10.

Le taxi Militaire s'arrêtant dans la cour intérieure du château familial des Waldenheim, Alguérande en descendit, apercevant Madaryne qui se tenait sur le perron. Mais avant que la jeune femme puisse s'avancer, ses beaux-parents étaient passés de part et d'autre d'elle, pour se précipiter vers lui.

- Algie, quel soulagement de te revoir !

Salmanille étreignit son fils de toutes ses forces, prenant ses mains pour poser ses lèvres sur les paumes à la délicate peau rose.

- Tu as enfin cicatrisé, mon grand chéri !

- C'est encore très sensible, et ça chatouille, mais ça va, assura le jeune homme.

Pour sa part, Albator avait doucement caressé la nuque de son fils.

- Tu vas pouvoir entièrement profiter de tes congés, et des tiens.

- Tu peux arrêter de me tripoter ? rit son rejeton à la chevelure fauve. Cette plaie aussi a guéri depuis un moment !

Madaryne se glissa contre son mari.

- Pour un examen minutieux, je peux m'en charger, Albator, s'amusa-t-elle. Je le rendrai plus tard, mais là les enfants attendent impatiemment leur papa !

- A tout à l'heure, sourit le grand brun balafré en laissant le cadet de ses fils partir au bras de sa femme vers la nursery et la salle de jeux.

Alguérande avait longuement câliné ses enfants, les retrouvant avec un infini plaisir, constatant qu'ils étaient sereins pour avoir été avec leur mère depuis plus d'une semaine déjà.

Il était ensuite passé sous la douche et à la sortie de la salle de bain, il avait découvert Alhannis installé dans leur salon, faisant la conversation à Madaryne.

Les deux frères s'étreignirent, heureux d'être réunis.

- Papa t'attend à la serre tropicale, murmura l'aîné à son oreille. Je continue de tenir compagnie à Mady !

- Je ne sais pas avec qui tu prends le plus de risques : sa sœur ou moi ! pouffa Alguérande en lui lançant un clin d'œil complice !


Dans la serre, Alguérande prit le fauteuil que son père lui désignait.

- Tu as presque bonne mine, Algie, remarqua Albator en servant le thé noir. Je me suis laissé dire que ton voyage de retour fut paisible. Tu avais bien mérité cela !

Son fils sourit.

- Même s'il s'était passé quelque chose, je n'aurais pas été en état de faire quoi que ce soit d'utile. Heureusement, Gander a tout pris en mains ! Il s'est même occupé de tout, quoi qu'aient mentionnés les rapports envoyés au QG de la Flotte… Je crains que le général Hurmonde n'ait pas été dupe un instant !

- Justement. Je suis désolé de t'avoir arraché aux tiens, déjà, mais je voulais justement savoir comment tu t'en étais sorti lors de cet entretien ?

- Je m'en doute, papa. Je n'en menais pas large, je peux te l'avouer ! Hurmonde ne m'a jamais ménagé…

- Et je crains d'en être le seul responsable, reconnut à son tour le grand brun balafré. Je suis à jamais un Pirate. Mais il semble que tu t'en es bien sort – s'il t'avait fait des misères, tu n'aurais pas paru rassuré, à ton arrivée !

- Cela s'est effectivement mieux passé que je ne l'appréhendais, expliqua Alguérande en se gavant de pralines. Hurmonde savait parfaitement que c'était Gander qui avait ramené le Pharaon et tenu bon la barre, au propre comme au figuré. J'ai néanmoins reçu aucun blâme et même pas un avertissement. J'en suis le premier surpris ! Mais bon, je suis bien trop fatigué que pour me poser des questions ou me lancer en conjectures !

- Je crois que tu fais tes preuves, tout simplement, remarqua Albator. Hurmonde est un Militaire au parcours exemplaire, il sait reconnaître la valeur de ses commandants de bord, faisant passer les résultats devant ses propres sentiments personnels. Mais bon, il ne te sautera jamais au cou ni ne te donnera une accolade même professionnelle !

- Je n'attends rien de lui, sinon qu'il me laisse faire mon boulot, déclara Alguérande en rajoutant un jet de citron dans son thé. J'apprécie que cela continue effectivement en ce sens, et je tâcherai d'agir au mieux lors de la prochaine mission. Je n'ai que trop été mis sur la touche, à nouveau, et je suis le premier que cela gonfle, je puis te l'assurer, papa !

- En ce cas, nous nous comprenons parfaitement, mon grand. Tu es bien dans ta peau et dans ta tête, c'est tout ce que je voulais savoir. Je ne vais pas priver ta petite famille de toi plus longtemps !

Alguérande eut un grand sourire, se levant lentement.

- Toute ma famille est ici, et je compte bien en profiter durant ces trois mois de congé !

- Oui, Alhannis, Khélye et leur petit sont là pour deux semaines.

Alguérande eut un pincement des lèvres.

- Pouchy pourra venir ? s'enquit-il.

Albator esquissa un sourire.

- Oh, Algie, il y a bien longtemps que j'ai prié Pouchy de me pardonner mes égarements, mes reproches, le soufflet dont je l'ai gratifié… J'avais eu si peur de ce qu'il t'avait infligé…

- Je n'ignore plus que tu étais à bout de nerfs aussi, après tous ces mois passés à nous soutenir tous. Et ce que Pouchy m'a fait était la goutte qui a fait déborder le vase de ta patience. Il le savait, tout en souffrant lui aussi de la situation de toute notre famille !

- Je l'ai compris, à tête reposée.

- Je vous ai vus faire la paix. Ça m'a permis de partir finir la mission le cœur un peu plus léger.

- Est-ce que tu as revu notre Pouch' ?

- Non, même pas en rêves. Mais je percevais l'écho de son âme apaisante. Il ne m'a pas quitté, pas un seul instant !

- C'est bien.

Albator jeta un coup d'œil autour de lui.

- Seras-tu là au dîner familial, Pouchy ? formulant à haute voix la prière de son cœur.

De fragiles et colorées fleurs s'agitèrent, comme une réponse positive.

- Algie ?

- Pouchy sera là, papa !

- Nous serons donc tous enfin réunis ! se réjouit Albator.

- Te voilà en passe de devenir un véritable patriarche, toi !

- Pitié, par les dieux, je suis encore bien trop jeune pour ça ! protesta le grand brun balafré.

Alguérande éclata de rire.