Bonne lecture à tous, et pardonnez moi pour ce retard.
Explication de texte.
Le sourire de la demoiselle me poursuivit toute la soirée. Vous savez, comme quand on sait qu'on a réussi à faire passer le message et que l'autre l'a compris en totalité, sans restrictions. J'étais sûr que ma mission allait toucher à sa fin. Il était temps ! Toutes ces hormones, ces gamins qui courent partout et ces énergies virevoltantes me fatiguaient. Avec un soupir d'aise, je m'écroulai dans un canapé de la salle commune Gryffondor, absolument et délicieusement silencieuse à cette heure de la soirée. Tout le monde avait dû aller manger. Je savais qu'il allait falloir que je me relève et rejoigne mes condisciples, mais pour le moment, je goûtais ce moment de pur bonheur où rien ne se passe. Je m'étirais et me mis plus à mon aise puis, d'un claquement de doigts, allumait un bon feu. Mon esprit se mit à dériver. James, Lily, et tant d'autres couples que j'avais déjà formés. Bien sûr, il y avait déjà eu des cas difficiles, mais me casser à ce point là les dents sur deux gamins me mettait en rogne. Pourquoi, au grand pourquoi, Dieu le Père avait donné le libre arbitre aux hommes ?! Quelle idiotie. Au moins avant, quand les premiers hommes croyaient que la magie et les dieux étaient partout présents, ils se tenaient à carreaux, et nous, on pouvait faire ce qu'on voulait d'eux. Vraiment charmant ce libre-arbitre. Une foutue idée de Dieu le Père, « mais voyons, ils sont assez grands maintenant pour décider de ce qu'ils veulent. Cela fait plus de 300 000 ans qu'ils sont sur terre, ils ont bien dû comprendre quelques trucs ». Pour vous rassurer, cher Dieu le Père, non, les hommes n'ont toujours rien compris. Et c'est nous qui ramons pour essayer de faire en sorte que tout ça marche correctement. Sans commentaires. Quoi ? Ce que je dis ne vous plaît pas ? Alors, sortez de ma tête et arrêtez d'être un peu trop curieux, non mais ! De toute manière, ce qui est fait est fait, alors …. Vous inquiétez pas, on ne reprendra pas votre libre-arbitre. Ce serait trop de travail pour des résultats quasi-nuls. Bref …
« Jack ? » Je tournai la tête. La Poisse était à l'entrée de la salle, hésitante sur la conduite à tenir. Comme d'habitude. Une autre à qui on n'aurait jamais dû donner un cerveau …
« Tu viens manger ? Est-ce que tout va bien ? »
Non, patate, je suis au bord de la dépression nerveuse depuis que tu es apparue dans mon champ de vision, pensais-je in petto.
« J'arrive. Je me reposais cinq minutes. »
Je me relevais en grognant. Très franchement, je serais bien resté là et piqué un casse-dalle aux cuisines au milieu de la nuit. En sortant, j'éteignis le feu, sentant ma puissance magique traverser tout mon bras. Ça me désolait de ne pas pouvoir l'utiliser en ce moment. Un mince sourire étira mes lèves. J'avais besoin de me défouler et j'étais sûr qu'Albus serait ravi de m'aider. Surtout que j'avais une revanche à prendre et qu'il était bon punching-ball. Niark niark. Nous entrâmes dans la grande salle pour voir un spectacle qui me surprit. Lily parlait avec un jeune homme bien mis de sa personne, loin des maraudeurs, et James en oubliait de manger, tordant sa fourchette sur la table, de rage. Si je ne devais pas mettre à tout prix ces deux là ensemble, j'aurais ri de la scène. Là, je vis rouge. D'un pas rapide, je me dirigeais vers Lily et son cavalier, qu'il me semblait reconnaître, mais sans plus. Sans façon, je m'installai entre eux en lançant un salut enjoué.
« Permettez, les enfants ? J'ai faim et c'est la dernière place disponible. Alors qu'est ce qu'on mange de bon, ce soir ? »
Du coin de l'œil, je vis que les quatre maraudeurs étaient bouche bée. La Poisse et Albus hésitaient entre l'hilarité et la perplexité. Quand à Minerva, un mince sourire étirait ses lèvres. Lily, par contre, me lançait des regards noirs. Fais les tant que tu veux, ma belle, pensais je, mais n'oublie pas. Mettre un dieu en colère n'est pas une bonne idée. Le type de l'autre côté enrageait en silence.
« Alors, jeunes gens, de quoi parliez-vous ? Et vous, je suis sûr que je vous connais. Oh, quel abruti, je ne me suis même pas présenté. Jack, maison Gryffondor, comme la rouquine à mes côtés. Et vous ? »
Le silence me répondit. La Poisse s'était assise en face de moi. Un autre sourire étira mes lèvres, un sourire carnassier. Ne jamais ne pas répondre à une question, jeune homme. Je suis ami avec la rouquine et elle ne te connait pas encore assez. Elle choisira son ami à un potentiel garçon. Je haussai un sourcil et me tournai un peu plus vers le jeune homme. Bon sang ! J'étais incapable de remettre un nom sur le visage alors même que j'étais sûr de le connaître. Quelle galère. Le type ne me regardait même pas dans les yeux. Hum, pas près à défendre ton territoire ? T'es mal barré, gars. Je vais te réduire en miettes en moins de deux, toi et ta réputation. Pourquoi, au grand pourquoi, les gamins ne savent plus se défendre ? Au moins, avant, même les gamins tapaient lorsqu'un intrus menaçait leur petit territoire. Bon, d'accord, l'espérance de vie était plus courte mais quand même. Bref. Ma rouquine essayait de savoir quelle attitude adopter. Elle hésitait entre me virer et me laisser là. Cruel dilemme, belle enfant. J'attaquais mon assiette avec appétit, alléché par le fumet s'échappant des plats étalés sur la table.
« Alors, c'est quoi ton nom ? Je ne le sais toujours pas, au fait. Tiens, tu peux me passer le sel, s'il te plaît ? Tu sais ? C'est très malpoli de ne pas répondre aux questions. La préfète à côté de moi pourra te le dire. »
Pour mieux appuyer mon affirmation, je me tournai vers Lily. Piégée, elle était piégée. Si elle répondait par l'affirmative, le jeune homme le prendrait mal. Si elle m'envoyait balader, je le prendrais mal. Qui allait-elle choisir ? Une brusque bouffée d'angoisse me saisit, pensant que peut être, elle préférerait l'inconnu aux Gryffondors ….
BLAM !!
Le silence. Je me retournai. La Poisse venait de renverser un plat sur la table et sur le jeune homme. Son air désolé faisait illusion. Le jeune homme oscillait entre abattement et colère. Une bouffée de fierté me saisit ; c'est qu'elle devenait machiavélique, la petite. J'étais un bon maître. La sauce dégoulinait dans les cheveux bruns et sur la robe de sorcier. Un morceau de viande était sur le point de s'écraser sur les genoux du gamin. J'eus pitié de lui, surtout que toute la grande salle le fixait du regard, en silence. Avec curiosité ? Pour quelle raison ? Je ne comprenais pas tout mais me promis de résoudre le mystère.
« Tu devrais aller te doucher et te changer, garçon. Reste comme ça, et tu vas être mal toute la soirée. A plus tard ! »
Je lui tapais sur l'épaule pour le faire réagir et grimaçais. Un peu de crème fraîche avait réussi à se caler à cet endroit et j'en avais plein la main. Le gamin se leva, sans un mot, serrant les poings de rage et se dirigea vers la sortie d'un pas martial. Arrivé devant la porte, il se retourna et nous lança, à La Poisse et à moi, un regard de haine pure. Je me jurais de le garder à l'œil. La porte se referma dans un bruit sec, et là, toute la Grande Salle éclata de rire sans pouvoir se retenir. Je restai scotché. Comment un seul gamin pouvait cristalliser tout ces sentiments ? Un mélange de fascination, de haine et d'amour sans limites. Ce dernier point est d'ailleurs très dangereux. Bref, plus d'un mystère venait de s'ajouter à ceux existant déjà. Je grognais. N'en finirais-je jamais avec ces gamins ? Lily me regarda, partagée entre la colère et l'exaspération.
« Quoi ? Tu as quelque chose à dire, Lily jolie ? Parce que moi oui, alors écoute bien : ce gamin n'est franchement pas fait pour toi et en plus, il a une sale gueule. »
Ma déclaration fut suivie d'un silence stupéfait. Lily avait la bouche ouverte, n'arrivant pas à prononcer le moindre mot. J'avais peut-être frappé un peu fort, mais bon … Quand les subtilités ne marchent pas, il y a un moment où il faut savoir employer les phrases de destruction massive et surtout, user de l'honnêteté comme arme. Comme je refusais que ma sortie soit gâchée par une réplique de la rouquine, je me levais, fit une légère courbette envers notre préfète et suivit le même chemin que le jeune homme quelques instants plus tôt, regrettant au passage les nombreux plats auxquels je n'avais pu goûter. Je retournai dans la salle commune toujours aussi silencieuse. Je me vautrai dans un canapé avec un soupir d'aise et attirai à moi un livre sur la politique anglaise au 19e siècle. De toute manière, rien n'avait vraiment changé depuis cette époque, à part les visages des hommes à la tête du pays. Un bon feu se mit à ronfler dans la cheminée. Haa, quelle extase …
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« Wow, mec, t'as été génial !! »
Sirius, avec un sourire qui faisait trois fois le tour de sa tête me sauta dessus. Je pouvais lire de la fierté dans son regard. Il se redressa devant ses amis.
« Messieurs, c'est un grand moment. Notre petit pote ici présent, est des nôtres. Jeunes gens, une minute de silence pour cet exploit. »
Je levais un sourcil, dubitatif. Sirius et ses grands airs me tapaient rapidement sur le système, comme si j'avais besoin de son aval pour faire ce que je voulais. Les quatre garçons s'installèrent autour de moi, parlant de tout et de rien, et surtout du fait que j'avais mouché le petit prétentieux, avec l'aide, il est vrai, de mademoiselle ma cousine. James était assis à côté de moi et m'énervait. Depuis quelques minutes, il me lançait de fréquents regards de biais et à chaque fois que je croisai son regard, faisait l'innocent. Au moment où son petit jeu me saoula réellement et où j'allais faire une remarque bien sentie, il se pencha vers moi.
« Dis, t'es pas amoureux de Lily ? » me demanda-t-il, l'air inquiet.
Je restai sans voix, consterné par tant d'idioties. Les trois autres garçons avaient entendu et attendaient eux aussi ma réponse dans le silence le plus total. La moutarde me monta au nez et j'eus envie de lui dire que si je me faisais autant ch.…, c'était pour son bonheur futur à lui et que pour le moment, moi, je n'en retirai aucune satisfaction, merci bien. Je respirai à fond et me lançai dans une explication de texte.
« Bien sûr que non, idiot. J'ai bien remarqué qu'elle était ta chasse gardée et de toute façon, elle a beau être très mignonne, elle ne m'intéresse pas. Trop … explosive, disons. C'est pour toi que je bosse, pour le moment, très cher. Et je te rassure, j'ai déjà assez à gérer avec Amanda, je ne vais pas en plus me coller Lily sur le dos, sans façon. Une seule à la fois. »
Tous respirèrent et se remirent à rire et s'envoyer des vannes comme avant. Ils étaient convaincus par mon explication, ouf. Je n'aurais donc pas à craindre qu'ils me mettent des bâtons dans les roues et je pourrais même compter sur leur aide. Tant mieux ! La porte se rouvrit, laissant passer la totalité des Gryffondors dans un désordre indescriptible et extrêmement bruyant. Lily fut l'une des dernières à entrer et nous jeta à peine un regard. Elle s'installa à une table avec ses amies et se mit à travailler, dans une indifférence qui aurait pu marcher si je ne l'avais pas observée de près. Très souvent, elle nous jetait des coups d'œil rapides et semblait perdue dans ses notes. Je souris, carnassier et en adressait un autre à ma cousine, qui venait de nous rejoindre. J'étais fier de notre duo sur ce coup-là.
Pendant une semaine, Lily nous évita le plus possible. La Poisse me confia que, même à elle, elle ne parlait plus beaucoup. Comme si elle avait peur de quelque chose. Puis, un soir où je m'étais réfugié dans une classe vide pour être tranquille, je la vis passer la tête par la porte. Elle m'avait cherché, visiblement. Elle entra, l'air décidé, et vint s'asseoir sur une table, en face de moi. Elle croisa les bras et attendit. Je pris un malin plaisir à rester concentré sur mon livre.
« Hum …. »
Je lui jetai un coup d'œil, sans vraiment relever la tête. Elle poussa un soupir exaspéré et se mit à cogner son pied contre la table. Je lâchai mon livre, et me carrai dans mon fauteuil, la regardant bien en face.
D'un coup, elle perdit de sa superbe. Elle sembla beaucoup moins sûre d'elle, comme si elle avait peur de ce qui pouvait arriver. Un silence s'étira entre nous.
« Jack. Je ne vais y aller par quatre chemins. Mais j'aimerais que tu me répondes franchement. Et, surtout, sois honnête, parce que c'est le plus important. Je ne te jugerais pas, promis. Humm … »
Pour quelqu'un qui voulait être franc, il y avait beaucoup de détours. Je la regardais, sans un mot, sans un geste.
« Humm … Estceque … Est-ce que tu es … amoureuxdemoi ? »
Je n'avais rien compris à ce qu'elle venait de bafouiller et je continuais à l'observer en silence, attendant qu'elle se décide à être plus claire.
« Ok. Je recommence. Tu es amoureux de moi ? »
Alors là. Je m'attendais à tout sauf à ça. Un nouveau silence s'installa entre nous puis j'éclatai de rire. C'était la deuxième fois en moins d'un mois qu'on me posait la même question, ça commençait à faire beaucoup.
« Sûrement pas, Lily Jolie. Je t'aime bien, mais de là à aller plus loin, tu rêves. Mon corps parfait n'est pas fait pour que toutes les filles lui sautent dessus, et désolé, mais tu fais partie de celles-là. »
« T'es franchement prétentieux, tu sais ça ? »
« Seulement réaliste. »
« Ha ha ha. Alors c'était quoi ce numéro l'autre jour ? J'ai droit à une explication, maintenant que je sais qu'il n'y a rien. Je dois t'avouer que je préfère ça. »
« Moi aussi. »
Elle me sourit, moqueuse. Quand à l'explication, ça risquait d'être long, compliqué et elliptique …
