Francis resta de très mauvaise humeur toute la semaine. Il avait réussi à convaincre la fée lapin volante de repartir avec une nouvelle lettre pour Arthur. Apparemment, les coups de vent violent sur une mer déchaînée lui paraissaient plus amusants que terrifiants. Même avec ses fées, Arthur jouait les papas poules. Ou alors, il ne voulait vraiment pas converser avec lui.

Salop.

Comment Arthur n'avait-il pas capté l'urgence de la situation ?

Francis n'était pas du genre à dire avec des œillades sexy et une voix racoleuse : « Hé, chéri ! J'ai trop besoin de toi en ce moment… Tape-toi des milliers de kilomètres en bateau pour me retrouver. Je t'aime. J'ai tout un programme de réjouissance, mon petit lapin ! ». Quand il rappelait son amoureux de l'autre bout de la planète, même s'il ne l'avouait à personne, il prenait plus un ton larmoyant dans son for intérieur : « Mon amour ! J'ai le cafard ! Tu me manques beaucoup trop ! Je suis en grande détresse émotionnelle, sentimentale, politique, relationnelle, diplomatique (raye les mentions inutiles) ! Ramène tes fesses qu'on parle et fasse l'amour toute la nuit ! Tu pourras profiter de la situation, salopard de tacticien, mais j'ai trop besoin de toi et de tes câlins. »

La France ravalait alors sa fierté et appelait son ennemi ancestral à la rescousse, la réciproque étant vraie. Pourquoi Arthur ne revenait-il pas ?

De plus, l'amour retrouvé d'Illario et Flora lui filait de l'urticaire. Illario adressait enfin quelques mots sympathiques à ses voisins. Il restait tout de même prudent pour réhabituer Flora au fait qu'il adorait discuter avec tout le monde. Il avait quand même réussi à tenir tout un discours passionnant sur l'économie de sa région avec Feliciano sous l'oreille attentive de Flora. La ville de Florence accordait plus sa confiance à Feliciano, sa future nation, et à Francis, sa nation actuelle, qu'aux autres villes de Vénétie maintenant revenues chez elle.

Francis ne se faisait plus de soucis pour eux. Illario possédait assez de sociabilité pour entraîner sa femme dans les discussions autour de lui et la rassurer. Il se sentait heureux d'avoir aidé ce couple à s'épanouir. Seulement, tout ce bonheur retrouvé lui rappelait son propre malheur.

Il n'avait pas vu Arthur depuis de nombreuses années. Se rappelait-il vraiment de la sensation de ses baisers et de ses caresses ?

Le charme naturel de Feliciano l'appelait de plus en plus, malgré la surveillance de Marcello et ses propres réticences.

« Revient Arthur tant que je t'aime encore.

Une France idiotement romantique. »

Francis pensait le message suffisamment clair pour qu'Arthur décide de revenir, malgré les tempêtes et les négociations politiques en Asie.

« On pourrait rénover les routes entre les grandes villes de Vénétie pour favoriser les échanges et étendre ce programme pour connecter ma partie de l'Italie et la tienne », lui proposa Feliciano.

Perdu dans ses pensées, Francis tourna la tête vers son égal.

La lumière déclinante du jour éclairait son visage sympathique et souriant de manière élégante.

Francis sentit son cœur battre plus fort quand les yeux pétillants de joie et de gentillesse de Feliciano s'ouvrirent pour tomber dans les siens.

La main de Feliciano s'était posée sur son bras nu. Un frisson de désir le parcourut jusqu'au centre de sa poitrine. Un sursaut de conscience le saisit immédiatement. Il ne devait pas céder à cet homme, car ce pourrait mal finir. Malgré l'envie, le désir et l'affection, il restait la France en couple avec son pire ennemi. Par pure jalousie, Arthur pourrait attaquer son pays ou celui de Feliciano.

« Oui… Pourquoi pas...

- Il faudrait qu'on décide des plans et des axes les plus judicieux pour nos deux pays.

- Pour le tien, Feli. Tout te reviendra. »

Les doigts de Feliciano caressèrent l'intérieur de son avant-bras négligemment.

« Je te fais confiance pour me guider… »

Marcello se racla la gorge, imaginant certainement un sous-entendu graveleux dans les propos innocents de Feliciano.

Heureusement, la ville de Venise veillait sur eux avec la ferveur d'une gouvernante très tatillonne.

Francis retourna à la contemplation de la nation italienne buvant ses paroles pleines de soleil et de sollicitude.

Il était conscient qu'il ne désirait pas que son corps, mais aussi son affection.

Il n'avait pas été aussi proche d'une autre nation depuis très longtemps, tant en matière de principes personnels que de politique générale.

Même ses meilleurs amis ne partageaient pas autant de valeurs communes avec lui.

Bien sûr. Feliciano n'avait rien d'un fêtard tardif, ivrogne à souhait, prêt à dire et faire les pires conneries du monde. Francis faisait confiance à Antonio et Gilbert pour trouver les meilleurs endroits au monde pour faire la fête et décompresser ainsi que pour jouer les confidents, mais dès qu'il s'agissait de reprendre leurs fonctions, ils ne s'entendaient pas aussi bien qu'ils le souhaiteraient.

Arthur se retrouvait toujours en opposition totale avec ses convictions politiques, mais ils s'entendaient bien en matière de sexe et de conception du couple. Ils pouvaient se dire énormément de choses différentes en tant que rivaux ou amants. Ils connaissaient tellement bien l'autre que coucher ensemble leur paraissait vraiment naturel.

Mais était-ce de l'amour ?

Le vrai amour. Celui qui vous tient aux tripes, celui qui vous pousserait à faire n'importe quoi pour l'autre. Francis en doutait. Arthur ne revenait pas pour lui. Est-ce qu'il devrait partir le retrouver ?

« Tu as l'air perdu dans tes pensées.

- Excuse-moi, Feli.

- Ce n'est pas grave. On a beaucoup travaillé aujourd'hui. Qu'est-ce qui te tracasse ?

- Un problème personnel. »

Feliciano lui sourit timidement, hésitant à jouer les curieux, avant de tenter une approche :

« S'il s'agit d'un souci pour lequel je peux aider, n'hésite pas à me le demander. »

Francis se mordilla la lèvre, attirant le regard dilaté par le désir de Feliciano. Il sentait dans l'atmosphère et leur proximité à quel point leur attirance était dangereusement réciproque.

« Tu es trop tactile avec moi. »

Feliciano retira brutalement sa main de son bras comme s'il avait été brûlé par ses paroles et, blessé, tourna la tête vers le coucher du soleil.

Francis tapa l'arrière de sa tête contre le dossier de son fauteuil, regrettant de le faire fuir.

Il avait envie de le prendre dans ses bras et de l'embrasser pour qu'il lui pardonne son attitude.

Mal à l'aise, il eut même l'impression qu'il devrait s'excuser d'être en couple et de s'interdire de vivre leur histoire d'amour.

Francis sentit son cœur se serrer, comme s'il passait à côté de la personne qu'il lui correspondait vraiment, et les larmes lui picotaient les yeux, parce qu'il éprouvait encore des sentiments pour Arthur.


Je sais que ce chapitre est très court, mais il s'agit avant tout d'une transition nécessaire pour le reste de l'histoire. J'espère que vous l'avez aimé quand même. ;).