèrent les miennes alors qu'il se positionnait entre mes cuisses, sa verge turgescente écartant doucement les plis humides de mon anatomie. Il exerça une lente poussée, s'enfonçant doucement en moi. Le vide laissa place à l'extase. J'accompagnai son mouvement de va et vient langoureux, mes ongles éraflant son dos moite de sueur.
Artyom poussa un gémissement, appuyant son front sur ma clavicule.

« Je vais jouir en moins de deux, si tu continues, grogna-t-il.
– Pas grave. On a toute la nuit pour ça. »

Il soupira bruyamment, redressant son visage.

« Je t'aime.
– Moi aussi, mon ange.
– Je veux te faire du bien.
– Tu es déjà entrain de me faire du bien. »

Le coin de sa bouche se redressa doucement. Il déposa un rapide baisé sur la mienne, accélérant le rythme.

Les doigts encore brûlants de son contact, Léna se remémorait le regard affamé d'Ace, s'attardant sur chaque courbe de son corps, n'y laissant qu'une traînée brûlante et suave. Elle s'était sentie mise à nue et désirée, chose impossible à ses propres yeux. Aucun autre homme que son défunt compagnon ne l'avait regardé de la sorte. Et bon sang, cela lui avait plus ! À sa plus grande honte, elle avait voulu qu'il continue à la regarder ainsi. Qu'il lui montre à quel point il la voulait. Qu'il la touche.

Toute la joie et la tendresse du monde irradiait des pores de sa peau. Elle savait qu'il appréciait ce qu'il regardait : ses yeux n'avaient pas quittés sa poitrine, son torse se soulevant brusquement, se bloquant comme un coup porté à bout portant. Se souvenir de son attitude fit monter une vague de panique en elle, mélangé à l'envie. Et si l'attention qu'il lui portait été mauvaise ? Qu'elle se berçait d'illusions, purement et simplement et qu'il ne souhaitait rien de plus que du sexe avec ?

Elle glissa un regard en coin vers son ami marchant à ses côtés avec nonchalance. Sa démarche était souple, décontractée. Dangereuse. Rien ne laissait transparaître sa force et sa détermination à éliminer quiconque se dresserait sur son chemin. Pas un instant, elle ne douterait de lui. Il était un allié inestimable et un ennemi redoutable. Et au plus profond de ses entrailles, elle était persuadé qu'il ferait tout pour elle. Alors, pourquoi ne se laissait-elle pas tentée ?

Pour Artyom.

Elle ne pouvait pas l'oublier, faire comme si de rien n'était et sauter dans les bras du premier homme qui lui accorderait un minimum d'attention. Non. Léna baissa les yeux sur ses boots et son pantacourt en jean troué. Qui plus est un pirate. Elle songea à la peau douce qui recouvrait ses muscles d'acier, la vallée de ses pectoraux et de ses abdominaux descendant dangereusement vers la fine ligne de poils rêches disparaissant sous son pantalon.

Elle prit une brusque inspiration, sa peau parcourut d'un frisson. Elle secoua la tête de droite à gauche. Serait-il comme Artyom ? Capable de dissiper ses craintes en l'emprisonnant dans ses bras ? L'embrasser au point de lui faire perdre la tête ? Elle se mordit la lèvre inférieure : elle ne voulait pas y penser. Artyom était mince, presque fragile à ses yeux à l'inverse d'Ace. Or, il lui avait prouvé à maintes reprises qu'il était plus fort qu'il n'y laissait paraître. Ses muscles noueux et fins saillaient sous sa peau tendre, et ô combien de fois l'avait-elle embrassé, mordillé pendant l'amour, lui murmurant à quel point elle l'aimait ? Elle ne s'en souvenait plus. Artyom était le genre d'homme à ne pas avoir peur de montrer ses sentiments, à la toucher en public, glissant sa main dans la sienne et l'embrassant jusqu'à en perdre haleine. Il se foutait de se que pensait les gens. L'honneur ? Peu lui importait, il le lui avait fait comprendre en la comblant de bonheur et en se moquant des autres, trop à cheval sur leur fierté.

Elle soupira. Rien. Ils n'étaient pas comparable. Ace pourrait-il la guérir de tout ? De son manque, de sa peur, de sa solitude ? La combler corps et âme. Elle respira à plein poumon, chassant ses pensées et laissant traîner ses yeux sur les vendeurs remballant leurs affaires. Le crépuscule réveillait les humeurs festives de certains habitants, sortant de leur maison et buvant joyeusement en chantonnant de petites comptines improvisées.

Captivée, elle cligna des paupières, observant les trois ivrognes chantant à tue tête, puis se détourna d'eux lorsque Ace l'interpella.

– Tout va bien ?
– Bien sûr.

Ses sourcils fronçaient se délièrent, l'inquiétude s'évaporant de ses traits.

– Tu ne me répondais pas, sourit Ace, une pointe d'inquiétude perçant son ton détaché.
– Oh.

Ciel ! Était-elle plongée à ce point dans ses réflexions ? L'expression soucieuse d'Ace lui confirma ses soupçons.

– Pardon, j'étais ailleurs, s'excusa Léna entortillant une mèche autour de son index.
– Je l'ai remarqué.

Elle pinça les lèvres avec regret.

– Je pensais à mon pouvoir, mentit-elle.
– Tu t'en soucis encore ?

Il avait haussé un sourcil en accent circonflexe, montrant son étonnement. N'empêche, comment ne pourrait-elle pas réellement se soucier de son pouvoir ? Rien en mer ne pourrait l'aider et même dans les grandes villes, elle ne pourrait pas l'utiliser.

– C'est un poids mort, argua-t-elle en se désignant de la main, comment veux-tu que je t'aide avec ? Avec mes griffes difformes pleines de poison ? Faudrait que je survive assez longtemps pour toucher mon adversaire s'il m'a pas planté avant. Je serais aussi inutile au combat à distance.

Ace fit claquer sa langue sur son palais en signe de mécontentement, secouant la tête, il lui assena une bourrade amicale avec plus de délicatesse qu'il n'en avait l'habitude. Une petite douleur sourde résonna dans son épaule déjà meurtrie, la faisant grogner et frictionner la zone marquée, lançant un regard noir au pirate. Ses lèvres se courbèrent en un sourire d'excuse tendre, la couvant du regard avec une douceur qui ne lui était pas commune. Toute chamboulée, Léna détourna les yeux, ses joues lui brûlant étrangement. Elle les frotta énergiquement, espérant faire croire que cela était dû à l'irritation et non à la gêne.

Rougir n'était pas dans ses habitudes. Les rares fois où une émotion avait teinté ses joues de carmin, Léna était dans les bras de son amant à savourer les plaisirs de la chair, gémissant le nom de son homme.
Rarement dans d'autres circonstances.

Elle se passa une main moite sur le visage. Alors, bon sang, pourquoi réagissait-elle ainsi ?

La soirée passa lentement sans que Léna ne le regarde réellement, plongée dans ses pensées, elle ignorait tout ce qui l'entourait, sa voix, le bruit des gens, les odeurs de nourritures, – bien que ce fut lui le plus attiré – il s'attendait à un minimum de réaction de sa part. Or, rien ne vint perturber la torpeur de la jeune femme, même lorsqu'ils arrivèrent près d'un hôtel. L'envie de la toucher était viscérale, impérative afin de la ramener à la réalité. Il serra les doigts, se morigénant intérieurement. Elle ne l'aimait pas et elle ne pourrait jamais l'aimer. Il était sa peur, son cauchemar. Son pouvoir la hantait, la consumait. Il ne lui apportait rien de bon. Après tout, il était le fils d'un démon.
La voix de Léna le tira de ses sombres pensées, ses doigts frais effleurant son bras avec précaution.

– Ça va ?
– Oui.

Ses yeux verts noisettes exprimaient la culpabilité et l'inquiétude. Bon sang ! Il détestait ce regard, qu'elle se soucie de lui. Elle raffermit sa prise, la paume moite et légèrement tremblante. Le toucher lui demandait des efforts. Qu'espérait-il d'elle ?

– Je ne sais pas à quoi tu penses, mais arrêtes ça tout de suite.

Sa voix avait baissé d'une octave, devenant plus grave, intimidante entre ses dents serrées. Ace cligna des paupières, baissant les yeux sur la main de la jeune femme, écarlate. La honte survint à l'horreur lorsqu'il prit pleine mesure de ce qu'il avait fait.

– Merde! Ta main ! S'étrangla Ace la saisissant et la retournant paume vers le ciel.

Ses doigts tremblaient, la chair à vif et suintante. Ace jura, furieux contre lui-même. Comment diable avait-il pu perdre le contrôle sur son pouvoir ? Cela ne lui était jamais arrivé ! Et pourquoi n'avait-elle pas enlevé sa main ou crié, bordel ?

– Je vais te soigner, je suis vraiment désolé, déblatéra-t-il précipitamment, ça ne m'étais jamais arrivé.

Ses sourcils étaient froncés au point de former une ligne verticale entre eux, ses dents serrées dévoilant ses gencives et sa grimace de colère. Léna grinça des dents à cette image. Qu'il arrête de se faire mal, qu'il arrête avec ses pensées insidieuses.

– Arrête ça, tout de suite, Ace ! Si tu as l'intention de prendre une chambre à l'hôtel, fait-le, mais tu as intérêt à ne pas faire cette tête tout le long ou je t'en met une !

La bouche d'Ace s'ouvrit et se referma machinalement, étonné. Sans un autre regard pour lui, Léna se détourna et entra dans le hall sans l'attendre.

– Tu aurais pu me prévenir que c'était la porte à côté, siffla Léna, invective.

Furieuse, elle était rentrée dans la mauvaise chambre, tombant nez-à-nez avec un homme dans son plus simple appareil, fasciné par une bouteille qu'il nommait tendrement Juju. Voir un homme nu ne la dérangeait pas le moins du monde, mais il aurait fallu qu'il soit un peu moins vieux et tordu pour que cela ne lui laisse pas de marque indélébile à l'esprit.

– Je n'en ai pas vraiment eu le temps, se défendit Ace visiblement outré par cette accusation, tu n'avais qu'à m'attendre, bon sang !

Elle crispa la mâchoire, dardant sur lui un regard noir, elle fit volt-face et se planta face à lui, lui enfonçant son index dans le torse avec assez de force pour le faire reculer et plisser les yeux.

– Tant que tu feras cette tronche, Ace, je ne t'attendrai pas ! Je ne sais pas à quoi tu penses, ni si j'en suis la cause, mais tu peux te l'enfoncer profondément dans le crâne que tu n'as pas à te soucier de moi !

Elle joignit le geste à la parole, martelant son torse de son petit doigt et appuyant sur les derniers mots presque en criant. Ace grimaça, laissant apparaître ses dents et gencives alors que la sueur perlait sur ses tempes. Ce changement radical de comportement le laissait sans voix. Il ne comprenait pas et ne savait pas ce qu'il se passait dans la tête de Léna. Elle se détourna de lui avançant jusqu'à sa propre chambre où elle inséra la clé dans le verrou, produisant un cliquetis suivit d'un claquement sec tandis qu'elle actionnait la poignée de sa bonne main.

Attendant quelques secondes sans bouger, hésitante, elle se tourna vers lui, l'expression grave malgré ses yeux brillants. Elle se mâchonnait encore la lèvre inférieure, un toc qui démontrait qu'elle était en pleine réflexion.

– Je suppose que nous passons la soirée chacun de notre côté, commença Léna, détournant les yeux en prononçant sa phrase.
– Sauf si tu veux bien de moi.

Une lueur furtive passa dans les yeux de la jeune femme lorsqu'elle les releva vers lui, trop rapide pour que Ace puisse l'identifier. Quelques secondes de silencieuses s'écoulèrent avant qu'elle ne hoche la tête, s'écartant de l'encadrement de la porte afin de le laisser passer. Ace eut envie de sauter de joie, de crier, mais se contenta de sourire, les lèvres fermées et de s'avancer vers elle.

Aucun mot ne passa le seuil de sa bouche, étonnement calme, Léna inspecta la chambre sobrement aménagée, dont les couleurs pastelles lui donnèrent la nausée. Elle détestait ces couleurs si fades et pauvres à ses yeux qui la dérangeait. Les draps étaient blancs, légèrement grisés à force d'être lavés, sentant fortement le produit lessive à la lavande. Sans doute afin d'éviter les mites. La tête de lit était fait de bois brut, sculptée de plusieurs courbes entrelacées représentant des vignes de vins, de grappes de raisins, enchaînant sur un champ de vignes. Tout rappelait le travail du vin dans la chambre, ainsi que dans l'hôtel. La commode était recouverte d'accessoires pour la récolte, ainsi que d'une fine nappe brodée. Elle se dirigea vers une porte adjacente à la chambre, découvrant la salle de bain.

La pièce était peinte en vert anis jusqu'à un mètre du sol, où des motifs en surimpression de feuilles en papier-peint scindait la moitié du mur laissant le reste blanc. Une fenêtre à double battants donnait sur la rue agitée par les habitants ivres et maladroits qui titubaient tant bien que mal vers leur prochain verre en chantant. S'éloignant de la fenêtre avec un léger sourire aux lèvres, elle remit le rideau brodé en place, inspectant le reste de la pièce. Un seul regard vers la baignoire la conquit : assez large pour trois personnes, elle occupait la majeure partie de la pièce, faite de marbre blanc finement sculpté sur le pourtour, une tête de lion prônait sur le centre de la baignoire, suivit de multiples entrelacements semblables à des rayonnements.

– Je veux repartir avec cette baignoire.

Le rire franc de Ace s'éleva de la chambre, alors qu'il apparaissait dans l'encadrement de la porte.

– Ça va être difficile de repartir avec, commenta le pirate en croisant les bras sur son torse musculeux.
– Dommage, j'avais quelques projets pour elle, soupira Léna en secouant la tête de droite à gauche.

Une lueur d'intérêt passa dans les yeux du pirate.

– Quels genres de projets ?

La jeune femme eut un sourire énigmatique qui atteignit ses prunelles verts noisettes.

– Le genre de projet qu'une femme rêverait d'avoir dans cette baignoire.

Ahuri, la mâchoire de Ace s'ouvrait et se refermait à intervalle régulier sous le fou rire de Léna. Elle se dirigea vers lui, le poussant doucement à l'extérieur et referma la porte. Cela eut le mérite de lui changer les idées, bien qu'elle espérait que Ace se ressaisisse.

Dès que l'eau eut fait son office et qu'elle soit totalement détendue, Léna se sécha rapidement et s'habilla tout aussi vite, passant un tee-shirt ample gris et un jean noir dans lequel elle était à l'aise avant d'enrouler ses cheveux humides dans une serviette. Ace l'attendait patiemment sur le bord du lit, jouant avec la ficelle de son chapeau. Il s'en détourna dès qu'elle rentra, posant ses yeux immédiatement sur elle, un sourire fleurant sur ses lèvres petite voix lui susurra des mots qu'elle n'aurait jamais pensée. Ace était un jeune homme beau, puissamment bâti, taillé pour le combat. Les muscles de ses biceps roulaient sous sa peau avec fluidité et élégance. Ses épaules larges semblaient faites pour y planter ses ongles. Son regard s'attarda plus bas, sur ses hanches étroites, cintrée par son bermuda noir. Son investigation fut interrompue par la voix d'Ace.

– Alors ? Je peux te soigner, maintenant ?

Léna haussa un sourcil sarcastique.

– Ça dépend. T'as fini de faire le con ?

Un sourire penaud étira les lèvres du pirate, se grattant l'arrière du crâne.

– Ce n'est pas très poli.
–- Ne me parle pas de politesse quand tu te fais du mal, Portgas. Je suis quelqu'un qui perd vite ses bonnes manières quand quelqu'un se flagelle de la sorte.

Le sourire de Ace s'étira d'avantage, remplit de sous-entendus qu'elle préféra ignorer.

– Dans ce cas, je me verrai dans l'obligation de te mettre une correction.

Elle s'avança vers la commode, frottant ses cheveux et émettant un bruit sec de désapprobation avec sa bouche.

– Au lieu de dire des bêtises, le rabroua-t-elle en désignant du menton son sac, tu as quelque chose pour me soigner ?

Elle agita sa main blessée sous le nez du brun dont le rictus trembla légèrement. Il se détourna d'elle, tirant sa besace zébré de vert et noir, il en sortit des bandages et ce qu'elle crut être du désinfectant. Léna n'attendit pas l'invitation du pirate à se joindre à lui, elle tira une chaise qu'elle positionna face à lui et lui tendit sa main. L'effet fut immédiat : les prunelles de Ace s'obscurcirent de remords. Cela fit fulminer la jeune femme dans son for intérieur, lui donnant de violentes pulsions meurtrières. Ciel ! Elle n'avait pas ressenti d'émotions aussi fortes depuis longtemps. Cette révélation tomba sur elle comme une épée de Damoclès. Tout cela grâce à lui.

Grâce à Ace.

Son cœur trembla d'émoi, exultant une multitude d'émotions qui la firent chanceler. Elle serra le poing sur son genou, respirant brutalement afin de refouler ses larmes. De reconnaissance ? De joie ? Elle ne savait pas quel nom leur attribuer ni comment les tempérer. Bon sang, tout refaisait surface avec une violence inouïe et tant attendu. La main de Ace la ramena à la réalité, ses doigts chauds se refermant sur son menton et le releva. Ses prunelles d'obsidiennes capturèrent les siennes, occupant tout son champ de vision. Elle déglutit péniblement, incapable de se détourner de l'intensité de son regard.

– Je t'ai fait mal ?

Léna cilla des paupières, ne comprenant pas tout de suite ce qu'il insinuait, jusqu'à sentir quelque chose de tiède couler le long de sa joue. De la pulpe de son index, elle recueilli une larme qu'elle n'avait pas eut conscience de laisser filer.

– Oh, merde. Non, tu ne m'as pas fait mal. Ce n'est pas ça.

Ses yeux se firent inquisiteurs, plus soucieux.

– Qu'est-ce qu'il y a, alors ? S'enquit Ace d'une voix étrangement douce.

Un petit rire échappa à la jeune femme, essuyant ses joues moites du revers des mains.

- Rien. Je me sens bien, c'est tout.

La tête de Ace eut un léger mouvement de recul, ses sourcils se touchant presque tant il fut perplexe.

– Ah. Eh bien, tant mieux.

Elle rit en voyant le trouble du pirate. Enfin, elle ressentait de nouveau pleinement.

Une odeur âcre et piquante, irrita désagréablement sa gorge. Clignant des paupières, elle peina à voir plus loin que le bout de son nez, toussotant douloureusement. Il lui fallut quelques secondes avant de comprendre d'où provenait l'odeur. Une peur panique la secoua de la tête aux pieds.

Non ! Pas ça !

Léna bondit hors de son lit, jetant des regards frénétiques alentours, elle se rua sur la porte en suffoquant, incapable de tourner la poignée. Elle tambourina violemment sur la porte, se jetant dessus sans qu'elle ne bouge d'un millimètre. La fumée rendait ses yeux larmoyant, les larmes dévalèrent sur ses joues dans un flot ininterrompu, brouillant d'avantage sa vue. Sans attendre, elle fonça à la salle-de-bain, se ruant sur la fenêtre : elle préférait se briser les deux jambes plutôt que de mourir dans les flammes.

Elle stoppa nette sa manœuvre, abasourdie. Les flammes ne venaient pas de l'immeuble, bien que la fumée envahissait la pièce, mais elle venait de dehors. Le feu se propageait aux champs et aux arbres face à la rue, la plongeant dans un tel état d'horreur qu'elle fut incapable de bouger, ni de crier. Ses cordes vocales étaient trop nouées et à vif pour qu'elle puisse prononcer quoique ce soit. Le rougeoiement des langues de feu submergèrent les arbres, engloutissant et rampant rapidement sur l'écorce. La peur, paralysante et suffocante la tétanisait, rigidifiait chacun de ses muscles jusqu'à la rendre sourde aux cris et au vacarme ambiant.

Un bruit sourd, suivit d'une explosion survint derrière elle. Le fracas du bois volant en éclats, la voix rêche et inquiète d'un homme. Des bras l'emprisonnèrent, la soulevant comme une brindille. La peur la paralysait. Son œsophage était sec, enflammé, incapable de laisser passer l'air. Des tâches blanches éclatèrent devant ses yeux, son cœur accéléra douloureusement, une sensation de chute, puis la légèreté de l'inconscience.

Le vent rugissait dans ses tympans, la secouant de spasmes incotrôlés. Elle se recroquevilla sur elle-même, inspirant brusquement, crachotant ce goût âpre emplissant sa bouche. Se redressant péniblement, elle respira brutalement, se redressant sur les coudes. Sa vue recouvrit son acuité à chaque battement de cils. Une pointe de panique lui transperça le cœur. Le feu. Le feu recouvrant le paysage réduisant tout en cendres. Un frisson de peur la parcourut. Les flammes avaient été enrayée près du village, les habitants travaillant d'arrache pied afin de l'éteindre. Des sueurs froides naquirent dans sa nuque.

Pourtant, ses pensées n'arrivaient pas à se focaliser sur quoique ce soit. Si ce n'était sur un nom.

– Ace.

Un bloc de glace tomba dans son estomac. Bordel, où était-il ? Elle attrapa le bras d'un homme passant en trombe à côté d'elle, le forçant à se retourner.

– Auriez-vous vu Ace ?! C'est mon ami! Il est grand, cheveux noirs avec une tête de mort dans le dos.
– Je vois pas qui c'est, m'amzelle ! Lâchez-moi, je dois aider les autres.

Il repartit à toute berzingue, laissant Léna seule. Ne se laissant pas démonter, elle fonça sur d'autres habitants, les empoignant jusqu'à ce qu'ils lui répondent. Aucun ne fut capable de lui répondre, si ce n'était une femme.

– Il a foncé dans les flammes tête baissée ! Il doit être mort, votre homme. Vous feriez mieux de nous aider plutôt que de courir après ce fou!
– Par où est-il parti ?!
– Ça sert à rien, j'vous d-
– J'EN AI RIEN À FOUTRE DE VOTRE AVIS ! OÙ EST-IL ?! Tonna-t-elle en la secouant violemment.
– Par-là ! Indiqua la femme de l'index, mais vous perdez votre temps !

Ses paroles moururent dans le vent, Léna courait déjà vers les vignes, là où les flammes était les plus virulentes.

Les braises virevoltèrent dans l'air, dessinant des arcs et paraboles dansantes, dangereuses. L'adrénaline rétrécissait son champs de vision, atténuait son audition, elle talonnait le sol sans s'arrêter. Son larynx brûlait et piquait tant l'air était vicié par la fumée. Les branches noircies par les flammes craquaient sous ses pieds, expulsant les cendres dans un nuage anthracite. Les arbres se dispersèrent, laissant place à une étendue noire et désolée, rongée par les flammes.

La panique l'embrasa, la consumant intérieurement, la laissant haletante. Plus loin, la silhouette de Ace se dessinait dans les flammes, le laissant indemne. Il rougeoyait, son corps perdant consistance, se dispersant en une myriade de particules, se mêlant aux flammes. Le cœur de Léna tambourina dans sa poitrine, le sang pulsant dans ses tempes à un rythme effréné, la sueur dégoulinant le long de ses joues et nuque. Les braises sous ses pieds s'envolèrent en direction du pirate, les langues de feu le léchaient, s'entortillaient autour de lui goulûment avant de disparaître, se confondant dans sa chair.

Son corps rubescent absorbait l'incendie, disséminant sa torpeur d'un revers de la main. L'adrénaline chuta, la rendant tremblante malgré la chaleur étouffante environnante. Elle s'essuya le nez du revers de sa main bandée, raflant sa joue de ses griffes distordues et suintantes. Léna avisa ses doigts dotés d'épines faisant office de seringues empoissonnées, une folle idée lui traversant l'esprit. Son regard allait de ses griffes à Ace, de Ace à ses griffes : elle aussi devait faire quelque chose. Inspirant profondément, l'air faisait siffler sa trachée désagréablement jusqu'à la secouer d'une violente quinte de toux. Les larmes lui montèrent aux yeux, traçant des sillons humides sur ses joues noircies. Elle apposa ses paumes sur le sol tiédi par le feu, fermant les yeux. Les restes des vignes étaient tombées lamentablement sur le sol calciné, les branches pointant le ciel d'un air accusateur. Toute sa concentration était dirigée dans ses mains, un léger picotement parcourant l'extrémité de ses doigts engourdis par l'effort. Elle les enfonça profondément sous les cendres, touchant la racine.

Rien ne se passa durant quelques secondes, puis des grincements secs, plaintifs s'élevèrent autour d'elle, surplombant le hurlement des flammes mourantes. L'air fleurait le chlorophylle et le charbon, une feuille bourgeonnante lui effleura la joue comme une caresse, s'entortillant sur d'autres tiges naissantes. Elles s'étendirent, encore et encore jusqu'à atteindre leur maturité. L'écorce morte craquelait et s'effritait de tout son long, chutant vers la terre, les vrilles s'entrelaçant. Les racines qui ne se touchaient pas n'écloraient guère, trop éloignées de son venin fertilisant ou incapable d'absorber le liquide. La plainte devint un bruissement léger, craquant et plein de vie. Les branches s'étiraient de toute leur hauteur, et se figèrent lentement alors que leur guérison prenait fin.

Léna rouvrit les yeux. Sa respiration se fit laborieuse lorsque son regard croisa celui d'obsidienne de Ace où se reflétait l'admiration mêlée à une autre émotion qu'elle ne parvint pas à déchiffrer. Le cœur battant, elle admira les feuilles verdoyantes ayant éclos grâce à elle. Grâce à son pouvoir : celui des plantes.

Mot de l'auteure : Bordel de zeus, j'ai enfin fini ce chapitre ! Je m'applique à mort dans mes écrits pour le moment. D'ailleurs, j'ai adoré l'écrire et je pense que j'adorerai tout autant écrire le chapitre onze ! Ça bouge un peu plus, même si c'est bien plus soft que ce que j'ai l'intention de faire à l'avenir. Enfin, on sait quel pouvoir elle détient ! J'approfondirais celui-ci bien sûr à l'avenir. Je veux pas faire un truc sale badass. Du coup, rassurez-vous. Par-contre, ici, je vais passer mes exams dans une semaine, du coup, souhaitez-moi bonne merde les amours. Alors, qu'en avez-vous pensé ? J'l'ai écrit sur le fond du seigneur des anneaux, j'me fait le marathon Tolkien alors que mon chéri se fait le marathon Star Wars de son côté. J'vais pas mentir, ça me fait chier de prévenir quand il y aura une scène de sexe. J'sais bien que certaine personne sont sensible à ça, mais HNG. Enfin, voilà, j'espère que ça a plus. Des bisous !

- Tu t'y attendais à son pouvoir?
- Qu'as-tu pensé de la scène érotique ?
- Pas trop choquant ? (si c'est le cas, t'es mal bar'...)